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L'arbre au fond de la jetée

De
124 pages

Ce recueil rassemble une sélection de poèmes rédigés de 1995 à 2015 et pour une trentaine d'entre eux déjà publiés en revue (Etudes, Arpa, Nunc, etc..) Certains textes se présentent comme des poèmes en prose, d'autres adoptent le vers libre, mais tous concourent à la construction d'un même univers poétique à la fois stable et protéiforme : la coïncidence du trivial et du spirituel y fait l'étonnement de la vie et de la parole toujours renaissante de ses cendres. L'ouvrage est présenté par Jean-Pierre Lemaire.


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Couverture

Claude Tuduri

L’arbre au fond de la jetée

Lavis à l'encre de Bernard Foucher

illustration_1
Sommaire

Lumière d'éclipse...................................11

Hors saison............................................29

Eclairs argentiques.................................45

Parades...................................................59

Si je t'oublie, Jérusalem..........................69

Microcosmes..........................................87

Le bleu du macadam.............................101

illustration_2
Préface

On ressort tout étourdi et ébloui de la lecture de ce recueil comme si on avait été roulé par une vague. On y est balancé entre la mer et la ville, comme cet arbre au bout de la jetée qui a donné au livre son beau titre (balancement que l'on retrouve sur le “radeau de fer” de la Tour Eiffel), entre la méditation grave et l'humour parfois grinçant d'un univers à la Kafka, ou plus débonnaire et fantaisiste, façon Max Jacob. On est emporté d'un mot à l'autre par la métamorphose des sonorités, et l'hommage à James Joyce explore jusqu'au bout ces chances du langage. Mais ce qui reste quand on sort comme Ulysse du flot, ce sont quelques silhouettes inoubliables, celle de Martha, par exemple, celles d'un enfant à Venise ou ailleurs, la plupart des moments singuliers évoqués dans Microcosmes et la fraîche simplicité de pièces comme Matin, S'éclaircir la voix.

Il y a dans cette démarche poétique le vœu de mieux connaître les profondeurs de sa géographie intérieure ; tant qu'il y aura un peu de confiance entre les hommes, un ciel et des arbres, des visages parmi les oiseaux des villes, la poésie demeurera une ouverture aux risques et à la diversité du monde, une ouverture faufilée d'un Nom qui ne s’y dévoile que lorsque l'on plonge dans les remous de ses rencontres.

Jean-Pierre Lemaire

illustration_3
Lumière d’éclipse

Soir en Brabant

Pauvre chat !

Tu te tapis contre la gâche

d’un portail rouillé.

Ne te rétracte pas,

pelote griffue de beauté froissée.

Le soir descend,

des yeux écarquillés passent ton effarouchement débile.

Petit frère, tu prends avec moi le deuil de la nuit

qui avance, et avec elle s’allument l’un après l’autre

les répons roses des lampadaires :

ils annoncent avec toi, félin des terrains vagues,

les derniers soupirs de l'été

sur la grand'plaine du Brabant.

Mais l’avant-goût de l’automne, et son apparition fauve,

ne me délivre pas du retour au relais routier

sans charme et sans passé.

Anciens quartiers d'enfance,

ne vous éloignez plus si souvent,

allez vous loger loin des monceaux d’ordure nourricière

dans les ondulations de cette fourrure saltimbanque

grevée de griffes et d'astres.

Paysage de ville avec hiver sous la neige

Ce ne sont que petits pas dans la neige

avec le tact du soir qui se blottit en elle,

mais les traces disparaissent avec le vent et la nuit,

si bien qu'au matin, il ne reste que l'âtre immaculé

la blancheur d'un glacis que rien ne révolte,

un tassement d'ivoire sans plus de rancœur que de rêve.

Quand la neige revient par inadvertance,

les cheminots un instant retiennent leur souffle,

laissent fumer leurs outils dont l'étau se relâche,

avant de revenir resserrer d'un surcroît

                                     [de labeur leurs étreintes.

Des voyageurs, sur le banc des quais,

comptent les mégots à peine éteints

                                     [depuis le passage du dernier train.

Il n'y a d'offert qu'un liseré de silence :

à peine entré dans sa forêt,

reviennent les sirènes des michelines

et l'aboiement des chiens sur leur passage.

Tout marche, respire et songe au ralenti ;

seuls, à la brune, les lampadaires de la gare

et des rues coulent à la vitesse de la lumière

leur bain d'orange, de braise et de brise

pour tous ceux qui traînent crise et peine

                                     [dans les bras de Morphée.

Quelques heures plus tôt, des enfants dominaient

                                     [la brume ;

les joues pressées contre le grillage de la passerelle,

ils promenaient le chien des veuves du quartier

le long du ballast, des mauvaises herbes, des étourneaux

et cherchaient sous la neige un vermeil if et houx,

le rouge à lèvres ouvragé des arbres de Noël.

L’arbre au fond de la jetée

A force d'embrun et de douleur,

de corail, d'oiseaux et de douceur,

un nombre d'or se construit

un arbre à souhait de science et de silence.

Le vent y repose l'écume de la houle,

et du grand large y viennent roulant

les songes d'antiques équipages;

ses liens et ses branchages

reçoivent le vœu de leur ultime souffle.

Au loin la mer le suspend

au moutonnement de son désert,

l'isole d'une terre gagée

sur l'attirance des gouffres et des lointains;

à son aura, vaisseaux et voiles en mal de plaisance

dans d'obscures cales recueillent une ancre de lumière.

A peine éclairées par un reste de phare,

ses frondaisons, forcies sous les assauts des vagues,

d'heure en heure se mesurent à l'abîme :

nuit par-dessus l'océan et nuit par-devers les coraux,

nuit des terres et des dunes,

des cabotinages et des fanaux,

des fêtes et des chansons côtières.

Arbre d'arbre d'arbre,

retiens la rumeur

et la leçon du vent

et à me murmurer

son secret si savant,

mène-moi aux lames

d'un tout autre océan.

En marge d’une image de Shepherd's Bush(1)

Le voici vaincu le petit vautour voyeuriste

qui rôde autour de la mort comme un mets succulent :

un autre oiseau l’a chassé du poids de son silence,

un oiseau en forme de visage;

il ne nous regarde pas de sa claire pupille

enfoncée dans la nuit mais se recueille tout entier

                                     [en sa soif,

les lèvres assises et pressées

sur le bord d’un bol blanc.

Qui t’empêche de mourir,

joues creusées jusqu’à l’os?

Vas-tu magnifique ombre

à la mèche et au front souverain

rafler de lampée en lampée l’or du temps

et communier longtemps l’eau vive

que te tend à main nues le grand phare te veillant

                                     [en voile blanc?

Ô sœur, mendiant la lumière d’un mendiant,

ô femme, enlinceulée dans la gloire de cette rose

                                     [d’escarres et de misères,

tu sais avec lui ne rien laisser perdre

de ce qui se donne et se boit

et, par tes soins, la solitude n’est plus la solitude

qui laisse percer Dieu dans la mort prise aux rets

                                     [de l’anse et de l’oreille.

Visage éclos d’un vieux jardin d’hiver,

rose de pierre, de chair et de lumière

il n'est plus l'heure de te ventriloquer:

ton visage est devenu ta voix,

et cette chambre l’oasis et l’azur

où s’essoufflent l’acide et l'effroi.

Vieil albatros, il est temps, lève-toi,

je t’emmène avec moi vers une cerisaie

d’où l’on ne revient pas.

Eclipse

Tu te promènes dans les villes

et chaque passant t'intrigue:

porte entrebâillée, salons de billard,

tables de pontes perclus de baccara.

Vagabondant parmi l'alcazar des faubourgs,

tu respires la torpeur des soirs d'été,

leur désert avachi de prodiges perdus

entre les murs moites de mille chambres de passe,

des fenêtres fermées sur de sanglants linceuls,

au milieu des fleurs âcres des tapis jaunis,

des sépulcres de cendre, une civilisation d'apsaras

et de parades avec notre si peu de lumière.

On se tait dans des Cythères de houris et de verres

et il n'est pas là une...

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