Le musicien de Darmstadt

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L'abîme d'une disparition, l'effondrement qui en résulte : tel fut le creuset des livres d'Anne Cayre dont l'écriture a souvent exploré les zones les plus obscures de l'enfance, là où se trouve tapie, comme une bête de proie, la peur de l'abandon. Ces textes interrogent son désir d'écrire, non seulement dans la scène fondatrice du fleuve et du père dressé sur la rive, mais plus loin en amont vers celle qui ne parlait pas encore …
Publié le : lundi 2 mai 2016
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EAN13 : 9782140008993
Nombre de pages : 122
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Anne C
Le musicien de Darmstadt
Le musicien de DarmstadtL’abîme d’une disparition, l’eff ondrement qui en résulte : tel fut le
creuset des livres d’Anne Cayre dont l’écriture a souvent exploré les
zones les plus obscures de l’enfance, là où se trouve tapie, comme une
suivi debête de proie, la peur de l’abandon.
Le musicien de Darmstadt, Récits en rêve et Les jours de l’Avent sont Récits en rêve
trois récits retrouvés d’Anne Cayre, femme de lettres contemporaine et
décédée en 2011. Les jours de l’AventDans ces textes et nouvelles, sous des fi gures et des noms diff érents,
n’est-ce pas chaque fois Anne Cayre enfant, la fi lle ‘‘insubmersible’’, la
femme ‘‘intraitable’’ qui interroge son désir d’écrire, non seulement
dans la scène fondatrice du fl euve et du père dressé sur la rive, mais
plus loin en amont vers celle qui ne parlait pas encore…
Anne CAYRE est née en Égypte, au Caire, en 1945. Elle a vécu toute son
enfance à Nîmes. Sa vie professionnelle fut consacrée, passionnément, à
l’enseignement en école maternelle. Elle a publié trois romans, un recueil
de nouvelles et plusieurs livres d’artiste chez ‘‘L’Attentive’’ puis dans la
collection ‘‘Mémoires’’ d’Éric Coisel.
Elle est décédée en 2011, après avoir écrit un livre sur l’adolescence
et la féminité dont elle avait longtemps diff éré le projet : J’irais les yeux
fermés aux éditions L’Harmattan en 2013 et La fi lle sauvage de Songy
aux éditions de L’Amourier la même année.
Préface de François Dominique
collection
ISBN : 978-2-343-09277-5 Amarante14 €
Anne C
Le musicien de Darmstadt




















© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-09277-5
EAN : 9782343092775
2





Le musicien de Darmstadt
suivi de
Récits en rêve
et
Les jours de l’Avent


























Amarante



Cette collection est consacrée aux textes de
création littéraire contemporaine francophone.

Elle accueille les œuvres de fiction
(romans et recueils de nouvelles)
ainsi que des essais littéraires
et quelques récits intimistes.








La liste des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr






4 Anne CAYRE







Le musicien de Darmstadt
suivi de
Récits en rêve
et
Les jours de l’Avent



Préface de François Dominique














DU MÊME AUTEUR


La femme au fagot, essai, Les Philadelphes, 2001
Sur le sable, poème, L’Attentive, 2001
Sur le chemin, poème, L’Attentive, 2004
La Robe rouge, nouvelles, La Renarde Rouge, 2004
Visage de Manuel, récit, Apogée, 2005
Adrien seul, roman, Apogée, 2007
J’irais les yeux fermés, roman, L’Harmattan, 2013
La fille sauvage de Songy, roman, L’Amourier, 2013
L’escalier, roman, L’Harmattan, 2015


6
Pour Hugo et Chloé

PRÉFACE

Écrire pour ne pas couler
Toute œuvre véritable retient le secret de ses
origines. Autrement dit, l’auteur dévoile en se taisant de
façon éloquente la source du désir d’écrire. J’y pensais
récemment en relisant Ada de Nabokov ; ennemi
caustique et roué de toute psychanalyse, ‘‘ L’Enchanteur ’’
nous offre dans ce chef d’œuvre une autoanalyse d’une
grande profondeur. Il y parvient par la transformation
du vécu en fiction littéraire, et non par l’ostentation
biographique ; il écrit jusqu’au point où la pure
création, touchant au mythe, dépasse sa personne et trouve
en nous le chemin du cœur.
Préparant l’édition de cet ultime ouvrage d’Anne
Cayre, composé d’une série de ‘‘nouvelles’’ posthumes,
je ressentis le besoin de revenir à La Robe rouge, publié
en 2004 par La Renarde Rouge. Je croyais bien
connaître ce recueil de nouvelles, mais la relecture me
donna un éclairage neuf sur l’ensemble de l’œuvre.
Dans le texte d’ouverture, D’une encre violette, Anne
Cayre évoque un récit de rêve abandonné, repris des
années plus tard, complété ensuite par un second texte,
comme si – à un moment donné – le rêve, le récit et
son commentaire ne devaient plus faire qu’un dans le
temps ramassé de l’écriture. Cet étrange enchâssement,
9 que la conduite d’un récit linéaire n’appelait pas a
priori, suffit à nous alerter sur l’importance de ces
pages : il s’agit d’une contraction du passé et du
présent, d’un va-et-vient entre mémoire et oubli, d’un
mouvement simultané d’attrait et de répulsion, dont la
quatrième de couverture du livre nous donne le motif :
« Tu ne peux renoncer et reviens sur les lieux. »

Il s’agit des lieux de l’enfance, mais nous pouvons
entendre par ‘‘ lieux ’’ un temps et un âge. La narratrice
a sept ans ; le rêve contient l’enfant qu’elle était, avec
son père. Je me contenterai ici de pointer quelques
phrases. Anne Cayre évoque un songe sur lequel est
greffé son récit : « Il s’en dégageait une beauté, un bonheur
tels que les jours suivants tout mon être demeura captif du rêve,
bien plus que de la réalité. Puis une nostalgie douloureuse
m’envahit comme si quelque chose en lui, bien au-delà de sa
beauté, m’appelait irrésistiblement. »
Anne Cayre se voit « dans le quartier de (son) enfance »…
« C’est moi, j’ai sept ans », mais soudain le quartier devient
un monde observé comme un panoptique ; il y a des
villes entières, des ponts, des viaducs, un paysage urbain
merveilleux qu’elle embrasse « d’un seul regard ». Puis, avec
une logique qui n’appartient qu’aux rêves, ce tableau
idyllique est traversé par un fleuve impétueux, un fleuve
dans le courant duquel la rêveuse est emportée et se laisse
porter. Elle lance à son père, dressé sur la rive du fleuve :
« Regarde, je suis insubmersible ! » Le flux de cette eau qui
s’écoule en prenant une teinte « d’argile rouge » change le
paysage urbain qui se peuple aussitôt d’arbres, de
feuillages et de « milliers d’oiseaux » qu’elle ne voit pas mais
dont elle perçoit les chants.
10 La raveuse marche le long des rues, vers de belles
demeures où un détail retient notre attention : il y a sur
les portes « des mains en cuivre aux doigts fermés en guise de
heurtoir. » Ensuite, le long des trottoirs, il y a des
bouquinistes. Chez l’un d’eux, la rêveuse trouve deux
bouquets de violettes qui ont perdu leur parfum « bien
qu’elles fussent fraîchement cueillies. »
Maintenant, dit-elle, « le bouquet de violettes à la main, il
me faut sortir du cadre du rêve (…) et revenir à la maison de
mon enfance. » Et là, derrière le magasin du père, on
apprend que réside une autre enfant nommée Violette.
Parvenus au centre du récit, nous pénétrons dans la
maison de la narratrice pour assister à cette scène :
« Tous les soirs, après la fermeture du magasin, s’accomplit le
même rituel. Mon père et moi nous installons côte à côte à la
table de la salle à manger. Plus personne ne compte, nous sommes
seuls. C’est l’heure des devoirs. » Et quand les devoirs sont
finis vient la récompense : « Le moment de la frise. » C’est
alors que la main du père tient le crayon et dessine les
motifs d’une frise qu’il colorie avec soin. Enfin,
écritelle, « trait pour trait, je répète le motif ». Chaque soir,
ajoute-t-elle, « les yeux rivés à sa main, j’attends. Quel dessin
va naître sous ses doigts ? » Et l’auteure insiste : « Chaque
soir, durant cette année-là (…) le rituel consistera à répéter sur
la page, identique, le tracé de mon père, à reproduire ses motifs, à
laisser s’imprimer en moi, frise après frise, les couleurs exaltées de
son âme. Chaque soir, sous le halo de la lampe, je serai cette
enfant fascinée qui met ses pas dans les pas de son père. Et que
son père adore. »

Alors se produit un tournant brusque dans le récit.
Le lecteur apprend que la narratrice vole de la monnaie
11

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