Éclats d'une poétique des métamorphoses

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Chacun n'est t-il pas un livre de métamorphoses ? Le Livre VII est l'ultime volume d'Éclats de Serge Venturini. Poète du devenir humain, il écrit dans le devenir de la poésie. La poésie philosophique de ce poète libertaire est en lutte contre les conformismes. Elle cherche l'éclatement des genres et n'éclaire que par renversements. Puissent ces Éclats par leur silence faire de muets tumultes, dialoguer avec les disparus et bousculer ainsi quelques sur-vivants.
Publié le : vendredi 4 décembre 2015
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EAN13 : 9782336398228
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654
Serge Venturini
Suis-je invisible ? — Je suis transvisible. — Qui suis-je ?
Je suis Serge Venturini. En fantôme vous me verrez réapparaître.
— Car je suis un revenant. — Lecteur de moi-même, traducteur de
moi-même, il m’arrive souvent de traduire l’autre, — les autres.
J’habite ma terre la langue. — Pays qui à personne n’appartient.
La terre m’est trop étroite. — Et le ciel aussi. Entre ces deux Éclats
mondes, là est surtout mon énergie, mon royaume, ma voyance.
— Ma sur-vie. Œuvres d’une po Étique
complètes Chacun n’est-il pas un livre de métamorphoses ? es m Étmorphoses
Le Livre VII est l’ultime volume d’Éclats de Serge Venturini.
Sous-titre
Ce treizième ouvrage, livre des métamorphoses de cet
homme-volcan, a été écrit après la Poétique de l’approche de LV re V
l’inconnaissable (2013). Cette Poétique des métamorphoses
parachève donc l’unité de l’ensemble d’une œuvre commencée
en 1976.
Poète du devenir humain, il écrit dans le devenir de la poésie. 2013-2015
La poésie philosophique de ce poète libertaire est en lutte
contre les conformismes. Elle cherche l’éclatement des genres
et n’éclaire que par renversements. Puissent ces Éclats par leur
silence faire de muets tumultes, dialoguer avec les disparus et
bousculer ainsi quelques sur-vivants.
Serge Venturini est né à Paris en 1955.
« Nuage rouge », comme on le surnomme,
est l’auteur de plus d’une douzaine
d’ouvrages de poésie philosophique. Traduc teur
de Sayat-Nova et de Yéghiché Tcharents,
il dirige, avec son épouse Élisabeth
Mouradian, la collection « Lettres
arméniennes » aux Éditions L’Harmattan.
Professeur de Lettres en zone d’éducation prioritaire dans le
Val654d’Oise, il est aussi défenseur de la cause arménienne et de l’Artsakh ;
Serge Venturini est PNG, persona non grata, en Azerbaïdjan.
Photo : Alain Quillévéré
ISBN : 978-2-343-07831-1
18 e
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Poètes des cinq continents
Serge Venturini
L Vre V
Éclats
Poètes des cinq continentsÉCLATS
D’UNE POÉTIQUE
DES MÉTAMORPHOSES

































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07831-1
EAN : 9782343078311 SERGE VENTURINI
ÉCLATS
D’UNE
POÉTIQUE
DES
MÉTAMORPHOSES
(2013-2015)
LIVRE VII DU MÊME AUTEUR :
Éclats d’une poétique du devenir humain (Livre I)
Éditions L’Harmattan, Paris 2000
Le sens de la terre suivi de L’Effeuillée, Aphrodite
Éditions Didro, Paris 2004
Odes arméniennes de Sayat-Nova
(traduction avec Élisabeth Mouradian)
Éditions L’Harmattan, Paris 2007
Éclats d’une poétique du posthumain (Livre II)
Éditions L’Harmattan, Paris 2007
Fulguriances et autres figures (1980-2007)
Postface de Philippe Tancelin
Éditions L’Harmattan, Paris 2008
Éclats d’une poétique du transhumain (Livre III)
Éditions L’Harmattan, Paris 2009
Éclats d’une poétique du devenir (Livre IV)
(Journal du transvisible 2007-2009)
Éditions L’Harmattan, Paris 2010
Avant tout et en dépit de tout (Livre dédié à Marina Tsvétaïéva)
Éditions L’Harmattan, Paris 2010
Légende dantesque de Yéghiché Tcharents (Traduction)
Éditions L’Harmattan, Paris 2010 (Livre dédié à Liu Xiaobo)
Éclats d’une poétique de l’inaccompli (Livre V)
Éditions L’Harmattan, Paris 2012 (Livre dédié à René Char)
Éclats d’une poétique de l’approche de l’inconnaissable
(Livre VI)
Éditions L’Harmattan, Paris 2013 (Livre dédié à Laurent Terzieff) Le feu le plus couvert est le plus ardent.
Les Métamorphoses, IV
Lorsque les vents soufflants tiennent les flots,
on ne peut les empêcher, toute la terre est à leur merci,
toute la mer : ils abîment même les nuages du ciel
et remuent des feux rouges sous leurs coups sauvages.
Les Métamorphoses, XI
Ovide, 43 av. J.-C. — 18 apr. J.-C.
*
L’obsession de la moisson et l’indifférence à l’Histoire
sont les deux extrémités de mon arc.
René Char, 1952
*
Est-ce l’imagination créatrice ou cette force de vie,
cette énergie de l’espoir dans le désespoir, du chant
dans le désenchantement, du souffle, de la respiration du vivre
qui rendent beau chaque instant qui éconduit la mort ?
Philippe Tancelin, 2013
*
à
Gilles-Claude Thériault
le donneur de voix,
grand passeur
de secrets partages,
le cher Brayon
du comté de Madawaska
du Nouveau-Brunswick
5 Or donc, quand je suis visible, c’est pour mieux voir l’invisible.
Et arracher quelques mots au silence, — dont je suis l’un des
maîtres. Ce qui est dans l’élucidation des signes : le dévoilement
de la vision.
Début mars 2013
(1)
*
Je me suis lavé de nuit. J’ai mis mes habits de lumière. — Écrire.
(2)
*
Ce qui demeure, entre les mots, quand les voix chères se sont
tues. C’est cette clarté venue d’haut-delà. Fleur du silence pour
quelques mains. — Énigme, elle surgit d’entre les mots après
avoir outrepassé les ténèbres, — les siècles.
(3)
*
Premières lueurs à l’orient. — La diamantine en ses éclats.
— Rouge est le fond de l’air sur l’horizon. — L’aurore !
(4)
*
Ce qui s’échappe et que nul ne peut retenir. Pas même les tyrans.
— Libre. — Abandonnée. — La parole souveraine.
(5)
7 Or, quelque chose de noir circule entre les pôles. Tout s’éclaire
pendant quelques instants seulement. — Tonitruantes sirènes de
bateau. Puis, tout se fond dans le noir. — Coule dans la nuit.
(6)
*
Tu vois ce que les autres ne voient pas ou refusent de voir.
— Tcharents décapité, à l’âge de quarante ans, dans sa patrie
amputée. Le poète atrophié de son Pays Naïri mutilé. Tu es
vision ou tu n’es pas. — Ainsi regardes-tu ton éthique de poète.
(7)
*
Je marche dans les ruines de la langue. — À quand les
déblaiements ? Le bleu de Prusse, rompu, — éclaté, laisse percer de
roses plis charnels. — Seules de multiples métamorphoses nous
sauveront du néant. Bleu du matin. Pérégrin. — Tintinnabulant.
(8)
*
Quand je suis arrivée, la porte était ouverte, dit-elle. — La mort
rôde. Il est parti dans les profondeurs. La mort en permission.
Un homme est descendu de la montagne pour s’occuper de moi.
La mort s’approche. Je suis comme une princesse au paradis.
Tous les oiseaux chantent. Tout à coup, son visage s’est noirci.
— Or, toutes les portes, sans bruit, se sont ouvertes. — Merci.
(9)
*
Le non-être est, le non-existant existe. Et, je tends de plus en
plus à croire en un transinespéré, à penser en un transinattendu,
— à ce quelque chose de tournoyant entre le « mè ontôs on » en
grec, le moindre être ou non-être fantomatique, et le noyau de
l’être, dans l’ici et maintenant dans l’indicible.
8 Toute vision est transmentale ou rien. — Je m’y jette comme
Œdipe qui voulant fuir son destin s’y précipite. Vivant à
contreillusion. Le silence. — À vous percer les oreilles et fracturer les
tympans. J’ai veillé ma mère, comme on veille une morte.
— Pendant toute la nuit.
(10)
*
Oui, les coquelicots sont de retour. — Clarté blanche au-dessus
de l’étang du Chjurlinu. Les nuages de l’aube couleur du mercure
fuient vers l’horizon. Des roses épanouies ploient sous la pluie.
Puis, d’un coup, la violence noire du soleil brûle. — Midi.
(11)
*
Le soleil est une rose en cette nuit étoilée. Une rose envolée
avec ses pétales meurtris. — Seul le parfum demeure, silence
après une musique, gouttelettes de rosée dans l’obscur, cirrus
abandonnés aux vents de l’histoire. — Tu le sais bien, tu ne
pourras traduire ce silence avec les sabots des mots. — Ne
t’aventure pas sur ce chemin d’épines. Tu es en retrait. Et, même
si ton cœur se fend. — En retrait. — Retrait. —
(12)
*
Les roses te regardent avec leur poids de mystère. — Tu ne vois
que les pétales à terre. — Les yeux clos d’un parfum que le vent
bouscule avec allégresse. Quelqu’un marche sur les fleurs. Tu
mâchonnes un cigare. La couronne d’épines brûle le chant du
1rossignol. — Le vent tombe avec le crépuscule, a l’attrachju.
Tu rentres. — L’heure des spectres. — Larmes. — Mélancolie.
(13)

1 « à la brune » en langue corse.
9 Dans les arbres de roses, les fleurs sont des pétales rouge sang.
— Tant de travail. Tant de souffrance. Pour rien ? Or, le regard
brûle d’incandescence. — Ardente braise. Elles interrogent le
passant sur le pourquoi des choses. Le limpide ciel bleu est
trompeur. Il ne cache que du noir. De l’amertume. — Celle de
l’acerbe et lucide liberté de conscience. Mais le rire l’emporte !
— Le rire ô combien salvateur.
(14)
*
ROSERAYURES
pour Maryse Innocenti
— Le portail est ouvert. Seuls les merles nous accueillent. Un
merle fait son nid dans un grand et vieux rosier. Les chats ne
viendront pas chercher dans les épines. — Les fleurs ne voient
que l’absence, tombent les pétales, renaissent roses et parfums.
— Les saccages du vent et les désastres de la nuit n’y feront
rien. Souffle la brise de mer et ses baisers de sel. Sonnent les
cloches au lointain. — Sonne une heure oubliée. Or la nuit, la
maison est plus vide que le jour. L’infinie nostalgie de la
présence s’écaille. De nouveau chante le coq. Mais la porte reste
fermée. — Elle ne viendra plus goûter aux premières cerises. Et
quand la porte s’ouvre, tous les spectres s’affairent; braise
ardente, silhouette agitant ses balais. — Dans les appels d’air
tourbillonne l’invisible. Mais quand une porte claque, pour un
instant, elle revient. Son compagnon solitaire tourne en rond,
piétine. — Les rosiers, vous pouvez les couper tous ! crie-t-elle.
Un soir, le vent trancha un des rosiers. — Un signe. — Celui
qui perd sa raison perd sa maison. Il ne désire qu’une chose. —
Partir. — Peu importe où.
(15)
*
10 CHUCHOTIS À L’ÉTOILE
pour Elsik
Je viens d’un monde étrange,
où rien n’est étranger.
Je m’envole vers là où
pas encore je ne suis.
Je suis le rayon d’or
qui à toi me conduit.
— Or, sans être vu de
personne, je découvre :
la formule de la fleur
et la loi de l’étoile.*
Je vais où le rayon
est allé pour te voir.
Car tel est mon désir,
loin de tout soleil noir.
Je suis un rayon que
l’on poursuit à la trace.
— Apprends donc de l’éclat
et rayonne dans l’espace !
— Fluides harmoniques,
transportez les désirs !
Le silence est musique
dans ce monde de l’étrange.
Les morts parlent aux vivants,
quand ils sont de doux anges.
(16)
*
______________________________
* Marina Tsvétaïéva, 14 août 1918.
11 Un couteau sous la gorge, — ils exigent que tu chantes.
(17)
*
Le nom divin, comme un oiseau immense
s’est échappé de ma poitrine,
devant moi les volutes d’un épais brouillard,
et derrière moi une cage vide.
Ossip Mandelstam, Tristia, 1922
— Non, tu es de demain matin, tu sais que dans le futur, fait de
glace et d’illusion, là où règnent les fantômes, tu es déjà fantôme
toi parmi les fantômes. — Les revenants, c’est nous ! Car le futur
nous appartient, dis-tu. Sans doute, nous appartenons au futur
des hommes.
— Tu reviendras, tu deviendras en plein soleil. Et les verrous
sauteront. L’un après l’autre. Tu passes à pas d’oiseau. — Haut
rire. — Jusqu’à trépas. De l’avenir, nous sommes les démiurges
vivants. — Nous avons la force, le souffle de voir demain.
— De regarder demain jusqu’au tréfonds des yeux.
(18)
*
12 STANCES
L’éclosion aime le retrait.
Héraclite d’Éphèse
pour Michel Perfetti (1953-2013)
— Né les yeux ouverts
tu ne peux plus les fermer
La puissance de ton verbe
affole les conteurs —
— Enfonce ton clou au-delà
des magnétiques nuits —
Or des aurores brûlent tes yeux
les nuits d’insomnie
Le pas lourd et traînant
sur le gravier du rêve
La main de ta mère
de ta somnolence te tire
Aux yeux de l’éveilleur
seul compte le brasier
— L’œil outrepassant
la vision vers l’avenir —
Les belles-de-nuit plantées
de tes mains sont fragiles
Elles dansent avec la brise
et à l’aube te rendent grâces
— Les violettes et mauves
campanules vibrent dans l’or —
L’odeur nocturne des jardins
— monte des j sam ns
13
??Le tocsin — le tonnerre
font tout trembler la terre
Les rosiers te griffent —
comme Rainer Maria Rilke
Du profond de la terre
surgit — la voix des morts
Des vagues d’odeurs — d’ondes
— l’eau te vient à la bouche
Tu es taureau — vieux bouc
tu passes avec les songes
Son sexe de pénombre —
à saveur d’ail — d’écume
Haut — un aigle glatit —
dans la transparence bleue
— Fini est le temps
où Marthe filait — Elle brode
Cette nuit j’ai émigré
sur une étoile lointaine —
— Ton cri résonnera
encore dans dix siècles
(19)
*
BALLATA
À sbuccera, ritiru preme.
Eraclide l’Efesianu
— Natu ochji aperti
ùn li podi più chjode
A forza di a to parolla
scimisce i cuntadori —
14 — Ficca u to chjodu al dilà
di e notte magnetiche —
Ti frighjenu l’ochji l’albori
di e to notte sveghjule
U passu pisiu trascinoni
Nant’a gravetta di u sonniu
A manu di mammata
di a sveghja ti trae
Solu conta u focu
à l’ochji di u svegliadore
— L’ochju trafranchendu
a visione di l’avvene —
Dilicate sò e belle di notte
da e to mane poste
Ballanu cù u ventisgiolu
è à l’alba ti ringrazianu
— Viole è malbe campanelle
trimuleghjanu in l’oru —
U muscu nutturnu di l’orte
— colla da i ghjasmini
A ciccona — a saetta
facenu sutrinnà a terra
A sgrinfianu i rusulaghji —
cum’è Rainer Maria Rilke
Da u prufondu di a terra
sorge — a voce di i morti
Mosse d’omachi — d’onde
— l’acqua ti vene in bocca
15 Toru sì — beccu lanzanu
passi incù i sonnii
U so sessu d’ombralume —
à gustu d’agliu — di schjuma
Quassundi — un’acula strita —
in a tralucenza turchina
— Hè compiu u tempu chì
Berta filava — Riccama
Stanotte mi sò spaisatu
nant’una stella luntana —
— Ribomberà u to mughju
durante dece seculi torna
(20)
(Traduction en langue corse : Jean-Baptiste Giacomoni)
*
CE QUELQUE CHOSE D’OBSCUR
Je ne suis plus de ces royaumes. Je n’appartiens — ni à la terre
ni au ciel. J’habite l’espace, — celui que j’ai déjà quitté. Je suis
un briseur de cercles, l’univers m’est trop étroit, je suis multivers.
— Allez ! point ne m’attendez. — Je suis déjà plus loin que ce
vos yeux voient !... J’entends juste, juste ma force, ma force
d’être. — Celle qui me tient debout. Je refuse la chaise de votre
monde d’Assis. — Tout hurle autour ! Or le vent grogne et
toujours vous restez sourds. Cent mille morts n’émeuvent plus
personne. Ne l’entendez-vous donc pas ce vent qui mugit ?
D’assauts en assauts. Oh ! j’aime tant sa puissance et son histoire.
Sa mémoire. Ah! ces hautes vagues briseuses d’échines. Ces
vagues tueuses. — Les Assassines ! Quand le bleu de la mer se
mêle au sang des hommes. Je crois aux grandes forces de
l’invisible. À cet incandescent brasier, à l’or des mots. — À ce
brasier grondant, au feu de l’horizon. Dès lors tu n’es plus
qu’un seul mot — l’incandescence.
(21)
16 Vivre le temps d’un éclair — dans l’éclair du temps. Or quand la
foudre tout gouverne, tout est combat. — Et quand la vision est
première, — rythmes je suis. Si l’avenir est aux fantômes, alors
j’en suis. Revenants ! — L’avenir est aux transvisibles.
(22)
*
TOUT N’EST QUE ROUGE VISION
ROUGE VISION NOIRE VISION
Pas la peine il y a le vent et l’état de veille.
Samuel Beckett (1906-1989), Poèmes, 1968
— Mon œil intérieur regarde l’invisible. Une lumière s’allume
sur mes lèvres qui remuent. Un vent soufre fait battre portes et
fenêtres. — Pieds nus sur la terre tu marches. — Et vers moi tu
viens. — Tu bouges tu es la terre noire et la terre pourpre. Tu
remues et tu te retournes tu te soulèves. Ton odeur de musc
affole l’aile de mes narines. Yeux fermés yeux ouverts — tes
seins débordent de lait. Tes lunes tes melons la nuit vagabondent.
— Je suis le dieu Baal tu es Anaïtis. — Or dans le clair-obscur
je vois l’entrevoyure. Ma langue acide feu ardent est aimantée.
Je tire tes cheveux en arrière. Tu griffes ma peau. Cœur féroce
cœur sauvage tu brûles à l’unisson. Le feu central consume il
couve — il irradie. Carmin tes lèvres éclairent l’aurore d’une
blessure. Tu portes dans ton ventre le monde dans son entier.
Ton sang lourd et précieux roule des étoiles de mer. — Nos
rires légers tourbillonnent et carillonnent. Sauvage la terre louve
nous aime un peu ce matin. — Toi aussi tu es la vie et tu es la
mort. — Ton visage apparaît sur les toits de Paris. — Au-dessus
des cheminées. — Tout n’est que vision. Une lumière s’éteint
dans ma bouche ensanglantée. — Mon œil intérieur dort, s’enface
au visible. De feuilles la cour est jonchée. — Le vent est tombé.
(23)
*
17

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