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Extrait
Poèmes illustrés

Mot de l’éditeur


Publier Karanta a été pour les Éditions Salamata à la fois joie et surprise. Joie parce que nous connaissons de longue date l’auteur Usmaan Mbay. Réservé mais ô combien sympathique, entièrement dévoué à la défense des intérêts communs. Usmaan a été un militant de première heure du Syndicat Unique des Travailleurs de la Santé plus connu sous le nom de SUTSAS. C’est même quelque part une tête pensante de ce fer de lance des travailleurs. Ses interventions ont toujours été d’une très grande pertinence. C’est que l’homme a pour habitude de rester silencieux, et ne parle que lorsqu’il est nécessaire, c’est-à-dire lorsqu’il ne peut pas faire autrement. Souvent il vient décanter une situation bloquée, il ouvre des brèches dans ce qui apparaissait comme une impasse.

Surprise ! oui nous avons été surpris de trouver Usmaan Mbay fièrement debout sur ce promontoire de la création. Personnellement, je ne l’y attendais pas. Quand Mballo Dia Thiam, un autre grand monsieur du monde syndical, m’appela pour me dire qu’Usmaan avait un recueil de poèmes qu’il voulait me faire lire. J’ai accepté du bout des lèvres de recevoir le manuscrit, en me disant que c’était quelques élucubrations encore de ces gens qui à leurs heures perdues se découvrent un don poétique et se mettent à assembler sur une feuille blanche des kilomètres de phrases où toute forme de poésie est absente. Mais avec quel bonheur j’ai parcouru les premiers textes de Karanta. Le chant était d’emblée beau et révélait un poète bourré de talent. On ne sentait en lui nul effort de création. L’inspiration coulait en une source mélodieuse. Les métaphores, les images étaient splendides, dans un souffle qui déjà s’inscrit dans l’éternité. Usmaan ne déclame pas il chante tellement que le rythme est présent dans chacun de ses vers :


        Au-dessus de moi
        S’embrase le ciel de velours
        Pendant que de la plaine
        Déjà noyée d’ombre
        Me parviennent les doum-doum
        Des tams-tams
        Sonorités étranges déchirantes
        De nostalgie de festivités oubliées

        De nos nuits d’angoisse
        Longues comme des jours sans pain

On se prend même à les fredonner tant que tout cela est beau et que c’est un véritable parfum de mots que l’auteur envoie à nos oreilles.
Laissons-le encore parler à notre cœur :

        Écouter battre le cœur des volcans
        Et puiser le liquide
        Qui portera aux jours prochains
        La nouvelle incandescence
        Des orages pour les semailles futures

Mais le poète ne fait pas que chanter, il veut rester actuel et rendre compte des maux d’aujourd’hui. Et il parlera, il dénoncera Guatanamo, regrettera la douceur volée de la Casamance. Mais qu’il est sublime dans Nox, Karanta, Sédar ! D’ailleurs écoutons-le encore dire son hymne :

        Je voudrais avec de la cendre
        Des bivouacs et un peu d’eau
        Puisée des ports de la dignité
        Barbouiller sans faiblesse
        Les masques indigestes de l'imposture
        Et chercher jusque
        Dans les moindres débris
        De ces nuits étincelantes
        Les plus fines des amarres
        Qui retiennent au port
        Le vagabond de l’honneur

Oui on peut l’affirmer Karanta va constituer un autre repère de la poésie sénégalaise. Nous disons bravo à Usmaan et surtout bonne continuation. Il lui est désormais interdit de s’arrêter d’écrire !
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