Lassitude (Boyer)

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Philoxène Boyer — Le Parnasse contemporainLassitudeLa pensée a des jours ineffablement calmes,Où la gloire effraierait comme un vice ; où les palmes,Où les bravos, où tout appareil de grandeurDéconcertent le goût et blessent la pudeur.On vit, on est ...

Publié le : jeudi 19 mai 2011
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Philoxène BoyerLe Parnasse contemporain Lassitude
La pensée a des jours ineffablement calmes, Où la gloire effraierait comme un vice ; où les palmes, Où les bravos, où tout appareil de grandeur Déconcertent le goût et blessent la pudeur. On vit, on est content de vivre ! Les plans vastes Sont bien loin ! On est las de chercher des contrastes : Et l’on accorde au cœur trop longtemps tourmenté Les plaisirs endormeurs de l'uniformité. Alors, sur le chemin banal si l'on coudoie Un camarade ancien, et s’il voit cette joie Sans chaleur, sans rayon, qui ressemble à l'ennui, Il se sent tout glacé quand il rentre chez lui ! Si le nom d’un héros alors monte à la lèvre, Ce n'est pas Bonaparte ou Dante ; c’est Penthièvre, Ou Rollin, ou plutôt, dans un bourg ignoré, Quelque vieux pédagogue ou quelque doux curé ! Plus de roman, plus d’ode ardente ; plus de livre Où la verve possède, où la parole enivre ; Mais un répertoire humble, à peu près souriant, Et Gessner, et Goldsmith, et surtout Florian, Inventant, pour charmer la France encor prospère, Les tendres embarras d'un Arlequin Bon père ! Ô torrents généreux que Mozart épanchait, Pleurs du violoncelle, et sanglots de l’archet, Taisez-vous à jamais ! votre murmure entête ! D’ailleurs nous avons mieux ce soir ! comme c’est fête, Une voisine aimable et qui cherche un mari Fredonnera sans doute un motif de Grétry, Et sans doute par elle entraîné vers la lutte, Le vieil oncle à son tour jouera son air de flûte. Voyageurs revenus des pays du soleil, Laissez-nous ! à quoi bon votre Midi vermeil, Vos danses, vos palais où chantent les cascades Et vos doñas rêvant à côté des alcades ? Le seul pèlerinage et le seul paradis Qui tente maintenant les marcheurs alourdis, C'est l’éternel parcours du parc, l’unique allée Qui du coteau sans ombre arrive à la vallée ! Et vous amants, et vous, qui soupirez encor Après les grands destins, Tasse sans Léonor, Ô don Juan sans Elvire, Hamlet sans Ophélie, Allez ailleurs porter votre mélancolie, Ici l’on se repose ! ici nous espérons Découvrir un front pur parmi ces jeunes fronts, Près de la table à thé, comme au printemps antique, Rallumer le flambeau du bonheur domestique, Et changer en mistress quelque timide miss, Juliette à présent qui deviendra Baucis. — — Oh ! vains projets conçus pour l’âge où l’espoir tombe Instincts d'agonisant, préface de la tombe, Parfois je vous envie, aux moments où, lassé, Mon avenir me pèse autant que mon passé ! Mais mon amour jaloux me brûle encor la tempe, Le soleil de mon Dieu vient éteindre ma lampe, Et j’ai l’horreur du calme, et tout mon être en feu Demande des douleurs pour l’amour et pour Dieu !
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