Félix-Antoine Savard, Les Acadiennes

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Durant une grande partie de sa vie, de 1923 à sa mort, Félix-Antoine Savard a été hanté par une œuvre qu’il n’aura finalement jamais achevée. Inspirée par la lecture de l’Evangeline de Longfellow, Les Acadiennes a d’abord été conçue par l’auteur de Menaud maître-draveur comme un long poème épique, avant d’évoluer, avec l’introduction d’un chœur, vers une forme de tragédie ou de drame lyrique.
Passionné par l’œuvre de Félix-Antoine Savard, dont il avait déjà signé une édition critique de Menaud maître-draveur, Yvan Lepage a voulu retracer la genèse de cette œuvre en reconstituant patiemment les différents fragments laissés par son auteur. Décédé en mai 2008 avant d’avoir pu publier ce travail, il confiait à sa conjointe, Françoise Lepage, le soin de mettre en forme le manuscrit laissé sur sa table de travail.
Françoise Lepage réunit donc dans le présent ouvrage les divers éléments du dossier auxquels elle apporte quelques précisions utiles à la présentation du texte et non à son contenu. Ce livre éclaire la genèse des Acadiennes tout en soulignant le souci de rigueur et de perfection qui animait l’écrivain.
Publié le : vendredi 24 décembre 2010
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EAN13 : 9782895971924
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La collection « Voix retrouvées »
a pour objectif de faire connaître
des textes littéraires qui n’ont
jamais été publiés ou qui ne
l’ont été qu’une seule fois et, de
surcroît, il y a de nombreuses
années, de telle sorte qu’ils sont
aujourd’hui ignorés du public
lecteur. Chaque volume comprend
une introduction, une chronologie,
des notes explicatives et une
bibliographie. Les Acadiennes est
le dixième titre de la collection.FÉLIX-ANTOINE SAVARD
LES ACADIENNES
Acadiennes_Lepage_L.indb 3 10-12-02 17:53COLLECTION « VOIX RETROUVÉES »
Collection fondée par Roger Le Moine †
et dirigée par Yvan G. Lepage † de 2005 à 2008.
Acadiennes_Lepage_L.indb 4 10-12-02 17:53Félix-Antoine Savard
LES ACADIENNES
Dossier compilé et présenté par
Yvan G. Lepage
Acadiennes_Lepage_L.indb 5 10-12-02 17:53Les Éditions David remercient le Conseil des Arts du Canada,
le Secteur franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario et la
Ville d’Ottawa. En outre, nous reconnaissons l’aide fnancière du
gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du
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Cet ouvrage a été publié grâce à une subvention de la Fédération
canadienne des sciences humaines de concert avec le Programme
d’aide à l’édition savante, dont les fonds proviennent du Conseil de
recherches en sciences humaines du Canada.
Catalogage avant publication
de Bibliothèque et Archives Canada
Savard, Félix-Antoine, 1896-1982
Les acadiennes / Félix-Antoine Savard ; dossier compilé et
présenté par Yvan G. Lepage.
(Collection Voix retrouvées ; 10)
Comprend des réf. bibliogr.
ISBN 978-2-89597-122-1
I. Lepage, Yvan G. II. Titre. III. Collection : Collection Voix
retrouvées ; 10
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eDépôt légal (Québec et Ottawa), 4 trimestre 2010
Acadiennes_Lepage_L.indb 6 10-12-02 17:53PRÉSENTATION
À son décès, en mai 2008, mon mari, Yvan Lepage, laissait
sur sa table de travail le manuscrit des Acadiennes de
FélixAntoine Savard, compilation à laquelle il travaillait depuis
plus de deux ans, dans le cadre des recherches prélimi naires
qui devaient le conduire à la rédaction d’une biographie de
Monseigneur Savard. Il n’est que de consulter l’édition criti-
1que qu’Yvan avait donnée de Menaud maître-draveur pour
se rendre compte combien Félix-Antoine Savard était un
auteur exigeant avec lui-même, qui revenait sans cesse sur
son idée première afn de parvenir au texte idéal, toujours
fuyant. L’écriture inachevée des Acadiennes, les
recommencements, les repentirs constituent, à l’instar de Louise de
2Sinigolle , un exemple de ce besoin de rigueur et de
perfection qui animait l’écrivain.
Considérant que ce « drame lyrique » en gestation
permettait de pénétrer dans l’atelier de Félix-Antoine Savard et
de montrer l’évolution de sa pensée pendant le demi-siècle
qu’a duré l’élaboration des Acadiennes, Yvan s’était fxé
pour objectif de réunir les fragments épars dans le fonds
Savard déposé aux Archives de l’Université Laval, de les
1. Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2004
(Bibliothèque du Nouveau Monde).
2. Félix-Antoine Savard, Louise de Sinigolle, dossier original
mis à jour et présenté par Réjean Robidoux, Ottawa, Les Éditions
David, 2001 (Voix retrouvées).
7
Acadiennes_Lepage_L.indb 7 10-12-02 17:53LES ACADIENNES
dater dans la mesure du possible, de les regrouper pour leur
conférer un maximum de sens et d’en éclairer la genèse.
Le dossier qu’il laissait en mai 2008 se présentait sous
forme de « pièces détachées » qu’il suffsait de rassembler
pour donner aux chercheurs et aux fervents de
littérature accès à une œuvre inédite, qui a hanté Félix-Antoine
Savard pendant toute sa vie, mais qu’il n’a jamais menée
à bien. Mon travail en tant que légataire intellectuelle a
donc consisté à récupérer les diverses parties du dossier, à
les réunir et à les lier les unes aux autres pour en faire un
livre. Ainsi, j’ai rédigé moi-même, outre cette notice de
présentation, la section intitulée « Établissement du texte » en
m’inspirant de ce qu’Yvan avait fait pour Menaud
maîtredraveur, en le plagiant parfois, mais toujours dans le souci
de rester aussi proche que possible de son intention
première. J’ai également réaménagé quelque peu l’introduction
qui avait d’abord été écrite en tant que communication
présentée dans le cadre d’un colloque tenu à l’Université d’Ot-
3tawa . J’ai ajouté des intertitres dans l’introduction, dans
la table chronologique et dans le dossier, afn de faciliter la
lecture et l’identifcation des fragments. Ces modifcations,
on le voit, ne touchent que la présentation du texte et non
4son contenu .
Sans doute cet ouvrage aurait-il été plus parfait si son
maître d’œuvre avait pu le relire lui-même à la lumière
de la grande connaissance qu’il avait acquise de la vie de
Félix-Antoine Savard, et si le temps lui avait été donné de
le faire paraître. Ce projet presque achevé ayant été
abruptement interrompu, il m’aurait semblé regrettable de priver
3. « Les Acadiennes : projet de drame lyrique de Félix-Antoine
Savard », communication présentée dans le cadre du colloque « (Se)
Raconter des H/histoires. Histoire et histoires dans les littératures
francophones du Canada », Université d’Ottawa, 18-21 octobre 2007.
4. Je remercie Madame Nicole Bourbonnais pour son appui et
ses judicieux conseils.
8
Acadiennes_Lepage_L.indb 8 10-12-02 17:53PRÉSENTATION
l’ ensemble des personnes intéressées par l’œuvre de
FélixAntoine Savard de ce témoignage sur son travail d’écrivain.
Tout cela pour quelques imperfections qui pourraient rester
dans le présent ouvrage…
Françoise Lepage
9
Acadiennes_Lepage_L.indb 9 10-12-02 17:53Acadiennes_Lepage_L.indb 10 10-12-02 17:53REMERCIEMENTS
Il est incontestable qu’Yvan était profondément
reconnaissant à James H. Lambert, archiviste en chef de
l’Université Laval qui, depuis de nombreuses années, a appuyé son
travail et facilité de multiples façons son accès au fonds
Félix-Antoine-Savard. Je remercie aussi personnellement
Monsieur Lambert pour les informations qu’il m’a
aimablement fournies relativement au fonds Savard. Yvan aurait
également exprimé sa gratitude envers Michel Prévost,
archiviste en chef de l’Université d’Ottawa, qui assurait la
liaison avec les Archives de l’Université Laval. Sans la
participation de ces deux archivistes compréhensifs, l’édition
des Acadiennes n’aurait pu être terminée.
Françoise Lepage
11
Acadiennes_Lepage_L.indb 11 10-12-02 17:53Acadiennes_Lepage_L.indb 12 10-12-02 17:53INTRODUCTION
Félix-Antoine Savard a porté pendant près de soixante
ans le projet d’un drame lyrique inspiré d’un épisode de
la Déportation des Acadiens : le retour à Grand-Pré de
f emmes, d’hommes et d’enfants qui avaient été exilés à
Boston en 1755.
L’idée lui en était venue en 1923, à la lecture de
l’Evangeline de Longfellow, que Pamphile Le May avait traduit en
alexandrins, entre 1863 et 1865, et dont la version défnitive
1avait paru en 1912 .
À cette date — octobre 1923 — Savard, qui avait été
ordonné prêtre l’année précédente, enseignait le français et
le latin, en classe de rhétorique, au Séminaire de
Chicoutimi, où il avait lui-même fait ses études. S’il n’hésite pas
à introduire dans son enseignement le roman de Louis
Hémon Maria Chapdelaine, dont les voix, confera-t-il plus
2tard, l’avaient frappé « au cœur » et qui devaient hanter
Menaud, on ne sait s’il initia ses élèves au chef- d’œuvre
de Longfellow. Composé à l’apogée du romantisme et
portant la marque du nationalisme culturel américain du
emilieu du xix siècle, le poème avait de quoi satisfaire les
1. Pamphile Le May, Évangéline et autres poèmes de
Longfelrelow, Montréal, J.-Alfred Guay, 1912, 211 p. (1 éd. dans Essais
poétiques, Québec, G.E. Desbarats, 1865, p. 1-107).
2. Félix-Antoine Savard, Carnet du soir intérieur, I, Montréal,
Fides, 1978, p. 161.
13
Acadiennes_Lepage_L.indb 13 10-12-02 17:53LES ACADIENNES
a spirations du jeune Savard qui publie toujours, à cette
époque, des textes en vers et en prose, inspirés de Lamartine
et de Chateaubriand, dans L’Alma Mater, journal du
Séminaire. Évangéline n’était pas au programme, au Séminaire
de Chicoutimi, en ces années où Savard y enseignait. La
Mireille de Mistral ne l’était pas davantage, mais on sait que
Savard la ft découvrir à ses élèves avec le même enthou -
siasme que celui qu’il avait mis à leur faire connaître Maria
Chapdelaine. Qu’il leur ait aussi fait apprécier le touchant
poème de Longfellow reste donc tout à fait vraisemblable.
Incarnée en terre d’Amérique, dans une nature encore
vierge, évoquant le paradis, cette « histoire d’amour et de
3séparation », superbement portée par le souffe romantique
des alexandrins de Pamphile Le May, avait tout pour plaire
à Savard, lui qui aspirait déjà à conjuguer forme classique
et matière canadienne.
C’est par ailleurs au début des années 1920, dans la
foulée du huitième congrès national acadien, réuni en 1921
à Pointe-de-l’Église, que se met en place, à Grand-Pré, le
dispositif destiné, comme l’écrit Robert Viau, à « ranimer la
combativité de la jeunesse acadienne au moyen de la com-
4mémoration » de la tragédie de 1755. Sur un terrain qui lui
a été cédé par la compagnie ferroviaire Dominion Atlantic
Railway, la Société nationale L’Assomption fait ériger, à
partir de 1922, une chapelle votive sur le site de l’église de
Grand-Pré, incendiée à l’automne 1755 par les troupes du
colonel John Winslow. À l’avant-plan s’élève, depuis juillet
1920, une statue d’Évangéline, œuvre du sculpteur
LouisPhilippe Hébert.
Symbole pour les Acadiens de la reprise de possession de
leur patrie, Grand-Pré devient dès lors un lieu de pèlerinage
3. Claude Beausoleil, « Préface » à Evangeline de Henry
Wadsworth Longfellow, traduction de Pamphile LeMay, Moncton,
Les Éditions Perce-Neige / Écrits des Forges, 1994, p. ix.
4. Robert Viau, Les Visages d’Évangéline. Du poème au mythe,
Beauport, Publications MNH, 1998, p. 119.
14
Acadiennes_Lepage_L.indb 14 10-12-02 17:53INTRODUCTION
commémoratif, « un véritable mythe identitaire, image d’un
5événement fondateur de la nouvelle Acadie ». Il y avait déjà
plus de soixante ans que l’héroïne de Longfellow attirait les
touristes canadiens et américains au « pays d’Évangéline »,
mais le temps était venu pour les Acadiens d’y reprendre
symboliquement pied. Mû par un ardent sentiment
nationaliste attisé par les Henri Bourassa et les Lionel Groulx, les
Canadiens français avaient déjà répondu généreusement à
l’appel du Comité de l’Église-Souvenir de Moncton, chargé
de recueillir des fonds pour la construction de la chapelle
votive et l’aménagement du site de Grand-Pré. C’est ainsi
qu’au Monument National, à Montréal, une grande «
Soirée de Grand-Pré » avait été organisée, le 30 mai 1917,
par la Société Saint-Jean-Baptiste. Bourassa et Groulx y
avaient pris la parole. À partir de 1924, des pèlerinages
partent de Montréal pour Grand-Pré, à l’initiative du
journal Le Devoir. En cette même année 1924 paraissait une
nouvelle traduction d’Evangeline, due cette fois à la plume
du poète Paul Morin.
Tout ce battage autour de l’Acadie et de son héroïne
nationale a bien dû franchir les murs du Séminaire de
Chicoutimi et attirer l’attention du jeune professeur
FélixAntoine Savard. De là, et de sa lecture du poème de
Longfellow, est né le projet des « Acadiennes », dont le dossier
comprend une quarantaine de pièces de longueur varia-
6ble . Ces p ièces, dont l’écriture s’échelonna de 1923 à 1977,
témoignent de l’évolution du projet. En voici la teneur et le
parcours.
5. Ibid.
6. Les pièces de ce dossier sont conservées dans le fonds
FélixAntoine-Savard des Archives de l’Université Laval, sous la cote 123-7-19-3
(adresse topographique : BP2112). Voir Jacques Blais, « Répertoire
numérique détaillé du fonds Félix-Antoine-Savard et de la série
“FélixAntoine-Savard” du fonds Luc-Lacourcière (Archives de l’Université
Laval) », Sainte-Foy, Université Laval, Faculté des lettres,
Département des littératures, 1996, f. 264-267. On trouvera la description du
dossier au complet dans la table chronologique (Annexe I, p. 211).
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02-Présentation.indd 15 10-12-03 11:49LES ACADIENNES
Première tentative : infuence du poème de
Longfellow (1923-1924)
La première pièce, inspirée de toute évidence de la
lecture de l’Évangéline de Pamphile Le May, se compose de
neuf feuillets extraits d’un cahier d’écolier dont la trace a
été perdue. Datés du « samedi soir 7 octobre 1923 » (mais
sans doute faut-il lire « 6 octobre » ou « nuit du samedi 6
au dimanche 7 octobre »), ces feuillets enregistrent la
naissance de l’« idée d’un poème sur [l’]Acadie », avec un plan,
très simple, en trois parties : « avant — Dispersion — après
(espoir) ». Les feuillets 2 et 3 consacrés, comme les trois
premiers chants d’Évangéline, aux temps heureux où le
hameau de Grand-Pré vivait en harmonie avec la nature,
égrènent — conformément à la méthode dont Savard est
coutumier — les mots et expressions, puisés dans la
traduction de Le May, et qui, comme la palette de couleurs
de l’artiste, constituent les matériaux de base du tableau
idyllique de l’Acadie d’avant le drame. Les trois feuillets
suivants reprennent, quant à eux, les moments forts de la
convocation des Acadiens à l’église de Grand-Pré et de leur
expulsion brutale, épisode qui compose les chants quatre
et cinq de la première partie d’Évangéline. Le feuillet 7, qui
sert de conclusion au drame de la Dispersion des Acadiens,
stigmatise la conduite inqualifable de l’Angleterre, la per -
fde Albion sur laquelle le narrateur appelle la vengeance
du Ciel : « Albion, honte à toi ! » Cette dernière doit expier,
ajoute-t-il, « pour avoir ignominieusement séparé les
membres des familles acadiennes avant de les disperser dans les
diverses colonies britanniques d’Amérique, les condamnant
ainsi à errer sans fn, « sans amis [ni] foyer ».
Les deux derniers feuillets de cette première pièce du
dossier des « Acadiennes » ont été rédigés un an plus tard,
en novembre 1924. Ce n’est plus à un poème que Savard
songe alors, mais à une « tragédie ». Et déjà se font entendre
parallèlement, dans les quelques lignes qui nous en sont
restées, les lamentations des victimes et les apostrophes
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Acadiennes_Lepage_L.indb 16 10-12-02 17:53INTRODUCTION
indignées de cette voix encore indéfnie qui sera, à partir
de 1937, celle du chœur.
Une tragédie antique à contenu canadien (1927-1937)
L’idée de faire intervenir dans sa tragédie cette instance
narrative classique qu’est le chœur paraît être venue à Savard
à l’époque où, selon sa propre expression, il « refai[sait] ses
humanités », proftant des moments de loisir que lui laissait
son ministère, au presbytère de Sainte-Agnès en
Charlevoix, à l’automne de 1927, puis à La Malbaie, à partir du
printemps 1928. La lecture d’Eschyle lui révèle en effet
la puissance extraordinaire de ce « personnage » à la fois
humain et divin qu’est le chœur antique, appelé à
commenter l’action et à en dévoiler le sens profond. Rien ne pouvait
mieux correspondre à la conception que Savard se faisait de
l’homme et de l’univers, régis par les desseins impénétrables
de la Providence, que la tragédie antique, chargée d’illustrer
le rôle de la divinité dans la destinée humaine. Aux yeux
de l’écrivain, infuencé en cela par Bossuet et sa vision de
l’histoire, le drame du peuple acadien a été voulu par Dieu.
Les épreuves qui l’ont frappé, et dont les Anglais ont été les
instruments, ont servi à le grandir, en lui garantissant une
prospérité à laquelle il n’aurait pu accéder sans les
souffrances qui ont contribué à l’endurcir et à lui faire prendre
7conscience de son destin .
La deuxième pièce du dossier, égarée en quelque sorte
dans le dernier cahier de la seconde version manuscrite
de Menaud maître-draveur (cahier daté du 11 avril 1937),
témoigne on ne peut plus clairement de cette vision du
7. Robert de Roquebrune paraît partager cette vision
providentielle, lui qui écrit, en conclusion à son article de la Revue des deux
ermondes (1 juillet 1956) sur « Le Grand Dérangement » : « Cest à eux
[Lawrence et Winslow] que les Acadiens doivent d’être encore un
peuple de Français. C’est [le Grand Dérangement qui] a fait des
habitants d’Acadie une race dont la vitalité est remarquable, le caractère
extraordinaire. » (p. 66)
17
Acadiennes_Lepage_L.indb 17 10-12-02 17:53LES ACADIENNES
monde : « la haute destinée ne va pas sans l’épreuve », clame
le chœur, qui ajoute : « Rien de grand sans la souffrance ».
Constitué de trois éléments (dont deux seulement sont
nommés : le peuple acadien et les « sauvages »), le chœur
reçoit son unité du chorège qui en assure l’organisation et
en assume les frais.
Les Acadiennes de 1943
Quand Savard renoue avec son projet de tragédie, en 1943,
c’est précisément au chœur qu’il confe le soin de rappeler
le bonheur dans lequel a vécu l’Acadie avant les terribles
épreuves que Dieu lui réservait : « Béni soit notre Dieu qui
nous donne ce pays », chante le peuple acadien, par la voix
du chœur, avant que ce dernier n’ajoute, se faisant alors, à
l’instar du prêtre, le porte-parole de la divinité :
Par des fourrés épais
s’en vont les voies de la pensée divine
par des ombres épaisses
s’en vont-elles et nul mortel ne saurait les pénétrer.
Les peuples qu’il aime sont dans la main de Dieu […].
Déjà, Savard recourt aux vers libres, tantôt isolés, tantôt
regroupés dans des strophes de longueur variable, allant de
deux à huit ou neuf vers. La rédaction procède par à-coups,
diffcilement sans doute, en tout cas sans lien, bien souvent,
entre les fragments qui composent cette pièce. On note par
ailleurs, entrelacées aux vers de Savard, d’assez nomb reuses
références au théâtre d’Eschyle, qu’il relit parallèlement à la
rédaction de sa tragédie. Les passages cités proviennent des
Suppliantes, des Perses et de Prométhée enchaîné.
Le dernier feuillet contient des notes de lecture de la
première édition d’Un pèlerinage au pays d’Évangéline
18
02-Présentation.indd 18 10-12-03 11:50INTRODUCTION
8que l’abbé Henri-Raymond Casgrain avait publié en 1887
et dont Savard a pu prendre connaissance en cette année
1943. Ce journal de voyage évoque successivement, à
l’instar de l’Evangeline de Longfellow, le Grand-Pré édénique
d’avant 1755 et l’état dans lequel Casgrain a trouvé ces lieux
chargés d’histoire cent trente-deux ans plus tard. Savard
était d’autant mieux en mesure d’apprécier ce « pèlerinage »
qu’il en avait lui-même effectué un — son premier —, en
compagnie de Luc Lacourcière, deux ans plus tôt. Le seul
témoignage qu’il nous reste de ce « retour aux sources »
est une carte postale de Louisbourg, postée à Moncton le
25 juin 1941, et adressée par Savard à son ami Jean-Marie
9Gauvreau, directeur de l’École du meuble , à Montréal. On
peut par ailleurs suivre l’itinéraire approximatif des deux
amis grâce aux notes que Félix-Antoine Savard a laissées
10à ce sujet dans un cahier d’écolier . Neuf années
s’écoulèrent avant que Savard et Lacourcière ne retournent en
Acadie, plus précisément dans la péninsule acadienne, afn
d’y mener des enquêtes folkloriques. Ils devaient ensuite y
retourner régulièrement, durant les années cinquante, seuls
ou en compagnie de l’ethnomusicologue Roger Matton.
8. Henri-Raymond Casgrain, Pèlerinage au pays d’Évangéline,
Québec, Imprimerie de L.-J. Demers & frère, 1887, 500 p.
9. Carte postale (« Interior View of Museum Fortress of
Louisbourg, N.S., Canada »). Archives nationales du Québec à Montréal,
fonds Jean-Marie-Gauvreau, MSS-2, 2-4-4 : correspondance
FélixAntoine Savard–Jean-Marie Gauvreau, lettre 18. En voici le texte :
« Mon cher Jean-Marie, M. Lacourcière + moi faisons le tour des
souvenirs français de l’Acadie. Nous ne t’oublions pas. Affection à
meM Gauvreau. FASavard ptre. »
10. Félix-Antoine Savard, « Notes sur l’Acadie », cahier d’écolier à
couverture noire, 16 f., conservé dans le fonds Félix-Antoine-Savard
des Archives de l’Université Laval, sous la cote 123-7-19-3, cinquième
dossier, pièce 3 : « Les Acadiennes ». Voir J. Blais, op. cit., p. 267. Le
f. 7 est daté du samedi 21 juin, ce qui correspond bien à l’année 1941,
tout en étant parfaitement cohérent par rapport à la date de la carte
postale adressée à Jean-Marie Gauvreau.
19
02-Présentation.indd 19 10-12-03 11:50LES ACADIENNES
Mais si l’on revient un peu en arrière, on voit que Savard
n’avait pas oublié son projet des « Acadiennes » entre 1937
et 1943. Une note de son Journal inédit nous en fournit la
preuve. On y lit en effet : « L’Orestie. Reçu de Luc
[Lacourcière] les Choéphores et les Euménides de Claudel. / Est
revenue l’obsession des Acadiennes, longtemps hier soir,
11ont roulé les chœurs et battu les sanglots […] ». Et il cite,
en grec, les vers 469-470 des Choéphores d’Eschyle, que
Paul Mazon traduit ainsi : « Hélas ! intolérables et gémissan-
12tes angoisses ! hélas ! souffrances sans terme ! » On notera
aussi, par ailleurs, que « Les Acadiennes » sont annoncées
comme « à paraître », en décembre 1943, dans la première
édition de L’Abatis, tout comme « Louise de Sinigolle » du
reste (déjà annoncée en 1937, dans la première édition de
Menaud). Annonce téméraire, et que Savard regrettera,
puisque aucune de ces deux œuvres ne verra le jour.
De quoi devaient être faites ces « Acadiennes » de 1943 ?
D’un chant de grâce du chœur, d’une déploration et d’une
prophétie : « Du germe de douleur naîtra une race
puissante », ainsi qu’on l’a vu précédemment. Mais ce schéma
un peu trop général, Savard va essayer — sans trop de
succès, il faut bien le dire — de lui donner un peu plus de
consistance en novembre de la même année 1943. Il consigne en
effet, sur les sept premiers feuillets d’un cahier d’écolier,
quelques notes destinées à alimenter les trois actes de sa
11. Félix-Antoine Savard, « Journal [inédit], Archives de
l’Université Laval, fonds Félix-Antoine-Savard, 16 janvier [1940]. Ce Journal,
conservé sous la cote 123-8 (adresse topographique : BP2115), couvre
les années 1938 à 1982, mais seule la période allant de 1938 à 1970
est actuellement accessible, les douze dernières années étant fermées
à la consultation jusqu’en août 2012. Voir Jacques Blais, op. cit., f.
276300. Félix-Antoine Savard a abondamment puisé dans les années 1961
à 1964 de son Journal au moment où il préparait les deux tomes de
Journal et souvenirs, publiés respectivement en 1973 et 1975.
12. Eschyle, t. II : Agamemnon — Les Choéphores — Les
Euméenides, texte établi et traduit par Paul Mazon, 7 éd., Paris, Les Belles
Lettres, 1961, p. 98.
20
Acadiennes_Lepage_L.indb 20 10-12-02 17:53
INTRODUCTION
tragédie : la noce, d’abord, avec ses scènes de réjouissances populaires, troublée par l’inquiétude que suscitent les 
« menaces anglaises » ; la Déportation et la séparation des 
époux, ensuite ; puis, pour fnir , le désir de vengeance d’un 
fls,  que sa mère, par la voix du chœur, exhorte au pardon. 
Cette mère est sans doute la jeune épouse du premier acte 
et le fls,  qui occupera désormais une place centrale dans 
les nombreuses esquisses à venir, prendra divers noms : 
Duncan, Malcolm, Yvan, François, jusqu’à ce que Savard 
fxe  enfn
 son choix sur Malcolm. La mère, pour sa part, 
portera en 1948 le nom d’Évangéline Hébert (pièce 13 : 
novembre 1948), puis celui de Rachel Leblanc (pièce 9 : 
mars 1948), de Geneviève (pièce 12 : avril 1948), ou encore 
de Marie Dugast (pièces 21 et 22 : 1952 ?) ou de Madeleine Hébert (pièce 33 : 1960), avant de reprendre — et on 
peut y voir le poids de la tradition — le nom d’Évangéline 
(pièce 40 :  octobre 1977).
Les deux poèmes : Savard, lecteur d’Émile Lauvrière
et de Pascal Poirier (1950-1977)
Quand trente-quatre ans plus tard, en 1977, Savard reprend 
erce cahier de 1943, il l’annote ainsi : « 1
 texte qui m’était 
venu à l’esprit en 1943. Mais en 1977, le drame est tout 
autre. » Et il ajoute, au haut du troisième feuillet : « J’en ai 
conçu un tout autre fondé sur des textes du Sénateur Poi-
rier. » (pièce 40 : octobre 1977)
Savard fait ici allusion à l’article intitulé « Des Acadiens 
déportés à Boston en 1755. Un épisode du Grand Dérangement », que Pascal Poirier avait publié, en 1908, dans les 
 13Mémoires de la Société royale du Canada  et qu’il semble 
avoir découvert en 1948. Dans la genèse des « Acadiennes », 
cet article est capital, « séminal », dirait-on en anglais. Avec 
13.  Pascal Poirier, « Des Acadiens déportés à Boston en 1755. Un 
épisode du Grand Dérangement », Mémoires de la Société royale du
Canada, vol. II, section I, 1908, p. 125-180.
21
02-Présentation.indd 21 10-12-03 11:50LES ACADIENNES
les deux gros volumes de La Tragédie d’un peuple d’Émile
14Lauvrière (1923), il a en effet inspiré la seule version
des « Acadiennes » qui soit, pour ainsi dire, « aboutie » : le
poème d’août 1950, remanié en août 1977.
En quelle année Savard se procura-t-il la « troisième
édition » de La Tragédie d’un peuple de Lauvrière ? Les
deux tomes, signés « F. Ant. Savard ptre » sur les pages de
faux-titre, et dont avait hérité son neveu Roger Le Moine,
sont assez abondamment annotés en certaines de leurs
parties (premiers et derniers chapitres du tome premier et les
170 premières pages du tome second). Le très mauvais état
dans lequel ces deux tomes se trouvent aujourd’hui tendrait
du reste à montrer que Savard les a beaucoup fréquentés,
si nous n’en avions par ailleurs la preuve, grâce aux trois
cahiers d’écolier à couverture noire, intitulés
respectivement « Les Acadiennes / Notes, plan, etc. », « Les
Acadiennes / Bibliographie » et « Les Acadiennes / Les noms »,
qui constituent les pièces 11, 13 et 14 de notre dossier. Ces
cahiers — le second en particulier — comportent des notes
extraites de Lauvrière (f. 1 à 4 du premier cahier, 1 à 55
du deuxième et 1 à 8 du troisième) témoignant d’une
lecture attentive de l’ensemble des deux tomes de La
Tragédie d’un peuple. Au milieu du f. 7 du premier cahier, on
lit : « Recommencé à travailler les Acadiennes < le 12 avril
1948 ». Les premiers feuillets, où Savard a consigné des
notes de lecture de Lauvrière, sont vraisemblablement de
peu antérieurs à cette date. Le deuxième cahier a dû être
commencé à la même époque, mais la prise de notes a pu
s’étendre sur la seconde moitié de l’année 1948 et déborder
15sur l’année 1949 . Une note du Journal inédit, en date du
25 juillet 1949, nous en fournit un indice : « Lire Lauvrière
14. Émile Lauvrière, La Tragédie d’un peuple. Histoire du peuple
eacadien de ses origines à nos jours, 3 éd., 2 tomes, Paris, Éditions
Bossard, 1923, t. I, xvi, 513 p. ; t. II, 597 p.
15. On trouve par ailleurs d’autres renvois à Lauvrière dans des
pièces des années 1952 (pièce 19) et 1954-1956 (pièce 25).
22
Acadiennes_Lepage_L.indb 22 10-12-02 17:53INTRODUCTION
— (IIe [tome]) sur les Acadiens. Le drame me poursuit. »
Les f. 56 à 73 contiennent pour leur part une assez
importante bibliographie consacrée à l’Acadie, ce qui montre que
Savard s’est sérieusement documenté afn d’alimenter ses
« Acadiennes ». On y trouve, entre autres, quelques
renvois à l’article de Pascal Poirier, lequel, on l’a vu, a servi de
déclencheur à la première version du Poème d’août 1950
sur l’exode des Acadiens de Boston. Le Journal inédit y fait
allusion à trois reprises. Le 5 décembre 1949, d’abord :
Temps gris. Il a neigé, un peu, cette nuit. J’ai mal
dormi, réveillé à toute heure par les Acadiennes (qui me
travaillaient depuis hier). L’histoire de cet exode si
tragique (celui de 1766) est assez facile à établir — et les lieux,
encore plus. Mais il me répugne d’écrire un roman ( ! !)
là-dessus. La tragédie à laquelle j’avais pensé d’abord est
morte et ne chante plus. Tout ce qui semblerait
arrangement, composition, jeu de l’esprit me paraît indigne. Ce
qu’il faut : quelque chose de simple, de sacré — une sorte
de prose biblique rythmée par un long sanglot. Que Dieu
me soit en aide ! Cette idée m’est venue après la messe
de ce matin. Mais contentons-nous, pour le moment, de
placer cela parmi les choses à peser.
Savard joue ici, comme à son habitude, sur le doublet
étymologique de pensare, d’où sont issus les verbes « penser »
et « peser ». Quant à la « prose biblique rythmée » à laquelle
il songe, c’est effectivement à elle qu’il recourra dans son
Poème d’août 1950, formé de strophes de longueur variable,
constituées pour l’essentiel de vers de 5 à 10 syllabes.
Ce long poème, qui occupe quarante-huit feuillets dans
sa version de 1977, se présente sous la forme d’un récit fait,
comme dans la tragédie antique, par un chœur qui
évoque, plus qu’il ne raconte, tout en exhalant sa douleur et
sa réprobation, le drame des exilés acadiens de Boston.
Citons, à titre d’exemple, la deuxième strophe :
Oh ! tandis que dans le dernier soir (9)
brûlaient les terres et les maisons (8/9)
de l’heureuse Acadie… (6)
23
Acadiennes_Lepage_L.indb 23 10-12-02 17:53LES ACADIENNES
Dieu détournait sa face (6)
et les anges errant sur les grèves rouges (10/11)
pleuraient et disaient (5)
les hommes sont cruels. (6)
Ou encore, la strophe 42, évoquant « la marche du retour » :
Ah ! lourde et lente était la marche (8)
et empêtrés les pas (6)
par la pensée des vieillards (7/8)
et des infrmes (4)
restés pour mourir (5)
dans la cruelle terre étrangère. (8/9)
La strophe 3 dessine en d’amples vers libres l’hostile
villeprison de Boston :
C’étaient de sévères, soucieuses maisons de briques
rouges (14)
à la dure face triste et fermée (10)
oui, de dures maisons (6)
mais entourées d’ormes protecteurs (9)
de murs, de pelouses interdites (9)
et jalousement séparées de la rue (11)
où passe parfois (5)
la choquante, guenilleuse et discordante misère.( 14)
Cette ville puritaine, si peu charitable, Savard la
connaissait-il au moment où il rédigea ce poème, à l’été
de 1950 ? Une note de son Journal, à la date du 10
décembre 1949, pourrait le laisser croire : « C’est la question des
Acadiennes qui me préoccupe. Nous avons décidé, Luc et
moi, de faire les lieux (de Boston à Baie Ste-Marie) au
printemps prochain. » Mais faute de journal pour cette période
du printemps 1950, nous n’avons pas confrmation de ce
voyage, qu’il devait cependant faire deux ans plus tard, en
novembre 1952, quand il fut invité à donner une
conférence devant les membres de la Société historique franco-
américaine. On sait en revanche qu’il passa quelques
semaines dans la péninsule acadienne avec Lacourcière en
24
Acadiennes_Lepage_L.indb 24 10-12-02 17:53INTRODUCTION
16juillet 1950 . C’est d’ailleurs vraisemblablement à
Shippagan, dans le chalet que le docteur Dominique Gauthier avait
mis à leur disposition, que l’auteur de Menaud, peut-être
encore tout imprégné du souvenir de Boston et baignant
dans l’atmosphère acadienne, conçut le nouveau projet des
« Aca diennes » dont il commença la rédaction au début du
mois d’août. La première strophe s’accompagne en effet de
la mention : « Ce soir, août 50 », date confrmée, deux fois
plutôt qu’une, d’abord au f. 10 du Poème : « (brouillonné
écrit ce soir du 4 août, 1950) », puis, à la même date, dans
le Journal :
Poème sur la sortie des Acadiens de Boston, vers
1765… (ce soir du 4 août, 1950) / cf. Des Acadiens
déportés à Boston vers 1755 (Un épisode du Grand
Dérangement) par Pascal Poirier […]. / À tous ceux qui
sont révoltés à bon droit contre… […] à quelques vieux
anglo-saxons vertueux, oublieux, cet ancien récit qu’il
faut oublier — […].
Les f. 12, 16-18 et 21 du Poème comportent eux aussi des
renvois explicites à l’article de Pascal Poirier.
Le dernier feuillet du cahier « Les Acadiennes /
Bibliographie » énumère d’autres ouvrages consacrés à l’Acadie,
dont le récit de l’abbé Henri-Raymond Casgrain, que Savard
connaissait depuis au moins 1943. La lecture de Lauvrière,
comme celle de Poirier, paraît remonter, elle, à 1948. Ce
sont là les principales sources des « Acadiennes ».
16. « En 1950, nos enquêtes ont principalement porté sur le
folklore acadien de la région de Shippagan […]. Nous y avons fait deux
séjours, le premier de six semaines, en juillet et août, et le second, de
dix jours, au mois de novembre. Le nombre des informateurs
rencontrés se chiffre par plus d’une centaine. Les informations et notes
recueillies à la main ou sous forme d’enregistrement furent aussi
abondantes qu’on pouvait l’espérer en une région où nous allions pour la
première fois. » (Luc Lacourcière et Félix-Antoine Savard, « Le
folklore acadien », National Museum of Canada (Annual Report), année
ofscale 1950-1951, bulletin n 126, Ottawa, ministère des Ressources
et du Développement, 1952, p. 99)
25
02-Présentation.indd 25 10-12-03 11:50LES ACADIENNES
L’infuence d’Émile Lauvrière, quoique prépondérante
dans l’ensemble des pièces qui constituent le dossier des
« Acadiennes », reste diffuse et implicite, alors que celle de
Pascal Poirier, nommément reconnue — et plus d’une fois
— s’exerce essentiellement sur le Poème de 1950, consacré
précisément à la sortie de Boston. Trop vaste, l’ouvrage de
Lauvrière ne suscite chez Savard que des projets
dramatiques vagues et épars, continuellement repris et toujours
abandonnés. Pascal Poirier, en revanche, qui se concentre
sur un épisode précis du drame des Acadiens, lui inspire
un texte lyrique d’une seule coulée, parfaitement cohérent
des points de vue thématique et formel. Pour se mettre en
branle, la faculté créatrice de Félix-Antoine Savard a besoin
d’être sollicitée par une image à la fois précise et forte :
Boston, ville qu’il a visitée avec Luc Lacourcière en 1952
(sinon dès 1950) et dont les rues sont toujours hantées par
le souvenir douloureux des Acadiens, cristallise cette image
d’où émergent les personnages fantomatiques du Poème.
* * *
Parmi les personnages clés de la tragédie avec chœur à
laquelle Félix-Antoine Savard a travaillé sans relâche, il en
est un dont le rôle est de garder, en raison de son grand âge,
le souvenir de la Déportation. Et bien qu’il appartienne au
clan des Anglais, il s’en distingue par son esprit de charité
et par la commisération dont il a su faire preuve au moment
de la Dispersion à l’égard du héros acadien, devenu
orphelin à la mort de son malheureux père. Ce « vieux fou », ainsi
que l’appellent les soldats anglais chargés de barrer la route
aux exilés acadiens cherchant à rentrer à Grand-Pré, est
hanté par le sort tragique de ces derniers et par l’injustice
dont ils ont été l’objet. Et c’est à lui qu’est dévolue la tâche
de révéler sa véritable identité au jeune héros du drame.
Quant apparaît ce personnage d’intermédiaire entre
les bourreaux et les victimes, vers 1948, il porte le nom de
Scott (pièce 7). Mais dès la pièce suivante (14 mars 1948),
26
Acadiennes_Lepage_L.indb 26 10-12-02 17:53INTRODUCTION
il devient, d’abord « le vieux Henry » (f. 28), puis « le vieux
John » (f. 31), c’est-à-dire « John Pownall » (f. 44), plus tard
rebaptisé « John Knox », dans l’« argument » de 1958,
scénario dont il est temps que nous parlions.
L’Argument de 1958
On en possède deux versions : un brouillon manuscrit de
cinq pages, daté du 23 juin, mais sans indication d’année,
et une copie dactylographiée, non datée. Dans son
répertoire du fonds Félix-Antoine-Savard, Jacques Blais situe le
17brouillon en 1958 , date sujette à caution. Tout indique
qu’il a été rédigé environ deux ans plus tôt, au moment où
Savard déposait un dossier de demande de bourse
Guggenheim. Deux fois en juillet 1956 et une fois en janvier 1957,
il note dans son Journal qu’il travaille à ses « Acadiennes ».
Le 8 mai 1957 lui parvient la mauvaise nouvelle : « Reçu ce
matin la liste des boursiers Guggenheim. Pas un Canadien.
Et voilà une affaire cuite et réglée, et beaucoup d’illusions
dissipées. C’est un échec que j’accepte sans surprise et sans
amertume. Mais il fait revivre mon poème sur la sortie des
Acadiens de Boston. » Quelques jours plus tard, le 21 mai,
renversement de situation : « Grande nouvelle qu’une bourse
Guggenheim m’est accordée à partir de juillet. Encore une
bonté de Dieu. » Juillet 1957 marquait la fn du mandat de
Savard à titre de doyen de la Faculté des lettres.
Il est de nouveau question des « Acadiennes » en
septembre 1958, janvier 1959, mars et novembre 1960, puis
septembre 1962. Ainsi, le 13 mars 1960, Savard note :
Jonglé à mon programme [de travail] pour 60-61.
Je ne veux point faire de cours. J’essayerai de fnir des
c hoses commencées : a) la Folle (théâtre) ; b) les
Acadiennes (théâtre) ; c) Les Rois Mages + l’Enfant p rodigue ;
d) Divers poèmes ; e) Un roman ; f) Un volume de
souvenirs. Ouf !
17. Jacques Blais, op. cit., p. 266.
27
02-Présentation.indd 27 10-12-03 11:50LES ACADIENNES
Le sort ne lui sera pas favorable et il devra se résigner à
donner trois cours, en 1960-1961, l’un sur Villon, l’autre
18sur La Fontaine et le troisième sur l’Art et la poésie . Alors,
dans l’espoir de trouver enfn les loisirs qui lui manquent
pour mener à bon terme son vaste programme d’écriture, et
en particulier son projet des « Acadiennes », il adresse une
demande de bourse au Conseil des Arts du Canada. Robert
Yergeau a résumé les pièces de ce dossier dans son récent
19essai consacré au Mécénat d’État . Quand la réponse lui
parvient, en mars 1962, elle est négative. Sa déception est
profonde, ainsi qu’en témoigne son Journal et souvenirs, à
l’entrée du 11 mars 1962 :
Le Conseil des Arts du Canada a refusé de considérer
un plan de tragédie que je lui avais soumis avec une
certaine confance ou… naïveté. Ainsi les Acadiennes, qui
devaient être le drame de la pitié, du pardon, de la
tendresse, mourront peut-être d’inanition. Pour le moment,
20c’est : Rideau .
Il ressasse cet échec, le 31 janvier 1963, au moment où il est
21plongé dans la rédaction de La Dalle-des-Morts :
Aussi, par moments, un peu triste, déçu, songeur, je
pense à cette tragédie Les Acadiennes que le Conseil des
Arts n’a point daigné considérer. Le sujet, dégagé de toute
violence historique, m’apparaissait très grand ; et même
si les circonstances étaient du passé, ce drame, où
revenait, comme un leitmotiv, la plainte tragique des exilés et
18. Voir Sœur Thérèse-du-Carmel, Bibliographie analytique de
l’œuvre de Félix-Antoine Savard, Montréal, Fides, 1967, p. 54.
19. Robert Yergeau, Art, argent, arrangement. Le mécénat d’État,
essai, Ottawa, Éditions David, 2004, p. 588.
20. Félix-Antoine Savard, Journal et souvenirs, I : 1961-1962,
Montréal, Fides, 1973, p. 149.
21. Félix-Antoine Savard, La Dalle-des-Morts, drame en trois
actes, Montréal, Fides, 1965, 155 p.
28
02-Présentation.indd 28 10-12-03 11:50INTRODUCTION
qu’animait la tendresse humaine, était de tous les temps
22et même du nôtre d’aujourd’hui .
Comme le précise Robert Yergeau, le ministère des
Affaires culturelles du Québec se montrera plus généreux à
l’égard de Savard en lui accordant trois bourses entre 1964
et 1968. En 1968, c’est une bourse de 7 000 $ qu’il obtient
« […] pour un secrétariat, l’achat d’un dictionnaire et des
déplacements en Gaspésie pour l’une des ses œuvres :
23“Les Acadiennes” . » Peut-être sied-il d’ajouter que Savard
venait d’être auréolé du prestigieux prix David. Quoi qu’il
en soit, il bénéfciera de deux autres bourses du ministère
des Affaires culturelles, en 1975 et en 1978. Le Conseil des
Arts aura lui aussi reconnu les mérites de l’écrivain en lui
accordant deux bourses de travail libre, en 1973 et 1975,
24puis une bourse de courte durée, en 1977 .
Cette aide généreuse lui aura certes permis de rédiger les
quatre volumes de ses mémoires et souvenirs, intitulés
Journal et souvenirs (deux volumes) et Carnet du soir intérieur
(deux volumes), mais « Les Acadiennes », ce projet auquel
il avait consacré tant d’énergie, devait malheureusement
faire naufrage. Faut-il le regretter ? Probablement pas, des
nombreux fragments épars qu’il en reste, aucun ne dépasse
le stade de l’ébauche, sauf peut-être le Poème de 1950, revu
en 1977, qui ne manque pas de souffe, mais qui est resté à
l’état de promesse.
22. Félix-Antoine Savard, Journal et souvenirs, II : 1963-1964,
Montréal, Fides, 1975, p. 25.
23. Robert Yergeau, op. cit., p. 462.
24. Robert Yergeau, op. cit., p. 75-77, 462 et 588.
29
Acadiennes_Lepage_L.indb 29 10-12-02 17:53Acadiennes_Lepage_L.indb 30 10-12-02 17:53ÉTABLISSEMENT DU TEXTE
Les fragments des Acadiennes rassemblés dans ce recueil
proviennent du fonds Félix-Antoine-Savard conservé aux
Archives de l’Université Laval (fonds P123). Ce fonds, qui
comprend près de onze mètres de documents textuels et
quatre cents documents iconographiques, a été en grande
partie remis aux Archives par monseigneur Savard
luimême, entre 1979 et 1982. Le reste a été déposé par la
succession après le décès du romancier survenu en août 1982.
Bien que des notes sur l’Acadie et Les Acadiennes soient
1disséminées dans diverses séries à l’intérieur du fonds ,
c’est surtout la série 7, sous-série 19 : « Œuvres et travaux
inédits (s.d. : 1957-1981), qui renferme le plus grand nombre
2de cahiers relatifs aux Acadiennes .
L’écriture des Acadiennes s’est étendue sur plus d’un
demi-siècle, de 1923 à la fn des années 1970. Les brouillons
fragmentés et dispersés dans les papiers de Félix-Antoine
Savard constituent les avant-textes d’une œuvre jamais
1. Voir Répertoire numérique détaillé du fonds
Félix-AntoineSavard et de la série « Félix-Antoine-Savard » du fonds Luc-
Lacourcière, établi par Jacques Blais d’après les répertoires des
archivistes Marîse Thivierge, Yves Beauregard, Jean Coulombe, James
H. Lambert et Céline Savard, Sainte-Foy, Université Laval, Faculté
des lettres, Département des littératures, 1996, p. 264 s.
2. Microflmés pour la consultation publique, ces documents se
trouvent dans la bobine 9.
31
Acadiennes_Lepage_L.indb 31 10-12-02 17:53LES ACADIENNES
menée à terme. La critique génétique nous a appris à
respecter le caractère propre des avant-textes. Inachevés et
parfois incohérents, mais riches en virtualités, ils montrent
l’écrivain au travail, le développement d’une œuvre en
gestation, hésitant entre plusieurs possibles. Cette nature
volatile doit être respectée.
3La table chronologique, que l’on trouvera à l’annexe I ,
permet de suivre l’évolution de la pensée de l’auteur et de son
projet. Selon les principes généraux de l’édition de texte, la
dernière version de la main de l’auteur constitue
généralement le texte de base de l’œuvre à éditer. Pour cette raison,
le poème en « prose biblique rythmée » de 1977 (dénommé
ici : poème, deuxième version), remaniement de celui d’août
1950 (poème, première version), fgure en premier lieu. Par
la suite, ce tableau récapitulatif suit l’ordre chronologique
selon lequel les textes ont été écrits, depuis les fragments de
1923-1924 jusqu’aux ajouts et ébauches qui se sont succédé
au cours des années 1950 à 1977. Cette gerbe de textes plus
ou moins aboutis constitue la genèse de l’œuvre.
Bon nombre de fragments des Acadiennes ne sont pas
datés et le transfert des documents aux archives a
probablement accru le désordre dans lequel ils nous ont été
transmis. Yvan Lepage a procédé à un délicat travail de
datation, d’une part en fonction d’indices plus ou moins
explicites fournis par l’auteur lui-même dans des passages
inédits de son journal, parvenus jusqu’à nous grâce au fonds
d’archives légué à l’Université Laval, d’autre part, en tenant
compte de la logique interne des épisodes. Certains frag-
4.ments, cependant, n’ont pu être datés avec exactitude
3. Ci-après, p. 211.
4. La section intitulée « Genèse des Acadiennes d’après le
journal inédit de Félix-Antoine Savard », que l’on trouvera ci-après à
l’annexe II, permet de suivre schématiquement l’évolution du projet dans
l’esprit de l’auteur. Elle s’est révélée très utile dans le travail de
datation. La graphie de l’original avec ses erreurs, ses repentirs, ses mots
erronément soudés les uns aux autres, a été respectée.
32
Acadiennes_Lepage_L.indb 32 10-12-02 17:53ÉTABLISSEMENT DU TEXTE
Devant l’impossibilité de laisser au lecteur le soin
d’interpréter un brouillon et de mettre l’imprimeur au déf
d’en respecter scrupuleusement la disposition graphique,
avec ses ratures, ses substitutions et ses additions
interlinéaires et marginales, l’éditeur de ces textes a opté pour
un système de transcription aussi simple et aussi effcace
que possible, susceptible d’assurer un maximum de lisibilité
aux fragments textuels. Il a donc eu recours à un minimum
de symboles, inspirés de ceux que Jacques Blais a mis au
point, avec ses étudiants, pour sa transcription génétique
du manuscrit de la « Mort de Joson ». Ces symboles ont été
choisis pour leur valeur sémiologique afn d’en faciliter le
décodage :
ratures les mots raturés dans le manuscrit sont
également rayés dans la présente édition.
↑      ↑ les fèches verticales pointant vers le haut
encadrent les ajouts interlinéaires, au-dessus
de la ligne principale.
↓      ↓ les fèches verticales pointant vers le bas dési -
gnent les ajouts interlinéaires, au-dessous de
la ligne principale.
→ la flèche horizontale symbolise un trait
conduisant à un mot ou groupe de mots.
[illisible] indique un mot illisible sous la rature ; dans le
cas où le mot indéchiffrable n’est pas raturé,
« illisible » est en romain : « [illisible] ».
La ponctuation et les graphies de F.-A. Savard sont
toujours respectées, même quand elles ne sont pas conformes à
l’usage. De nombreux mots sont écrits en abrégé, par
exemple, la conjonction de coordination et est le plus souvent
rendue par le signe + ; « la caravane » devient « la cara. »,
« en particulier » apparaît comme « en partic. », « Acad. »
33
Acadiennes_Lepage_L.indb 33 10-12-02 17:53LES ACADIENNES
désigne les Acadiens ou les Acadiennes. Ces abréviations
sont conservées, le contexte permettant de les comprendre.
En outre, il arrive que des mots ne soient pas séparés ou que
l’orthographe soit quelque peu malmenée, quand la pensée
de l’auteur va plus vite que sa main. Ces imperfections n’ont
été ni soulignées ni corrigées.
34
Acadiennes_Lepage_L.indb 34 10-12-02 17:53Félix-Antoine Savard
LES ACADIENNES
[Archives de l’Université Laval, bobine 9]
Acadiennes_Lepage_L.indb 35 10-12-02 17:53Acadiennes_Lepage_L.indb 36 10-12-02 17:53TABLE DES MATIÈRES
PRÉSENTATION .........................................................................7
REMERCIEMENTS ..................................................................11
INTRODUCTION ......................................................................13
Première tentative : infuence du poème de Longfellow
(1923-1924) .................................................................................16
Une tragédie antique à contenu canadien (1927-1937) ....17
Les Acadiennes de 1943 ..........................................................18
Les deux poèmes : Savard, lecteur d’Émile Lauvrière
et de Pascal Poirier (1950-1977) ............................................21
L’Argument de 1958 ..................................................................27
ÉTABLISSEMENT DU TEXTE ...........................................31
Félix-Antoine Savard
LES ACADIENNES
POÈMES
Poème, deuxième version, sans date : 1977 ? .....................37
Poème : première version (août 1950) .................................54
Acadiennes_Lepage_L.indb 243 10-12-03 13:33GENÈSE (1923-1978)
Première esquisse (1923-1924) ..............................................73
1937 ..............................................................................................77
1943 78
Sans date : 1948 ? ......................................................................85
1948 87
Sans date : 1948 ? ....................................................................100
Sans date : 1948 ? 101
Sans date : 1948 ? 102
Sans date : 1948-1949 ? .........................................................112
Sans date : 1948-1949 ? 119
1949 ........................................................................................... 123
Sans date : 1950 ? ................................................................... 129
1951 ............................................................................................130
Sans date : 1952 ? ....................................................................134
Sans date : 1953 ? 138
1954 143
1956 146
Sans date : 1956-1957 ? .........................................................157
Argument (brouillon) : 1958 ................................................158
eArgument (2 version, dactylographiée) : 1958-1959 ? ..160
1960 ............................................................................................163
Sans date : 1960 ? ....................................................................164
Sans date, postérieur à 1964 ................................................168
1967 169
Sans date : 1967 ? 170
1967 ............................................................................................171
Sans date : 1967 ? 172
1967 173
1977 174
Sans date : 1977 ? ....................................................................179
1978 ............................................................................................181
Acadiennes_Lepage_L.indb 244 10-12-03 13:33APPENDICES
Esquisse de drame moderne sur l’Acadie, 1953 ? ............185
Quelques notes pour Les Acadiennes, 1953 ? ................. 203
Acadia, 1954-1956 ? ............................................................... 208
ANNEXES
ANNEXE I
TABLE CHRONOLOGIQUE DES ACADIENNES .......211
ANNEXE II
GENÈSE DES ACADIENNES
d’après le journal inédit de Félix-Antoine Savard ...........219
ANNEXE III
CHRONOLOGIE DE FÉLIX-ANTOINE SAVARD ..... 227
BIBLIOGRAPHIE ....................................................................241
Acadiennes_Lepage_L.indb 245 10-12-03 13:33Acadiennes_Lepage_L.indb 246 10-12-03 13:33COLLECTION
« VOIX RETROUVÉES »
1. Louise-Amélie Panet, Quelques traits particuliers Aux
Saisons du Bas Canada et aux Mœurs De l’habitant de
ses Campagnes Il y a quelques quarante ans, Mis en vers,
2000, LIV, 82 p.
Texte édité par Roger Le Moine.
2. Régis Roy, Choix de nouvelles et de contes, 2001, 284 p.
Édition préparée par Mariel O’Neill-Karch et Pierre
Karch.
3. Félix-Antoine Savard, Louise de Sinigolle, 2001, 250 p.
Dossier original mis à jour et présenté par Réjean
Robidoux.
4. Augustin Laperrière (1829-1903), Les pauvres de Paris;
Une partie de plaisir à la caverne de Wakefeld ou un
monsieur dans une position critique et Monsieur Toupet
ou Jean Bellegueule, 2002, 215 p.
Édition préparée par Mariel O’Neill-Karch et Pierre
Karch.
5. Marius Barbeau, Le pays des gourganes, et Le chanteur
aveugle, 2003, 161 p.
Textes présentés par Jean des Gagniers.
6. Virginie Dussault, Amour vainqueur, 2003, 242 p.
Édition préparée par Micheline Tremblay.
7. Conversation poétique. Correspondance littéraire entre
Harry Bernard et Alfred DesRochers, 2005, 378 p.
Textes établis, présentés et annotés par Micheline
Tremblay et Guy Gaudreau.
Acadiennes_Lepage_L.indb 247 10-12-03 13:338. Théâtre comique de Régis Roy (1864-1944),2006,360p.
Édition préparée par Mariel O’Neill-Karch et Pierre
Karch.
9. En dépit des frontières linguistiques. Correspondance
littéraire entre Germaine Guèvremont et William Arthur
Deacon (1946-1956),2007,210p.
Préfaced’YvanG.Lepage.ÉditionpréparéeparMariel
O’Neill-Karch.
10. Félix-AntoineSavard,Les Acadiennes,2010,250p.
DossiercompiléetprésentéparYvanG.Lepage.
07-Bibliographie.indd 248 10-12-03 14:04Acadiennes_Lepage_L.indb 249 10-12-03 13:33Imprimé sur papier Rolland opaque 50
50 % postconsommation et
50 % de fibres vierges certifiées FSC,
accrédité Éco-Logo et fait à partir de biogaz.
Mise en pages : Anne-Marie Berthiaume
eDépôt légal, 4 trimestre 2010
ISBN 978-2-89597-122-1
Achevé d’imprimer en décembre 2010
par le Caïus du Livre
Montréal (Québec) Canada
Acadiennes_Lepage_L.indb 250 10-12-03 13:33Professeur émérite au
Département de français de
l’Université d’Ottawa, membre
de la Société royale du Canada,
Yvan G. Lepage (1944-2008)
est l’auteur de plusieurs éditions
critiques de textes du Moyen
Âge et d’œuvres québécoises,
dont Menaud maître-draveur
de Félix-Antoine Savard (PUM)
ainsi que Le Survenant et
Marie-Didace de Germaine
Guèvremont. Il a aussi consacré
à cette dernière une étude
d’ensemble intitulée Germaine
Guèvremont : la tentation
autobiographique (1998).Durant une grande partie de sa vie, de 1923 à sa mort,
Félix-Antoine Savard a été hanté par une œuvre qu’il
n’aura finalement jamais achevée. Inspirées par la
lecture de l’Evangeline de Longfellow, Les Acadiennes
ont d’abord été conçues par l’auteur de Menaud
maîtredraveur comme un long poème épique, avant d’évoluer,
avec l’introduction d’un chœur, vers une forme de
tragédie ou de drame lyrique.
Passionné par l’œuvre de Félix-Antoine Savard, dont il
avait déjà signé une édition critique de Menaud
maîtredraveur, Yvan Lepage a voulu retracer la genèse de
cette œuvre en reconstituant patiemment les différents
fragments laissés par son auteur. Décédé en mai 2008
avant d’avoir pu publier ce travail, il confiait à son
épouse, Françoise Lepage, le soin de mettre en forme le
manuscrit laissé sur sa table de travail.
Françoise Lepage réunit donc dans le présent ouvrage les
divers éléments du dossier auxquels elle apporte quelques
précisions utiles à la présentation du texte et non à son
contenu. Ce livre éclaire la genèse des Acadiennes tout
en soulignant le souci de rigueur et de perfection qui
animait l’écrivain.
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