Le coeur ketchup

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Le coeur ketchup, c'est le coeur d'une jeune femme qui traverse l'océan Atlantique à la recherche de l'amour. Mais bien vite la quête amoureuse se transforme en une quête poétique et existentielle.

Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 87
EAN13 : 9782748109481
Nombre de pages : 95
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www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comLe coeur ketchup© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0949-X (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0948-1 (pour le livre imprimé)Rognon
Le coeur ketchup
POÉSIESAINT-LAURENTMONAMOUR
Enfant,j’étaistombéeamoureused’untrèsbel
adolescent qui se foutait pas mal de moi.
Il avait lesyeuxbleuset s’appelaitLaurent.
Par conséquent j’étais amoureuse de tout ce
quiétaitbleuouquisonnaitunpeucommeLaurent
: mon enfant, déchirant, l’orange, l’or blanc, l’amant, lentement,
brosse à dents,etc.
Et puis un jour, dans un livre de géographie,
j’ai trouvé une image du Saint-Laurent plein de
glaces. Pour moi qui suis née dans un pays où Noël
voit éclore les pompons jaunes des mimosas, c’était
d’un exotisme, comme au Québec les cocotiers
devant la mer turquoise. Je me souviens très bien
de ces espèces de grosses meringues bleues et vertes
entassées sur l’eau en un chaos incroyable où un
brise-glaceavaitl’aird’unjouetd’enfant.
Vingt ans plus tard, alors que j’avais oublié
Laurent,quiparaît-ilestdevenugrand-père,etper-
due l’image au cours d’un déménagement, j’ai ren-
contré un homme bizarre qui disait venir de ce pays
lointainoùcoulelefleuve. Paysaussimoderneetci-
viliséquelenotre,sicen’estpasplus,disait-il,etoù
ça parle français. Et pas plus d’indien que d’arrête
dansunedinde. Outresontrèslégeraccent,sesyeux
couleurd’eauprofondeetsonineffabledouceurqui
mefitdiagnostiquerunhommeanormal,jefusfrap-
péedeconstaterqu’enparlantlamêmelangueonne
6Rognon
secomprenait pastoujours…Il n’enfallaitpasplusà
moncoeurpourquejetombeamoureuse,àl’image
decespoiresdoduesquiunjoursedétachentdela
branche, sanscriergare.
Alors, dévorée d’amour et de curiosité, j’ai
consultédeslivresetdesatlasetj’aitraversél’Océan.
SixheuresdevoldansunjoliBoeing727. Lemonde
vu d’en haut, les nuages éthérés, l’océan si bleu, la
terreridée,lesîlesdansl’eauet l’eaudufleuve,rose
le soir et frissonnante, c’est beau ! -pour le revoir.
Et voir ce pays où il vit, toucher le sol où il marche,
goûter l’air qu’il respire, me promener dans la lu-
mièrequil’éclaire,aimersaville,éprouverlaforme
du vide autour de son corps.
Montréal. Après sept jours et sept nuits d’une
errancelumineuseetravie,enfin,jel’aitrouvédans
un bar au milieu d’une cour de petits snobs très
saouls. J’ai tendu mes mains vers lui, et le souffle
coupé,j’aiserrésesflancs,desflancslissesetblancs,
maisd’uncoupdereinils’estdégagé,ettelunpois-
son gluant, il a fuit.
Parcequ’autourdesoncorpsilyavaitdéjàdes
bras de femme.
Que faire pour se défaire de cette brûlure
écoeurante? Quefairepoursupporterlemondeet
continuer à aimer la vie quand même ? Existe-t-il
une recette pour ne pas mourir de désespoir ? Il
est dans la nature humaine de penser que l’action
peut nous sauver. Alors je mis sur pied le plan
d’aller lui taguer, une nuit, un énorme cœur rouge
sur la baie vitrée de son salon, et un plus petit sur
celle de sa chambre à coucher où je rêvais d’aller
le violer. Mais comme j’appris que sa blonde était
unechampionnedekaraté,etqu’ayantétésibien
éduquée dès mon plus jeune âge à être polie et à
respectermonprochain,jechoisisdemetaire.
7Le coeur ketchup
Me taire et écrire dans le trou vide du silence.
Et décidée à l’attendre comme la Belle au bois dor-
mant.
Mais, il y a quelques temps, par hasard, lors
d’une soirée branchée, je rencontrai sa blonde. La
bougresse était en bonne santé, un peu grassette,
la peau tendue et légèrement hâlée. Je dansai un
rock’n-rollavecelle,histoiredetâterunpeusachair.
C’estalorsquej’airéaliséavechorreurqu’engénéral
leshommesmeurentplustôtquelesfemmes.Etque
c’est prouvé scientifiquement.
Espoir, mon beau désespoir.
Dans les vapeurs de l’alcool j’eus la vision des
deuxpetitesvieillessurSatombe: elle,toutechauve
à force de s’être teint les cheveux pour Lui plaire et
moi pliée sur une canne et les yeux creuvés à force
d’avoir écrit pour Lui toute ma vie.
Le lendemain, c’est avec une mémorable
gueuledeboisquej’aiprismon bicycleàpédales,enme
faisant la réflexion que la vie n’est pas aussi stupide
que ceux qui la rendent comme telle. Je descendis
au bas de la ville puis longeai le port pour atteindre
lesîles, etvoir deprèslefleuveSaint-Laurent.
Arrivée sous le pont Victoria, il faisait chaud,
très chaud, c’était au mois de juin, le soleil se re-
flétait sur l’eau comme sur une plaque de tôle. J’ai
regardé les tourbillons de l’eau, les vagues, les cou-
rants,lesbateaux,lesbouées,lesautrespontsauloin,
et Montréal étendue avec nonchalance sur l’autre
rive. L’eausentaitbon,uneodeurmétallique,forte
et douce à la fois. Je suis descendue sur la berge.
Il y avait là un vieux Français qui se faisait bronzer
tout nu; il dit qu’on peut se baigner, et qu’il le fait
ici depuis vingt ans. Alors j’ai ôté mes souliers et
touteémue,j’aitrempéleboutdemesorteilsdans
l’eau. Elle était chaude, et tellement accueillante,
comme si elle me tendait les bras en me murmu-
rant dans son doux clapotis, viens. Avançantun pied
8Rognon
puisl’autre,j’aimarchédansleliquideetenmepen-
chantj’ai trouvéunegrossemoule, unénormeclou
rouillé, une vieille brosse à dents, et plein de petits
cailoux.J’airemontéquinzemètreslelongdela
berge à contre-courant; l’eau jusqu’aux cuisses col-
laitmarobe,etpuism’étantretournée,j’aicontem-
plélepontquiressemblaitàgrosserpentmécanique
etjemesuislaisséetomberdansl’eauquim’aportée
quinze mètres plus bas. Sortie de l’eau en courant,
heureuse comme un jeune chien, je suis remontée
cettefoisvingtmètresetj’airecommencé.
Plus tard, lorsque je l’ai raconté, on m’a dit
: t’es-tu folle ? c’est sale! et il est vrai que des poissons
flottaient au loin, le ventre en l’air. Mais pour moi
c’était un peu comme se baigner dans le Gange : un
bain initiatique, un baptême, une façon de dire je
t’aimeauSaint-Laurent,àMontréal,auQuébec,au
Canada,àtousseshommes,àl’Amériqueetàlaterre
entière.
Sur le pont, le train poussait des cris aigus.
Et des algues vertes comme des cheveux au vent, se
balançaient.
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