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ÉTUDES FINNO-OUGRIENNES
ÉTUDES FINNO-OUGRIENNES Revue fondée en 1964 par Aurélien Sauvageot et Jean Gergely
Adresse de la rédaction: Association pour le développement des études finno-ougriennes (ADÉFO), 2 rue de Lille, 75007 Paris, France Mél : adefo@adefo.org Site Internet : http://www.adefo.org/
Rédacteur en chef: Eva TOULOUZE
Secrétaire de rédaction :Sébastien CAGNOLI Cartographe :Vincent DAUTANCOURT
Comité de rédactionBALOGH (Paris: Péter IIICHALVIN (Paris), Antoine INALCO), Outi DUVALLON (Paris INALCO), Anja FANTAPIÉ (Paris), Marie-Josèphe GOUESSE (ParisVII), Eva HAVU (ParisIII, Helsinki), András KÁNYÁDI (Paris INALCO), Jean-Léo LÉONARD (ParisIIIMAHIEU (Paris), Marc-Antoine IIISAMSON), Dominique NORMAND DE CHAMBOURG (Paris INALCO), Katre TALVISTE (Paris INALCO, Tartu), Eva TOULOUZE (Paris INALCO, Tartu), Harri VEIVO (ParisIII)
Correspondants pour l’étranger: Eva HAVU (Finlande), Eva TOULOUZE (Estonie), Emese FAZAKAS (Roumanie)
Comité scientifique: Estonie :Art LEETE, Karl PAJUSALU, Ülo VALK, Tiit-Rein VIITSO Finlande :Jyrki KALLIOKOSKI, Heikki KIRKINEN, Leena KIRSTINÄ, Ildiko LEHTINEN, Janne SAARIKIVI, Iris SCHWANCK, Anna-Leena SIIKALA, Eero TARASTI France :Jean BÉRENGER, Georges KASSAI, Bernard LE CALLOC’H Hongrie :Loránd BENKŐ, Gábor BERECZKI, Klára KOROMPAY, Vilmos VOIGT, Marianne BAKRÓ-NAGY, Ferenc HAVAS Classement ERIH 2011 : INT2
Vente en France et à l’étranger: • Jusqu’au tome 33 :ADÉFO, 2 rue de Lille, 75007 Paris, France • À partir du tome 34 :L’Harmattan, 5-7 rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris, France
ÉTUDES FINNO-OUGRIENNES
TOME 43
Année2011
PARIS
ADÉFO,2 rue de Lille,75343ParisCedex 07, France L’Harmattan, 5-7 rue del’École-Polytechnique,75005 Paris, France
INSTRUCTIONS AUX AUTEURS
Lesauteurs quiproposent unarticlepour publicationdans larevue doivent soumettreleur texte dans sarédactiondéfinitive etaccompa-gné des résumésexigés:un résumé dans lamêmelanguequel’article (en principele français)etdeux résumésdansdautres langues,l’un dans unelangue de grande diffusion (obligatoirement le français si l’article estécritdans une autrelangue),l’autre dans unelangue choi-sielibrement par l’auteur (quipeut notamment utiliser unelangue finno-ougrienne). Ilestdemandé auxauteursde fournir leur texteparcourrierélec-tronique(adefo@adefo.org).Les molesde contributions sont télé-chargeables sur lesite del’associationadefo.org.Ilest recommand’utilisercesfichiers. Les référencesbibliographiquesdevrontêtreprésentéesconformé-mentaux normesappliquéesdans leprésent volume. Lesarticles proposés sont soumisà expertise.Le comité delecture se compose ducomité derédactionetducomitéscientifique.Il peut être fait recoursà desexpertsextérieurs.La décisionest notifiée aux auteursdans unlaimaximumdesix mois.
www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
© ADÉFO/LHarmattan,2012 ISSN0071-2051 ISBN978-2-296-96641-3
Pour les études finno-ougriennes enFrance,l’année2011a étéunannus horribilis.
Au moisde janvier, Anja Fantapnousaquittés.Elle avait étémtre delanguesàl’INALCO, avaitformé aufinnoisbien descollaborateursde cetterevue et ycollaborait systématique-menten tant quemembre actif ducomité derédaction.Avecsa modestieproverbiale, elle auraitété embarrassée del’hommage quesesamis, collèguesetanciensélèves,luirendentici.Mais sa générosité aurait sucomprendreleursirdexprimer, au moins une fois,publiquement,leuraffectionet leur reconnais-sance.
Au moisdavril,larevueÉtudes finno-ougriennesaperdu l’undesesdirecteurs, JeanPerrot.Aveclui, dispart ungrand nomdesétudesfinno-ougriennesfrançaises,unde ceux quiont assuréleurveloppement, entre autres par l’animationde cetterevue,maisaussipar ses recherches personnelleset par sonactivité denseignant.Lassociation qu’ilavait présidée pendant plusieursdécennies,l’ADÉFO, et notrerevue,luiren-dront,sous la forme d’uncolloque àla findel’année2012, l’hommagequiluirevientde droit.Cettenécrologien’enest qu’une avance.
Enfin, au moisde juin,une grande dame desétudesfinno-ougriennes, connuepour sesétudes sur l’estonienet lelive, Fannyde Sivers, estdécédée.
Nous rendronshommage ànosdisparusdans larubrique « Chroniques» et nous tenonsà assurer leurs prochesdenotre affectueusesympathie.
Pour l’équipe derédaction,
Eva Toulouze Rédacteur en chef
Eva TOULOUZE
TENSIONS INTERETHNIQUES ET CONFRONTATIONS DE CROYANCES DANS LA LITTÉRATURE MANSIE DES ANNÉES 1930 Deux chasseursde Pantelejmon Evrin
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Les premières œuvres des écrivains débutants issus des peuples duNord ontété injustementouécribliées : tes dans la deuxième moitié des années 1930, elles étaientcertes naïves etpeusophistiquées, mais exploraient un terrain nouveau. Il est vrai que la guerre, survenue peuaprès, a balayé ces timides débuts, d’autantque les jeunes auteurs, presque sans exception, ont été emportés dans le massacre. Parmi les œuvres qui méritentd’être sorties de l’oubli, ontrouveDeux chasseurs, de Pantelejmon Evrin, première œuvre en prose de la littérature mansie (1940). Curieusementpour l’époque, Evrin aborde deux thèmes délicats : lestensions entre autochtones etRusses, etle heurtduspirituel etduprofane. Cetarticle se propose de faire le pointsur ce que nous savons de cetauteur mansi, d’analyser cesthèmestels qu’ils ontété traités dans ce récit, etde donnerun aperçude la réception de ce récitpar la critique. ________________________________________________________
1 Le petit peuple mansi – 11 432 personnes au recensement de 2002 – a connu en littérature un sort toutà faitétonnant: ila donnénais-e sance, dans la deuxmemoitié duXXsiècle, àun poète dexception quis’estfaitconntre dans toutcetimmensepays qu’étaitàl’époque l’Union sovtique,voire au-delà.JuvanŠestalov (1937-2011)a certes
1 LesMansisfont partie de cequi estappelé enRussieles peuplesdits «peu nombreux»(en russe :мzлочислнны$).Dans mon usage,leterme de «petit»n’ariende dépréciatif : il rend compte exclusivementdufaible nombre aussi biendepersonnes s’en réclamant que delocuteursdelalangue, cequi auncertain nombre de conséquencesau quotidien.
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EVA TOULOUZE
néficié des orientationsdelapolitique culturelleofficielle,qui tendaitàrepéreretàpromouvoirdesintellectuels« dans laligne » issusdes nationalités, etdontau moins un pargroupe ethnique béné-ficiaitd’un largesoutienéditorial.Vue aveclerecul, cetteposition décrivain«officiel»,qui aparfois récompensé des personnalités médiocres, apermiségalementde faireressortirdevéritables talents. Pourcequi estdes peuplesduNord,laquestiondêtreoudenepas être « dans laligne »neseposait pas sérieusement.Issuesdinitiatives concrètes prisesdans lesannées 1920-1930 par lepouvoir sovtique, lesintelligentsiasde cescommunautés lui demeuraientfondamentale-mentet sinrementfidèles.Cest par une écritureoriginale et puis-santeque JuvanŠestalova fait largementconntrel’existencemême deson peuple. Mais s’ilest vraiqueŠestalovaréussiune étonnantepercée, il ne faut pas oublier pourautant lesautres nomsdela courte histoire dela littératuremansie.Ilfaut mentionner la brève célébrité d’un texte 2 quasi autobiographique de Matra Vahruševa(1918-2000),que jeme permetsde citeren reprenant son prénomdenaissance, en souvenir d’une conversationà Saint-Pétersbourg en 1997ellem’a expliqué commentceprénomavaitététransformé àl’école enMatrjona.Ou encorelepatrimoineléguéparAnna Kon’kova(?1999),la « grand-mère Anné » desescontes,qui, elle aussi disparue comme Vahruševa e àla finduXXsiècle,laisseun souvenird’une grandelimpidité.Ou encore,toujoursheureusement parminous,lepoète Andrej Tarhanov (né en 1936),qui écritsormaisen russe des poèmesd’un lyrisme touchant,non sansinfluencesduchristianisme.Et puis, ilest possible deremonteraux origines:lalittératuremansie a aussison père fon-dateur,présents l’émergence des premres œuvresdes littératures 3 duNord.PantelejmonČejmetov,qui écrit sous lenomdeplume
2 En traduction russe : «kz {р}у jzло$ xкон~ы»(Sur lesbergesde la Petite Jukonda)s{орч~ст{о наро}о{ r~{~раЛнин}рz~1954, avec aussi des rééditions plus tardives.Letexte a bienété écriten mansi,maisil n’a étépublqu’en russe, dans unetraductionde G.Gor. 3 Daprèsdautresauteurs,Čejmatov,ouencoreČajmatov (Sergeev 1955, p. 176).