Instants

De
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Quelques instants

Au fil du temps

Se sont accrochés

Sur un ciel de vie

Pour esquisser

Un dessin de vie


Il faut du temps

Au fil des ans

Pour découvrir

Que ces Instants

Au fil du temps

Ont simplement

Façonné ma vie

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
Lecture(s) : 46
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9789999990846
Nombre de pages : non-communiqué
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Septicémie
Que suis-je censé faire là ? Au ras du sol, couché, la pièce me paraît immense, elle est mal ou peu éclairée… Une personne passe, elle est vêtue de blanc… bizarre… Je n’avais jamais vu de per-sonne habillée tout de blanc à part les femmes le jour de leur mariage… ah si… les filles le jour de leur communion solennelle… mais c’est tout… oh ! Une autre femme s’en vient, elle porte une bassine, elle s’approche, s’arrête près de moi, pose la bassine par terre…. Je frissonne de dé-goût, j’ai envie de vomir, la bassine est remplie de sang… J’ai peur… Pourquoi suis-je là ? Tout se brouille, tout s’embrouille… Je devrais être là-haut, dans mes montagnes, à courir par les sentiers, passer de caillou en caillou, à traverser les champs de cannes, à regarder les têtards nager dans l’eau des tor-rents, à m’allonger à même le sol regardant grand-père remuer la terre avec sa «gratte»… Pourquoi n’y suis-je plus ? J’essaie de me sou-venir… Je m’endors. Les montagnes perdent leurs couleurs en s’abritant sous le manteau de nuages qui masque
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le soleil. J’écoute la cascade qui chante… Je grimpe le sentier, traverse un champ d’azalées, longe une pente abrupte et verdoyante que colo-rent les «grenadines» (fruit de la passion) ; je n’ai pas le temps d’en manger, je voudrais rentrer à la case avant qu’il ne commence à pleuvoir. Je dévale les pentes, m’écorche aux vétyvers, les feuilles de canne me giflent le visage… je cours… je cours… la case n’est plus très loin ; à bord de mon bolide que propulsent mes jambes, je coupe un dernier virage et… devant moi… merveille pour mes yeux qui se troublent… Je suis dans la montagne, un tout petit point perdu dans la montagne et je découvre tout en bas et loin, loin… les limites de mon île qui brille sous le soleil, ornée de franges blanches que l’océan dé-coupe comme des dentelles… À perte de vue, cette masse bleue sombre qui semble menaçante, se gonfle, se dresse tel un monstre, enfle, comme une vague immense prête à déferler sur l’île toute habillée de vert. Grand-mère, en me voyant, me gronde genti-ment : «? gard’ à ou, où lé tout’Où ça vi sort’ grafiné, ou saigne en plus, viens voir à moin», ce qui veut dire : «D’où viens tu ? Regarde, tu es tout écorché, tu saignes… allez, viens me voir…». Elle prépare une concoction, badigeonne mes membres «grafinés», applique sur les plaies des feuilles qui sentent bon… Je me sens déjà prêt pour de nou-veaux voyages.
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Le réveil est pénible… mon corps semble un tison prêt à s’enflammer… Sur mes jambes, les stries laissées par les épines sont auréolées de rouge avec au milieu des petites boursouflures blanches, comme des chenilles, j’ai envie de les attraper mais la conscience s’en va… Lorsqu’elle me revient, c’est pour me ramener dans cette pièce immense et triste… Que fait cet homme avec ce tuyau autour du cou ? Je suis allongé, je m’interroge sur la présence de toutes ces têtes qui, au dessus de moi, me fixent, me dévisagent, et les mains qui me palpent m’arra-chent grimaces et cris de douleur… Me voici maintenant devant cette voiture noire, on veut que j’y entre, je crie, je hurle… non… je ne veux pas… victime de ma peur, ma «culotte» (terme créole signifiant : « culotte courte » ou « short ») est mouillée. C’est cette voiture noire qui a dû me trans-porter jusqu’à cette salle… j’essaie de voir le plafond mais il disparaît… on dirait une grotte où se perd la lumière que dispense une fenêtre tout là-haut ; je ferme alors les yeux pour ne plus être ici et mon cerveau d’enfant m’entraîne vers mon jardin où s’agitent mes rêves. Je suis réveillé, on me porte, on m’allonge sur une table froide, je me dis qu’elle doit être en fer pour me glacer autant… je veux bouger la
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tête pour voir autour de moi… impossible… je m’endors… Réveil avec un goût amer dans la bouche… Sur ma peau qui me brûle, d’autres cicatrices sont venues remplacer les marques que m’avait offert la nature… Bassines de sang qui me forcent à la peur, hantent mon sommeil… Toujours cette table froide sous une lumière qui tranche avec la semi-obscurité de la salle où je végète… Table, Lumière, Bassine… ainsi passent les jours qui auraient dû être les derniers… Le combat des adultes pour que vive un en-fant… Les spécialistes condamnent, l’oncle aime, réclame, impose… Le hasard, la chance, le destin ? Beaucoup d’amour assurément durant ces quelques jours d’un combat pour la vie.
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