Le Doute (Brizeux)

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Auguste Brizeux — M a r i eLe Doute Souvent, le front baissé, l'oeil hagard, sur ma routeErrant à mes côtés, j'ai rencontré le doute,être capricieux, craintif, qui chaque foisChangeait de vêtements, de ...

Publié le : jeudi 19 mai 2011
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Auguste BrizeuxMarie Le Doute
Souvent, le front baissé, l'oeil hagard, sur ma route Errant à mes côtés, j'ai rencontré le doute, être capricieux, craintif, qui chaque fois Changeait de vêtements, de visage et de voix.
Un jour, vieillard cynique, au front chauve, à l'oeil cave, Le désespoir empreint sur son teint blême et hâve, Chancelant et boiteux, d'un regard suppliant, Il se traînait vers moi, tel qu'un vil mendiant Qui de loin vous poursuit du cri de ses misères Et sous ses haillons noirs met à nu ses ulcères. Ainsi l'affreux vieillard, sans honte, sans remords, M'étalait chaque plaie et de l'âme et du corps : Sa naissance sans but, sa fin sans espérance, Comme il avait grandi pauvre et dans la souffrance, Sa jeunesse écoulée, et puis, pour quelques fleurs, Des épines sans nombre et d'amères douleurs ; Ces éternels combats d'une nature double, La raison qui commande et l'âme qui se trouble ; Et le bien et le mal, vieux mots qu'on n'entend pas, Pareils à deux geôliers attachés à nos pas. Et si je reculais devant un tel délire, Il fuyait en jetant un grand éclat de rire ; Et moi, tel qu'un aveugle aux murs tendant la main, A tâtons, dans la nuit, je cherchais mon chemin.
Une autre fois, paré comme pour un dimanche, C'était un beau vieillard à chevelure blanche, Ferme encor dans sa marche et vert, et cependant S'avançant pas à pas d'un pied grave et prudent. Il disait revenir de quelque long voyage, De pays où souvent il avait fait naufrage ; Il avait vu les cours, les villes, les déserts, Les peuples différents sous leurs soleils divers ; Hasards bons et mauvais, éprouvant toute chose, Il arrivait enfin, non désolé, morose, Mais mélangeant le bien et le mal par moitié, Et plein pour nous, mortels, d'une tendre pitié, Plaignant notre faiblesse, appelant l'indulgence Sur ces fautes d'un jour, et jamais la vengeance. Son accent était doux, mais dans ses actions Perçait le feu d'un cœur riche d'émotions ; Cherchant la vérité, l'aimant, railleur honnête, A toute foi trop vive il secouait la tête ; Souvent des pleurs brillaient à travers son souris, Et tout en vous grondant il vous nommait son fils.
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