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Envahis par nous-mêmes

De
111 pages
Dans ce recueil de poèmes, Vincent Bouton développe, à travers une écriture fluide, son thème essentiel : celui du sens. Sens de la vie, sens des comportements humains et de notre relation à la nature, à l'autre, à Dieu. On pourrait qualifier cette poésie herméneutique de philopoésie comme certains ont qualifié de théopoésie l'oeuvre de Patrice de La Tour du Pin avec lequel l'auteur a entretenu dans son adolescence une relation épistolaire riche et décisive.
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Quelle nuit nous délivrera de toute dépendance ? Renoncer encore ! Même à l’enfant ! Mais quel désert sera assez grand pour eux ? Quelle nuit ? Pour leur enfouissement ? Elle rassembla ce qui lui restait d’ellemême devant la nuit. Elle rassembla tout ce qui lui restait d’elle Devant la nuit vide d’absolue dépendance Prête à abandonner jusqu’à ses propres ailes Sa propre volonté et son goût de l’immense. Aucun désert ne sera jamais assez grand Pour saisir et contenir leurs renoncements.
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Les nuits de pluie et leur musique terne. L’opacité des jours, comme un poids, là. Las le corps corrompu d’opacité. Ils ne viendront plus. Las eux aussi. Prêts à tout défaire, prêts à détricoter la vie. La vengeance d’un soi non réalisé emportant tout sur son passage. L’enfant, victime propitiatoire, jeté aux pluies. Il faut les laisser à euxmêmes. Chaque mot pourrait être de trop. Chaque silence aussi. Et se terrer dans le partir, qui n’est ni mot ni silence. Je consacre mon jour à l’imaginaire, au rêve du pays à venir, terre d’asile réparant les écueils d’ici, réparant les fautes, les mots et les silences. Toute vie tenant désormais dans une valise. Toute ma vie se résumant à ce bagage. Tout laisser, jusqu’aux livres aimés. Et tenir toute vie de quelques chemises et d’un pullover. Partir en espérant ne jamais revenir, comme un envol d’une falaise. Juste le temps d’une chute. Et laisser les autres jeter les restes de soi.
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S’accorder aux jours quand c’est l’heure de la nuit. Làbas. Quand c’est l’heure de la paix au pays brûlé de guerres. Les rizières ont envahi les champs de mines. S’accorder aux nuits quand c’est l’heure du jour Làbas. Quand c’est l’heure de la fête au pays consumé de larmes. Les lampions ont envahis les nuits de napalm. Voici le gel crissant les ailes des cygnes comme une résurgence où s’enfoncer. Voici le ciel d’où surgit l’histoire qui fait sens au temps. Voici les champs vidés de leurs machines où plus un homme n’est penché. Et le cas de l’autre à résoudre encore. L’appel sans réponse, et la détresse de l’adresse vide. Et la détresse de l’êtreseul alors que l’on y était si bien. L’autre comme un envers. Un enfer. Et la détresse de son silence lorsque l’on y était si bien.
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La nature est symbole. Ce qu’elle porte de signes est un discours à l’homme. Un livre. Et le voilà qui marche à nouveau, dans la forêt, lisant les arbres et les vents. La promenade comme une lecture. Le corps en extension, total étirement. Total agrandissement. Pour mieux se lire du dehors. Et se déshabiter pour un total repos. A défaut d’une totale paix. La paix est comme la foi : elle ne provient pas de la volonté. Elle vient à celui qui abandonne tout. Elle vient à tout mort. A celui qui ne veut plus rien. A celui qui ne peut plus rien. La mort est totale paix. Voici la journée pleine. Pleine d’autres, des autres, de l’autre. Et naviguer en étranger entre chacun. Et chacun de demander où se trouve la sortie alors que je m’y précipite déjà pour n’être pas le dernier.
 10 