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Le Logis des Gémeaux

De
200 pages

Louis-François Delisse est né en 1931 à Roubaix. Afin d’éviter une mobilisation dans la guerre d’Algérie, il quitte la France en 1954 pour le Niger. Il y restera jusqu’en 1975. Publié par Guy Lévis Mano, remarqué notamment par René Char, Delisse écrit une poésie au lyrisme toujours extrêmement tendu, dont la brièveté s’accompagne d’une singulière intensité. Avec Le Logis des gémeaux se clôt la publication de ses œuvres majeures. Ce recueil vient comme enchâsser (des débuts de 1947-1954 à la période post-africaine de 1970-2007) les autres grands livres que sont Aile, elle et Les Lépreux souriants. Il offre ainsi la vision d’une poésie tout du long inaugurale et crépusculaire, tout de suite géniale et aussitôt nostalgique, à l’image de l’œuvre et de la vie d’un poète brûlé par l’essentiel.


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Vous aimerez aussi

cover

Le Logis des Gémeaux

DU MÊME AUTEUR

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Soleil total, GLM, 1960.

Le Vœu de la rose, GLM, 1961.

Dieu-tige, Myrddin, 1991.

Choix de poésies amoureuses des Touaregs, le corridor bleu, 2000.

Ode au voyage et à Henri Michaux, Atelier de l’agneau, 2001.

Aile, elle, le corridor bleu, 2002.

Notes d’hôtel, Apogée, 2007.

Les Lépreux souriants, Apogée, 2009.

SUR LOUIS-FRANÇOIS DELISSE

Laurent Albarracin, Louis-François Delisse, éditions des Vanneaux, 2009.

Ouvrage publié avec l’aide du Centre National du Livre

image

© le corridor bleu, 2011
12, rue Suffren 97410 Saint-Pierre

Louis-François Delisse

Le Logis des Gémeaux

le corridor bleu

SAVEUR DES ARBRES

SAVEUR DES ARBRES

Les rues firent passer
Des rues de lilas

L’herbe redevint l’herbe

Les toits eurent des buissons
L’oiseau de la rivière
Regarda l’oiseau du vent

Les figures des garçons
Se figurèrent battre sur le
Pont de la rivière comme des
Voiliers

L’oiseau de la colline
Sur tes mains

Fit passer l’oiseau des vignes
Dans mes mains

Aux rues les enfants
Se vêtirent de fougères

L’herbe redevint l’herbe

La saison passait
La saison.

Ciel ouvert ciel !

Et terre terre !

Je suis attaché au piquet

J’ai clôture

Et des arbres centenaires
Me poussent dans les mains

Happé happé !

Le cœur le corps consolés

Ciel ouvert ciel !
Et terre terre !

C’est une ville

elle a la joie de ses arbres

C’est une ville

elle a ses collines intérieures.

Il y a dans son corps

Un violoncelle

Trois boîtes d’allumettes SEITA

Levant les bras

Elle est un pulso-réacteur

Marcel Dassault

Baissant les bras

Elle est

Nos matinées au Pays de Caux

Quand nous auto-stoppions
Des Cadillac

Son teint de cidre bouché

Ses arbustes

La nomment Fille du Blé.

M’en aller m’en aller m’en aller m’en aller mais bougre de coulon
bougre d’oison va-t’en va-t’en avec l’horizon !

JOURNAL OFFICIEL

La rue dit :
il verra
le jour où
il naîtra

Sa naissance
dit :

les toits
regardez
les toits

Puis les
garçons

Puis les
filles

fleurirent
doucement
à leur

insu

dans les plaies

de la rue.

à ma mère

Le petit tremble de ton amour
couvre là-bas les Vosges
ton Donon ancestral

tu as ton nid

dans cette voie ferrée

qui de Sarrebourg à Lunéville

m’emmène faire militaire

tes joues je les effeuille
dans les sapins bleus
des talus

elles étaient douces
puis vieilles et lasses
d’avoir en moi couvé
et le serpent et la rosée.

Entre boue et briques
poussent des simples
puis des couronnes
du soleil descend
une forêt sur terre
lentement elle y a
grandi
ta bouche
où m’égarer

Tu travailles

puis tu ne te possèdes plus

le soir après souper

je te rejoins

ta bouche mon ceinturon

veille et rêve

tous deux
on s’est égarés

Même éloignés

entre boue et briques

tu travailles

entre casque et briques

je travaille

la nuit qui vient

n’est pas la dernière

même éloignés

Entre boue et briques

poussent des couronnes

entre casque et briques

poussent des

simples

même égarés

ta bouche me connaît

elle a chanté dans le soleil

qu’on est passés

Entre boue et briques

poussent des simples

puis des couronnes

puis ta bouche

elle a planté dans le soleil

qui est passé

une forêt sur terre où

lentement nous retrouver.

Ah j’aurais été cheval
ou encore
labour

et toute ma vie entre mes mains
la lune de joie

de mes sept ans

mais entre ces murs ici

à côté de l’urinoir

une flaque de pinard vomi

et dans le ciel
à côté du toit
une auge d’étoiles
qui lapent

ah et dans mes mains

ce cœur criblé

de mes vingt-deux ans

et qui n’est plus à moi.

J’ai petite amie
de feuilles mortes

cœur ! cœur amer
déchiré

coupé de tous et tout
sectionné

Je suis né de joie
un jour de cerises fraîches
ne m’oubliez pas
dans vos cageots

Le lait du ciel
sur mon casque

et tes petits volets
s’ouvraient

Qu’est-ce que tu deviens
ma tulipe ma flanelle
qu’est-ce que tu deviens

La neige

soleil

aveugle

neige elle est
incision d’étoiles

Mes yeux au travers
des abeilles du givre

dans les rues :

les carquois du feu glacial

et cent Sébastien militaires

écorchés vifs leur sang défloré

aux fenêtres

de trois casernes-lyres.

Une deux tout
recommence

une deux, mais
finira.

Mon amour mon ceinturon
Ma pelle pour te mouler
Mon amour mon casque lourd
Mes brêles pour t’arrimer
Mon amour ma gourde
Mon amour mes guêtres
Mon amour mes baisers
Sur tes pieds mon amour
Mon casque léger.

Garçon difforme ou
conforme

il allait

le cœur clair ou le cœur

obscur
il ne savait

les yeux comme des lampes
ou les yeux comme des

bouchons

la chair d’un côté la chair

d’un autre côté

et le sable de ses joues

dit à la mer battante
de ses joues

garçon il est garçon
de pluie

il sait ou il ne sait pas
il arrive ou il n’arrive pas

et les grues se dirent
entr’elles

au long du port au long
de l’eau brisée

garçon difforme ou
conforme civilisé

il a été militaire une année
ses parents sont épiciers

il a sept frères trois sœurs
il est marin du cœur

or lui allait

dans les joies d’eau

sur les poutrelles
de la jetée

on le revit dans un grenier
les tuiles disaient

garçon de nuit garçon
de jour

il a pris métier
de monte-en-l’air

on l’a ouï parler

deux langues étrangères

il est à la croisée
des rues légères

depuis des années

or il allait

le cœur clair ou le cœur

il ne savait.

Il neige sur des champs

dehors

Par-dessus des murs

Puis des murs

Murmure ! On nous emmure

Vivants

Hors cette neige

Et ces champs.

Dans les couches supérieures

de l’atmosphère

nous irions tous les deux

c’est cette nuit trois heures du matin
je suis de garde mon amour
aux portes de ton sommeil

l’heure titubait l’heure
dénouée renouée

un jour

je te reverrai sous la

tour Eiffel qui est

la troisième tour de Notre-Dame

un jour

par une autre nuit

je recommencerai l’ascension

liquide des rives de ton corps

armé de ma seule douceur

la seule consigne de tes lèvres
sur mes mains

mon amour de vitre et de nuit délivrée

et j’allais sous le seul uniforme
de ta peau tiède

au long des taillis d’étoiles

de tes hanches lavées d’aube bleue

caporal de relève

il a été la rose noire de minuit

puis une heure puis deux

écoute

amour les toits se sont
boisés d’aurore.

Je descends de lune
où irai-je depuis lune

comme allait la matinée il arriva

les genoux contre un ressort de sommier

sur le chemin de Bonviller

la colline avait la fraîcheur

des vignes des vergers elle avait des parcelles

des haies elle allaitait

levé de lune il arriva contre des eaux
claires où le soleil puisait des sources
d’oiseaux légers divers colorés

nous allons le démobiliser
dirent trois peupliers

dévêtu il gagna le saule du fossé

la ville fuyait au loin

avec des ruelles de sang des toits fusillés.

Convoi de lune !
tranchée de lune !

lune vaste et des
arbres de lune !

feuilles fruits de lune
fusils de lune !

la lune flambe canons
canons de lune !

et de vibrants avions
dans les prés de lune !

et les morts recroquevillés
les morts de lune !

amour et haine
haine de lune !

la guerre lune vaste
chair et sang de lune !

MUSIQUE FORAINE DANS LE VERGER

Et volage tu t’en vas

Vers d’autres mains tendues

– Amour !

Par l’ombre la nuit de l’Impasse

Dite à Paris l’Impasse des Deux-Anges

– Amour !

Une ombre se presse elle t’appelle

Elle a des mots pour tes genoux

– Ombre ?

Le vitrail de lune éclairait
De biais ton visage défait

– Couronné de lumière !

Bouche de cendres bouche d’or
J’ai de toi souffert mille morts

– Ombre ?

Il a usé d’un charme
Son cœur croule et rejaillit

– Amour !

Où irai-je la rue
N’est plus la rue tu m’as
Coupé les mains de t’être
De moi détourné

Et elles saignent de ne pas cesser
De te toucher

Là-haut contre le vitrail de lune
Sur la plus haute allée

– Ombre ?

Par l’ombre de l’Impasse

Dite à Paris l’Impasse des Deux-Anges

– Amour !

Deux cœurs ont ruisselé d’aurore
Triste une nuit d’un autre été

– Gracile gracieux François

Deux cœurs de la plus haute ramée.

Les trois pommes de son visage
pleuraient dans mes mains dans mes
pieds

La neige de son ombre dans la
cour entre l’infirmerie les cuisines
les compagnies

Le morceau de ciel gris dans sa

bouche disaient

pourquoi suis-je cet inconstant

baromètre.

Rêvé de René-Guy Cadou. Il est au bout la rue Saint-Louis et il explique à une petite fille qui joue sur l’autre trottoir pourquoi c’est la joie qui fait la couleur des fleurs. « Ta joie est rouge et alors la fleur est rouge. » Ou encore « ta joie est bleue et alors la fleur est bleue – ou ta joie verte… »

CROQUIS COMMUNS ET POÉSIES COMMUNES

avec Jacky Dodin, Albert Derasse
et nos amis (1952-1954)

L’âme fut chaînes sur le désir

et clé sur le regret :

anéanti du désir impossible

l’oiseleur lâche l’oiseau.

Le Vœu de la rose

AUTRES POÉSIES DE SAVEUR DES ARBRES

Tu me prends

tu prends

un œillet rouge.

L’eau blanche

et dans l’eau blanche

le ciel noir

tu me prends
tu prends le vent.

Le ciel comme un glacis
(le cœur n’y voit plus rien)

les rues remplies d’orties

comme des layons

(le cœur n’y voit plus rien)

la joie au cœur

puis l’arrachement

(le cœur n’y voit plus personne)

le destin frissonne
comme de l’eau

le destin petite fleur

puis pétale lointain

(le cœur n’y voit plus rien).

Amis,

son amour des squares

des arbres de l’herbe du vent

des enfants dedans

hélas, son amour