La vie, infiniment

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Une parole dit, seule d'abord, puis raconte, puis se dédouble, en résonance avec une autre, puis une autre, puis d'autres, puis enfin avec une seule, jusqu'au chant. Infiniment la vie ainsi rôde, ponce, polit, polit toute aspérité jusqu'au coeur et, se faisant ainsi, délivre, chants de fleurs et fleurs d'oiseaux.
Publié le : mardi 1 décembre 2009
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EAN13 : 9782296930537
Nombre de pages : 207
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Dansunventreàl’abri,peut-être

quandtulis lestragédies grecques, quandtues avecun personnage,un
Aveugle, ou Narcisse, ouquandturevienst’asseoir avec le chœur pour
t’accorder avec son chant. C’estcomme ça,sansdoute.Parceque ce livre a
lesfaçonsdu mythe, il ena la lucideobscurité, la familiarité étrangère, le
pouvoir nécessaire etinvincible. Ainsi, ce 5septembre1935quiouvreLe
pré, c’estaujourd’hui, c’est hier, c’estdemain, c’est touslesjoursdansle
temps,parcequece livre estsanstemps,endehorsdu temps,il estdansla
vie,etc’estainsipourchaquepersonnage, chaquepoème, chaquemot,qui
enest ungeste,un signe.

Préface,prélude

AlessandroCinquegrani.
Poète etcritique littéraire,
directeurderechercheUniversitédeVenise.

«Lafigurede l’aveugle,
Uneabsence,
Parlaitd’unespace
Debruit, de toucher
Etd’odeur.

Et la couleur.»

Il paraîtquec’estcelaquiarrive

Être aumonde commeunaveugle.Être aumonde à lamanière
dont un aveugletouche lemonde,vitlemirage, lemiracle absentde la
lumière. Alamanière dontil palpe les choses. Alamanière dontses doigts
déshabillent un corps de femme dans ses rêves incolores.Unenuditéqui
fond entre ses bras, des lignes qui épousentses lignes. Estremonté àma
mémoire alors que jedéplongeais de la prose étinceléedeFrançoiseNeveu
ce vers sublimede Sophocle,tombéd’une tragédieàjamais perduedans
les ruines, danslebrasier d’unequelconqueAlexandrie:«L’amourest un
morceaude glacequi fond dansunemaind’enfant.»

Ilnousfaut êtremaladedesolitudepour souffrir à cepointde la
vie. De lavie,infiniment. Lemot estcrachéàla première ligne: solitude !Et
qu’on nes’y trompepas:l’ouvertureduconcerto auquelnous convie
l’auteurestrâpeusementdédiée:«àpersonne ».Solituderevendiquée.
Mais non solitudeaimée. La prison de l’isolementcraquerafinalementde
toutes parts. Lesdeuxderniersmouvementsduconcerto serontdédiés«à
l’autre », puis«àla petite ».Ques’ouvrentalors« lesfleurs depinsons» !

Ques’est-ildonc passépour que lecri -certains oiseauxontce
don-s’achève en chant?Pour quedu trille tragique fuse la notede
printemps ?

Le longduparcours quimèneducriauchant,j’ai vudes
silhouettes s’agiter, besogner de leursmainsetde leurs corps. Il yaeu
Eugène etLouisa,Paulaussi, denombreuxautresencore. Ça couraitdes
ArdennesenPoitou. Ilscaressaient lebléàlafaçon des moissonneursjuste
avant lesacrifice etquandilsflattaient les chevaux,les pelagesfumaient
sousleurs paumes. Toutcepetitmondepaysan mereplongeaitdansles
campagnesaiméesdemonenfance, denotre enfance. Lepaysande
FrançoiseNeveu est lemien mêmes’iln’estpasde lamêmerégion :«Le
paysan parledu tréfonds de laterre.»

Unfilmen noiretblanc défilesous nosyeux. L’atelier de l’artisan,
lecafédu village,l’échoppe épicière tiennentauchaud de lamémoire les
gamins quenousfûmes. Etcemonde-là avaitses mots. Le longrabot
s’appelle encore varlope.On projette lesétés nouveauxau-delà de l’hiver,
au-delà de lamortd’où germe leretourdu grain:«Lepaysan/ laissese
faire/Larenaissance.»

Revenons-enauxmotscarc’estd’abord d’euxquececoncerto
tiresaforce.«Les mots/Sontdesallumettescraquées./Chacun son
pouls./Chacun saparole.»

6

Est-ce de la poésie que cetexte à l’harmonie changeante, aux
silenceslourdscomme l’absence, aux vertigineuxprécipités, auxfugaces
visions, auxstropheschahutéesetbrisées, auxalexandrinsdémontésau
burinetremontésauchalumeau, « déconstruits» comme disentles profsde
linguistique etautres scienceschic ?La poésie n’estrien d’autre qu’une
affaire de rythme. Etchacunasoncœur.Chacunason pouls.Celui de
FrançoiseNeveuest undrôle dephénomène.Ilva l’amble, iltrotte, il galope
selonl’humeurdumoment.Uncheval capable aussi detomberenarrêt
pourécouter soncœurinquiet,unemélodiequipasse,uneparoletombée
duciel.

C’est unconcerto pourbois.Pourflûtes, bassonsethautbois
encorevivantsaucœurde l’arbrequi lesenfante.Pourentendre le bruitdu
ventdanslesbranches,pourentendre la chute duchênesousla hache.Le
bois,oui le bois, celui de la forêtqu’onabat,qu’ontravaille,qu’on polit, est
omniprésentdanscethymnesauvage.Etlepoète estlemenuisierde ce
boisd’oùiltire lescopeauxdulangage, les mots: «Avec les mots,/Les
sons,/Lesimages, lescouleurs,/Faireun noyau,/Unenoix,/Horsdesa
bogue.»

Toutefois,puisqu’ils’agitd’unconcerto, demusique, les mots ne
sont jamaisisolésde leur sonorité.Carlavoix humaine faitdumot une
parole.Etc’estsansdoutecequidonnesavaleur profondeà ce texte:une
voix unique entre toutes,« une voixpleinede larmes,errantesurles
rochers.»D’où vientcette voixqui gémit?Cette voixquiapaise et guérit
aussi?La petite, àl’écoutedu vent frappantàla porte, posesalyre le long
deson banc d’école:«C’est lavoixdemamère.»Etquedit lavoix?«Il ya
de laplacepour deux.»

Son secretappartientàFrançoiseNeveu. Nedemandons pasà
qui vousguide jusqu’aucœur deson mystère,latorchequi l’éclaire.Son
halo suffitànotre émotion.

BernardLecherbonnier
Romancieret essayiste, directeur derecherche,
UniversitédeParis.

7

Lavie,infiniment

àma clairière.

Solitude

à personne.

/ …Face grise deuxbleupâle
petitcorps cœur battantseul debout…/

Beckett-Sans

C’estrude,
ça râpe.

Ça faitcomme leplancher froid
Sous les pieds
Lematin.

19

Ce qu’on a dans le dos
Face au feu de cheminée.

20

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