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Dipanda la vie dangeureuse

De
238 pages
Consumé par le rêve de justice, adossé à l'histoire de la lutte des peuples, investi dans une parole exigeante et solidaire, Claude Ernest Ndalla n'est pas un littérateur, mais un témoin, un militant arcbouté au changement de la trop longue saison des humiliés, un citoyen porteur de questions et d'idéaux majeurs. Les poèmes de Dipanda, la vie dangeureuse donnent à voir et à vivre un continum imaginaire révolté et fraternel.
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Dipanda,
Claude Ernest Ndalla
la vie dangereuse
Nous interrogeons le passé
Pour rénover Congo Dipanda,
La cité éternelle qui sourit à demain
Pour entendre la voix de Tchimpa-Vita la vie dangereuse
De Boula Matari et autres héros légendaires
Ces vers extraits du poème « Le Village qui jamais ne meurt »
donnent une indication forte de la pensée et de la vision du monde Poésie
de Claude Ernest Ndalla. Consumé par le rêve de justice, adossé à
l’histoire de la lutte des peuples, investi dans une parole exigeante
et solidaire, Claude Ernest Ndalla n’est pas un littérateur, mais un
témoin, un militant arcbouté au changement de la trop longue
saison des humiliés, un citoyen porteur de questions et d’idéaux
majeurs. Claude Ernest Ndalla écrit dans la cinétique du combat sans
économie aucune pour sa vie et ses blessures. Surnommé « Ndalla,
trompe-la-mort », les années de prison et d’exil intérieur ont glissé
comme de l’eau molle sur son cuir de vieux lion. Les poèmes de
Dipanda, la vie dangereuse donnent à voir et à vivre un continuum
imaginaire révolté et fraternel.
Jean-Blaise Bilombo Samba
Claude Ernest Ndalla est né le 25 mai 1937 à Brazzaville. Acteur
éminent de la vie politique congolaise, il a évolué entre responsabilités
d’État, prisons et exil intérieur de 1964 à nos jours. Actuellement, il est
Préface de Lecas Atondi-Monmondjoconseiller spécial du chef de l’État. Poète, il conserve une activité régulière
de création littéraire.
Illustration de couverture :
Portrait par Jacques Iloki
ISBN : 978-2-343-06129-0
21 e
Claude Ernest Ndalla
Dipanda, la vie dangereuse





DIPANDA,
LA VIE DANGEREUSE


















































© L’Harmattan, 2015

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06129-0
EAN : 9782343061290 Claude Ernest Ndalla





Dipanda,
la vie dangereuse


Poésie


Préface de Lecas Atondi-Monmondjo










DU MÊME AUTEUR


Cœurs meurtris, éditions Lemba, Brazzaville, 2003.
Astres, Blues et Jazz, éditions Landa Zabdi, Brazzaville,
2004.
Femme alanguie, éditions Landa Zabdi, Brazzaville, 2005.
Poésie pour musique congolaise, éditions Lubilanji,
Kinshasa, 2005. Préface
Claude Ernest Ndalla,
pamphlétaire du Congo éclaté
J’ai lu, il y a quelques années des textes de Claude Ernest
Ndalla, publiés aux Éditions Lemba. Ils sont augmentés
aujourd’hui d’autres livres et de quelques inédits de ce
début de siècle, le tout réuni en un seul volume. Deux
universitaires (Yila et Matondo) et un poète
(BilomboSamba) en ont rédigé de brillantes recensions. Et moi, après
eux, je m’aventure donc dans un périlleux exercice critique
en somme.
Or donc, je connais Ndalla, plutôt comme un
professionnel de la politique. Lequel anima un journal :
Dipanda. Dipanda installa, méthodiquement dans
l’opinion, les principes du socialisme et de la Révolution.
Du reste, Dipanda et Ndalla ne firent qu’un, et si ce livre
porte le titre de Dipanda, il mérite naturellement cette
estampille. Dipanda, c’est désormais six livres : Cœurs
meurtris, Astres bleus et Jazz, Poésie pour musique
congolaise, Femme alanguie, Je regarde mon pays qui
brûle et, Le Village qui jamais ne meurt. Trois livres
scrutent la société congolaise et exhument des tranches
d’histoire gorgée de sang. Tandis que Femme alanguie
affiche des prétentions érotiques loin de subir les
condamnations de Sade. Les deux autres se penchent sur les
arts, débordant les rives du fleuve Congo, allant jusqu’aux
confins des Amériques, comme pour établir un lien
ombilical entre les Afro-américains et les artistes un peu
saltimbanques des deux Congo.
Dans un exposé liminaire tiré de Poétique, Ndalla définit
le sens de son art. Son objectif serait de libérer le peuple de
5 ses fossoyeurs. De ce point de vue, Ndalla reste fidèle à sa
passion première, la politique.
À regarder la structure du livre avec des images, et des
mots, Ndalla conclut sur un optimisme nourrissant l’espoir
avec le village qui jamais ne meurt. Ndalla emboîte le pas,
non à Victor Hugo ridiculisant Napoléon le petit, mais à
Voltaire, qui ne faisait pas dans la nuance pour épingler ses
adversaires comme l’Abbé Fréron.
Ndalla et Voltaire sont des pamphlétaires et, en dépit de
sa versification impeccable, Voltaire ne fut point un poète,
mais resta philosophe.
Cœurs meurtris, par des expressions et jeux de mots, en
usant des anaphores, pour former des ritournelles, permet
d’éclairer d’une lumière crue des souvenirs douloureux.
Des maisons qui fument, des véhicules calcinés, des
corps en putréfaction sans sépulture, c’est le Congo éclaté,
qui ouvre le bal de Satan : l’ouïe, l’odorat, la vue sont mis
à contribution et le voyeurisme de Ndalla est
incontestablement celui d’un reporter de guerre, qui conte
la fin d’un monde.
Désormais, il y a les Tcheks, les Nibo et les Nordaux,
nouvelles désignations des communautés humaines sériées
en groupements ethniques antagonistes, qui s’entretuent et
se combattent. L’évocation des lieux, tels Makazu,
Moutabala, etc. avec ses tableaux apocalyptiques, éclaire la
violence qui ne s’arrête pas.
Autrefois, on disait nous, c’est-à-dire, toi, les autres et
moi, et l’actualité sommes à la rupture de la solidarité et de
la fraternité. Opposition donc entre le passé idéalisé et le
présent sanglant. La cruauté et l’horreur sont le quotidien
des Congolais, dont la société est saucissonnée. Au
demeurant, la démocratie et la paix sont mises aux fers.
Sur les arts, l’auteur jongle comme un virtuose, avec des
réminiscences des textes d’Aragon, ou des vers
d’Appollinaire, comme soleil cou coupé, soulignant alors
6
un savoir rare des classiques de la poésie française. S’il
affirme par ailleurs que la musique a créé une seule identité
humaine, il semble oublier que les hommes se battent de par
le monde pour imposer leur diktat, des forts sur les plus
faibles : c’est dire que ces luttes sont loin de fonder
l’Internationale de la fraternité ; elles sont actées pour
assurer le mieux être à leurs concitoyens, mais en réalité
aggravent l’exploitation des faibles et font triompher
l’égoïsme.
Ndalla aborde les arts, et fait transpirer un savoir
prodigieux d’honnête homme. De ce point de vue, il compte
faire partager ses goûts éclectiques, surtout en musique.
Pont sur le Congo est une extraordinaire illustration de
l’expression artistique, telle vécue et chantée selon les
canons de Senghor, esquissés dans la négritude.
Toutefois, la généralisation du label poésie aux créations
des musiciens Congolais, parait excessive. Je partagerais
cette assertion de Sylvain Ntari Bemba, dans son ouvrage
sur la musique congolaise qui parle avec justesse d’une
écriture balzacienne chez Franco, analysant le quotidien des
relations machistes dans la société, de la condition humaine.
Si l’on se réfère même au contexte français, Johnny
Halliday n’est pas un poète, mais Jean Ferrat et Francis
Cabrel le sont éminemment.
Pour faire court, j’écris sur les sorties du désespoir. Les
Congolais selon Ndalla sont engoncés dans le paganisme,
puisqu’ils recourent aux Libations sur les tombes des
ancêtres, sans effet. Alors le salut viendra de Dieu, et non
des supplications à Baal comme dans la Bible.
C’est le Dieu de miséricorde dont la lumière et l’Esprit
saint vont briller sur le Congo pour des siècles. L’espoir est
possible, car, l’œuvre de Ndalla est une ode à la vérité.
Selon Michel Audiard, « la vérité n’est jamais amusante
sinon tout le monde la dirait ».
7 Ainsi Claude Ernest Ndalla donne sa part de vérité. C’est
fort courageux de guérir les gens de leur bêtise en leur
contant leur histoire peu glorieuse. Mais n’est-il pas
important qu’ils fassent preuve de contrition pour mériter la
nouvelle Jérusalem ?
Lecas Atondi-Monmondjo
8




PEU IMPORTE QUE LES VERS SOIENT LONGS,
COURTS, LIBRES, ENGAGÉS OU SUBLIMES
L’ESSENTIEL CE SONT LES GENS
QUI SE LÈVENT
QUAND LE POÈTE EMBOUCHE SON CLAIRON
POUR CHANTER L’IRE, LA JUSTICE, LA LUTTE
ET POUR HONNIR LA GUERRE
ET CEUX QUI EN VIVENT

Claude Ernest NDALLA
(La Poétique)



9 Livre I : CŒURS MEURTRIS
(1993-1994)
Je suis mort d’un mal terrible
D’un mal inextinguible
Le manque de solidarité
LA MAGIE DES MOTS

Les mots sont magiques oagie
Les mots vont au-delà
Bien au-delà de la réalité
Ils touchent au rêve
Ils sont le rêve
Ne parle-t-on pas de la magie des mots !
Avec les mots le réel devient rêve
Et le rêve se mue et se vit comme réalité
Pendant que la réalité réelle devient incongruité

La magie des mots change tout
La magie des mots change le monde
Et le monde changé
Notre regard sur le monde
Le présent est immonde
Car sur la vaste mappemonde
Il n’y a que vilenies misère
Horreur sang guerre
Larmes amères et malheurs

Elle est venue des îles d’Amérique
Mais son appétit donne des coliques
À tout un peuple qui crie famine
Parce que son mari par la rapine
Creuse dans nos ventres des ravines
Et cause moult tourments
Avec ses promesses de vent
Où est donc le réel merveilleux
Que Alejo Carpentier découvrit radieux
Dans une autre île lointaine
Toujours là-bas aux Amériques

13 Ô Dieu ! À quand la prochaine paye
Pour enrayer tant de manques !
Les mots sont magiques oagie
Les mots sortent la réalité
De la quotidienne banalité
Et le réel devient sur-réel
À force de surnaturel
Et bonne dose de soleil
Dans le vaste ciel
La nuit
Bruit
La nuit
Noire luit
Fantasmagorie
Allégorie
Métaphores
Métamorphoses
Amphores
Osmose
Mythes
Rythmes
Son
Sont les images
Du moment
Image
Magie
Génial
Géniteur
Terreur
14
Torpeur
Stupeur

La terreur avec armes partout
Incendies enlèvements et tout
Tout le reste : pillages tueries violences
Empoisonnent de toute l’existence

Ici les mots avouent incapacité de traduire
Avec justesse tant de barbarie et saletés
Bon Dieu ! Où veut-il ce pays conduire
Le professeur avec pareille cruauté ?

Le 30 novembre 1992, ce fut la césure
Après bonne gifle nommée motion de censure
Le 3 novembre 1993, ce fut la coupure
Et le génocide, des quartiers entiers en pâture
Jetés à la soldatesque en rupture
De banc avec leur peuple fêlure
Irrémédiable adieu belle allure
De nos soldats désormais sans-allure
Les 9 et 10 décembre 1993, ce fut l’ouverture
De la grande faille la déchirure

Le pays a basculé dans sa structure
Les mentalités dans leur architecture
Que reste-t-il de notre nationale culture
Nous qui avons omis d’offrir sépultures
À nos morts qui errent âmes en peine lugubres
Sombres
Ombres dans l’ombre
Épaisse avec aux lèvres rictus de haine
Qui eut pu croire que Lissouba
Mettrait l’enfer ici-bas
En nous offrant à chaque pas
15 À chaque coin de rue le trépas
Dans les rues
Cadavres nus
Incongrus et ventrus
Les mots sont magiques
Et aussi tragiques
Les mots prouesses
Et aussi promesse
Traduisent et réussissent
Quand à bon escient
Employés et bonne conscience
Donnent à ceux qui finissent
Par mariage accomplir
Entre chemins à élargir
Et ensemble agir
Pour réussir
Les mots sont magiques oagie
Les mots ce sont aussi des sons
Rythme et mélodie
Douceur et transparence
Les mots lèvent des mondes ots créent des images
Qui abolissent distances
Raccourcissent les époques
Les mots vont au-delà du temps
Éternité
Félicité
Légèreté
Les mots vont au-delà des distances
Ubiquité
Proximité
16
Acuité
Visibilité

Les mots sont magie
L’invisible
Devient visible
L’inaudible
Bruyant et audible

Calme
Silence
Tranquille
Immobile
Serein
Sans agitation
Serein
Sidéral
Grands espaces
Où l’esprit vagabonde
Et ramène images interstellaires
Des images d’une nuit lumineuse
Pour fuir une réalité douloureuse

Voyage dans le village planétaire
Réalité que même l’imaginaire
Ne peut maîtriser en solitaire
Magie vole au secours de l’imaginaire
Les cortèges de deuil et funéraires
Sont devenus affaires trop nombreuses
Et ce pays jadis heureux
Jadis souriant et radieux
Ce jour transformé en odieuse
Image de l’enfer
Monde à l’envers
Envers du monde
17 Terre ronde
Qui roule comme une boule
En folie roule
Et charrie tristesse
Adulte naît la jeunesse
Qui n’a aucun espoir vieillesse
Atteindre… Elle caresse
Désespoir et désespérance
A quand donc tolérance
Consensus et confiance ?
18
L’ÂME DE LA POÉSIE

Des images
Des sons
Des métaphores
Des rythmes
Des allégories
De la mélodie
C’est ça la poésie
C’est ça la poésie

Images et sons
Images et musique
Sens et mots qui chantent
C’est ça la poésie

Mots enrobés qui bougent
Mots qui ont perdu le sens
Habituel et sont détournés
Retournés dans tous les sens
Mots qui dissimulent le réel
Et lèvent un monde d’images
Comparaisons allégories
Imagination plus prenante
Que la réalité qui ne traduit plus
Le monde dans sa dureté implacable
Désert
Personne dans la rue
Vermine emplit la vue
La mort rôde partout


Du fumier
Des saletés
Puanteur
19 Véhicules calcinés
La folie accompagne le Congo
Frère contre frère
Père contre fils
Amis contre amis
Que sont devenus
Les camarades d’hier ?
Était-ce hypocrisie
Ces accolades et embrassades
Hier et avant-hier
Et demain
À coup sûr demain
Sera un jour autre
Des images des sons des mots
Musique images et sens
Mélodie rythme et sens
En vérité c’est avec les mots
Que nous devons pour éviter les maux
Divers
Écrire tous nos poèmes
Même ceux qui sont peu amènes
La poésie doit sens avoir
Comme la vie doit bien pouvoir
Ensemble faire vivre les Congolais
Les mots doivent être signifiants
Et aussi et surtout édifiants
Outre qu’ils sont beaux ou laids
20
LE CONGO ÉCLATE

Hier
Nous étions ensemble pour exprimer
Notre indignation contre l’arbitraire
L’illégalité et la langue de bois

Nous étions dans la même tranchée
Pour défendre la liberté de dire
Pour défendre la liberté essentielle

Nous étions des pestiférés dont personne
N’osait s’approcher pas même les amis
Et pour cause tout le monde
Ne devrait pas périr en même temps

Nous avons souffert ensemble
Nous avons regardé la mort en face
Ensemble

Et j’ai cru que je le connaissais
Mais hélas ! Je suis ce jour contraint
Par mon humanisme trop entier
De ne pas méconnaître
La barbarie de mon frère vainqueur

Je suis contrit et mortifié d’avouer
Que je connaissais peu et mal
Mon frère et camarade d’hier

Comment avais-je pu ne pas savoir lire
Dans les plis de la pensée
De notre frère qui dès 1968
Avait déjà annoncé la couleur
Avec son concept tribu-classe
21 Comment avais-je pu cheminer à côté
D’un homme sans soupçonner qu’au pouvoir
Il serait un ogre et un génie dans l’horreur
Comment bon cavalier
Avais-je pu monter
Un cheval inconnu !
Comment bon chasseur
Avais-je pu tirer
Avec un fusil trouvé !
Ai-je bien cerné les nervis et sbires
De l’homme fort du Congo promu dieu vivant
Personnages cupides fourbes insolents ignares
Qui ont procédé à la purification ethnique
Ai-je bien traduit la foi la détermination
Le courage de tous ceux qui s’opposent
À la xénophobie à la barbarie ?
Le temps a passé
Et sous la rosée et le soleil
Le jeune arbre pousse
Et s’élance droit dans le ciel
Les nuages s’arrêtent interloqués
Les oisillons heureux applaudissent
Et le vent et l’orage
Ni même l’ouragan
Ne pourront éteindre notre ardeur
Notre ardeur à tordre le cou
À tout ce qui avilit l’homme
À tout ce qui divise les hommes
Les Congolais refusent l’abattement
Résigné l’acceptation du fait accompli
22