En Quercy, l’été

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Léon Cladel — Le Parnasse contemporain, IIEn Quercy, l’étéLa campagne éclatait, embrasée ; et les blésJaunis succombaient sous leurs épis d’or brûlés ;Il faisait un août à racornir les arbres,Les cieux semblaient plaqués de pierres et de marbres,Rien ne bougeait en haut, rien ne bougeait en ...

Publié le : jeudi 19 mai 2011
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Léon CladelLe Parnasse contemporain, II
En Quercy, l’été
La campagne éclatait, embrasée ; et les blés Jaunis succombaient sous leurs épis d’or brûlés ; Il faisait un août à racornir les arbres, Les cieux semblaient plaqués de pierres et de marbres, Rien ne bougeait en haut, rien ne bougeait en bas, Et si tout respirait, on ne l’entendait pas ; Empourpré, le soleil allongeait en silence Ses grands dards trisaigus comme des fers de lance, Et le sol, assailli de toutes parts, fendu, S’ouvrait aux rayons chauds comme le plomb fondu ; Pas d’air ; à l'horizon d’immenses prés, dont l’herbe Ourlait une forêt immobile et superbe ; Un grand fleuve arrêté, comme s’il était las, Réverbérant du ciel les splendides éclats ; Et plus loin, dévoré par les baisers de l’astre, Un mont, dans la lumière ; un mont, tel qu’un pilastre ; Un mont qui, sous la voûte en feu du firmament, Flamboyait, chauve et nu, dans le rayonnement Immense des cieux. Or, étendu sous un orme Dont le soleil trouait la frondaison énorme, Je regardais la roche âpre, chauffée à blanc, Corrodée à la cime et corrodée au flanc, Et, sous elle, l’abîme intense de la plaine Avalant tout le feu dont la nue était pleine ; Et je voyais flamber dans le miroir de l’eau Les cheveux du soleil et les bras du bouleau ; Mais, si loin que mes yeux lassés pouvaient s’étendre, Rien de vert, rien de doux, rien d’ombreux, rien de tendre Ne se montrait parmi l’irradiation De la nature, tout entière en fusion. Nul souffle. Aucun bruit. Rien ne remuait. Les terres, Au nord comme au midi, rutilaient, solitaires Sous ce ciel implacable et rempli d’un éclair, Qui n'avait pas de trêve et qui dévorait l'air. De ses langues de feu l’élémentaire flamme Ardait tout, m’arrivant, subtile, jusqu’à l'âme, Et je croyais, qu’en proie à cet ardent baiser, J’allais m’évanouir et me vaporiser ; Et qu’altérés, chauffés au point de se dissoudre, Incendiés, noircis, calcinés, mis en poudre, Ravins et mamelons, encore tout fumants, Se désagrégeraient sous ces cieux incléments ; Et déjà je pleurais, hélas ! sur nos vallées… Sur ma vallée autour de laquelle, empilées, S’étagent dans l’azur des crêtes de granit, Où l’aigle farouche a ses petits et son nid Royal !  Ôjoie !…  Émus,les cieux impérissables Se mouillent tout à coup, et, sur l’éclat des sables, Mille atomes d'or pur, par un souffle enlevés, Miroitent en dansant dans les airs avivés. En vain le grand soleil agrandit son cratère, Les gramens, les gazons ondulent sur la terre : Avoines, blés, maïs, redressent leurs cheveux, Et le saule, oscillant sur ses orteils baveux. Incline vers les eaux sa difforme ramure Où le vent, revenu, pleure, rit et murmure… Tout renaît et palpite, et tout, monts, plaines, eaux, Se meut ! Yeuses, sapins, houx, chênes et roseaux, Les grands bois font sonner leurs cimes inégales ; Et l’on entend des chants incertains de cigales Et mille bruits charmants errant par-ci par-là :
Soudain, — j’en pleure encore, — un brave oiseau parla Dans un arbre !
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