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Figures du masque d'or

De
150 pages
C'est un masque virtuel, sans doute, mais qui n'en est pas moins certain. Il est protéiforme, il représente la conjonction de figures de l'imaginaire, et du réel aussi bien. Des êtres, des choses, des espaces et des sentiments, qui font l'épreuve du merveilleux ou du tragique, de l'éternel ou de la finitude, du bien ou du mal. Elles sont envisagées, chacune, dans un moment de leur histoire. Ce masque, elles lui donnent donc son existence. Et sa raison d'être. S'il est en or, c'est parce qu'il a le désir de durer. Et de faire durer, à travers lui, les témoignages de ces figures qui le composent.
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Alain Z
Figures du masque d’or
Poésie(s)
Figures du masque d’or
Poésie(s) Collection dirigée par Philippe Tancelin Déjà parus Alain HOAREAU,Lettre en vacance, 2017. Jean-Michel CARTIER,Le doigt de mer et autres poèmes,2017. Stéphane CERVEAU,Le jeu d’éclipes, 2016. Claude BARDINET,Poïetique paradoxale,2016. José GUÉBO,Aux chemins de Babo Naki, 2016. Jean-François SABOURIN, Le préambule des innombrables, 2016. Jacques BARNOUIN,L’inspiration poétique, 2016. Alain HOAREAU,Quatre saisons plus une, 2016. Suzanne MÉRIAUX,Empreintes, 2016. Munesu MABIKA DE CUGNAC,Un monde plus fort que le reste, 2016. Arnaud BOURILLET,Le pavot rouge. Éloge de l’étrangère, 2016. Norbert SÉE,Femmes fleuves, femmes flammes, 2016. Mylène DANGLADES,Des paroles d’or et d’argent, 2016. Marc LE GOFF,Arrêts sur paroles, 2016. Amar MERIECH,Découverte de l’ordinaire, 2016. José Carlos RODRIGUEZ NAJAR,Prières amazoniennes,2016.Georges De RIVAS,Ce que la Colombe dit à la Rose,2016.Dominique LABADIE,Réveille-toi,ȏdémocratie. ma Chroniques d'un ancien homme libre,2016.VILLEBRAMARA,Métisse, 2015. Franck GIOL,Ouvrances, 2015. Maïté VILLACAMPA,Vers les commencements. Montage, 2015. Marie-Madeleine LEMAIRE-JARRY,J’ai rencontré le soleil, 2015. Raphaël SARLIN-JOLY,Et je vis le regard des chats sauvages, 2015.
Alain ZECCHINI
Figures du masque d’or
Du même auteur
Désert de tant,Éditions L’Harmattan, 2015.
Rainer Maria Rilke, Élégies de Duino – Les Sonnets à Orphée,Édition bilingue, traduit par Alain Zecchini, Éditions L’Harmattan, 2010.
Le Rhinocéros – L’Harmattan, 1998.
Au
Nom
de
la
Corne,
Éditions
Soleil blanc,Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1980.
Site Internet :www.alainzecchini.com
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : 978-2-343-11207-7 EAN : 9782343112077
Car rien de ce qui, étant réel, parvient au cœur humain ne doit être annulé, expulsé, ou laissé à la porte ; rien de réel ne doit être humilié, pas même ces demi-réalités qui volètent autour de l’espace vivant du cœur, car en fin de compte elles pourraient bien trouver en lui la réalité à laquelle elles aspirent, ou livrer leur réalité cachée.
María Zambrano –Les Clairières du bois
L’escalier du miroir Ce fragment de paysage a pu être intitulé « Grand escalier menant aux jardins en terrasses », mais il est difficile d’y trouver une pleine justification. Car les jardins restent invisibles. Et le vrai sujet, c’est la scène qui se joue ici, avec plusieurs acteurs, cet escalier, et puis un chien et quatre êtres humains. Un parc, au XVIIIème siècle. Quelque part en lui. A gauche, au fond, et sous la grande arcade des ramures d’arbres qui se rejoignent, un homme. Il porte, de la main droite, un sac ou une mallette. Son bras gauche est levé pour signifier quelque chose, mais il n’est pas possible d’estimer quoi que ce soit. A droite, au premier plan, une grande jeune fille. Elle est penchée, presque en suspension, sur les branches d’un arbre majestueux, elle en tient quelques-unes des deux mains. A la même hauteur, vers la gauche, sur le sol nu, un petit chien courant ; mais il semble arrêté dans son mouvement, les antérieurs dressés devant lui, les postérieurs arqués. Entre le chien et la jeune fille, de dos, un couple. Ils sont jeunes. Bien habillés. Leurs têtes inclinées l’une vers l’autre. L’homme tient son chapeau de la main droite ; la femme, son ombrelle de la main gauche, au-dessus de sa tête, et son bras droit est passé sous le bras gauche de l’homme. Les ombres de toutes ces présences (à l’exception du personnage, sous l’arcade, qui n’en possède pas) sont petites ; assurément, c’est une heure proche du zénith, ou de très peu postérieure ; peut-être celle où le réel, en tout cas celui d’ici-bas, soumis à la plus forte lumière, verticale, peut connaître des mutations dans ses fonctions de relation. Ce couple, donc. Ils font face à un très large escalier, qui s’interrompt, à droite, sur une épaisse porte, comme une arche, recouverte largement de végétation, et qui se
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continue, à gauche, par une deuxième volée de marches allant se perdre dans une grande trouée noire entre les massifs arborés. Les volumes de ces deux êtres, depuis la tête jusqu’à la taille, s’interposent devant les sept ou huit premières marches. Et celles-ci transparaissent dans les corps. Elles se lisent à travers eux. Cela signifie que cet homme et cette femme sont entrés dans l’escalier, comme l’escalier est entré dans le couple. Les uns et les autres ont toujours leur propre densité, mais elle est devenue cristalline, d’une légèreté ineffable, capable de sauter l’obstacle de la surface d’un autre existant, son enveloppe, afin, de cet existant, approcher la densité. Ils sont dans un espace, intérieur autant qu’extérieur, et un temps, celui de leur rencontre, sortis de leurs quadratures, décalés sur les marges d’un invisible devenu manifeste. Et le personnage sous l’arcade, et le chien, et la jeune fille, s’ils sont quelque peu figés, contenus, dans leur présencement, c’est sans doute parce qu’ils n’ont pas trouvé en eux une ouverture pour dépasser leurs limites.
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Fort Carillon Pourtant tu sonnes encore, nuit et jour, sans te lasser, dans ton obstination à vouloir témoigner. L’absence de ces présences qui furent ici, longtemps, elles ont retraversé la mer. Tu leur portais l’annonce des visites par ta voix sortie du mur jouxtant la grille. Le grand silence de la neige verte est retombé sur la maison, l’armée qui en faisait le siège a vaincu par défaut ; plus rien ni personne désormais ne peut lui disputer l’espace, qu’elle colonise, en profusion de plantes hautes et d’herbes folles. Toi courageuse, toi retranchée en raison d’être sur ta fonction, toi seule tu restes, inaltérée, intouchée et inoccupée, dans ta plainte discrète-émouvante, qui s’égrène en deux tons légers. Le gel des ans n’aura de prise, l’oubli n’imposera sa mort lente, tant que durera, pour les oiseaux, le vent et les compatissants, ta musique, en mémoire d’empreinte
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