Désespoir (Petrus Borel)

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Petrus Borel — R h a p s o d i e sDésespoirÀ Giulio Piccini, maestro.—Toujours un vent de feu sous son haleine active,Prend plaisir à courber mon âme convulsive.I n s o m n i e, Théop. ...

Publié le : jeudi 19 mai 2011
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Petrus BorelRhapsodies Désespoir
À Giulio Piccini, maestro.
Toujours un vent de feu sous son haleine active, Prend plaisir à courber mon âme convulsive. Insomnie, Théop. DONDEY.
Comme une louve ayant fait chasse vaine, Grinçant les dents, s'en va par le chemin ; Je vais, hagard, tout chargé de ma peine, Seul avec moi, nulle main dans ma main ; Pas une voix qui me dise : A demain.
Pourtant bout en mon sein la sève de la vie ; Femmes ! mon pauvre cœur est pourtant bien aimant, J'ai vingt ans, je suis beau, je devrais faire envie, J'aurais dû plaire au moins, moi, si courtois amant ; Toutes m'ont repoussé... Fatal isolement !
Ce long tourment me ronge et me déchire, M'abîme entier ! Que le sort m'est cruel ! Même aujourd'hui, riant de mon délire, Pour retremper mon âme dans le fiel, Il m'a fait voir un jeune ange du ciel.
Ah ! quel air ravissant, quelle voix langoureuse ! Sur ses pas gracieux j'aspirais le bonheur. Je baisais son manteau d'une bouche amoureuse ; Puis, ivre du parfum que jetait cette fleur, Je sentais lentement s'épanouir mon coeur.
Que cet instant fut court ! hélas ! qu'horrible Fut mon réveil ! je la cherchais en vain De mon regard dévorant et terrible, Elle avait fui... Rends-la moi, ciel d'airain ! Jette à mon cœur cette proie... il a faim !...
Mon dépit, ma fureur bouleversent mon âme ; A mes désirs lascifs je voudrais tout plier : Égaré par mes sens, j'irais... ah ! c'est infâme ! Arracher une femme au bras d'un cavalier, J'arracherais !... mais, non, je ne puis m'oublier !
Désirs poignants, silence ! il faut vous taire. De feux en vain je me sens embrasé, Allons gémir sur mon lit solitaire ; Baigné de pleurs mon corps est épuisé : A ce combat tout mon cœur s'est brisé !
Ma jeunesse me pèse et devient importune ! Ah ! que n'ai-je du moins le calme d'un vieillard. Qu'ai-je à faire ici-bas ?... traîner dans l'infortune ; Lâche, rompons nos fers !... ou plus tôt ou plus tard. — Mes pistolets sont là... déjouons le hasard ! ! !
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