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Élégies crépusculaires
Bellarmin Moutsinga
Élégies crépusculaires Poèmes
Préface de Grégoire Biyogo
Nous sommes conscients que quelques scories subsistent dans cet ouvrage. Vu l’utilité du contenu, nous prenons le risque de l’éditer ainsi et comptons sur votre compréhension.
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54167-2 EAN : 9782296541672
Préface aux Elégies crépusculaires: Les étincelles foudroyantes de la Lyre. par Grégoire Biyogo, précurseur du mouvement de l’Ecole de Libreville. 1. LesEquatoriales étaient une promesse précoce, dont l’oiseau angélique déployait des ailes profondément éprouvées par l’infortune. C’est que déjà, le dire marchait dans la grande tourmente des mots abusivement interdits par les mensonges du temps. Promesse qu’allaient raviver le recueil suivant,… Entre les deux, un troisième texte poétique, rigoureusement en mutation,Mots d’Exil, égrenés comme une sonate révoltée, où le séjour parisien du poète, en dépit de ses espoirs radieux, dévoile sa complainte exilique. 2. Puis vinrent lesElégies crépusculaires,le long poème transgressif, en saccade,texte de maturitéla Bile libérant noire de la Muse du soir, la passagère de la planète de Saturne, incompressible, revêtue de son voile sombre, à la manière du Diable dansAmadeus Mozart, réclamant au musicien prodigieuxLe Requiemqui, ironie du sort, allait accompagner le poète agonisant au fond de la terre. Un poème long, rythmé en mouvements irréguliers, dans un diallèle où la Nuit est sans cesse pourchassée par la lente convulsion des poèmes-prières. Il eût fallu un poème gageant la nouveauté et la fraîcheur d’une vision pour dire les attentes longues, insupportables, agoniques mêmes, d’une liberté espérée de tout le continent africain jusqu’à sa lointaine Diaspora, depuis déjà des âges. 60 ans de libertés différées. Toujours évanescentes, cruelles, imprenables libertés jetant au visage révulsé de ces peuples lourdement éprouvés par l’Histoire, des flots de malheurs, des flots de misères, où s’attarde étrangement le
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mode inique et carcéral, ravageant la dignité humaine au lieu où les vies portent à jamais les visages tronqués, ravalés au rang de « cochons sauvages », dont le deuil hante à jamais la proscription dans un monde qui lui restera fermé. Un monde incorrigiblement sectaire, appauvrissant, où pleuvent solitude et tristesse :« Je marche seul et triste en ce monde qui va vite ».3. Dans ce monde dé-fait où lesElégiesmartelées sont par le rythme précaire des jours despotiques, que sont bafoués les droits élémentaires des peuples, les grands opposants heurtés, et les faibles impitoyablement écrasés. Partout, marchent des douleurs, appuyées en cela par les implorations langoureuses du poète adressées au Très Haut lui-même, recours ultime de la poésie, sollicitant son énergie, sa justice, ses foudres incandescentes et ses flammes apocalyptiques, pour enterrer ce temps bradé où plus rien de grand n’a pu voir le jour depuis déjà longtemps. 4. Et n’est-ce pas déjà mourir que de vivre en cette heure consternée où tout soudain se meurt, recouvert d’une épaisse buée d’obscurité. Nul ici n’y survit si ce n’est par miracle :« seul mon cœur continue de battre au milieu des ténèbres glacées ». 5. Une poésie déchirée, déchiquetée, où tout s’enfonce dans le gouffre de la mort. Pourtant, quelque espoir fou sourd au creux de ses abîmes où des vers limpides, traversés de long en long par des sons de cloches, rendent des sanglots aux éclats proprement lumineux :« Les étoiles éteintes se rallumeront c’est là toute ma foi ». 6. Mais sur quoi asseoir une telle espéranceindéracinable au milieu de la tempête ?Qu’est-ce qui en effet peut présumer des lendemains autres ? Sur quelle espèce de mystère rattacher l’espoir si ce n’est cette vieille idée de perfectibilité des hommes qui nous est venue du siècle des Lumières, et que goûte assez le poète, en dépit de
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horizon mortifère qui prévaut :toujours cette« J’ai faiblesse légendaire de ne point désespérer de l’homme ». 7. Idée rousseauiste magistrale, qui tient qu’en l’homme, toujours se trouve une part de bienfaisance, que corrompt hélas la société. En quoi le poète-philosophe a recouru au contrat pour en surmonter la contradiction.8. On peut alors comprendre l’origine de cette composition transparente, souvent juste et sobre, élaborée jusque dans ces gémissements comme jamais auparavant chez ce poète gabonais. C’est que, par-dessus tout, cette poésie estinterlocutoire, de part en part bakhtinienne, fraternelle, où l’Appel des autres grelotte et fait corps avec le poème, qui hèle les poètes exilés, salue les combattants de la liberté martyrisés, et les nouveaux misérables sortis d’on ne sait quelle catacombe, qui soliloquent comme des fous. Puis, dans cette hymnologie noire, la voix en soft du poète redit à tous ces « frères » privés de liberté et de paix, le rôle rédempteur de la poésie, qui seule ravive l’espérance éteinte par le monstre d’une Histoire bêlant comme atteinte d’une effroyable « malédiction ». A la manière des écrivains congolais naguère, le verbe devient alors chair dialogique, économie de dictions chaleureuses, qui s’enflamment, ne décolèrent pas, parlent aux lecteurs, et surtout à la communauté des écrivains, interpelle, debout, marchant sur des braises, invitant les uns et les autres à braver la tourmente des jours. A résister aux vagues géantes des océans, tumultueuses et agitées. D’où une poésie réfléchissant sur elle-même, sur la déraisonnable furie de l’Histoire retournée en une douce colère des mots. 9. Titre senghorien s’il en fut, lesElégies crépusculairesdevaient aborder une foule de questions, à commencer par celle de l’identité métisse, découvrant derrière la voix du poète celle de l’écrivain, du critique, de l’universitaire assumant sa double identité gabonaise dont il traverse les
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lambeaux de mort, et française dont le côté « latin » est nommé sans se départir de la douleur des héritages. Cette voix débat non sans sincérité comme avec Césaire dans le grand livre duCahier, avec l’Histoire coloniale, postcoloniale, ses travers, ses violences, ses échecs, par une composition hachée, ponctuée de vers libres, où se déclare la langue nouvelle du poète, qui en épanouit l’ignition sans toujours en apaiser les relents de fureur et ces longue colères nées des noirs présages que ressent le poète : J’ai peur du crépuscule qui de son linceul hypocrite enveloppe la nation 10. Puis le Sud esthétique ou l’esthétique du Sud. Sud des grandeurs perdues, puis retrouvées par l’art. Le Sud est chanté dans la densité de sa souffrance et la magnificence de sa prosopopée, l’humour subtil de son luth toujours enragé, sa tradition de résistance, ses grandes figures de proue, et par-dessus tout, sa tradition de déclamation poétique galvanisée. On devra se rappeler en effet que le Sud-Gabon, terre natale de Bellarmin Moutsinga, est aussi l’un des berceaux de la poésie écrite gabonaise, avec la voix révolutionnaire de Pierre Edgar Moudjégou, le poète gabonais diamanté de la première heure, à la langue sculptée, aux berceuses brûlantes, fumantes, suite au mugissement des implosions cataclysmiques. C’est aussi le Sud du grand Prix littéraire d’Afrique Noire, le Sud de l’artiste musicienne à cause et la voix enjouée, le Sud terminal de la contestation politique des derniers leaders... 11. Ensuite des chants croisés, la Mère, mage des mages, l’Amour, toujours divin et inconsolé, les rêves du matin toujours dérobés et les attentes inachevées. 12. Puis la chute du recueil, escarpée, tourbillonnaire, et à
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