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L'être et le paraître

De
121 pages
Elle enserre tendrement de ses bras les jambes de son galant.— Voilà que je vous aime tout comme je vous hais.— Haïssez-moi.— Je ne peux.— Alors, aimez-moi.— Non plus.— Mais de grâce, madame, décidez-vous.— Aimez-moi.— Pourquoi le ferai-je?— Haïssez-moi.— C’est impossible.— Je me meurs!...La comtesse s’affaisse sur le sol.— J’exhale le dernier soupir ! Il enceint délicatement la taille de la galante pour la relever.— Ressuscitez, madame.Mais elle se cramponne de toutes ses forces aux aspérités du sol.— Qu’ai-je à gagner?— Tout.— J’ai tout perdu.— On ne perd que ce que l’on ne veut pas garder. Relevez-vous. Quoique le philosophe desserre son étreinte, la comtesse demeure recroquevillée.— Plutôt périr ici que mourir exilée!
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L’être et le paraîtreAlexandreRoger
L’être et le paraître
CONTE© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0633-4 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-0632-6 (pour le livre imprimé)Avertissement de l’éditeur
Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques
littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre.
D’éventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de
la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du
traitement de l’ouvrage, le texte en l’état.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone:0148075000
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comPREMIER JOUR
Une route caillouteuse. En rase campagne. Un
carrosse ordinaire immobilisé. L’essieu avant en-
dommagé. Auloin, un châteauféerique.
Lecomteeffectuenerveusementlescentspasau-
tour de son moyen de locomotion privilégié. Les
pans de sa jaquette virevoltent dans la tourmente.
Sonlaquaiss’affairetantbienquemalàredresserla
roueavantdécercléeetfendue. Sonseigneur,vindi-
catif, cesse momentanément de marteler le sol glai-
seux à grandes enjambées.
−Etcedamnéécuyerquinesaitpasréparercette
maudite roue ! fulmine-t-il.
La comtesse, présentement abritée confortable-
ment dans la voiture, apparaît subrepticement der-
rière la vitre teintée de la portière.
− Henri ! je t’en prie.
− Cesse de m’appeler ainsi ! Combien de fois
devrais-je vous le ressasser ?
Ilreprendsonmanègetoutenbougonnantavecun
bagou incoercible :
− Ah ! s’il y avait plus d’impôts, les routes se-
raientenmeilleurétatetjeseraisdéjàauchâteau,au
chauddans mes escafignonsmoelleux. Etcettevoi-
ture demalheur qui ne veut plus rouler!
Ils’arrêteetexpédieunviolentcoupdebotteàla
roue incriminée.
− Vlan ! Vile raclure !
7L’être et le paraître
Œilpourœiletcontusionspourconfusions;ilre-
part nanti d’une claudication appuyée et d’une gri-
mace valétudinaire.
− Sacré nom de Dieu !
Lacomtesseouvrelafenêtreetpassesatête,ornée
d’unecapelinechâtaine,parl’intersticeexigu.
− Henri, qu’y a-t-il ? se renseigne-t-elle d’une
voix de fausset.
−Quoi? Henri! Henri! Tunesaisquepiailler?
Et d’abord ne m’appelle pas de cette façon gro-
tesque !
− Fort bien, j’en prends bonne note. Puisqu’il en
est ainsi…
Ellerefermelafenêtreavecfracasetdisparaît.
− C’est ça, on aura la paix !
Ilreprendsubséquemmentetconsciencieusement
son remuement.
−Sijen’étaispascomte−etjedisbiensijen’étais
pas comte —, j’aurais déjà réparé cette roue… ou
plutôt non… puisqu’il fallait que cet incident arrive
à force d’emprunter cette satanée route, j’aurais fait
réparerla route : remblayerces crevassesdifformes
avec de précieuses pierres et aplanir ces monticules
profus ; mais faut-il encore que l’on me soutire un
louis quand je ne roule pas sur l’or ?
Ilstationneuninstantprèsdesonécuyerdévoué.
− Incapable! Jetechasse ! vocifère-t-il.
Et le comte s’éloigne aussitôt.
− Tu entends : je te chasse !
Son serviteur fautifne réagit pas.
−Bien,monsieurlecomte,acquiesce-t-ilsansam-
bages.
Lecomtefreinecependantsonélanatrabilaire.
− Non, attends…
Il se rapproche un tantinet de son écuyer bien-
veillant.
− Nenousemballons pas inconsidérément! Jete
congédieraisquandnous serons rentrésauchâteau.
8Alexandre Roger
Son employé, amorphe, ne se manifeste toujours
pas.
− Bien, monsieur le comte.
−Ainsi,chacunytrouverasonintérêt: moi,pour
être servi jusqu’au château et toi, pour me servir
jusqu’à lui.
La comtesse ouvre brutalement la fenêtre et se
penche par la portière, latête dénudée.
− Henri ! Henri ! s’écrie-t-elleenjouée.
−Hum! Nem’appellepasdelasorte! Qu’ya-t-il
doncencoredesialarmant,madamelacomtesse?
− Un cavalier arrive !
Il scrute la lande avoisinante, aux reflets jadiens,
pour découvrir un panache de poussières d’albâtre
majestueusementsoulevées parungalopdébridé.
− En effet… Ayons l’air aimable, tu entends, in-
capable ; etsoyons dignedenotre rang.
Son faire-valoir se relève et se redresse avec une
fierté sous-jacente.
− Bien, monsieur le comte.
− Quant à vous, madame la comtesse, ne vous
avisez pas de dire quoi que ce soit. Et, du reste,
ébauchez-moiunjolisourire,jevouslesomme.
− Bien, monsieur le comte, se soumet-elle aima-
blement.
Le cavalier, sur un magnifique cheval à la robe
alezane, parvientau devant des désœuvrés.
− Des ennuis, monseigneur ?
− Etcomment! Celanesaute-t-ilpasauxyeux?
−Detouttempslesroutessontmalfréquentéeset
l’endroitmesembleidéalpouruntraquenard.
− Ai-je l’air d’un brigand, paré pour la truande ?
Je suis le comte de la Baie Noire, déclame-t-il hau-
tainement, aux quartiers de noblesse authentiques.
Et tu te trouves sur mes terres ; si je n’étais pas
un gentilhomme, je te ferais donner la bastonnade,
sur-le-champ, par mes gens.
9L’être et le paraître
Sonfactotums’écarteunpeuetprendunairdéta-
ché,commeunesandaleaccidentellementdénouée.
− Veuillez me pardonner, monsieur, je ne suis
qu’un simple philosophe errant et je ne connaissais
pas ici-bas votre réputation.
− Cen’estrien;jesaischâtiermaisj’arboreéga-
lement la noblesse du cœur !
− Vous m’en trouvez ravi.
−Aufait,tuasditêtrephilosophe,ilmesemble?
− C’est exact, monsieur ; et mon nom est Philo
Sophos.
−EntantquePhilosophe,pourrais-tunousrendre
un service ?
− Si ce service ne me retarde pas excessivement,
je suis votre homme.
− Ce ne sera guère long.
Levoyageurlâchesesrênes,caressel’encolurede
sa monture haletante et aux naseaux rutilants et met
souverainement pied à terre.
−Ilsuffitsimplementderéparercetteroue,pour-
suit le comte doctement.
− Répareruneroue,marmonne-t-ilpensif.
− Oui. Est-ce si extraordinaire, arranger une
roue ?
Le philosophe s’approche nonchalamment de la
voiture.
− Non, mais… mais voici une gracieuse per-
sonne ! complimente-t-il à l’adresse de celle qui
occupe de toute sa splendeur le siège arrière entre
deux tentures de cretonne olivacée, lorsqu’il l’aper-
çoit.
Le comte effectue rapidement les présentations
sommaires qui s’imposent :
− Il s’agit de madame la comtesse de la Baie
Noire.
− Je n’en doute nullement. Et, j’en suis charmé.
Mes hommages, madame.
− Monsieur, s’incline-t-ellesobrement.
10Alexandre Roger
− En revanche, pour revenir à notre roue, et pour
évitertoutsupplice inefficace,à laroue, jesuggére-
rais de prime abord − si je puis néanmoins me per-
mettre−d’allégerl’attelage. Enconséquence,jefor-
muleraislasuppliquequemadamedaignebienvou-
loir descendre de voiture.
Sanscontredit,lecomteouvreélégammentlapor-
tièredel’habitacleetilaidesapropriétaireàlequit-
ter.
− Madame la comtesse. Je vous prie.
− Merci, Henri.
− Ne m’appelle pas ainsi ! souffle-t-il à mi-voix
sa remontrance.
−Jevousdemandepardon? énoncel’étrangeren
prétendantinévitablementrecevoirdescomptes.
− Occupez-vous plutôt de votre roue ! l’apos-
trophe le noble ulcéré.
Résigné, le philosophe se baisse pour examiner
les rouages d’une terrible mécanique dont il ignore
les tenants et les aboutissants. La comtesse, de son
côté,montreclairementsondésintérêtdiscipliné.
−Lablessureestplusgravequ’elleneparait…La
plaieestplusprofonde…Ellenecautériserapassans
soin. Ilfaudrasans contestequériruncharron.
−Uncharron! Poursefairerouler! Maisiln’ya
qu’uneroueàchanger;cen’estpourtantpassorcier.
−Souvent,unspécialisteestlebienvenu: lephi-
losophephilosophe,lecomteestcomteetlecharron
s’accommode des infortunes.
− Ah ! Dans ce cas… Combien de temps cela
prendra-t-il ?
− Unebonnedemi-journée; j’ensuisnavré.
− C’est beaucoup de temps, et tout autant d’ar-
gent ; la roue pourra attendre.
− Henri! Commentallons-nousrentrer?
−Nous? Etbien…àpied,madamelacomtesse!
11L’être et le paraître
Celavousprocureraleplusgrandbienetvousremet-
tra à votre place. Quant à vous, mon ami, accepte-
riez-vous une modeste invitation pour le déjeuner ?
Les voyageurs sont rares dans le pays.
−Ilestvraiquejen’aipasdéjeuné,maisilfautab-
solument que je gagne Rebours où je suis probable-
mentattenduavecimpatience. Cependant,commeje
neconnaispasparticulièrementl’endroitetquevous
mesollicitezcordialementpourêtrevotrehôte,jene
vaispasvousfairedéshonneuretj’acceptetoutefois
votre invitation. Lorsque je repasserais, j’enverrai
un charron émérite et peu dispendieux s’occuper de
votre voiture.
− Ne vous donnez pas cette peine, mes gens s’en
chargeront.
−Hé! oui! seplaintraisonnablementl’écuyer.
− Comme il vous plaira, monsieur. N’est-ce pas
votremerveilleuxchâteauquel’ondistingueendeçà
des nuées opalisées ?
− Oui, en effet, c’est lui.
Lephilosophesaisitsonchevalparlesmors. Ce-
lui-ciremuespasmodiquementlatêteethennitdoci-
lement.
− Sur ce… votre convive imprévu vous suit pour
le château de la Baie Noire. Ainsi reboursons-nous
chemin,ajoute-t-ilsurunetonalitéinaudible.
Tous trois se mettent en branle, suivis du domes-
tiquesilencieux quirechigne quelquepeu.
La cour du château. Pavés disjoints et saillants.
Mousse émeraude éparse.
Le philosophe et le comte discourent tranquille-
ment, côte à côte.
− Mon écuyer soignera votre cheval avec préve-
nance;ainsisera-t-ilfraisetdisposlorsquevousre-
partirez.
− Je l’en remercie par avance.
12