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L’Ombre de la plume

De
92 pages

Gilles Eskenazi livre un recueil hybride et foisonnant, rassemblant poèmes, récits, fables et légendes. Observateur avisé des règnes animal et végétal, il dresse des tableaux vivants pleins de justesse et de sensibilité, ayant la nature pour décor. Il parvient à capturer l'éphémère, un papillon de nuit, une ombre qui s'estompe, un oiseau qui passe, une odeur, que seul le poète attentif aux détails est à même de saisir. Nourri de mythes, de références multiples empruntées à d'autres arts, son lyrisme puise la matière de son inspiration dans ces menus événements. Perpétuant la tradition des moralistes du XVIIe siècle, il donne à lire des textes porteurs d'une leçon instructive, invitant le lecteur à réfléchir. Mais le poète ne manque pas non plus d'humour, par exemple lorsqu'il met en scène le bal des quatre saisons ou l'émerveillement d'ustensiles de cuisine devant la naissance d'un petit poêlon. Derrière la pure fiction, percent aussi parfois des souvenirs autobiographiques, comme dans le poème Une vie toute tracée dans lequel il évoque son expérience professionnelle.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-17817-4

 

© Edilivre, 2016

 

Fables Contes et légendes

L’œuf de la mer

– Le château de cartes

– Le hérisson et la renarde

– La chenille et le galet

– Le nain et la géante

– L’échelle du père Cordier

– La rose bleue

– La taupe et le paysan

– Le roi à la couronne de fleurs

– Le vieillard et le coq

– Le roi nain

– La mesure et le temps

– Le cochon au long cou

– La tour d’ivoire

– Le renard et l’écureuil

– Le hérisson et la renarde

– Le pêcheur et le garçon aux cheveux roux

– Le roi peuplier

Synacée

– La couronne d’écume

– Le grand cerf blanc

– Le char d’Hélios

 

L’œuf de la mer

Inlassablement fouettée par le ressac et les vents violents,

La falaise de granit résiste aux assauts de l’océan.

Seule Séléné, déesse de la lune, peut retirer cette couverture mouvante,

Pour déposer, le temps d’une marée, des bouquets d’algues aux couleurs chatoyantes.

Toutes les treize lunes, le drap d’écume se retire si loin,

Que l’océan accouche d’une plage de sable fin.

Apparaît alors une crique entourée de rochers acérés

Que nul pied humain n’a jamais pu fouler.

Une légende court, à propos d’un serpent de mer couronné d’une crête d’ivoire.

Qui déposerait sur le sable du crépuscule, un œuf, sur un lit de brouillard.

Puis s’en retournerait vers les flots sombres et profonds de l’océan,

Laissant à la clarté de la lune le soin de couver son enfant.

 

Le château de cartes

Il retient son souffle avant d’achever son œuvre.

Il pose les deux dernières cartes de son château avec une ultime précision.

Les doigts suspendus dans l’air comme une pieuvre,

Les cartes s’effleurent, se touchent, puis s’embrassent au sommet du donjon.

Le jeune homme recule lentement, puis contemple son ouvrage terminé.

Il n’ose plus respirer, fier, et même impressionné.

Tandis que la lune vient border le château de cartes d’un halo de lumière,

L’artiste, épuisé, confie son œuvre à la nuit puis abaisse doucement ses paupières.

Seule, dans la pénombre, la Dame de Pique se tient tout contre le Valet de Cœur.

Les deux cartes maîtresses surplombent la citadelle dans sa splendeur.

Ils s’étaient croisés, jadis, dans les jardins ovales du roi de Carreau.

Ce soir, les voilà réunis au clair de lune, en tête à tête au sommet d’un château.

La Dame de Pique rougit,

Piqué au Cœur, le Valet lui sourit.

Ne pouvant rester ainsi impassible, ce dernier fait le premier pas.

Dame de Pique, conquise, ouvre alors grand ses bras.

Le fragile équilibre se rompt, le château immobile frémit.

Puis la bastide s’effondre, engloutissant à jamais cet amour interdit.

 

La chenille et le galet

La chenille accrochée à sa feuille tournoya dans les airs,

Puis, sur la surface d’un étang, la feuille se posa.

La chenille se trouva soudainement sur une barque précaire.

Elle sut à cet instant être tombée bien bas.

Elle offrait assurément aux poissons

Un mets goûteux pour de bon.

Ne sachant nager, la chenille se recroquevilla

Et, aux caprices d’Éole, elle s’abandonna.

La feuille déjà entamée laissait passer l’eau.

Ne pouvant continuer son déjeuner elle se mit à la diète.

Puis elle sentit qu’elle pourrait plaire aux oiseaux.

Elle s’enroula sur elle-même de ce nouveau fait

Le chemin de l’école longeait les rives de l’étang.

Chaque matin les écoliers s’y attardaient quelque temps.

Le jeu consistait à faire le plus grand nombre de ricochets.

Il fallait trouver la pierre plate et assurer le coup de poignet.

Pour clôturer le jeu, un galet était lancé le plus loin possible.

Et à ce jeu, depuis longtemps, Rémy était invincible.

Ce matin-là, il battit son record.

Les autres s’inclinèrent malgré leurs efforts.

Le galet s’écrasa sur le miroir de l’eau,

Les ondes se propagèrent formant d’immenses anneaux.

Les ondulations poussèrent la feuille jusqu’à la rive.

Ainsi, la chenille fut sauvée des poissons et des grives.

 

Le nain et la géante

Jadis, à la lisière du bois d’ici, un nain bossu binait et retournait son jardin.

Bien plus loin, près du bois de là-bas, vivait une géante à la chevelure d’airain.

Notre petit homme cultivait sa bosse tant il se courbait vers la terre.

Les cals de ses mains étaient mêmement aussi durs que la pierre.

Il avait du mal à boire tant il était recourbé.

C’était dans ces moments-là pourtant qu’il pouvait voir le ciel et le remercier.

Notre géante avait grand mal à se nourrir, car la terre était bien trop basse.

Elle se contentait de récolter les fruits perchés pour remplir sa calebasse.

Ses pieds étaient immenses et couverts d’entailles,

Car elle ne pouvait trouver chaussure à sa taille.

Chaque matin était consacré à la cueillette des baies et des champignons.

Et notre petit bout d’homme troquait jardin pour aller fouiller buissons.

Il adorait les produits de la terre et la douceur des fougères.

Près du bois de là-bas, la géante avait décimé tous les fruits de son verger.

Munie de ses calebasses elle quitta les environs pour aller explorer.

Elle adorait la saveur des fruits et communiait souvent avec les oiseaux.

Quant à ceux-ci, ils ne voyaient pas d’un si bon œil ce fléau.

Satisfait de sa journée, le petit homme allait s’en retourner.

Il filait à grands pas de nain, le panier bien chargé

Quand soudain la terre se mit à trembler.

Effrayé, notre bossu grimpa tant bien que mal sur un abricotier.

Accroché à sa branche, il n’osait plus respirer.

« Quels jolis fruits que voilà » s’écria notre géante !

Mais ses mains étaient si grandes qu’elles ne pouvaient les cueillir.

Alors, elle ouvrit une bouche béante,

Secoua les branches et les fruits pour ainsi les recueillir.

Notre nain ne put y tenir et sa main lâcha.

Le petit homme tomba alors dans ses bras.

Ce fût le début d’une grande histoire d’amour entre une géante et un nain.

Grâce au petit homme, la géante découvrit les produits de la terre et le pain.

Les champignons qu’elle écrasait, ainsi que les légumes qu’elle ignorait.

Quant à notre petit bout d’homme, il se délectait des fruits que jamais cueillir il ne pouvait.

 

L’échelle du Père Cordier

Adossé au mur de la ferme du Père Cordier,

Une échelle de bois à treize barreaux s’ennuyait.

Les travaux avançaient peu, c’était le plein été.

C’est surtout du premier barreau que l’ennui émanait.

Il se languissait d’être dans les effluves du fumier,

De bénéficier chaque matin de l’urine du chien Cordier,

Sans compter que le fermier décrottait ses sabots,

Chaque soir, sur le premier des barreaux.

À son voisin du premier étage alors il s’adressa :

« Eh toi !, second barreau, tu ne te languis pas ?

Tu n’as point envie de changer d’air ?

Que dirais-tu d’échanger nos places et de te rapprocher de la terre ? »

Le barreau naïf et peu contrariant,

Accepta la proposition en souriant.

Notre barreau monta d’un étage,

Et rapidement vit son avantage.

Puis il ne supporta plus la poule blanche,

Qui fientait sur lui chaque jour le prenant pour une branche.

Alors, il s’adressa à son voisin du dessus,

Et lui compta en ces termes les avantages d’être en dessous.

« Échange donc ma place avec moi, tu seras à l’abri de la pluie

Tu ne t’ennuieras point, car tu auras de la compagnie… »

Fier de ses boniments, il devint expert en négociation.

Et le beau parleur continua son ascension.

Sur son parcours, il baissait son regard, parfois

Pour y jeter sourires narquois.

Son ambition bien sûr ne s’arrêta pas là, et il gravit ainsi tous les échelons.

Sachant que le plus haut des barreaux est rarement sollicité, il savourait sa position.

Fier comme Pape, il dominait le monde et portait regards hautains sur les siens.

Et c’est du haut de ses treize barreaux qu’il vît le Père Cordier s’avancer d’un pas certain.

Celui-ci empoigna sans ménagement l’échelle adossée depuis trop longtemps.

Les travaux avaient repris et il fallait désormais monter dans le cellier le fourrage des champs.

Le Père Cordier saisit l’échelle sous le bras, notre treizième barreau se retrouva à l’horizontale.

Il traversa ainsi la cour, puis l’échelle fut retournée et plantée dans le fumier en guise de cale.

Dans le coin le plus humide de la ferme qui se situait juste au-dessous du cellier

Notre héros retrouva l’ombre, en bas des échelons, la tête plongée dans le fumier.

Il pouvait encore percevoir le soleil caresser le haut du treizième barreau.

Puis, avant de monter son fourrage, le Père Cordier sur le premier barreau décrotta ses sabots.

Il jouissait désormais de la onzième place et d’une vue imprenable.

Son esprit était devenu implacable.

Lui qui était toujours en bas de l’échelle dans l’ombre de la cour,

Il profitait à présent du soleil, de la brise et des alentours.

 

La rose bleue

Dans le jardin du cloitre des neuf fontaines,

Une rose bleue s’admirait dans le reflet d’un bassin.

La beauté de sa robe la rendait...