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Du fleuve débordant du fleuve sans retour

De
147 pages
"Quand la poésie du fleuve devient force - Force du verbe en sa toute-puissance". Ce limoneux livre-fleuve est un livre à propos d'un mouvement, une prose première, renouvelée. " La poésie est un fleuve. Un fleuve fertile - Mythique fleuve". La poésie est avant tout rythme et musique...
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Serge VENTURINI
DU FLEUVE DÉBORDANT DU FLEUVE SANS RETOUR
Poètes des cinq continents (Essai en poésie)
Postface de Philippe TANCELIN
DU FLEUVE DÉBORDANT DU FLEUVE SANS RETOUR
Poètes des cinq continents En hommage à Geneviève Clancy qui l’a dirigée de 1995 à 2005. La collection est actuellement dirigée par Philippe Tancelin La collectionPoètes des cinq continentsseulement non révèle les voix prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes qui feront sans doute date dans la poésie francophone. Cette collection dévoile un espace d’ouverture où tant la pluralité que la qualité du traitement de la langue prennent place. Elle publie une quarantaine de titres par an. Déjà parus 698 – Celso GUTFREIND,Trésor secondaire, 2017. 697 – Simon-Gabriel BONNOT,La clémence du sable,2017. 696 – Richard SOUDEE,Fleurs de la trace,2017. 695 – Andrzej WASILEWSKI,je suis et, 2017. 694 – Igor POUGOFFKHINE,Guerres d’amour. 1967-2002, 2017. 693 – Fereydoun MOSHIRI,Nous aimons donc nous sommes, 2017. 692 – Roger THIRAULT,La terre en amour, 2017. 691 – Pedro CARMONA,Sur la cendre d’un murmure, 2017. 690 – Lucas GUIMARAENS,Exil, 2017. 689 – Irina Roxana GEORGESCU,Intervalle ouvert, 2017. 688 – Michel COSSEC,On dirait_d’une vague, 2017. 687 – Krystyna LENKOWSKA,Fragment de dialogue, 2017. 686 – Abdeslam EL FARRI,Identité nomade et autres poèmes, 2017. 685 – Rémy DOR,Les quatrains de quête du Veilleur de nuit suivis deLe Veilleur de nuit niquedouille, 2016. 684 – Pierre EL SAYEGH,Racines et vents, 2016. 683 – Philippe TANCELIN,Poéthique de l’ombre, 2016. 682 – Leila ZHOUR,Une saison parfaite sous l’aile du Capricorne, 2016. 681 – François LUIS-BLANC,Des pas sur la neige,2016.
Serge VENTURINI
DU FLEUVE DÉBORDANT DU FLEUVE SANS RETOUR
(Essai en poésie) Postface de Philippe Tancelin
DU MÊME AUTEUR :
Éclats d’une poétique du devenir humain(Livre I)Éditions L’Harmattan, Paris 2000
Le sens de la terresuivi deL’Effeuillée, AphroditeÉditions Didro, Paris 2004
Odes arméniennesde Sayat-Nova (traduction avec Élisabeth Mouradian) Éditions L’Harmattan, Paris 2007
Éclats d’une poétique du posthumain(Livre II) Éditions L’Harmattan, Paris 2007
Fulguriances et autres figures(1980-2007) Postface de Philippe Tancelin Éditions L’Harmattan, Paris 2008
Éclats d’une poétique du transhumain(Livre III) Éditions L’Harmattan, Paris 2009
Éclats d’une poétique du devenir(Livre IV) (Journal du transvisible 2007-2009) Éditions L’Harmattan, Paris 2010
Avant tout et en dépit de tout(Livre dédié à Marina Tsvétaïéva)ÉditionsL’Harmattan, Paris 2010
Légende dantesquede Yéghiché Tcharents (Traduction) Éditions L’Harmattan, Paris 2010(Livre dédié àLiu Xiaobo)
Éclats d’une poétique de l’inaccompli(Livre V) Éditions L’Harmattan, Paris 2012 (Livre dédié à René Char)
Éclats d’une poétique de l’approche de l’inconnaissable (Livre VI) Éditions L’Harmattan, Paris 2013(Livre dédié à Laurent Terzieff)
Éclats d’une poétique des métamorphoses(Livre VII) Éditions L’Harmattan, Paris 2015 (Livre dédié à G.-C. Thériault)
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-12732-3 EAN : 9782343127323
Mais déjà en moi prend fin, dans des pleurs de joie, Et comme une légende d’amour, Le chant, et ainsi également était-il Pour moi-même, tour à tour rougissant et pâli, Survenu, depuis le commencement. Mais ainsi tout va. Friedrich Hölderlin,Aux sources du Danube(1800)(trad. Jean-Pierre Faye)
La poésie n’est pas la tempête, pas plus que le cyclone. C’est un fleuve majestueux et fertile. Isidore Ducasse, dit Comte de Lautréamont,Poésies(1871)
Mène-moi dans la nuit où mugit l’Ienisseï, Où le pin va se mesurer à l’étoile, Car un loup par le sang je ne suis et je sais Que seul me tuera la main de mon égal.Ossip Mandelstam (17-28 mars 1931) (trad. de S.V.)
Le fleuve emportant tout, on dit qu’il est violent, Mais nul ne taxe de violence Les rives qui l’enserrent. Bertolt Brecht,De la violence (Poèmes, vol. 5, 1934-1941) (trad.Maurice Regnaut)
*
J’ai désiré par ce livre laisser à deviner au destinataire lointain ce que pourrait être mon esthétique du devenir. — Ici, on vit dans le feu. Vrai buisson ardent. — Les mots écument, les mots moussent, ils bavent — les mots s’agitent, fermentent, fusent, ragent — d’ébullition, les mots par tous les grands chemins. S.V.
Pour Antoinette Giuliani, née Biaggi, ce livre venu avec le printemps et parti avec la fin de l’été. [début avril 2016mi-août 2016]
L’IRRÉMÉDIABLE
Media vita in morte sumus*(Liturgie byzantine)
Qu’est-ce que le devenir ?Suite d’épreuvesbrisurespassages,donc!L’intranquillerègnedeshumains,deschoses.  Désir nous meut, nous rive, nous pulvérise. Oxymorique estainsiledevenir.Discordant et dissonant. Contradictoire. Babillageinnocentdeplisetdéplis.Provisoiresnoussommes,deséphémères.Passionesttoutledevenir,feuetglace.Le fleuve est rouge et noir, parfois jaune.Le fleuve estmusique,miroir,sansretour.L’eaus’évaporera,deviendra nuageun jour, source vive sur la montagne. puis  Le re-nouvellementseperpétuera.Tragiqueestlapoésiedudevenir. Tragiqueledéchirementdel’éveillédanslatension immobile des contraires.Et si le poète est ultra-lucideil va pointant au plus complet discernement.Confié au chuchotis. Rayondel’étoile.Étranger des dieux, inconsolé des hommes.
Lepoète,l’Outrepassant,esttraversier.Luibrouillard,ninecacheninerévèle.Ilindique.Ilfaitsignesurlebûcheriltraverselesapparences,chantesachanson,avantdese déchirer et dedévoiler, levant un à un les voiles. se Ildevientespritavecletemps,l’advenir.Ilsortdufluxtouthabitéparl’étrangeet parfois devient légende de son vivant. Peunombreuxsontlescompagnonsdevoyagequiautemps résistentsurtoutunsiècle.Oronlescomptesurlesdoigtsd’uneseule main.Rares,lespetitesmusiquesdesanges.Jecroisenl’eaugrandissante,débordanteau débordement de sa toute-puissancedans l’innocence, laprésencede l’instant. Ô toi, mon énergie, ma force, ma vigueur!Ma soif de liberté. ____________________ *« Au cœur de la vie, nous sommes entourés par la mort. »
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Tropvitesedéfontparmanqued’énergiederythmeoude souffle.Dansl’existenceles êtres toujourss’effilochentdes songesavecleurinstinctdevie,leurjoieetleurbeauté.Entrerêve,réalitél’hommen’estqu’unepromesse.Indécisela chrysalide, fragile.Et le papillon n’est pas donné à chacund’aucunsdemeurentchenilles,touteleurvie.Lamaturité arriveaubed’unbeaumatind’étéellearrive,avecsonmidi quisonne.lumière du soleil aveugle La  à le regarder en face.Or les derniers cris des hirondelles brisent la limpidité, celle du soir qui tombe.petit air de la mort vient alors Le danser.Voilà !Sarabande, gigue ou rigodon.Est-elle ? !est ailée  Elle Élé !...Et en allée. — Ô vie ! Légère petite libellule.Je ne sais à quoi tu tiens, p’tite merveille !
La plume contre le plomb. La légèretécontre la lourdeur dutempsquigrève,grave.L’inlassableluttecontrelapesanteur. La danse du style.Lesilenceentrelesmots.Le combat contre le fracas du silence.Lestrous dans la dentelle, lepain couronne cequi compte, c’estletrou,disait Mandelstam. Faire émerger les ajours, faire surgirla dentelle de Bruges lagrâce.Beauté.Elleserévèled’uncorpsetd’unvêtementgrâceàguipuresetmantilles.Échafaudagesdela vieéphémère. Dèslorslevrai,lestylelèvelesvoilesetla clartéenfinapparaît,fragileelle se révèle à la lumière du jour.
Lagrandefenêtreouvertedel’espritquandl’espritvient frôler l’irreprésentable. Les femmes-oiseaux m’appellent, et sans retour j’écoute captivé le chant des sirènes. Je vais, me perdant dans le monde, éperdu. D’un battement d’ailes, fais face au risqueau grand effroi, au terrible de la beautéàtoutl’inattendu,àl’insaisissableàl’énormedelanumineuse beauté.Avantquelemasque,lemasquede la mortl’ultime, nesoitclouésurlevisage.Dansledevenir,siprécairesnous sommes.L’envoûtante étrangeté, manifeste.Les voix des autresmondess’envolentdansl’air,musique,rythmespremiers de la nature.Et quand le corps s’en va, seul le cœur demeure. Le feu cingle.Nous sommes lacontra-diction.
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Paris, début avril 2016.
Au milieu du verbe, et en pointe, il va.Il est en chemin et par nappes sonoresil avance, s’étend, s’étale, se déploie.Recouvre sa musique. Mais il augmentesa force renverse du souffle, elle jette à terre aussi. Il sait se propager et se prolonger, il s’amplifie et s’élargit.Il s’accroît, couvre de son ombre une partiede la terre, sel de la langue, retournée. elle est à l’image du ruisseau. Chantournée,  Et de son souffle, il repousse l’alarmetoute mélancolie. Il les écarte et ainsi les éconduit.De bonté, il panifie, rien qu’à l’odeur. Seulecompte pour lui la mise en clartéd’un mot avec l’autre, le non-dit de leur marge et de leurs contours. Puissancedeson verbe au soulèvement !Or il déroute et il égare parfois,  il s’égare aussi. Il ne recèlepas chemins d’avancetracés.Insaisissable.Filsd’Hermès, ilfourvoiesurde fausses pistesregards de ceux qui de trop près le suivent. les la Aussi, plupart du temps, il désoriente.Révéler d’autres chemins.Voir d’autresmondes.Ainsi,ilobligel’autreauchangement constantdelapensée.Àl’épreuvede l’éphémèreglissando. Oui,ilestl’incendie.Ilnes’appartientplus.Aufeu,ilappartient,ilestcontemporainilestcontemporaindepersonne d’autre.appartient donc à tous les temps, les siècles. Il Vivant, sa propre légende l’adessaisi. L’Outrepassant, un possédé que sa langue dépossède. Il est encore d’hier, il est déjà d’aujourd’hui et il sera toujours dedemain matin. Peu lui chaut que la poésievole sa mort. Il était, il est et il lui sera. Toujourslà,àsonétabli,en traind’excaver sa parole. Homme raffinéil bricolera, grotesque et farcesque. Hérétique,hommedurefus,le bûcherne le consumera pas mais il allumerades bûchers. Homme de terre et de limonhommedeventsetd’air,s’ilestaussihommefeu, de du l’esprit, il est encore nuageet brume, lui l’éveillé est guetteur d’aubesentrerêve,réalité,ilémergepasseurdutransvisible.Dans les mondes du terrible, tout n’est plus pour  le médium que musique et sons dérivants. Des voiles se déchirentetdesmotsviennentsur la pointe des pieds font leurtohu-bohu.Plongerdanslesgouffresn’embrasequ’uninstant.
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