De la vie champêtre

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Découvrez le poème "De la vie champêtre" écrit par Pierre LE MOYNE (1602-1671). "De la vie champêtre" de LE MOYNE est un poème classique extrait de Lettres morales et poétiques. Vous avez besoin de ce poème pour vos cours ou alors pour votre propre plaisir ? Alors découvrez-le sur cette page. Le téléchargement de ce poème est gratuit et vous pourrez aussi l’imprimer.
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Publié le : lundi 30 juin 2014
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De la vie champêtre

(Lettre X)

[...] Tantôt il, aime à voir la pourpre de la rose,
Sous le jour renaissant, pompeusement éclose,
Disputer de la force et de l'éclat du teint
Avecque le rayon du soleil qui la peint.
Et tantôt son plaisir est de voir la nuance
Que cent diverses fleurs font de leur alliance
Sur le vivant émail d'une planche à fond vert,
Où chacun à l'envi se produit et se perd.

Étendu quelquefois à l'ombre d'une treille,
Où le silence dort, où le zéphyre veille,
Il aime à comparer le murmure des eaux
Au concert inégal d'une troupe d'oiseaux.

Près de là cependant quelque innocent Tityre
Par la voix des roseaux, que son haleine inspire,
D'Amarille se plaint, qui rit en l'écoutant
Et laisse à décider leurs querelles au vent ;
Le vent, plus humain qu'elle, à sa plainte s'arrête ;
Son troupeau pour l'ouïr semble lever la tête,
Et le tronc des peupliers, quand sa voix se tairait,
Confident de sa peine, en chiffre en parlerait.

Reposant d'autres fois au bord d'une rivière,
Qui se fait de son lit une longue carrière
Et sert comme d'un bain, où le soleil de jour,
Où la lune de nuit se baignent tour à tour,
Il aime à voir nager les coulantes images
Des arbres, des troupeaux, des oiseaux, des nuages.
Il se plait à compter du regard en rêvant
Les cercles et les plis qui se font sous le vent ;
Et voyant comme l'eau roule sans retenue
Vers l'immense bassin d'où sa source est venue,
Que ni l'abri des bois, ni le vert de ses bords,
Ni des guérets voisins les jaunissants trésors,
Ni même les palais qui couronnent sa rive
Ne peuvent un moment la retenir captive,
Qu'elle coule toujours et va sans s'arrêter,
Tant que son poids la peut par sa pente porter :

Ainsi, dit-il, nos jours, ainsi nos ans s'écoulent,
Et la mort est le terme où leurs cercles nous roulent.
Tous les temps, tous les lieux mènent à cette fin.
Comme on y va le soir, on y va le matin ;
Les monts les plus hautains, les plus basses vallées
Vers ce gîte fatal ont d'égales allées.
[...]

Et puis, voyant nager sur la face des eaux
Les images du ciel, des arbres, des oiseaux,
Il est ainsi, dit-il, des plaisirs de ce monde,
Ce ne sont que portraits représentés sur l'onde ;
Tout en est inconstant, tout en est imposteur ;
Tout n'est que faux-semblant et que trompeuse fleur ;
Le fond en est liquide et l'image changeante ;
Elle coule et se perd dès qu'elle se présente ;
Sans que le vent la trouble et qu'il souffle dessus,
Elle passe avec l'onde et ne retourne plus,
Et les hommes trompés de ces ombres mobiles,
De ces charmes tissus d'images volatiles,
Délaissant le vrai Bien, le vrai Beau, le vrai Grand,
Abandonnent leurs coeurs et leurs esprits au vent,
Et, comme papillons errant à l'aventure,
Courent à la couleur, se paissent de figure. [...]

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