Faire place

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La poésie de Jean-Pierre Lemaire n’a rien de tonitruant ni d’exalté. Discrète, pudique à l’extrême, elle confie d’une voix claire et tranquille des choses aussi graves et intimes que la douleur d’être pauvre et la joie du cœur devant les beautés du monde (Un pont sur la mer), le difficile retrait de la vie active (Derniers jours) ou l’approche des mystères de l’Évangile et l'humilité de la foi (Mystères lumineux et Le Printemps des hommes).
C’est toujours au-delà des mots les plus simples, une voix qu’on perçoit. Douce plénière comme la caresse de l’évidence ou l’attouchement de la grâce (Les nouveaux venus et Poèmes pour la fin des temps). Une voix qui demande au lecteur une oreille spirituelle en quelque sorte, une voix exigeante pour un siècle qui écoute de moins en moins.
Publié le : vendredi 26 avril 2013
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EAN13 : 9782072478956
Nombre de pages : 91
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F A I R EP L A C E
JEANPIERRE LEMAIRE
FA I R E P L A C E
p o è m e s
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2013.
Disparais un instant, fais place au paysage, Le jardin sera beau comme avant le déluge, Sans hommes, le cactus redevient végétal, Et tu n’as rien à voir aux racines qui cherchent Ce qui t’échappera, même les yeux fermés. Laisse l’herbe pousser en dehors de ton songe Et puis tu reviendras voir ce qui s’est passé.
S U P E RV I E L L E
U N P O N T S U R L A M E R
Le matin, les maisons semblent un peu plus hautes, debout sur leurs pierres, ainsi que les arbres étrangement verts sur leurs vieilles racines et la mer sombre, rafraîchie, sur ses abîmes de mémoire. On dirait qu’ils regardent venir le soleil promis depuis des siècles comme une foule ayant passé la nuit dehors pour l’apercevoir. Ensuite, au fil des heures, chacun se rassoit imperceptiblement, ne voit plus que sa rue, les galets sur le rivage. Qu’arriveraitil si tout le monde osait suivre aujourd’hui le soleil levant ? La ville deviendrait comme un camp de toile et nous marcherions du matin au soir sur la pointe des pieds.
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S O L E I L D ’ H I V E R
Le soleil émerge et te tend la main au bout d’un rayon comme sur les fresques des tombeaux égyptiens. Toi, tu le regardes illuminer les façades à l’est, les platanes roux, les fumées translucides mais tu caches tes mains. Alors lui retire peu à peu la sienne en montant ; il éclaire seulement le monde, et ton cœur reste obscur.
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