La Chronique du réel

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Cette collection de poèmes et de contes traduit la fragilité de notre monde face à la violence des réalités politico-économiques, sociales et culturelles qui rongent les citoyens qui s’y exposent chaque jour. En mettant en avant leur côté satirique et en utilisant toute la richesse des vers en alexandrins, Jean-Baptiste Francin offre un regard neuf sur les réalités du monde contemporain. Sans pour autant renoncer à un certain humour, l'auteur évoque ce dont il fut témoin au Nord comme au Sud.


Publié le : mercredi 7 octobre 2015
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EAN13 : 9782332986924
Nombre de pages : 108
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-98690-0

 

© Edilivre, 2015

Le trépas d’un génie
(Adaptation de « La mort du loup »
d’Alfred de Vigny)

1

La montagne était blanche, on dirait du coton

Écrasé en flocons formant des pelotons.

Le remous de ces drues et robustes vapeurs

Annonçait le spectacle et le ton de la peur.

Nous entendions les cris alarmants des rapaces,

Proclamant l’intrusion des humains dans l’espace :

« Hobereaux, éperviers, unissons nos adresses

Pour défendre l’abri de l’espèce en détresse. »

À entendre le ton du défi de la bête,

Et à voir menacée ma nature alphabète,

Je sortis mon grand flingue et mon coutelas blanc.

Mais la brume touffue du théâtre troublant

A loupé mon audace et le cran du copain

D’avancer à grands pas entre les gros sapins.

Puis un vent gigantesque a jeté la panique

Aux accords surprenants à visées dynamiques

Entre ce fier trio partageant la forêt :

Le temps, l’oiseau, le loup qui nous mettent aux arrêts.

C’est alors que, confiant, le plus jeune chasseur

Anticipa ses pas mesurés de casseur

Pour se mettre plus prêt de la sphère agitée,

Où tous les loups du bois se trouvaient abrités.

Soudain le vent se tut ; et le cri des volailles

Au faîte du vallon annonça la pagaille

Qui devint imminente et pénible au bien-être,

Entre l’homme entêté et de paisibles êtres.

Le coucou matinal se faisait le complice

De l’espace troublant menaçant de supplice

Au milieu de ce bruit que l’armée solidaire

A créé tout à coup dans leur camp salutaire.

Notre troupe choisit d’observer une pause.

On méditait ensemble au sujet de la cause

De cet imbroglio qui couvrait la contrée,

Au point de nous couper le passage à l’entrée.

Le froid était palpable ; et la nuée menaçante

Laissait à peine voir quelque lueur grimaçante.

Encore décidés, nous marchâmes aux pas

Pour l’assaut décisif contre nos sûrs appâts.

Soudain monta un cri au fond de la ravine,

Me paraissant semblable à une voix divine,

Puisque l’écho montait au rythme ahurissant

De la foudre enflammée d’un éclair tout puissant.

Malgré cette frayeur qui nous ravit la grâce,

Nous avançâmes vite en cherchant quelque trace.

Nos couteaux disposés, devançant nos grands corps,

Coude à coude on marcha, respectant nos accords.

Le cadet de nous deux entrevit le premier

Un profil corpulent, très semblable au gibier.

Mais le rythme des pas alerta l’animal

Qui sauta d’un seul bond pour se sauver du mal.

2

Au lieu de s’abriter dans sa sombre tanière

L’animal décida de brandir sa bannière,

Alertant tout le chœur de ce lieu défendu.

Car ils n’étaient pas prêts pour un combat rendu.

Le loup utilisa ses talents buissonniers :

Deux chiens des agresseurs furent faits prisonniers.

Et la brave louve qui gardait les otages

Anima son mari pour garder l’avantage.

« Vas-y, mon cher Lubin ! Martèle jusqu’au sang !

Les salves de ta batte, ainsi que leurs accents

Proclament ton succès et rappellent tes palmes.

Le triomphe est certain ; la forêt sera calme. »

La meute de chacals alertés sur les lieux

Guidèrent sans tarder du renfort au milieu.

Deux chiens des assaillants tombèrent au même instant

Ils devinrent affaiblis, les deux autres restants

Les deux hommes alors, se tapirent en silence,

Groupant leur arsenal, effilochant leurs lances.

Le loup poussa l’assaut vers le camp des intrus,

Mais l’un des imposteurs, le petit nain ventru,

Fit feu sur l’animal qui fut atteint au cou

D’un gros plomb interdit tiré à contrecoup.

Le renfort envahit le terrain des tireurs.

Tous les deux étaient pris dans un habile piège

Tendu par les oiseaux aux alentours du siège.

Et les deux louveteaux qui suivaient le pari

Rejoignirent leur mère au pied de son mari.

« Lubin, relève-toi, la bataille est gagnée ;

Les hommes et leurs chiens sont tous faits prisonniers. »

Notre loup fut atteint ; cependant il tint bon,

Jusqu’au dernier moment où son corps moribond

Annonça à la foule son départ imminent,

Se soustrayant ainsi de la souche éminente.

Puis, il dit à ses fils, avant de dire adieu

Pour le lieu inconnu auprès de ses aïeux :

« Défendez votre mère aux prix de votre vie,

Vous êtes les soldats dont dépend sa survie.

Gardez-vous d’oublier la faveur du grand Dieu.

L’épaisseur du brouillard qui enveloppe nos gîtes,

L’atmosphère invisible où les oiseaux s’agitent,

Les cris de nos vautours qui alertent le mal,

Le pacte universel de ce règne animal :

Tout nous dit aujourd’hui qu’une force parfaite

Habite parmi nous ; alors faisons la fête.

Désarmez ces deux couards ; libérez leurs amis.

Faîtes-en sans douter de l’exquis salami,

S’ils osent encore un jour retourner à ce lieu,

Pour abîmer le sol purifié de nos dieux. »

3

Après ce dernier mot, l’animal expira.

La louve à ses côtés, d’un air froid, soupira :

« C’est la fin d’un géant ; c’est un choix solitaire,

Qui motive la race au tempo unitaire,

Sur le chemin à suivre et le ton à garder

Pour protéger l’espace et servir sans tarder

Ceux qui sont attaqués, brimés par l’injustice. »

En voulant se défendre, il donnait la notice

À ses deux louveteaux, à sa vaillante veuve

Qui devront commencer une histoire bien neuve.

Conscient de son devoir à sauver leur palais,

La paire de louvarts bâtirent un grand chalet

Où s’était camouflé le complet des renforts.

Puis tournant vers la louve, il répéta très fort :

« Maintenant qu’on est seuls à garder notre mère,

Demain nous partirons goûter des fruits amers.

Nous devons garder hauts de Lubin les lauriers.

Pour cela il nous faut le bel art du fourrier.

Mais les mots de papa doivent servir de phare ;

Déjà nous sommes grands, hors de nous la fanfare.

Pour montrer notre force, affranchissons ces lâches ;

Pour défendre le bois, battons-nous sans relâche. »

Les filous acquittés du forfait défendu,

Bien que la loi du bois voulût qu’ils soient pendus,

Se jetèrent à genoux aux pieds du noble mort.

Répandant en tandem des sanglots de remords

De leurs yeux descendirent d’énormes courants

Et leurs échos s’unirent à pleurer le mourant.

Autour de leurs colliers coulèrent du flux noir

Qui montraient leur rejet aux attaques du soir.

En voyant les regrets qu’exprimèrent les chiens

Tour à tour les deux hommes offrirent les siens

Et tous deux, abattus, se baissèrent la tête.

Ils étaient convaincus que le discours de fête

Prononcé par le loup fut une parodie,

Un drame rigolo, affreuse monodie.

Et en se rappelant de leurs actions sauvages

Du feuilleton mortel suscitant ce ravage,

Ils se mirent à pleurer au rythme de la foule :

« Pourquoi suis-je méchant ? » dit l’homme à la cagoule.

Ils furent consolés par les deux louveteaux

Qui venaient d’effacer leurs péchés capitaux.

Ces nouveaux convertis offrirent aux loups leurs mots

De ne plus agresser les nobles animaux.

A leurs pieds déposés, leurs trois chiens sacrifiés

Par les tigres tués sur le sol purifié.

Amassant les trois corps, ils s’enfuirent au vallon

Suivant droit leur chemin sans tourner les talons.

Leurs deux chiens survivants firent route en pleurant,

À voir leur diligence au labeur écœurant

Au chantier infernal des puissances du mal

Qui avait emporté le paisible animal,

Décidèrent en tandem une mort collective

Pour effacer le sang de la sale invective.

Après l’absolution qui leur fut impartie,

La paire belliqueuse accusa son parti

D’avoir jeté le deuil dans le camp débonnaire

En barbouillant le sol de l’espace linaire.

Ce tragique patron fut leur contribution

Leur honorable part et leur rétribution

Au respect du vallon, à la paix des bruyères

Et avant de partir, ils firent la prière

De rejoindre au lointain l’âme de leur victime

Puisqu’ils partirent alors pour leur séjour ultime.

4

En voyant la conduite des chiens convertis

Notre louve exerça, en sujet averti,

Ses talents féminins pour bloquer le suicide :

« Gardez-vous de tout mal, soyez des gens lucides.

Si vous vous sacrifiez, vous aggravez mon deuil.

Vous me ferez alors un deuxième cercueil.

Ce sera un fracas pour mes deux orphelins

Qui s’occupent de tous, y compris les félins.

Je sens bien vos remords, j’en pâtis les douleurs.

J’ai déjà vu le mal, j’en connais les couleurs.

Ce n’est pas dans la mort qu’on rachète le crime.

Il était combattant, il a perdu l’escrime.

Mais c’était le passé, le présent est vivant ;

Le futur est à nous, nous tous les survivants.

Pourquoi donc inventer de nouveaux sacrifices

Quand la victime sape l’esprit maléfice ?

Vous êtes libérés, et du corps et de l’âme.

Nous oublions le ton de vos actes infâmes.

J’ai déjà annulé votre peine martiale.

Demain j’assisterai à la danse nuptiale,

Où seront réunies les bêtes de la race

Pour l’annonce publique de l’unanime grâce

Accordée aux acteurs de la sale aventure

Du roman camouflé des esprits immatures.

De ce poison mortel, vous n’en êtes pour rien ;

Vous étiez des valets, comprenez-le donc bien.

Donnez-moi un sourire et une saine étreinte

Mes deux enfants et moi, nous supprimions les plaintes

Déposées à la Cour pour l’ultime sentence.

L’honneur de notre race a exigé la stance.

Notre philosophie a choisi la raison.

Je vous l’ai déjà dit : c’était la pendaison

Le verdict officiel d’une telle agression.

Vous voilà libérés de la juste oppression !

Partons d’ici alors, allons-voir le décor

Il ne nous reste rien à discuter encore.

Là-bas dans le taillis, ce sont les cupidons

Qui préparent déjà la fête du pardon.

Alors dites-le-nous : en vaudra-t-il la peine

De gâcher ce festin qui se tient dans la plaine ?

Par ce mea culpa, votre offense est lavée.

Mon oreille de deuil pour vos crimes est clavée

Nul besoin de conclure une si vaine offrande.

Ce n’est pas dans le sang qu’on blanchit les forfaits.

Les remords avérés sont des accents parfaits

Du sadique assassin qui choisit la raison

Et récite à genoux sa sincère oraison. »

Et puis, ce fut le tour des petits orphelins

Chargés de protéger l’espace des les vilains :

« Attendez, vaillants clebs ! On est à vos côtés !

Par votre réaction, des lois seront votées

Chez les faibles humains dont l’arme est le support.

Promettez-nous alors de la mort le report ;

Et si vous le voulez, joignez ce camp paisible.

Puisque vous abdiquez à cette horde nuisible,

Qui, ça fait juste une heure, étaient tous aux abois,

Vous, tendez-nous la main pour défendre le bois. »

Et la paire canine écoutait les idées

Du discours épatant du trio canidé.

Le plus las du duetto à l’allure amincie

Prit enfin la parole et s’adressa ainsi :

« L’agrément intégral à nous garder envie

Est le signe avéré que vous aimez la vie.

Nous vous en sommes fiers de lésiner nos heures,

Malgré tous nos méfaits et nos sales erreurs. »

Et l’autre s’approcha des parvis du chalet

Où se tenaient les loups flanqués de leurs valets.

Il s’adressa tout bas à ses trois protecteurs :

« On était amenés à ce vierge secteur ;

Le dessein de faucher la modeste existence

Était celui des fous, malgré nos résistances.

Laissez-nous, on vous prie, à poursuivre nos pas.

Le destin nous attend, c’est l’heure du trépas. »

Les deux chiens fatigués reprirent alors la route

Qui les conduisit droit à leur propre déroute.

Mais soudain ils songèrent au vocable festin

Mentionné par le loup le soir de son destin.

« Alors qui sommes-nous, scélérats opiniâtres

Pour ne pas boire aussi de l’absinthe saumâtre ? »

Le roman du pardon fit écho jusqu’au ciel,

Où les anges à genoux chantaient l’hymne officielle,

De la résurrection du héros immolé

Qui, malgré son trépas, se mit à rigoler.

C’était un grand esprit, un vaillant animal

Qui offrit son long corps pour dérouter le mal.

5

Le duo juvénile et la veuve héritière

Entreprirent des pas dont le père était fier.

Ainsi s’adressa-t-il à ses fils, à sa femme

Pour leur conter sa peine et la paix de son âme :

« Je sentis dans mon cœur la peine de ma louve,

Et de mes deux louvarts le chagrin que j’éprouve.

Mais la leçon martiale au niveau militaire

Que mes fils ont apprise à dessein salutaire

Aiguisera leur art et les rendra plus fort,

Quand ils combattent seuls ou avec des renforts.

Puisqu’ainsi vous vivez dans le calme absolu,

Je peux bien me calmer ; ma peur est résolue.

Maintenant rassuré, je rejoins la chorale

Assemblée au milieu de l’espace floral

Pour chanter sans arrêt le refrain fraternel

Dans l’amour, dans la joie au repos éternel. »

La louve et ses enfants étaient de bonne foi

Et chacun, à son tour, répétaient tant de fois

Que la mort ne saurait être le ton correct

D’adopter pour un crime aux accords indirects

Ils ont même entamé des grands pas d’amitié

Pour montrer aux deux chiens leur amour, leur pitié.

Et c’est bien ce pardon dont le monde a besoin,

C’est l’odeur de l’amour, du styrax le benjoin,

Qui attire la paix et affaiblit les armes ;

Qui fait rire aux enfants et qui tarit les larmes.

C’est l’aumône des cœurs qui détestent la croix,

Et la clémence affable de tous les gens qui croient

Que l’homme peut changer ses desseins de malheur

S’il devient héritier de tels dons de valeur.

Malgré l’auguste accord de la part des victimes

Et le ton rassurant de la veuve sublime,

Le couple exonéré perdit leur résistance,

Leurs efforts de vouloir honorer l’assistance.

« Notre tristesse est double, » affirment les trois loups.

« Nous avons beau prier pour contourner ce coup.

Mais nos hôtes du bois ont pali la mémoire

Quand ils se plongent au fond d’un ignoble fumoir.

Pourquoi ont-ils fait ça à l’attendrissant cœur

Qui leur étend la main pour rejoindre le chœur

De la troupe ravie après tant de tristesse

Pour celui qui était notre grande richesse ? »

« Cette action égoïste à choisir le cercueil

N’a pas plu la forêt, » raisonne l’écureuil.

L’orphéon des oiseaux qui alertait l’assaut

Et qui suivait de près à côté du ruisseau

Était en désaccord à la pleine amnistie.

« Refusez aux filous la digne eucharistie.

Je crois que dans les lois de ce règne animal

Le crime des intrus, c’est la croix maximale. »

Comme ils veillaient de haut le zèle de ces chiens

Ils étaient donc les seuls à détecter les liens

Entre les agresseurs qui assiégeaient dès l’aube

Et qui étaient tous prêts à en manger les daubes.

Si tel fut leur constat, ils avaient une excuse

De se méfier alors de ces chiens qui s’accusent

Et qui, front incliné, offrent leurs repentirs

À la secte victime avant de repartir.

Le trio endeuillé applaudit les volailles

Qui, pour sonner l’éveil, s’assènent leurs camails.

« Mais sachez aujourd’hui, dit les loups au chapon,

Comprenez à quel mal vous et nous échappons.

La rancune et l’orgueil : voilà les plus grands maux

De cette race humaine et des cours animaux.

On pouvait les briser grâce à vous, grâce aux lions,

Mais nous sommes trop bons pour ce méchant talion. »

Et le coq attristé prit alors la parole :

« C’est le vœu de l’honneur d’accorder cette obole

À ceux qui sont vaincus et qui sont sans défense.

Ils étaient les auteurs de la plus grande offense

Mais la fierté des grands, c’est d’user la bonté

Pour sauver sans tarder le coupable éhonté.

Maintenant je comprends le sens du mot pardon.

Je plains ces visiteurs qui refusaient ce don.

Sachez que vers le haut vous avez des alliés ;

Près de vous, scrupuleux, nous serons tous ralliés. »

Et tous les animaux du breuil endommagé

Apportaient leur soutien aux louvarts et leur mère

Qui ruminaient toujours la décoction amère

De la disparition du héros singulier,

Et qui avaient choisi une fin conciliée.

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