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L'escalier de vagues

De
71 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1993
Lecture(s) : 65
EAN13 : 9782296279032
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"L'ESCALIER

DE VAGUES"

Collection Poètes des cinq continents
1- Kama Kamanda, La sonl1ne du néant. 2- Louis Philippe Dalambert, Et le soleil se souvient.. . 3- Jean-Claude Villain, Parole, exil précédé de Confins. 4- Jean-François Ménard, Calebasse d'étoiles. 5- Pierrette Micheloud, Elle, vêtue de rien. 6- Gilberto Mendonça Teles, L'aninlaZ. 7- Jean-Dominique Penel, Anthologie de la poésie centrafricaine. 8- Jean-Claude Villain, Le Tonlbeau des rois suivi de Roi, guerrier et nlelldiant. 9- Michel Cassir, Il se peut que le rêve d'exister. 10- Marc Alyn, Byblos. 11- Le Huu Khoa, Prison, corps, exil, animalité. t2- Kama Kamanda, L'exil des songes. 13- Parviz Khazrai, L'aube sanglallte. 14- Parviz Khazrai, Quatorze lunes et une. t5- Nelly Amri, Nuit debout. 16- Khalid Dinia7 Hybrides. 17- Jabbar Yassin Hussin, Aux rives de lafoUe. 18- Marc Alyn, La parole planète. 19- Myriam Ben, Au carrefour des sacrifices. 20- David Ndachi Tagne, Sangs nzélés, sang péché... 21- Monchoachi, Nuit gagée suivi de «Quelle langue parle le poète?» 22- Jean-Claude Villain, Leur dit. 23- Mohamed Hmoudane, Ascension d'ullfrag,nent nu en chute. 24- Jean-Dominique Penel, Le sage du quartier Yantala a fnal aux dents. 25- Kama Kamanda, Les fnyriades des tenlps vécus. 26- Elie Maakaroun, L 'Al1l0Uret la parole.
27- Marc Alyn, Les AIJ}habets deleu

- Le

Scribe errant.

28- Aida Balabane-Hallit, La Désertée. 29- Claudine Chonez, Cristal et obsidienne.

(Suite de la collection enfin d'ouvrage)

En couverture: dessin original de W. Siudmak
@ L'Hannattan, 1993 ISBN: 2-7384-1983-6

ESZTER

FORRA!

"L'ESCALIER
Libre adaptation

DE VAGUES"

du hongrois de Sylvie Reymond-Lépine

Préface de Georges Tverdota

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

DU MÊME AUTEUR

1969 1972 1980 1982 1984 1992

Danse de branches. Récif de corail. Derrière le cadran soleil. Courbe de température. L'Ombre des éclairs. L'Escalier de vagues.

L'Ombre des éclairs est alors traduit en français et paraît aux éditions Caractères en 1990. 1993 voit la naissance d'un deuxième recueil français publié par les éditions L'Hannattan. Pour être plus proche de ses lecteurs, Eszter Forrai se rend aux nombreuses invitations, qui lui sont faites à l'étranger: Londres, Munich, Tel Aviv, Chicago, New York, Toronto et y anime des soirées littéraires dont une bilingue à l'Institut Hongrois de Paris. En Hongrie elle est un écrivain déjà consacré.

Préface

C'est la première impression qui est déterminante, et c'est ce que l'on apprécie en lisant les poèmes d'Eszter Forrai : les œuvres composant son recueil retiennent notre' attention, entretiennent l'imagination des lecteurs. Des réflexions plus approfondies nous conduiraient cependant à plus de rigueur. La succession de courts poèmes aux brèves strophes n'est pas sans nous rappeler le regroupement matinal d'une formation militaire en tenue stricte. Son style n'est pas trop téméraire, il ne saurait dépasser les limites atteintes par d'autres poètes. Sa thématique s'articule autour des idées suivantes: le désir amoureux, l'accomplissement, la désillusion ou la présence-absence du partenaire. D'autres sujets récurrents se rattachent à la famille: révélations d'amour filial envers sa mère lointaine, pleurs pour son père décédé. joies et peines maternelles à l'égard de son enfant. Un observateur extérieur peut avoir l'impression que ce monde poétique est limité. mais celui qui pénètre sous ce microclimat gagne l'envie de sty attarder. Pourquoi semble-t-il si aride, cet endroit imagé par des mots? La mythologie personnelle du poète 5

conduIt vers la réponse, que l'on ne saisIt pas autant dans les œuvres elles-mêmes mais plutôt dans leur signification sous-jacente. sa matière première est constituée par des bouleversements de vie que l'on pourrait appeler "épreuves d'identité". La femme poète, issue d'une famille juive eruuie de Russie à cause des pogroms, n'a pas l'occasion d'entendre parler hongrois dans son logis, mais l'influence du milieu culturel, de la langue et de la littérature hongroises s'étend au-delà du cocon familial. La jeune Eszter Forrai s'inscrit à l'université à Budapest et choisit l'étude de la langue et de la littérature hongroises. A l'exemple de Miklos Radnati ou mieux: de Milàn Fust, son conflit inteme et fertile d'identité se résout par le choix d'une carrière de poète hongrois. L'auteur cependant. obéissant aux lois de l'attraction et de la répulsion. fait rapidement comme beaucoup d'intellectuels des pays de l'Est, c'est-àdire quitte sa patrie. Elle ne s'arrêtera qu'à Paris ou elle ne pourra exercer sa profession. "Elle est employée le jour comme. gardienne au Musée d'Art Moderne" lit-on à son propos dans des articles de journaux qui donnent naissance à sa mythologie. Seuls alors les intellectuels émigrés des pays de l'Est dans les dernières décennies hochent la tête en soupirant à la vue d'un tel changement de métier. Aux essais de changement d'identité dus à des tournants du sort, Eszter Farrai répond d'une manière habituelle à l'aide d'une cascade de poèmes hongrois. Le recueil l'Escalier de vagues n'est pas le document de l'accomplissement d'une mission réelle ou imaginaire, son auteur n'y parle pas au nom d'une large communauté. La poésie n'est pas pour elle un instrument pour l'expérimentation de la langue, non plus un appel ni une provocation. L'autodétermination et l'autojustificatïon poussent le 6

poète. C'est dans ses poèmes que reviennent sans cesse ses trésors intimes. Dans ses poèmes nous apparaît au grand-jour celle qui dans la vie voyage
incognito. C'est par thèmes bien connus sur la feuille blanche, ses liens à la culture pays dans lequel elle le biais de la répétition des que transparaissent vraiment, son appartenance au judaïsme,

et à la langue hongroises, et le

a choisi de vivre. Elle se révèle magistralement ici comme un maître des mots, un génie de l'écriture, un intellectuel, dans le sens le plus noble des mots. A la lueur de sa mythologie personnelle, ce n'est plus la thématique qui apparaît comme importante, mais son comportement poétique qui fait face au mouvement lyrique de la fin du siècle qui disséquait, remettait en question, repoussait à l'arrière-plan la personnalité. Le geste d'Eszter Forrai est extrêmement simple: la conservation de son identité face à l'expérimentation et à une instabilité protéenne. Et un tel programme, à notre époque, nous mène vers un mode de vie plus naturel: relations "face to face", famille, liens élémentaires de l'amour qui prévalent: les sentiments purs et forts qui ne dépouillent pas mais enrichissent la personnalité. Il se dégage alors de cette attitude un lyrisme plastique, traditionnel et jusqu'à un certain point rudimentaire mais non rétrograde ou naïf. Ce fait nous avertit que le gigantesque système de communication qui rapproche ou qui peut isoler comprenant la politique, l'économie, l'argent, la culture et les institutions devient abstrait. Sans en être exclus, ces thèmes apparaissent dans les poèmes occasionnellement et très brièvement "Après cela, je ne pourrai parler qu'à la terre et au ciel" écrit un jour Eszter Forrai, à quoi il ne nous reste qu'à ajouter l'eau et le feu, pour les deux autres éléments. 7