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Le Noyer-Seul

De
102 pages
La tempête de décembre arracha le noyer solaire à sa terre féconde. Un peu en amont, de l'autre côté du chemin, demeurait son semblable, son frère. Il échappa à la fureur du ciel, au noir fracas de ce déluge mortel. Il devint le noyer-seul, fidèle vigie de la mémoire, contemplant, hagard, l'espace vide du noyer perdu. Les calles de son écorce assombrie recueillirent les éclats de lumière épars du noyer abattu. Un jour, peut-être, le noyer-seul recouvrirait les fruits de sa jeunesse.
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LE NOYER-SEUL

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2

© L’Harmattan, 2009
5-7,ruede l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN:978-2-296-09304-1
EAN:9782296093041

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L’arbre abrite la chambre noire
denos illusions perdues.

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6

L’arbre,donné àvoir

L’arbre nous est donné àvoir.Mais nous le
regardons rarement. Nous sommesdes passants
ordinaires, passifs, de peude passion.L’absence de
l’arbre nous ferait réagir.Tardive conscience de la
beauté offerte.L’œil apprend le paysage lorsqu’il en
ressent la nécessité.Cette nécessaire curiosité peut
naître si nous nous sommes préparésdans l’intime
cabinetdenos réflexions…

…Seprépareràvoir…

Implantésdans les racinesdenos regards,lesarbres
sontdes passeursd’éternité.Liantsentrel’invisible
et levisible.Conjonctions fluides entre le fait et le
non-fait.Cequenous voyonsd’eux,leur surface
verticale,tronc, branchesetfeuilles,restetoujours
unevraiemerveille.Cettevieondulante,quifrémit,
selaisse contempler interminablement,sans
perceptiondelassitude.Ilya danscetteverticale
boisée,une force authentiquenourrie deséléments
ducosmos.

Racinesen terre et racinesen l’aircomme autantde
branches irriguéesdesève.Quand explosent les
feuilleset lesfruits,l’airalentour se change en
printempset se charge desenteurs sauvages.

L’arbreinspire,l’arbre expire :nousvivons.

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Lucrèce
Voisdonc dansce grand êtreunesorte de fleuve.

Unfleuve?

Tityre

Lucrèce
Unfleuvetout vivantdequi les sources plongent
dans lamasseobscure delaterrelescheminsde
leur soifmystérieuse.C’est une hydre,ôTityre, aux
prisesaveclaroche, et quicroîtet se divisepour
l’étreindre; quideplusen plusfine,muepar
l’humide,s’échevèlepourboirelamoindreprésence
del’eauimprégnant lanuit massiveoù se dissolvent
touteschoses qui vécurent.Il n’estbête hideuse de
lamer plusavide et plus multipleque cettetouffe de
racines, aveuglémentcertainesdeprogrès vers la
profondeuret leshumeursdelaterre.Maiscet
avantageprocède,irrésistible, avecunelenteur qui
le fait implacable commeletemps.Dans l’empire
des morts, des taupesetdes vers,l’œuvre del’arbre
insèreles puissancesd’une étrangevolonté
souterraine.

PaulValéry, Dialogue del’arbre

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10

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