Je me parle

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Est une grotte

Où s’abritent mes mots

Ce livre

Est le cercueil

Où s’endorment mes maux.


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Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9789999992725
Nombre de pages : non-communiqué
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C’était un soir de novembre, la nuit était chaude, la nuit était noire et les pensées voguaient en harmonie avec cette tropicale obscurité sur l’océan d’une vie faite d’amour unique et intem-porel. Les larmes ne suffisaient plus et, à force de ressentir, le cœur ne ressentait plus. Seul demeu-rait une immense envie de désespoir, de fin, comme un trop plein qu’on ne pouvait parvenir à évacuer et qui remplissait jusqu’à étouffer. Plusieurs semaines, là, enfermée dans une chambre qui aurait pu être alcôve, oasis ou havre de tendresse mais qui n’était devenue que pri-son, maison close, oubliette pour que rien ne se sache, pour que rien ne transparaisse et que de cette union-amour ne subsiste que l’ombre d’une illusion-amour. Comment vouloir tant donner et ne devoir rien recevoir ? Quel prix devait-on donc payer à la vie des hommes qu’un véritable amour ne soit pas en mesure d’engager la dépense ? Que re-présentait l’amour face à la réalité des gens ? Quel nom donner à cette attitude qui permet de masquer l’amour par le rideau de l’apparence ?
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Pourquoi devait-on cacher ce qui aurait dû être offert, consenti et partagé ? La Femme-enfant, parée de sa jeunesse, dans la nuit de sa prison, regardait se déchirer le voile de cette innocence qu’inconsciente elle avait dé-posé sur l’autel des de ses rêves où l’homme égoïste officiait pour son plaisir, guidé par la seule force d’un désir à assouvir, poussé par la seule force d’une ambition à satisfaire. Elle se souvenait de ces premiers échanges, de ces mots, de ces gestes qui ne pouvaient tromper et qui ouvraient alors à ses yeux de montagnarde les portes d’un chemin que l’amour, chaque jour, embellissait pour elle de fleurs multi-colores noyées sous le soleil d’un avenir radieux. Quand vînt ce premier soir, la douloureuse étreinte et le fol abandon à sa foi sans limites… Quand l’hymen déchiré et sa peur abandonnée au bord d’un éternel divin, elle se sentit vidée, comme pour une transfusion, et sa force d’aimer passa de la chaude poitrine d’Elle vers la froide ambition de Lui. La graine était semée, la terre était fertile… Quoi de plus normal qu’elle finisse par germer ? Alors, chez lui, la compréhension de l’Autre pas-sa de son besoin de plaire à son besoin de vivre ; généreux, magnanime, il refusa pour elle le soleil
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de la vie, il décida pour elle du soleil de la nuit. Il préféra la soustraire du regard des autres pour ne pas avoir à détourner le sien. Il chercha une ca-chette à offrir en refuge, il trouva une chambre… C’était un soir de novembre dans une chambre… Des journées à attendre que la porte ne s’ouvre pour quelques minutes de nuit à se contenter d’un air à respirer dans une obscurité coupable. C’était un soir de novembre dans une chambre… Une femme-enfant s’était préparée à y mourir, elle recherchait dans les mouvements brusques de son ventre mille raisons de croire que la vie était belle. Elle caressait son ventre du chaud de sa tendresse, entourant de ses mains l’être qui n’y pouvait rien, essayant de transmettre ce qui lui restait d’amour tandis que ses pensées amères mais sans regrets, déçues mais sans rancunes, projetaient sur l’écran de ses yeux refermés un film dont elle se savait héroïne et victime. Ne pouvant ni sortir, ni respirer un peu l’air pur des montagnes de son enfance, elle demeurait assise, éveillée de sa mort, fixant les invisibles murs de son obscure chambre et n’ayant plus de raison de croire que la vie était belle. C’était un matin de novembre, l’aube pointait à peine… et c’est alors qu’il choisit de naître… Maigre, n’osant affronter le jour qu’on lui cachait, cherchant désespérément une chaleur, une ten-dresse humaine. On le laissa goûter au sein
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d’une femme-enfant puis on estima suffisant cet instant de faiblesse et on l’enleva des bras d’une mère pour le mettre dans les bras d’une femme avant d’être casé dans un lit anonyme d’une mai-son perdue située au bord d’une route dont le nom devint, comble de l’ironie, boulevard de la Providence. C’était un matin de novembre, dans cette ville triste à la chaleur naissante, la femme-enfant ne perdit pas la vie comme elle le souhaitait… elle perdit ce petit être qu’elle venait d’enfanter. Elle avait donné la vie, en échange, la vie lui avait donnée la Solitude. Sa douleur n’était rien face à sa solitude. Elle ne comprenait toujours pas le pourquoi de ce geste. Pourquoi donc tant aimer si le fruit de cet amour devait être banni ? Pour-quoi tant accepter s’il ne lui était même pas possible de récolter le fruit de son abnégation ? Se pouvait-il qu’aimer ne soit que synonyme de souffrance et de torture ? Et Lui, cet homme qui lui promettait tant… pourquoi avoir attendu qu’elle soit prisonnière de sa maternité pour en choisir une autre ? Pour-quoi cet internement qui, de simple amoureuse, en a fait une coupable ? Non, elle ne se sentait pas coupable, elle… ou alors c’est de l’avoir aimé, lui, et de se retrouver ainsi condamnée parce qu’elle avait cru en lui.
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C’était un jour de novembre… Voilà plu-sieurs semaines entrait dans cette chambre une fille au teint clair, aux yeux mélancoliques, au corps épanoui de jeunesse amoureuse. C’était une femme-enfant d’éternelle confiance… C’est un matin de novembre qu’à la porte de cette chambre apparut une femme, une maman, une fille, une mère. Ce matin de novembre réap-parut au monde une fille-mère à qui l’homme de sa vie ôta le droit d’être mère. Il ne lui restait que la vie. Alors, n’étant plus que fille, elle s’en est allée…
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