L'âme bleue

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Chantres des Muses, chantez à pleine gorge! Chantez votre joie et leur gloire! Chantez encore et chantez toujours! Mais qu'elles seules en vous parlent! Si elles vous conduisent vers le Kilimandjaro, chantez le Kilimandjaro! Si elles vous mènent au Sahara, célébrez le désert. Si c'est vers la hutte boshimane ou pygméenne qu'elles guident vos pas en compagnie de votre Négrillonne, entrez-y et réveillez-vous le lendemain, bien reposés, en fredonnant ces vieux airs du pays que le jour vous injecte, en perlant à travers les ouïes de votre chaumière. Mais au contraire. Si ces déesses aimées vous transportent, par caprice, vers la Scanie mystérieuse ou vers la Volga majestueuse, ou encore vers l'Œland légendaire, ou bien si elles daignent vous mettre sur la trace des lakistes, n'hésitez pas, et sous leur dictée, transcrivez les notes magiques.
Publié le : mardi 1 août 2006
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EAN13 : 9782296154582
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L'âme bleue

Du même auteur

Systèmes, théories et méthodes comparés en critique littéraire, 1 - Des poétiques antiques à la critique moderne, L'Harmattan, 2003. Systèmes, théories et méthodes comparés en critique littéraire, 2 - Des nouvelles critiques à l'éclectisme négro-africain, L'Harmattan, 2003. Les derniers massacres du Congo-Brazzaville décembre 1998), L'Harmattan, 1999. (novembre-

La destruction de Brazzaville ou La démocratie guillotinée, L'Harmattan, 1999. Cantate de l'ouvrier, L'Harmattan, 1998. Enfers et paradis des littératures antiques aux littératures nègres, H. Champion, 1996. Les littératures de l'exil, L'Harmattan, 1993. L 'Homme-aux-pataugas, L'Harmattan, 1992. Lettre à la nation africaine: pour que s'impose I 'humanisme nègre, Fondation du prix mondial de la paix, 1986. Trân-Minh Tiêt et le social-humanisme des peuples, Fondation du prix mondial de la paix, 1985. Et l'homme triompha, Fondation du prix mondial de la paix, 1983.
Les exilés de la forêt vierge ou Le grand complot, L'Harmattan, 1981. Introduction à l'étude du roman française, NEAS, 1980. Introduction négro-africain de langue

à la littérature noire, CLE, 1979.

Le Français en Afrique Noire, Bordas, 1973. En quête de la liberté, CLE, 1970.

Jean-Pierre MAKOUTA-MBOUKOU

L'âme bleue
poèmes

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1

ère

édition,

CLE,

1971.

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01254-X EAN: 9782296012547

A mon père, Simon Mboukou que je vis dans mon enfance, la Bible dans la main, parcourir notre région pour combattre, l'âme sereine, l'injustice des hommes. A mon oncle, Gaston Milongo, qui me tira de ce village, Kindamba, où je faillis vivre, analphabète, toute ma vie. A mes enfants, ma seule consolation sur la terre.

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AVANT-PROPOS
Chantres des Muses, chantez à pleine gorge! Chantez votre joie et leur gloire I Chantez encore et chantez toujours! Mais qu'elles seules en vous parlent! Si elles vous conduisent vers le Kilimandjaro, chantez le Kilimandjaro 1 Si elles vous mènent au Sahara, célébrez le désert. Si c'est vers la hutte boshimane ou pygméenne qu'elles guident vos pas en compagnie de votre Négrillonne, entrez-y et réveillez-vous le lendemain, bien reposés, en fredonnant ces vieux airs du pays que le jour vous injecte, en perlant à travers les ouies de votre chaumière. Mais au contraire. Si ces déesses aimées vous transportent, par caprice, vers la Scanie mystérieuse ou vers la Volga majestueuse, ou encore vers l'Œland légendaire, ou bien si elles daignent vous mettre sur la trace des lakistes, n'hésitez pas, et sous leur dictée, transcrivez les notes magiques. Peut-être craignez-vous de ne pas faire voir assez que vous êtes fils d'anthropophages? N'en ayez aucune crainte; car quoi que vous écriviez, à travers vos lignes s'infiltrera votre origine. Les accents et les mouvements de votre phrase seront les cris de votre âme nègre, et vous trahiront. Alors, pourquoi vous astreindre à un chant unique, comme s'il était indispensable, pour qu'on vous reconnût, de ne chanter que vous-mêmes? Pourquoi m'interdirez-vous d'admirer un beau lac nordique? Ne sais-je pas assez que je suis fils d'Hottentot pour ne l'oublier pas? Etre original, ce n'est pas peindre 7

sa propre chaumière, c'est peindre selon des notes propres à soi et à son origine. On ne se forge pas une nouvelle nature; on exprime sa nature, bon gré mal gré, et quoi qu'on exprime. Cela seul est essentiel. Si vous croyez n'être vous-mêmes qu'en chantant les cheveux crépus, ou en pesant le plus gros gourdin dont le colonialiste se soit servi pour nous administrer notre bastonnade quotidienne, vous vous trompez. Vous le demeurez tout aussi bien en vous extasiant devant les bdstoires merve~euses du 1Lomte scandinave, ou en admirant, à dos de jars blanc ces verts paysages que Selma Lagerlof nous a laissés en héritage. Peignons la Négrillonne couleur d'ébène; peignons la forêt vierge et la savanne à l'herbe haute, et leurs hôtes, effroi des primitifs que nous sommes; peignons la nuit noire avec ses sorciers et ses magiciens cornus; peignons la sagaie baluba et la flèche mbochi, et les crocodiles bakongo et les lions batéké; caricaturons Bula-Matadi et la cruauté de ses successeurs; répondons au sourire hypnotique du charmant de Brazza; peignons aussi l'ère des profiteurs que nous traversons depuis que nous avons osé utiliser contre le serpent «la chicote:. de cuir et de chaîne, que pendant longtemps il a fait peser, de toute la force de sa queue bien nourrie, sur nos fesses décharnées, jusque dans la salle de dépôt des cadavres; peignons toute l'Afrique; mais de grâce, que cela ne soit pas une prison pour toute une race. Soyons engagés si nous en avons le don; mais ne soyons pas à la solde d'une époque ni d'un climat: ils passeront, et nos écrits doivent demeurer. Il faut de la marge pour que l'esprit ne soit pas prisonnier d'un espace, spatial ou temporel. Car, tant que dans notre veine coulera encore une goutte de sang nègre, nous serons nègres, et le connaisseur di~a: «Une âme nègre a passé par ici .:. 8

On me reproche mon printemps; on me reproche mon automne, et on m'appelle «bourgeois ». Ma conception de la poésie est-elle une conception bourgeoise? Ne puis-je emporter dans mes valises tous les souvenirs que j'y pourrai mettre; et qui auront marqué mon existence pendant mon voyage terrestre? Suis-je condamné à ne traduire que les nuages de poussière de la saison sèche, ou les grandes tornades tropicales? Une âme sensible doit être l'écho de toutes les sensations; elle doit les déceler à la façon d'un sismographe, et les restituer avec une intensité égale, si elle peut. On me dit: « C'est trop clair I » «C'est trop nu. ~ Mais quel paradoxe que de vouloir à la fois à ses frères se montrer, et s'enfermer, par souci d'originalité, dans un tiroir hermétique, où l'on étouffe, et d'où l'on ne sort plus soi-même? En ou~e, on croit retrouver, derrière chacun de mes mouvements, chacune de mes tournures et chacune de mes idées un Hugo, un Kierkegaard. C'est vraiment diminuer excessivement ces maîtres, que de les faire descendre de leur piédestal par un rapprochement qui me couvre de honte; car, comment aurai-je pu retrouver, au bout de ma plume, le style de tel maître ou de tel autre, moi qui, à l'université, n'ai jamais su définir ce que c'était qu'un style? Et puis, ne pourrait-on rien écrire qui ne soit le résultat d'une influence? Et quand il n'y aurait rien de nouveau sous le soleil au dire de l'Ecclésiaste, a-t-on déjà décrété qu'il n'y aurait plus de coïncidences? Ne puis-je sentir, sans intermédiaire, ce que tant d'autres avant moi ont senti, même si ma lyre est moins puissante? Lorsque j'ai voulu me réclamer 9

de tel maître ou de tel autre, je l'ai clairement marqué, pour ne fourvoyer personne. Partout ailleurs, je n'ai été influencé que par moi-même. Mon intention est simple; j'ai voulu offrir à mes amis et à tous ceux qui veulent me lire une poésie claire et agréable. Le désir d'être clair est si fort en moi que j'ai à un moment donné pensé intituler mon recueil «Poésie claire». Mais d'autres considérations m'ont amené à renoncer à ce titre pour retenir l'Arne bleue. Mon recueil comprend trois cahiers. Ce sont trois moments de la vie de tout individu normal. Le premier moment c'est l'enfance. L'enfance est essentiellement égocentrique. Il reçoit et ne donne presque rien. Le premier cahier le concerne exclusivement, mêt;11e la si « grande personne », pour parler comme Saint-Exupéry, y fait de temps en temps irruption. Mais l'homme est incomplet s'il n'est qu'un enfant; il faut qu'il se débarrasse de son égocentrisme pour tourner son regard vers autrui; qu'il aime. Et comme l'amour de la femme n'est qu'un aspect de cet amour que JésusChrist nous a enseigné (l'apôtre Paul dit d'ailleurs que l'homme quittera ses parents pour s'attacher à sa femme) j'ai choisi cet aspect de l'amour, le plus doux, pour montrer que l'homme doit passer par cette dernière étape nécessairement. C'est un ordre, car il aimera son prochain comme lui-même. L'amour de l'autre conduit nécessairement au désir de le défendre sur tous les plans. L'amour permet en somme de s'élever au-dessus des miasmes morbides de la vie. Ce qui justifie le titre d'ascension que j'ai donné au deuxième cahier. S'élevant plus haut, épuré par l'amour, par cet altruisme que Jésus nous enseigne, 10

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