Elégies crépusculaires

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Elégies crépusculaires, long poème transgressif, rythmé en mouvements irréguliers, dans un diallèle où la Nuit est sans cesse pourchassée par la lente convulsion des poèmes-prières.
Publié le : mardi 1 février 2011
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EAN13 : 9782296455573
Nombre de pages : 88
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Élégies crépusculaires

Bellarmin Moutsinga






Élégies crépusculaires
Poèmes





Préface de Grégoire Biyogo












































Nous sommes conscients que quelques scories subsistent
dans cet ouvrage.
Vu l’utilité du contenu, nous prenons le risque de l’éditer ainsi et
comptons sur votre compréhension.




© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54167-2
EAN : 9782296541672

Préface aux Elégies crépusculaires :
Les étincelles foudroyantes de la Lyre.

par Grégoire Biyogo, précurseur du mouvement de l’Ecole
de Libreville.

1. Les Equatoriales étaient une promesse précoce, dont
l’oiseau angélique déployait des ailes profondément
éprouvées par l’infortune. C’est que déjà, le dire marchait
dans la grande tourmente des mots abusivement interdits
par les mensonges du temps. Promesse qu’allaient raviver
le recueil suivant,… Entre les deux, un troisième texte
poétique, rigoureusement en mutation, Mots d’Exil,
égrenés comme une sonate révoltée, où le séjour parisien
du poète, en dépit de ses espoirs radieux, dévoile sa
complainte exilique.
2. Puis vinrent les Elégies crépusculaires, le long poème
transgressif, en saccade, texte de maturité libérant la Bile
noire de la Muse du soir, la passagère de la planète de
Saturne, incompressible, revêtue de son voile sombre, à la
manière du Diable dans Amadeus Mozart, réclamant au
musicien prodigieux Le Requiem qui, ironie du sort, allait
accompagner le poète agonisant au fond de la terre. Un
poème long, rythmé en mouvements irréguliers, dans un
diallèle où la Nuit est sans cesse pourchassée par la lente
convulsion des poèmes-prières. Il eût fallu un poème
gageant la nouveauté et la fraîcheur d’une vision pour dire
les attentes longues, insupportables, agoniques mêmes,
d’une liberté espérée de tout le continent africain jusqu’à
sa lointaine Diaspora, depuis déjà des âges. 60 ans de
libertés différées. Toujours évanescentes, cruelles,
imprenables libertés jetant au visage révulsé de ces
peuples lourdement éprouvés par l’Histoire, des flots de
malheurs, des flots de misères, où s’attarde étrangement le
5mode inique et carcéral, ravageant la dignité humaine au
lieu où les vies portent à jamais les visages tronqués,
ravalés au rang de « cochons sauvages », dont le deuil
hante à jamais la proscription dans un monde qui lui
restera fermé. Un monde incorrigiblement sectaire,
appauvrissant, où pleuvent solitude et tristesse : « Je
marche seul et triste en ce monde qui va vite ».
3. Dans ce monde dé-fait où les Elégies sont martelées
par le rythme précaire des jours despotiques, que sont
bafoués les droits élémentaires des peuples, les grands
opposants heurtés, et les faibles impitoyablement écrasés.
Partout, marchent des douleurs, appuyées en cela par les
implorations langoureuses du poète adressées au Très
Haut lui-même, recours ultime de la poésie, sollicitant son
énergie, sa justice, ses foudres incandescentes et ses
flammes apocalyptiques, pour enterrer ce temps bradé où
plus rien de grand n’a pu voir le jour depuis déjà
longtemps.
4. Et n’est-ce pas déjà mourir que de vivre en cette
heure consternée où tout soudain se meurt, recouvert
d’une épaisse buée d’obscurité. Nul ici n’y survit si ce
n’est par miracle : « seul mon cœur continue de battre au
milieu des ténèbres glacées ».
5. Une poésie déchirée, déchiquetée, où tout s’enfonce
dans le gouffre de la mort. Pourtant, quelque espoir fou
sourd au creux de ses abîmes où des vers limpides,
traversés de long en long par des sons de cloches, rendent
des sanglots aux éclats proprement lumineux : « Les
étoiles éteintes se rallumeront c’est là toute ma foi ».
6. Mais sur quoi asseoir une telle espérance indéracinable
au milieu de la tempête ? Qu’est-ce qui en effet peut
présumer des lendemains autres ? Sur quelle espèce de
mystère rattacher l’espoir si ce n’est cette vieille idée de
perfectibilité des hommes qui nous est venue du siècle des
Lumières, et que goûte assez le poète, en dépit de
6horizon mortifère qui prévaut : « J’ai toujours cette
faiblesse légendaire de ne point désespérer de l’homme ».
7. Idée rousseauiste magistrale, qui tient qu’en l’homme,
toujours se trouve une part de bienfaisance, que corrompt
hélas la société. En quoi le poète-philosophe a recouru au
contrat pour en surmonter la contradiction.
8. On peut alors comprendre l’origine de cette
composition transparente, souvent juste et sobre, élaborée
jusque dans ces gémissements comme jamais auparavant
chez ce poète gabonais. C’est que, par-dessus tout, cette
poésie est interlocutoire, de part en part bakhtinienne,
fraternelle, où l’Appel des autres grelotte et fait corps avec
le poème, qui hèle les poètes exilés, salue les combattants
de la liberté martyrisés, et les nouveaux misérables sortis
d’on ne sait quelle catacombe, qui soliloquent comme des
fous. Puis, dans cette hymnologie noire, la voix en soft du
poète redit à tous ces « frères » privés de liberté et de paix,
le rôle rédempteur de la poésie, qui seule ravive
l’espérance éteinte par le monstre d’une Histoire bêlant
comme atteinte d’une effroyable « malédiction ». A la
manière des écrivains congolais naguère, le verbe devient
alors chair dialogique, économie de dictions chaleureuses,
qui s’enflamment, ne décolèrent pas, parlent aux lecteurs,
et surtout à la communauté des écrivains, interpelle,
debout, marchant sur des braises, invitant les uns et les
autres à braver la tourmente des jours. A résister aux
vagues géantes des océans, tumultueuses et agitées. D’où
une poésie réfléchissant sur elle-même, sur la
déraisonnable furie de l’Histoire retournée en une douce
colère des mots.
9. Titre senghorien s’il en fut, les Elégies crépusculaires
devaient aborder une foule de questions, à commencer par
celle de l’identité métisse, découvrant derrière la voix du
poète celle de l’écrivain, du critique, de l’universitaire
assumant sa double identité gabonaise dont il traverse les
7lambeaux de mort, et française dont le côté « latin » est
nommé sans se départir de la douleur des héritages. Cette
voix débat non sans sincérité comme avec Césaire dans le
grand livre du Cahier, avec l’Histoire coloniale,
postcoloniale, ses travers, ses violences, ses échecs, par
une composition hachée, ponctuée de vers libres, où se
déclare la langue nouvelle du poète, qui en épanouit
l’ignition sans toujours en apaiser les relents de fureur et
ces longue colères nées des noirs présages que ressent le
poète :

J’ai peur du crépuscule
qui de son linceul hypocrite
enveloppe la nation

10. Puis le Sud esthétique ou l’esthétique du Sud. Sud des
grandeurs perdues, puis retrouvées par l’art. Le Sud est
chanté dans la densité de sa souffrance et la magnificence
de sa prosopopée, l’humour subtil de son luth toujours
enragé, sa tradition de résistance, ses grandes figures de
proue, et par-dessus tout, sa tradition de déclamation
poétique galvanisée. On devra se rappeler en effet que le
Sud-Gabon, terre natale de Bellarmin Moutsinga, est aussi
l’un des berceaux de la poésie écrite gabonaise, avec la
voix révolutionnaire de Pierre Edgar Moudjégou, le poète
gabonais diamanté de la première heure, à la langue
sculptée, aux berceuses brûlantes, fumantes, suite au
mugissement des implosions cataclysmiques. C’est aussi
le Sud du grand Prix littéraire d’Afrique Noire, le Sud de
l’artiste musicienne à cause et la voix enjouée, le Sud
terminal de la contestation politique des derniers leaders...
11. Ensuite des chants croisés, la Mère, mage des mages,
l’Amour, toujours divin et inconsolé, les rêves du matin
toujours dérobés et les attentes inachevées.
12. Puis la chute du recueil, escarpée, tourbillonnaire, et à
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