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Fables de notre temps

De
267 pages
Ce recueil de cent vingt-quatre fables en vers libres voit se succéder une variété de personnages, sans autre ordre que la fantaisie de l’auteur. À toutes sortes de types humains (l’avare, l’hypocrite ou le carriériste) succède ou se mêle tout un monde d’animaux et d’êtres divers, de l’œuf de dinosaure au quatre-quatre, qui rappelle les situations les plus variées de la vie humaine individuelle ou collective, actuelle ou éternelle. La moralité explicite, liminaire ou finale, de chaque fable y contribue.
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Fables de notre temps Jean Chollet
Fables de notre temps

Poésie




Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8158-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748181586 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8159-X (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748181593 (livre numérique)
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AU LECTEUR

Lecteur, qui vient d’ouvrir ce recueil de mes
fables,
Garde tes préjugés s’ils me sont favorables.
Les autres, chasse-les. Je n’ai écrit ces vers
Que pour les esprits vifs, tolérants et ouverts.
Plus d’une histoire y est, à coup sûr, facétieuse,
Car le Ciel m’a créé d’humeur plutôt rieuse.
Mais chacune comporte un précepte moral
Absolument sérieux, lui : c’est le principal.
À toi de voir, après, si tu as à le suivre.
Fort de ces précisions, dois-tu lire mon livre ?
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LA GRIPPE AVIAIRE


Le virus de la grippe aviaire
Décida, comme on sait, de conquérir la Terre.
À l’aide de millions d’oiseaux,
Il tissa partout ses réseaux,
Excepté au-delà de certaine frontière
Dont le maillage était réputé trop subtil
Pour les virus, et les neutrons de Tchernobyl.
La conquête était donc, à ce point, presque en-
tière.
Fort de ce résultat, l’insatiable virus,
Se résolut à faire un petit pas de plus
Et à briser la résistance
De l’héroïque France.
Mais, face à lui, c’est tout un pays qui se dresse
Pour sauver les chapons de Bresse.
Et voilà les poulets du Gers
Privés de leurs espaces verts
Et les volailles de Loué
Du parc qui leur est alloué,
De peur que ne les contaminent
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Les oiseaux migrateurs porteurs de la vermine.
Au fond des poulaillers, les voilà jour et nuit
Et cet enfermement leur nuit.
Dès lors, ce fut une hécatombe :
Leur prison donnait sur la tombe
Et l’on vit se multiplier
Les élevages en faillite
Pour avoir voulu se plier
À un ordre donné trop vite.
Cela n’empêcha pas les humains, en dehors,
De fournir à Pluton un grand nombre de morts.
Les pigeons citadins ne sont pas enfermables
Et de contaminer s’étaient rendus coupables
En un temps où chacun se croyait protégé
Par l’État écartant tout soupçon de danger,
Selon sa règle et sa méthode
Pour les gouvernants bien commode.
Le principe de précaution
Est parfois une solution ;
Mais érigé en loi suprême,
Il devient meurtrier lui-même.
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LE COUP D’ÉTAT DU PAON


Le roi Lion se trouvant depuis longtemps ab-
sent
Et la rumeur courant de son décès récent,
Le paon, tout imbu de lui-même,
Se déclara un jour le roi des animaux,
Avec tous les droits et privilèges normaux
De cette dignité suprême.
Il avait, pour cela, mainte bonne raison
Et la contestation n’était point de saison.
Seul lui avait manqué le titre.
Il fallait clore le chapitre
Du règne ridicule et aberrant du lion.
Celui-ci avait fait trop longtemps illusion,
Trop longtemps bafoué le choix de la nature.
Le paon mettait un terme à l’odieuse imposture.
« N’ai-je pas, disait-il, un cri plus éclatant ?
Moi, j’appelle li-on : sait-il en faire autant ?
Peut-on comparer son triste et terne pelage
À la splendeur de mon plumage ?
Et cependant qu’au sol le pauvre être se traîne,
Je déploie dans les airs avec grâce ma traîne,
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Dominant les deux éléments. »
Ainsi parlait le paon, sur une haute branche,
Au peuple, déclaré de ses sujets aimants
(Quoique sur ce point-là, le peuple, et lui
seul,tranche).
Devant tant de superbe et tant d’autorité,
Il semblait que le roi Paon fût bien accepté.
C’est alors que Renard, se frayant un chemin,
Déroula sous les yeux de tous un parchemin
Qu’il lut à haute voix et, gardant la parole :
« Sire, dit-il avec le plus profond respect,
Seuls restent les écrits quand les mots, eux,
s’envolent.
L’Histoire d’actes en due forme se repaît.
Daignez apposer votre auguste signature
Ici, pour ratifier le vœu de la nature
Et officiellement recevoir le pouvoir,
Dont vous assumerez la charge et le devoir.
C’est de nos souverains un très ancien usage
Et d’y souscrire est faire assurément que sage. »
L’oiseau aimé de Junon
Pressé de laisser son nom
Pour l’éternité dans l’Histoire
Par un acte si notoire,
Jusqu’au parchemin vola…
Et le renard l’étrangla.
Ambition, vanité, vont fréquemment ensemble.
Lorsque l’on porte en soi et l’une et l’autre, il
semble,
À observer le cas de ce pauvre animal,
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Qu’inévitablement cela tourne très mal.
Chacun peut constater, pourtant, qu’il n’en est
rien :
Comme le prouve bien certain politicien…
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L’OPHTALMOLOGISTE ET SON PATIENT


Ne forçons jamais la nature.
Pour rester en bonne santé,
On se doit toujours d’éviter
De passer la juste mesure.
Ressentant d’importants troubles de la vision
Que ne pouvait expliquer l’âge,
Un monsieur, redoutant quelque grave dom-
mage,
Demanda sans tarder une consultation
À l’un des plus connus des ophtalmologistes.
Fidèle à sa réputation,
Cet homme envisagea aussitôt plusieurs pistes
Qu’en tout état de cause, il devait explorer.
Des examens complémentaires
Se révélaient donc nécessaires
Pour démasquer le mal qui s’était déclaré.
Les choses, cependant, allèrent assez vite,
Puisque ce fut fait dès la troisième visite.
Quand l’œil droit regardait horizontalement,
Le gauche n’avait, lui, qu’une vue verticale.
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« Et ne croyez-vous pas, demanda le docteur,
Voir flotter devant vous, parfois, comme un
dédale
Blanc et noir, à travers un voile de vapeur?
– Si, docteur !
– Alors, dit celui-ci, tout s’éclaire.
Je veux être avec vous parfaitement sincère.
Le mal dont vous souffrez, c’est que vous abu-
sez
Des mots croisés. »
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LE GRAND CHEF


Le grand chef d’un petit État,
Plus que ses pairs voulant paraître,
Pour obtenir ce résultat,
Et se voir pour tel reconnaître,
Sinon supérieur aux vrais grands,
De ces derniers fendait les rangs.
Il gagnait les premières places,
En évidence, ipso facto,
Au beau milieu de la photo,
Pour épater les populaces.
Il le fit une fois, deux fois,
Une troisième par surprise.
La quatrième, toutefois,
On s’attendait à la traîtrise.
Il trouva devant lui un mur
Imperçable sans bousculade
Et resta, ce jour-là, obscur,
Mortifié, presque malade
De se trouver ainsi noyé
Dans la foule, où seul son visage
Émergeait, pâle et renfrogné,
Parmi trente autres sur l’image…
Et cependant, ainsi perdu,
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Il n’avait pas moins que son dû.
Contentons-nous de notre place
Lorsque c’est celle qui convient.
Si notre ambition la dépasse,
Nulle part nous ne serons bien.
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LE QUATRE-QUATRE ET LA BERLINE


La berline disait un jour au quatre-quatre :
« Que vous êtes heureux de pouvoir vous ébat-
tre
Avec facilité par les prés et les bois.
Partout où je serais, pour ma part, aux abois,
S’il prenait soudain à mon maître
L’idée saugrenue de m’y mettre
Les roues, c’est comme un jeu, pour vous, de
vous mouvoir !
Et quel plaisir est le vôtre de voir
Les merveilles de la nature
Quand vous partez à l’aventure,
Insouciant, par monts et par vaux,
En quête d’horizons nouveaux !
Il me faut, quant à moi, rester sur le bitume.
Jugez donc de mon amertume !»
À ces propos de la petite auto,
Le tout-terrain répondit aussitôt :
« Laissez à mon égard toute aigreur et envie,
Car me voici bien loin de cette belle vie
Que vous imaginez,
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N’ayant pas un instant, jusqu’ici, mis le nez
Loin des voies asphaltées avec un soin extrême
Pour ne jamais poser aux chauffeurs de pro-
blème.
Derrière mon gros pare-buffle,
Qui jamais n’aperçut de mufle,
Que mon maître, jamais encor je n’ai quitté
Les bonnes rues de la cité.
Nature accidentée, étroits chemins de terre,
Mon rêve – font horreur à mon propriétaire.
Me regardant surtout comme un faire-valoir,
Il me retient en ville, où chacun peut nous voir.
Résultat : nous voici en butte à mille haines
Des autres personnes humaines,
Qu’il ne cesse de déranger
Et que, comme on le devine,
Il met souvent en danger
Par sa conduite assassine,
Transgressant constamment tout ce qu’un vani-
teux
Peut transgresser, tout fier au lieu d’en être
honteux,
En l’absence de la police
Et de ce qui en fait office,
Comme caméras et radars.
Pour lui, je gravis les trottoirs
Lorsque cela lui est commode,
Réformant le code à sa mode,
Brûlant les feux, frôlant les gens,
Non sans ses propos outrageants
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À l’adresse de ses victimes
Accusées de différents crimes...»
Ainsi se lamentait le pauvre tout-terrain.
Ses plaintes n’avaient plus de frein,
Car, malgré sa santé de fer,
Sa vie lui semblait un enfer.
Pourtant, ne le plaignez pas trop, lecteur,
Puisque, quel que soit son chauffeur,
Il nuit à la planète entière
En accroissant l’effet de serre
Par les excès de pollution
Que répand sa consommation
En grande partie inutile,
Car servant à frimer en ville.
Admettons cependant qu’il serait plus heureux,
S’il connaissait un sort plus conforme à ses
vœux
Et à sa fonction initiale.
Tirons-en donc cette morale :
Pour progresser un peu vers le bonheur parfait,
Laissons faire à chacun ce pour quoi il est fait.
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LE DÉPLACEMENT


Comme un élève s’agitait
Bruyamment au fond de la classe,
Le maître, qu’il mécontentait,
L’invita à changer de place
Et à venir au premier rang.
«Mais pourquoi voulez-vous donc que je démé-
nage ? »
Protesta sur un ton sauvage
L’adolescent récalcitrant.
« Vous le savez très bien ! » lui répondit le maî-
tre.
Pourtant, ne voulant pas paraître
Imposer un caprice arbitraire et brutal,
Bon prince, il ajouta qu’il était capital
De procéder à la manœuvre,
Pour qu’ainsi chacun en paix œuvre,
« Car ici, vous vous tiendrez coi …
Voilà pourquoi! »
L’élève demandant d’autres explications
Et tardant à obtempérer,
Le professeur, exaspéré,
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Mit un terme soudain à ces complications,
Comme le permettait son statut à l’école,
Avec quelques heures de colle.
Discussions et concertations,
Sont a priori souhaitables ;
Mais à l’heure des décisions,
La parole est aux responsables.
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LES DEUX ÉCUREUILS


Un jeune écureuil regardait sa mère
Mettre de côté force provisions
Afin de pourvoir à l’hiver sévère
Que tout spécialiste en ses prévisions
Annonçait qu’il fallait attendre :
Il gèlerait à pierre fendre
Très longuement… Les jours passaient.
Et toujours la dame amassait
Inlassablement pignons, noix, noisettes,
Avec un grand soin, dans maintes cachettes,
Ici dans un tronc, là sous le gazon…
Bref ! elle entassait partout à foison.
Le jeune, lui, de préférence,
Eût sans attendre mis à mal
Ces vivres pour le temps hiémal.
C’était, objectait-il, trop lointaine échéance
Et puisque l’on avait la chance
De disposer de quoi faire amplement
bombance,
Pourquoi ne pas en profiter
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Avant que fût trop loin l’été ?
« Il en restera pour finir l’automne
Et pour l’hiver, voire au- delà,
Lorsque les arbres rebourgeonnent! »
Assurait-il avec éclat.
Sa mère avait le cœur trop tendre
Pour ne pas finir par entendre
Les protestations du gourmand.
Elle cessa, finalement,
Non seulement d’accroître encore la réserve
Mais aussi d’empêcher qu’aussitôt elle serve.
On se mit même à y puiser abondamment,
Sans opposer de frein à son tempérament.
Les festins tinrent lieu, désormais, d’exercice :
L’heure était bien passée du moindre sacrifice !
À ce régime – là, on se mit à grossir
Et des excès de table, on finit par mourir.
Du coup, il se trouva des provisions de reste.
Le fils avait, du moins, eu raison sur un point :
Épargner de trop ne sert point…
Mais trop consommer est bien plus funeste.
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