L'Eternité mythique

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"Ecriture dépouillée(...) Que l'on ne s'abuse pas cependant...Un monde souterrain sourd, des flux s'agitent...J.J Dabla oeuvre entre plusieurs registres, plusieurs intertextes, plusieurs imaginaires."(K. Torabully)
L'auteur nous offre ainsi sa vision de l'enfance et de l'exil. Il nous invite par ailleurs au "devoir de vivre" dans un monde sur lequel il porte un regard critique.
Publié le : jeudi 1 mai 2008
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EAN13 : 9782296198456
Nombre de pages : 110
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L'Éternité

mythique

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Articles dans les revues: Notre Librairie (Paris) Plurial (Université de Rennes) Palabres (Université de Bayreuth)

Jean-Jacques S. DABLA

L'Éternité

mythique

Préface de Torabully I-Chal Calligraphies de Chantal Gaucher

L'Harmattan

cg L'Harmattan,

2008

5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-05655-8 EAN : 9782296056558

Préface
Ce qui frappe, d'entrée de jeu en lisant JeanJacques Dabla, c'est un souci de réduire le verbe à sa quintessence. Écriture dépouillée. Que l'on ne s'abuse pas, cependant... Un monde souterrain sourd, des flux s'agitent. Un univers complexe s'élabore entre lecture, relecture et mise en relation. En effet, Jean-Jacques Dabla œuvre entre plusieurs registres, plusieurs intertextes, plusieurs imaginaires. Écoutons sa voix qui épouse le corail, cette image de la diversité accomplie, quand il dit que « sa mémoire s 'encactusse ». il défmit ainsi ses identités qu'il place d'emblée sous le signe du pluriel alluvionnaire:
« La Tradition balbutie opiniâtre Que mes origines sourdent du sable marin De mes pères De leurs bras d'agriculteurs penchés Sur la Terre entre mer et lagune Comment pourquoi? Mon cœur mon corps Ne résonnent point des crissements arénacés Non plus du chant des outils Ils vibrent cordes tendues de Koras Endiablées ... »

Dans ce sable marin, fait de sédimentation, de courants, d'alluvions, son identité corail s'élabore, entre la mémoire atavique, cette lagune saumâtre et palpable, et des mers, où Ulysse revient, en navigateur du royaume

noir, après avoir touché d'autres continents dans la traversée des mers sombres de la mémoire. Dabla procède par raccourcis, tissant le verbe poétique, par fulgurances, par télescopages, par flux d'images. TI installe la lente progression d'une présence dans un univers où la différence est posée comme aune incontournable, sans pour autant la réduire à la réfraction. L'homme pense, le poète résonne. L'homme analyse, le poète relie. Et cela est son lien viscéral avec le monde. Mais que relie/relit Dabla ? D'abord, cette constante traverser la quotidienneté en passeur de signes. Dans ce parcours poétique, la réalité vue, soupesée, est texte sans cesse écrit, effacé et étoffé dans une incessante mise en relation. D'abord l'amoureux du monde souligne l'hypocrisie ambiante des références de cette réalité qui tend à s'imposer comme garant du réel. Et, pour tout poète digne de ce nom au début de ce siècle, ce constat impose un travail poétique, selon une catharsis obligée. Obligée pour la raison essentielle que nous vivons dans un monde du "prêt à signifier", c'est-à-dire, composé d'une pléthore de signes, de soi-disant sens. La réalité est un discours, donc, elle est faussée. Et il s'agit d'opérer « cette traversée des signes» chère à Julia Kristéva, afm que le monde soit restitué à la parole, celle qui fissure le discours de plus en plus capté par des stratégies: publicité, conflit, fanatisme, exploitation néocoloniale, fracture sociale avec marchandisation de I'humain, manipulation médiatique au profit de la pensée unique.

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Écoutons Dabla : «Pour qui? Pourquoi? Comment Enfiler ces perles de signes? Je cherche sens Dans l'immense dédale De ta brève histoire ». Je perçois cette brève histoire comme celle qui est mise en sourdine par l'historiographie officielle.

Le poète ne relit pas le monde sans le relier à lui, sans se lier à sa complexité. C'est dans cette opération qu'il effectue son travail de construction du sens poétique. Je dirai, en lisant Jean-Jacques Dabla, qu'à l'époque présente, que l'on perçoit comme celle de la perte des repères, nous sommes entrés, dans l'anomie globalisée. Le poète le souligne, car il est lecteur de la réalité qu'il chante:
« Pourquoi les vagues du temps Ne lavent jamais ne noient Ces récifs de la douloureuse Mémoire? Tu sais pourtant Que seules les mains des pères De ses pères ont trempé Dans l'anomie de tes Anciens! ».

L'anomie : terme défmi par le sociologue Emile Durkheim, pour parler de suicide lié au malaise né de l'absence de repères. Ainsi, l'exercice poétique que Dabla poursuit, comme je l'ai signalé auparavant, décrit le contour de l'identité-corail. Une identité d'ancrage et de mouvement, entre flottement de repères et la nécessité de proposer du sens. Cette poésie des alluvions ne fait pas l'économie de celle de l'archéologie. Elle se confronte à l'étagement de sens, tout en établissant des fleuves souterrains dans cet espace dialogique. Le poète est 9

conscient, ô combien, de cet enjeu fondamental. TIdécrit ainsi sa poétique, dans un poème intitulé «poème» : « Poésie Tu secoues ma torpeur

(...)
Face au verbe éternel aussi. Qui oblige la réalité à des parturitions grandioses. Et mon être résonne Tel un tam-tam crevé gros-œil mort excavé. Et ma parole jamais oh jamais n'épuise la densité terrible du Réel ».

Nous décelons, dans cette déclaration, dans l'impuissance de la poésie à tout dire, l'opposition entre « réel» et « réalité », entre parole et discours. Une pause terminologique s'impose: le réel est hors langage, la réalité, c'est le réel discursifié. Et la parole n'est qu'un effet du réel, devant lequel elle achoppe, tout en ramenant quelques notes de ce hors-discours. Lacan a justement souligné que le réel est la trouée du discours, par une vérité « qui se dit sans le savoir ». Le poème est cet espace où se trame, par excellence cette partition des parturitions, cette coupure par le verbe, en entailles, en incises.

La parole poétique comme miroir de la complexité
La poésie de ce siècle de signes pléthoriques demeurera celle de la parole, pas celle des effets du discours. Ceux-ci servent d'ancrage à un flux 10

imprévisible. C'est pour cela que la parole du poète est singulière. Lisons Dabla : « La pente douce Qui doucement Descendait vers l'Achéron S'est effondrée: cataractes et canyons Nous n'irons plus au Bois Sacré Gongoloma Soké àjamais S'est tue foudroyée par l'air du temps Je parle de millions de vies rongées de paludisme Je parle de millions de jeunes asphyxiés du sida De Millions d'enfants au ventre gonflé de kwashiorkor... »

Le poète convoque des textes de divers imaginaires: la mythologie grecque, l'Achéron, le nom d'un fleuve synonyme de douleurs que traversent les âmes des morts pour entrer aux Enfers. Puis Gongoloma Soké, la tourterelle, oracle dans L'Etrange Destin de Wangrin d'Amadou Hampaté Bâ, subit le silence, en raison du tapage du monde, contenu dans "l'air du temps". À cette limite de l'entendement humain, à cette frontière du réel, intertextualisée, la réalité est construite à la croisée de deux imaginaires, comme socle de la mise en relation. Puis, la mémoire, la traversée des douleurs et la réalité du continent noir, se répondent, comme trois dimensions de la réalité, du discours, mis en relation, pour capter ce qui est au-delà du dire. Pour redonner un sens nouveau à la réalité africaine, dans ce contexte inattendu. Le lecteur suivra d'autres héros mythologiques dans ce musée imaginaire revisité, avec des artéfacts qui dialoguent, à la différence du Musée des Arts premiers, où un point de vue "imposé" fossilise la nature dialogique de l'art. Orphée côtoie Sisyphe et Black Antigon. Le poème, comme art premier, ici, consiste à poser la relation dans l'égalité, et de faire se tutoyer les Il

textes, et non pas les collectionner comme signes d'un monologue ludique. Pour éclairer ce miroir du monde, fait de plusieurs épaisseurs, comme la glace de Cocteau, paré de cette injonction: «Les miroirs feraient mieux de réfléchIT avant de nous renvoyer notre image ». La poésie de Dabla réfléchit la réalité en livrant la lyre en koras intenses.

Khal Torabully * - Lyon le 13/10/06

* Poète mauricien, auteur de nombreux recueils.

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Mythes

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