Frôlement d'ombres

De
Publié par

C'est une anthologie personnelle constituée d'extraits de trois recueils, Dialogue avec Ulysse, Pactes et bûchers et Frôlement d'ombres. L'œuvre de Myrta Sessarego est une des plus originales de la poésie argentine contemporaine. Une poésie de l'authenticité, qui ressuscite l'être vivant dans ses mots, qui donne une architecture précise au mystère, "parcourant le difficile sentier avec l'espoir de retrouver un bonheur perdu nous ne savons où". Le titre de cet ouvrage est celui d'un texte inédit de l'auteur.
Publié le : jeudi 1 avril 2004
Lecture(s) : 164
Tags :
EAN13 : 9782296357464
Nombre de pages : 110
Prix de location à la page : 0,0065€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

FRÔLEMENT D'OMBRES ROCE DE SOMBRAS

<!:iL'Harmattan,

2004

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, I!alia s.r.1. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-6292-1 EAN:9782747562928

Myrta SESSAREGO

FRÔLEMENT D'OMBRES RaCE DE SOMBRAS

Anthologie personnelle bilingue Antologia personal bilingüe

Traduit de l'espagnol par

Gérard AUGUSTIN et Michel CASSIR

Préface de Michel CASSIR

L'Harmattan

Préface

Le plus pur des hasards se glisse-t-il subrepticement dans les pas, creusant du sens dans leur cheminement ébloui! La quête poétique est ainsi l'acte du corps doublé de son propre rêve. Le coup de dé a voulu que je me retrouve à Gênes à ce moment précis pour des raisons qui n'ont rien à voir avec Myrta Sessarego. Et pourtant tout converge ici pour cerner le monde invisible de cette poète argentine vivant au Mexique. Son père, Mario, était originaire de ce labyrinthe méditerranéen qu'ellemême n'a jamais connu. C'est lui qui, très jeune, a flirté avec les démons de la mer pour investir ses yeux dans la pampa fuyante. D'ailleurs, il était pris de vitesse au propre et au figuré. Il a été co-équipier de Fangio, le coureur automobile légendaire, et une sorte d'éclair fantomatique pour sa fille qu'il ne voyait qu'occasionnellement. Il aura laissé sur elle d'étranges traces qui se feront sentir plus tard quand elle aura appris à tisser l'obscurité, partagée entre Pénélope et la haute mer. Il y a urgence à écrire ces quelques mots puisque cette anthologie poétique de Myrta Sessarego vient à peine de sortir de son four et « l'odeur de la levure» est encore présente. Cette urgence n'a pu se résoudre qu'à Gênes et «Frôlement d'ombres», sans le rechercher ni même le savoir, possède déjà un écho troublant de cette ville. Ce titre est aussi celui d'un texte inédit où elle crée son vampire intérieur, prince et délinquant fTôlant l'aube dissolvante. «.. .là, dans l'interstice entre l'attirance et la répulsion de nos désirs les plus intimes, surgit soudain, à travers les âges, cette ombre tant aimée et tellement crainte. Projection? Quête? Exorcisme?». En parcourant de nuit les vieilles rues de Gênes, le llisson des ombres, surgissant parfois de portiques du XIIIème siècle, peut s'amplifier sous l'effet de l'œil oblique avec la majesté des palais et l'harmonie des cours intérieures les plus modestes. C'est comme si Myrta Sessarego, par une intuition prodigieuse, se cognait aux démons et aux anges de Gênes où elle aurait pu avoir passé son enfance. Elle recrée un lieu imaginaire sans aucun élément de référence apparent et c'est en cela que réside le pouvoir de sa poésie: elle donne une architecture précise au mystère. « ...mais jusqu'au

bout, nous parcourons tous le difficile sentier avec l'espoir de retrouver un bonheur perdu nous ne savons où ». Cette ballade du vampire « ... dans les alcôves de nos ancêtres» est à même les pores du poète. «Tu es plutôt frôlement pressenti qu'ombre ensorcelée» dont les «... hurlements» sont «.. .loups» ou «...reflets apportés par le vent ». À aucun moment, Myrta Sessarego ne perd sa lucidité: elle n'est pas dans la fiction mais dans l'analyse scrupuleuse des fragments qui composent le mouvement de la vie, banal et sublime. Elle ne se prête pas à un exercice littéraire, elle broie et ressuscite de l'être vivant dans ses mots. Possédée en quelque sorte par son double, elle arrive à s'en libérer après un lent apprentissage de la science de ses ombres. «... tu t'es dissous entre mes mains cette fois pour toujours et une compagnie d'ombres s'envole du clocher en même temps que le carillon ». Ce livre comporte aussi des œuvres antérieures déjà publiées en Argentine, « Dialogues avec Ulysse» et « Pactes et bûchers », à l'exception du premier poème qu'elle a redécouvert dans une anthologie de femmes poètes argentines qui est parue récemment. Il s'agit de «Manifeste », étrange hymne à la rébellion qui est avant tout celle du sens des mots et de leur implication dans la transformation de la vie. « Dialogue avec Ulysse », publié en 1965, possède déjà tous les ingrédients subtils et la dialectique de son art. Elle s'investit pleinement dans le mythe et cherche à aller jusqu'au bout du risque, tout en pesant l'enjeu de cette transaction. Ainsi, elle interpelle ce héros qui erre entre les dangers et le rêve: « ... ta mission est de suborner ma distance pour m'obliger à te substituer à moi-même ». Myrta Sessarego (connue antérieurement comme Myrta Christiansen) est évidemment imprégnée de Grèce antique et de mythologie, mais elle tente aussi de crever l'abcès, de libérer son goût de l'aventure sans doute inoculé dès la naissance par l'arrivée mystérieuse de son père en Argentine. Ulysse est à l'intérieur même de son questionnement: « Qui es-tu à te dresser si loin de ma trame que je ne puisse effleurer ta joue ni te porter à l'intérieur de l'amour cavité de l'égarement ». Ulysse est devenu le scrutateur de l'être qui a perdu ses racines, ses références, en proie aux éléments et à la fragilité. Ulysse n'est pas un héros pour Ulysse, il a le vague 6

à l'âme, il s'interroge, il fuit au-delà de ses forces. Et le poète s'est ainsi introduit dans cette alchimie, où il ne trouve aucune gloire, aucune réponse, mais un geste de vie qui se prolonge: « .. .nous avons mordu sans rapacité la condition d'être et nous refusons de prospérer sur l'éternité». « Pactes et bûchers », publié quelques années plus tard, cerne aussi bien le quotidien et sa brûlure que le retournement fantastique des choses qui crée la vision et l'aventure poétique. « Les mages viennent crépiter dans la fumée quotidienne» dans ce qu'elle appelle «exercice baroque », ressuscitant la conscience paralysée par la dictature qui prétendait réglementer jusqu'aux battements du cœur. «Exploratrice de la détérioration incessante qui ne tient pas compte des gains misérables », Myrta transmute le plomb en sublime ordinaire qui n'est autre que l'alchimie du courage et de la lucidité qui écarte toute illusion facile. Elle laboure la terre et le ciel pour perdre et retrouver éternellement le sens, lui inventer un corps, une voix. «Les bruits familiers qui nous embrouillent dans le monde et les hiéroglyphes d'une mouche à la fenêtre nous lancent le défi des codes que nous utilisons sans comprendre ». Et pour aller de l'avant, avec sa dignité sans carcan, elle plante des racines invisibles qui font pousser la lumière. «Je prouve des mécanismes moraux sans me soucier de leurs valeurs ». Voici livrée dans ces pages une passion de poésie et de vie qui a survécu à toutes les épreuves et au silence même, c'est un joyau fuyant et sensuel, du sacré et sa transgression.

Michel Cassir

7

Prefacio Puede el mas puro azar deslizarse subrepticiamete en los pasos, cavando sentido en su camino deslumbrado! Asi, la busqueda poética es el acto deI cuerpo doblado por su propio sueno. Un golpe de dados hizo que me encontrara en Génova en este preciso momento por razones que no tienen nada que ver con Myrta Sessarego. Sin embargo, todo converge aqui para cercar el mundo invisible de esta poeta argentina viviendo en México. Su padre, Mario, era originario de este laberinto mediterraneo que ella misma nunca conoci6. Es él quien, muy joven, flirte6 con los demonios deI mar para invertir sus ojos en la pampa huyente. Ademâs, estaba ganado por la mano en el sentido propio y figurado. Fue compafiero de equipo de Fangio, el leyendario corredor autom6vil, y algo commo un rayo de fantasma para su hija que no 10 veia mas que ocasionalmente. Habra dejado sobre ella extrafias huellas que se haran sentir mas tarde cuando ella habrâ aprendido a tejer la oscuridad, dividida entre Penelope y el alto mar. Es urgente escribir estas lineas ya que esta antologia poética de Myrta Sessarego acaba apenas de salir deI homo y «el olor a levadura» es siempre presente. Esta urgencia no pudo resolverse sino en Génova y «Roce de sombras », sin buscarlo ni aun saberlo, ya posee un eco inquietante de esta ciudad. Este titulo corresponde también al de un texto inédito donde crea su vampiro interior, principe y delincuente rozando el alba disolvente. « ... ahi, en el intersticio entre la atracci6n y la repulsa de nuestros mas intimos deseos, surge de pronto y a través de las edades esa sombra tan amada y tan temida. l,Proyecci6n? l,Busqueda? l,Exorcismo? ». Recorriendo de noche las viejas calles de Génova, el temblor de las sombras, surgiendo a veces de p6rticos del siglo XIII, puede ampliarse bajo el efecto deI ojo oblicuo con la majestad de los palacios y la armonia de los mas modestos patios. Es como si Myrta Sessarego, por una prodigiosa intuici6n, se pegaba a los demonios y a los angeles de Génova donde hubiera podido haber pasado su infancia. Recrea un lugar imaginario sin elemento de referencia aparente y en esto reside el poder de su

poesia: da una arquitectura precisa al misterio. « ... pero hasta el final todos recorremos el dificil sendero con la esperanza de reencontrar una felicidad que no sabemos donde perdimos ». Esta balada deI vampiro «...en las alcobas de nuestros antepasados » se encuentra directamente en los poros deI poeta. « Eres mas roce presentido que sombra endemoniada» cuyos « ...aullidos» son « ...Iobos» 0 « ...reflejos traidos por el viento ». En ningun momento, Myrta Sessarego pierde su lucidez-: no obra en la ficcion sino en el anâlisis escrupuloso de los fragmentos que constituyen el movimiento de la vida, comt'm y sublime. No se presta a un ejercicio literario, tritura y resucita 10 vivo deI ser en sus palabras. Poseida de alguna manera por su doble, llega a liberarse después de un largo aprendizaje de la ciencia de sus sombras. « ...te disolviste entre mis manos esta vez para siempre y una bandada de sombras huyo deI campanario junto con el repique ». Este libro contiene también obras anteriores ya publicadas en la Argentina, « Diâlogos con Ulises» y « Pactos y hogueras », con la excepcion deI primer poema que redescubrio en una antologia de mujeres poetas argentinas publicada recientemente. Se trata de « Manifiesto », extrafio himno que es ante todo aquel deI sentido de las palabras y de su implicacion en la transformacion de la vida. «Diâlogos con Ulises », publicado en 1965, posee ya todos los ingredientes sutiles y la dialéctica de su arte. Se invierte plenamente en el mito y busca ir hasta el fondo deI riesgo, pero sopesando el reto de esta transaccion. Asi, interpela este héroe que vaga entre los peligros y el sueno: « ...tu mision es sobornar mi distancia para obligarme a sustituirte en mi misma. ». Myrta Sessarego (anteriormente conocida como Myrta Christiansen) esta evidentemente impregnada de Grecia antigua y de mitologia, pero intenta también cortar por 10 sano, liberar su gusto por la aventura probablemente inoculado desde el nacimiento por la llegada misteriosa de su padre a la Argentina. Ulises se encuentra en el centro mismo de su cuestionamiento: « Quién eres irguiéndote tan lejos de mi trama que no puedo ni rozar tu mej ilia ni a1canzarte las armas dentro de la enorme cavidad deI extravio ». Ulises se volvio el escrutador dei ser que ha perdido sus raices, sus referencias, 10

enfrentado a los elementos y a la fragilidad. Ulises no es un héroe para Ulises, siente nostalgia, se interroga, huye mas allâ de sus fuerzas. Y el poeta se introduce asi en esta alquimia donde no encuentra ninguna gloria, ninguna respuesta, sino un gesto de vida que se prolonga: « ...mordimos sin rapacidad la condicion de ser y nos negamos a manejar con eficacia el oficio de medradores de etemidad ». «Pactos y hogueras », publicado unos afios mâs tarde, de limita tanto 10 cotidiano y su quemadura como la inversion fantâstica de las cosas que crean la vision y la aventura poética. «Los magos vienen crepitando en el humo cotidiano» en 10 que llama «ejercicio barroco », resucitando la conciencia paralizada por la dictadura que prentendia reglamentar hasta los latidos deI corazon. « Exploradora de la deterioracion incesante que no toma en cuenta ganancias miserables », Myrta transmuta el plomo en sublime ordinario que no es mâs que la alquimia de la valentia y de la lucidez apartando toda ilusion fâciI. Ella labra la tierra y el cielo para perder y reencontrar etemamente el senti do, inventarle un cuerpo, una voz. «Los ruidos familiares que nos compliean en el mundo y los jeroglificos de una mosca en la ventana son los desafiantes eodigos que usamos sin comprender ». Y para ir adelante con su dignidad sin obligacion, planta raiees invisibles que haeen erecer la luz. « ...pruebo meeanismos morales sin preocuparme sus valores ». Se encuentra librada en estas pâginas, una pasion de poesia y de vida que ha sobrevivido a todas las pruebas y al silencio mismo, es una joya huyente, 10sagrado y su transgresion.

Michel Cassir

11

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.