Le Roman de la Rose

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Le Roman de la RoseGuillaume de Lorris et Jean de Meungvers 1230 - 1280première partie de Guillaume de Lorris (4 058 vers)seconde partie de Jean de Meung (18 000 vers)Le Roman de la Rose (Guillaume de Lorris)Le Roman de la RoseGuillaume de LorrisÉdition de Clément Marot, 1529Le Roman de la Rose de Guillaume de LorrisTable des Matières • Cy est le rommant de la rose... • Hayne • Félonnie • Villenie • Couvoytise • Avarice • Envie • Tristesse • Vieillesse • Papelardie • Povreté • S'ensuyt l'Acteur • Comment Oyseuse ouvrit la porte a l'Amant. et puis s'en déporte • Comment l'Amant parle a Oyseuse ; Qui luy fut assez gracieuse. • Ci parle l'Acteur sans frivolle... • Comment le dieu d'Amours suyvant... • Comment Narcisus se mira ... • Comment Amour au beau jardin... • Comment Amours sans plus attendre... • Comment apres ce beau langaige... • Amours parle a l'Amant • L'Amant respond a Amours • Amours a l'Amant • Comment Amours tresbien et souef... • L'Amant parle • Amours a l'Amant • L'Amant parle a Amours • Amour respond a l'Amant • L'Amant • Comment le dieu d'Amours enseigne... • L'Amant parle a Amours • Amours parle a l'Amant • Comment l'Amant dit cy qu'Amours... • Comment Bel Acueil humblement... • Bel Acueil parle à l'Amant • L'Amant respond • Bel Acueil a l'Amant • L'Amant • Bel Acueil a l'Amant • L'Acteur • Dangier a Bel Acueil • Comment Dangier villainement... • L'Amant a ...
Publié le : jeudi 19 mai 2011
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Le Roman de la RoseGuillaume de Lorris et Jean de Meungvers 1230 - 1280première partie de Guillaume de Lorris (4 058 vers)seconde partie de Jean de Meung (18 000 vers)Le Roman de la Rose (Guillaume de Lorris)Le Roman de la RoseGuillaume de LorrisÉdition de Clément Marot, 1529Le Roman de la Rose de Guillaume de LorrisTable des Matières  • Cy est le rommant de la rose...  • Hayne  • Félonnie  • Villenie  • Couvoytise  • Avarice  • Envie  • Tristesse  • Vieillesse  • Papelardie  • Povreté  • S'ensuyt l'Acteur  • Comment Oyseuse ouvrit la porte a l'Amant. et puis s'en déporte  • Comment l'Amant parle a Oyseuse ; Qui luy fut assez gracieuse.  • Ci parle l'Acteur sans frivolle...  • Comment le dieu d'Amours suyvant...  • Comment Narcisus se mira ...  • Comment Amour au beau jardin...  • Comment Amours sans plus attendre...  • Comment apres ce beau langaige...  • Amours parle a l'Amant  • L'Amant respond a Amours  • Amours a l'Amant  • Comment Amours tresbien et souef...  • L'Amant parle  • Amours a l'Amant  • L'Amant parle a Amours  • Amour respond a l'Amant  • L'Amant  • Comment le dieu d'Amours enseigne...  • L'Amant parle a Amours  • Amours parle a l'Amant  • Comment l'Amant dit cy qu'Amours...  • Comment Bel Acueil humblement...  • Bel Acueil parle à l'Amant  • L'Amant respond  • Bel Acueil a l'Amant  • L'Amant  • Bel Acueil a l'Amant  • L'Acteur  • Dangier a Bel Acueil  • Comment Dangier villainement...  • L'Amant a part soy  • Comment Raison de Dieu aymée...  • Raison a l'Amant
  • Cy respond l'Amant par rebours...  • Comment par le conseil d'Amours...  • Comment Amys moult doulcement...  • L'Amant  • Comment l'Amant vint a Dangier...  • Dangier a l'Amant  • L'Amant  • Amys a l'Amant  • L'Amant  • Comment Pitié avec Franchise...  • Franchise a Dangier  • Pitié a Dangier  • Dangier a Franchise et Pitié  • L'Acteur  • Franchise a Bel Acueil  • Bel Acueil aux deux dames  • L'Amant  • Comment Bel Acueil doulcement...  • Bel Acueil escondit l'Amant  • L'Amant  • Vénus a Bel Acueil  • Comme l'ardant brandon Vénus...  • Comment par la voix Male Bouche...  • L'Amant  • Honte parlant a Jalousie  • Jalousie parle a Honte  • L'Acteur  • Paour parle a Honte  • Comment Honte et Paour aussi...  • Honte a Dangier  • Paour a Dangier  • L'Acteur  • Dangier  • L'Amant  • Comment par envieux atour...  • L'AmantCy est le rommant de la rose...Cy est le rommant de la roseou tout l'art d'amour est encloseMaintes gens vont disant que songesNe sont que fables et mensongesMais on peult tel songe songerQui pourtant n'est pas mensongerAins est apres bien apparentSi en puis trouver pour garantMacrobe ung aucteur treaffableQui ne tient pas songes a fableAincoys escript la visionLaquelle advint a ScipionQuiconques cuyde ne qui dieQue ce soit une musardieDe croire qu'aucun songe advienneQui vouldra pour fol si m'en tienneCar quant a moy j'ay confianceQue songe soit signifianceDes biens aux gens et des ennuytzLa raison, on songe par nuytzMoult de choses couvertementQu'on voit apres appertement.Sur le vingtiesme an de mon eageAu point qu'amours prent le peageDes jeunes gens, coucher m'alloyeUne nuyt comme je souloyeEt de fait dormir me convintEn dormant ung songe m'advintQui fort beau fut a adviserComme vous orrez deviserCar en advisant moult me pleutEt oncques riens au songe n'eutQui du tout advenu ne soitComme le songe recensoit.Lequel vueil en rime déduirePour plus a plaisir vous induireAmour m'en prie et le commandeEt si d'adventure on demandeComment je vueil que ce rommantSoit appellé, sache l'amantQue c'est le Rommant de la roseOu l'art d'amour est toute encloseLa matiere est belle et louableDieu doint qu'elle soit aggréableA celle pour qui j'ay empris
C'est une dame de hault prisQui tant est digne d'estre ayméeQu'elle doit rose estre clamée.Advis m'estoit a celle foysBien y a cinq ans et six moysQue je songeoye au moys de mayAu temps amoureux sans esmoyAu temps que tout rit et s'esgayeQu'on ne voit ny buysson ne hayeQui en may parer ne se vueilleEt couvrir de nouvelle fueilleLes boys recouvrent leur verdureQui sont secz tant que l'yver dureTerre mesme fiere se sentPour la rosée qui descendEt oublie la povretéOu elle a tout l'yver esté.En effect si gaye se treuveQu'elle veult avoir robe neufveEt scait si coincte robe faireQue de couleurs a mainte paireD'herbes et fleurs rouges et persesEt de maintes couleurs diversesEst la robe que je deviseParquoy la terre mieulx se prise.Les oyseletz qui se sont teuzDurant que les grans froitz ont euzPour le fort temps d'ivers nuysibleSont si aysés au temps paisibleDe may qu'ilz monstrent en chantantQu'en leurs cueurs a de joye tantQu'il leur convient chanter par force.Le rossignol adonc s'efforceDe chanter menant doulce ncyseLors s'esvertue et se degoyseLe papegault et la calendreSi convient jeunes gens entendreA estre gays et amoureuxPour le beau printemps vigoureux.Dur est qui n'ayme d'amour francheQuant il oyt chanter sur la brancheAux oyseaux les chans gracieulxEn celluy temps délicieuxOu toute rien d'aymer s'esjoye.Par une nuyt que je songeoyeMe sembla dormant fermementQu'il estoit matin proprementDe mon lict tantost me levayMe vesty et mes mains lavayTiray une esguille d'argentD'ung aiguiller mignon et gentEt voullant l'esguille enfillerHors de ville euz désir d'allerPour ouyr des oyseaulx les sonsQui or chantoyent par les buyssons.En ycelle saison nouvelleCousant mes manches a videlleM'en allay tout seul esbatantEt les oysillons escoutantQui de bien chanter s'efforcoientPar les jardins qui fleurissoientJoly et gay plain de lyesse.Vers une riviere m'adresseQue j'ouy pres d'illecques bruyreCar plus beau lieu pour me déduyreNe vy que sur ceste riviere.D'ung petit mont d'illec derriereDescendoit l'eau courant et roydeFresche bruyant et aussi froideComme puys ou comme fontaineSi creuse n'estoit pas que SeineMais elle estoit plus espandueJamais veue ny entendueJe n'avoye ceste eau qui couloitParquoy mon oeil ne se sauloitDe regarder le lieu plaisantDe ceste eau claire et reluysant.J'eu lors mon visaige lavéSi vy bien couvert et pavéTout le fons de l'eau de gravelleEt la prairie grande et belleAu pied de cestuy mont batoitClaire, serie et belle estoitLa matinée, et tempéréeLors m'en allay parmi la prée
Tout contre val esbanoyantCe beau rivaige costoyantQuant fuz ung peu avant alléJe vy ung verger long et léEnclos d'ung hault mur richementDehors entaillé vivementA maintes riches empoincturesLes ymaiges et les paincturesDu mur partout je remirayParquoy voulentiers vous dirayD'icelle la forme et semblanceAinsi que j'en ay remembrance.enyaHAu meillieu Haine se remyreQui par Faulx Rapportz et par YreSembloit bien estre mouveresseDe noyses aussi tanceresseEt bien ressembloit ceste ymaigeFemme de tresmauvais couraigeD'habitz n'estoit pas bien aornéeNe d'acoustremens ordonnéeLe visaige avoit tout froncéLe nez large, et l'oeil enfoncéFlestrye estoit et enroilléeEt par la teste entortilléeHydeusement d'une touailleDe tres orde et villaine tailleFélonnieUne autre ymage mal rassiseEt fiere a veoir, y eut assisePres de Haine à senestre d'elleSur la teste son nom rebelleVy escript c'estoit FélonnieEt d'icelles pas je ne nyeQue bien ne fust a sa droicturePourtraicte selon sa natureCar félonnement estoit faicteEt sembloit collere et deffaicteVillenieL'autre ymaige apres FélonnieEstoit nommée VillenieSeant pres de Haine sur destreEt estoit presque de tel estreQue les deux et de tel factureBien sembla faulce créatureMesdisante et trop courageuseAinsi que une femme oultrageuseBrief bien scavoit paindre et pourtraireCil qui tel ymage sceut faireCar bien sembloit chose vilaineDe despit et d'ordure plaineEt femme qui bien peut scavoitHonnorer ce qu'elle devoit.CouvoytiseApres fut paincte CouvoytiseC'est celle qui les gens attiseDe prendre et de riens ne donnerEt les grans trésors amener.C'est celle qui fait a usurePrester pour la tresgrant ardureD'avoir, conquerre et assemblerC'est celle qui semont d'emblerLes larrons plains de meschant vueilC'est grant péché, mais c'est grant dueilA la fin quant il les fault pandre.C'est celle qui fait l'autruy prendreJ'entens prendre sans achepterQui fait tricher et crocheter.C'est celle qui les desvoyeursFait tous et les faulx plaidoyeursQui maintes fois par leurs cautellesOstent aux varletz et pucellesLeurs droitz et leurs rentes escheuzCourbes, courtes et moult crocheuz
Avoit les mains icelle ymage,Bien est painct ; car tousjours enrageCouvoytise de l'autruy prendreCouvoytise ne scait entendreFors de l'autruy tout acrocherCouvoytise à l'autruy trop cher.AvariceUne autre ymage y eut assiseCoste à coste de CouvoytiseAvarice estoit appelléeOrde, salle, laide et pelléeDe toutes pars maigre et chétiveEt aussi verte comme cyve.Tant paressoit alangouréeQu'à la veoir si descoulouréeSembloit chose morte de fainQui ne vesquist fors que de painPaistry en lessive et vinaigreEt avec ce qu'elle estoit maigreElle estoit povrement vestue.Cotte avoit vieille et destrompueComme si chiens plus de treizeL'eussent tinse et si estoit raiseEt plaine de vieil maint lambeau.Pres d'elle pendoit ung manteauA une perche moult gresletteEt une robbe de brunette.Au manteau esté ou yverN'avoit penne de menu verMais d'aigneaulx veluz et pesansEt la robbe avoit bien seize ansLaquelle encore sans mentirAvarice n'osoit vestirCar sachez que moult luy pesoitQuant ceste vieille robbe usoitS'elle fust usée et mauvaiseElle en eust eu trop grant malayseEt de robbe eust eu grant affaireQuant une neufve elle eust fait faire,Avarice en sa main tenoitUne bource qu'elle espergnoitEt la nouoit si fermementQu'elle eust demouré longuementAvant que d'y mettre le poingAussi de ce n'avoit besoingCar d'y rien prendre n'eust envyeEt fust ce pour sauver sa vie.nEeivEnvie aussi je vy adoncquesQui en sa vie ne rit oncquesEt qui n'a de joye une gouteSi elle ne voit ou escouteSur quelqu'un dommaige advenirRien ne la scavoit mieulx tenirEn plaisir que mal adventure.Quant elle voit desconfitureSur quelque bon preud'homme avoirCela luy est plaisant à veoir,Et s'esjouyt en son courageQuant elle voit aucun lignageTrébucher et aller à honte,Et quant aucun a honneur montePar son sens et par sa noblesseC'est la chose qui plus la blesseCar sachez que moult luy convientAvoir du dueil, quant bien advient,Envie est de tel cruaultéQu'elle ne porte loyaultéA compaignon n'amy expresEt n'a parent tant luy soit presA qui ne soit toute ennemye.Certes elle ne vouldroit myeQu'a son propre pere vint bien,Mais sachez qu'elle achapte bienSa grant malice cherementCar elle est en si grant tourmentQuant gens de bien bonne oeuvre fontQu'a peu qu'en désespoir ne fondEt souhaite en son cueur immunde
Se venger de Dieu et du monde.Jamais ne cesse Envie infameDe mettre sus quelque diffameEt croy que s'elle congnoissoitLe plus homme de bien qui soitNe de ca mer, ne de la merSi le vouldroit elle blasmerEt s'il estoit si bien aprisQu'elle ne peust son loz et prisDu tout abatre et despriserSi vouldroit elle amenuyserPour le moins son bruyt et honneurPar son parler faulx blasonneur.A la paincture prins esgardQu'Envye avoit mauvais regardCar jamais n'alloit riens voyantFors de travers en bourgnoyant.Elle avoit ce mauvais usageQu'elle ne povoit au visagePersonne regarder a plainMais clouoit ung oeil par desdainEt toute de despit ardoitQuant aucuns qu'elle regardoitEstoient moult beaulx ou preux ou gentzOu prisez et aymez des gens.TristessePres d'Envye estoit paincte aussiTristesse plaine de soucyQui bien monstroit par sa couleurQu'elle avoit au cueur grant douleurEt sembloit avoir la jauniceBien estoit pres d'elle avariceQuant à palleur et maigretéCar le dueil en elle arrestéEt la pesanteur des ennuysQu'elle portoit et jour et nuytzL'avoient faicte ainsi fort jaunirEt palle et maigre devenirOncques vivans en tel martireNe fut, ne porta si grant yreComme il apparoissoit qu'elle eust.Je croy qu'onq homme ne luy pleustNe fist chose qui luy peust plaireEt si ne se vouloit retraireNy a personne conforterDu dueil que luy failloit porter.Trop avoit son cueur courroucéEt son dueil profond commencéDont bien sembloit estre dolenteCar elle n'avoit esté lenteD'esgratigner sa face toute.Sa robe aussi ne prisa gouteEn maintz lieux l'avoir dessiréeComme femme d'angoisse yrée.Ses cheveulx tous destrecez furentEt sur son doz ca et la cheurentCar tous desrompus les avoitDu courroux qu'elle concevoitEt si sachez certainementQu'elle plouroit moult tendrement.Homme tant soit dur ne la veistA qui grande pitié ne feistElle se rompoit et batoitEt ses poingz ensemble hurtoit.Brief la dolente et la chétiveMoult fut a dueil faire ententiveEt ne cherchoit a s'esjouyrA dancer ou chansons ouyrCar qui le cueur a bien dolentN'a pour vray désir ne talentDe rire dancer ou baiserEt ne scauroit tant s'appaiserQu'avecques dueil sceust joye faireCar dueil est a joye contraire.VieillesseApres fut Vieillesse pourtraicteQui estoit bien ung pied retraicteDe la forme dont souloit estreA grant peine se povoit paistre
Tant estoit vieille et radotéeSa beaulté fut toute gastéeEt si vieille estoit devenueQu'elle avoit la teste chenueToute blanche et toute florie,Pas n'eust esté grande mourieSi morte fust ne grant péchéCar tout son corps estoit séchéPour longueur de temps et vieil eage.Tout flaistry estoit son visaigeJadis plain et tenu tant cherEt aux mains n'avoit point de chair.Les oreilles avoit moussuesAussi les dentz toutes perduesParquoy n'eust sceu mascher qu'à peine.De vieillesse estoit si fort pleineQue cheminé n'eust la montanceDe quatre toyses sans potanceLe temps qui s'en va nuyt et jourSans repos prendre et sans séjourEt qui de nous se part et embleSi secrettement qu'il nous sembleQue maintenant soit en ung poinctEt il ne s'i arreste pointAins ne fine d'oultre passerSi tost que ne scauriez penserQuel temps il est présentementCar avant que le pensementFut finy, si bien y pensezTroys temps seroient desja passezLe temps qui ne peult séjournerAins va tousjours sans retournerComme l'eau qui s'avalle touteEt contremont n'en revient gouteLe temps contre qui rien ne dureNe fer ne chose tant soit dureCar le temps tout gaste et tout mangeLe temps qui toutes choses changeQui tout fait croistre et tout mourirEt tout user et tout pourrir.Le temps qui envieillist noz peresQui vieillist povres et prosperesEt par lequel tous vieillironsOu par mort jeunes périronsLe temps par qui sera faillyeMer, terre, et gens avoir vieillieCelle que je dy de tel sorteQue moins sembloit vive que morteDe s'ayder n'avoit plus puissanceMais retournoit en enfanceCar foyble avoit corps et cerveauComme ung enfant né de nouveau.Toutesfoys ainsi que je sensElle fust saige et de grant sensQuant elle estoit en son droit aageMais elle n'estoit plus si saigeAins rassotoit, et enserréeEstoit d'une chappe fourréeDont elle avoit, j'en suis recorsAffublé et vestu son corpsAffin d 'estre plus chauldementMorte de froit fust autrementCar tousjours subjectz a froidureSont vieilles gens c'est leur nature.PapelardieUne autre apres estoit escripteQui bien sembloit estre ypocritePapelardie est appelléeC'est celle qui en receléeQuant on ne s'en peult prendre gardeD'aucun mal faire ne se tardeEt fait dehors la marmyteuseAyant face palle et piteuseComme une simple créatureMais il n'y a mal adventureQu'elle ne pense en son couraigeMoult bien luy ressembloit l'ymaigePaincte et pourtraicte a sa semblanceQui fut de simple contenanceElle fust chaussée et vestueTout ainsi que femme rendueEn sa main ung psaultier tenoit
Et saichez que moult se penoitDe faire a Dieu prieres sainctesEt d'appeler et sainctz et fainctesGaye n'estoit, mais bien chétiveEt par semblant fort ententiveDu tout a bonnes oeuvres faireAussi avoit vestu la haireDe peur qu'elle ne devint grasseEt de jeusner estoit si lasseQu'elle avoit coulleur palle et morteA elle et aux siens est la porteDu ciel fermée sans mercyCar telles gens se font ainsiAmaigrir se dit l'EvangillePour avoir loz parmy la villeEt pour ung peu de gloire vaineQui hors d'avecques Dieu les maine.PovretéPourtraicte fut tout au dernierPovreté qui ung seul denierN'eust pas si elle se deust pendreTant sceust elle sa robe vendreNue estoit quasi comme ung verEt s'il eust fait ung peu d'iverJe croy qu'el fust morte de froit.Elle avoit vieil sac estroictTout plain de pieces et de crotesEt pour toutes robes et cottesN'eust autre chose a affublerSi eust bon loysir de tremblerCar des gens fut ung peu loignetEt comme un chien a ung coignetSe cachoyt et accropissoytAussi Povreté ou que soitTousjours est honteuse et despiteOr puisse estre l'heure mauldicteQu'oncques povre homme fut conceuEntre gens ne sera receuNe bien vestu, ne bien chausséAymé, chéry, ny exaulcé.S'ensuyt l'ActeurLes ymaiges qu'ay adviséComme je vous ay deviséFurent en or et en azurDe toutes pars painctes au murHault fut le mur et tout carréSi en estoit clos et barréEn lieu de haye ung beau vergerSi bien assis pour abrégerQu'on ne le pourroit dire a droitQui dedans mener me vouldroitOu par eschelle ou par degréJe luy en sceusse moult de gréCar oncq homme ne fut conduictA telle joye et tel déduictComme a celle de ce vergerCe beau lieu d'oyseaulx hébergerN'estoit ne desdaigneulx ne chicheMais ne fut oncque lieu si richeD'arbres et d'oysillons chantansCar par les buyssons bien sentansY en eut trois foys plus qu'en FranceEt tant fut belle l'accordanceDe leur musicque a escouterQu'elle povoit tout dueil osterQuant a moy si fort m'esjouyLors que si bien chanter j'ouyQue je ne prinsse pas cent livresS'il y eust passaiges delivresPour n'y entrer, et que ne veisseL'assemblée que Dieu bénisseDes oyseaulx qui leans estoientEt de gay couraige chantoientLes dances d'amours et les notesPlaisans courtoyses et mignotes.Quant j'ouy ces oyseaux chanterJe me prins fort a guementerPar quel art et par quel enginJe pourroye entrer au jardin
Mais je ne povoys bien scavoirPar ou entrée y peusse avoirEt saichez que je ne scavoyeS'il y avoit pertuys ny voyeNe lieu par ou l'on y entrastEt homme qui me le monstrastN'estoit illec, car seul j'estoyeEt d'ennuy maint souspir jectoyeTant qu'au dernier il me souvintQue impossible estoit qu il advintQu'en ung si beau verger n'eust huysOu eschelle, ou quelque pertuysLors m'en allay a grant alleureEnvironnant la compasseureEt le grant tour du mur carréTant que ung huys bien clos et barréTrouvay fort petit et estroitEt par ailleurs on n'y entroitSi commencay a y férirSans d'autre entrée m'enquérir.Comment Oyseuse ouvrit la porte a l'Amant. et puis s'en déporteAssez y frappay et boutayEt par maintes foys escoutaySi j'orroys gens parler ensembleLe guichet qui estoit de trembleMouvoit, adonc une pucelleQui estoit assez gente et belleCheveulx eut bloncz comme ung bassinLa chair plus tendre qu'ung poussinFront reluysant, sourcilz voultizLarge entroeil, et les piedz petisTétin poingnant blanc de natureEt le nez bien fait a droicteureComme ung faulcon les yeulx eut versJectans oeillades de traversLa face blanche et coulouréeL'alaine doulce et savouréeLa bouche petite et grossetteEt au menton une fossetteD'espaules eut belle croysureEt le col de bonne mesureSans aucune bube ne tache.Brief en ce monde je ne sacheFemme qui si beau col portastPolly sembloit et souef au tastEt la gorge avoit aussi blancheComme la neige sur la brancheQuant il a freschement neigéLe corps eut droit, gent et dougéEt ne falloit ja sur la terreUng plus beau corps de femme querreD'orfaverie eut ung chappeauProprement fait, mignon, et beauEt plus riche a bien le priserQue le scauroie deviser.Sur ce chappeau d'orfaveriesEn eut ung de roses fleuriesEt en sa main ung mirouerSi eut d'ung riche tressouer.Son chef tressé estroictementD'ung las de soye coinctementLassoit en deux endroictz ses manchesEt pour preserver ses mains blanchesDu halle en chascune eut ung gant.Sa cotte fust d'ung vert de gantA broderie tout entourEt bien sembloit a son atourQu'a besongner peu se mectoitCar quant bien pignée elle estoitBien parée, et bien attournéeElle avoit faicte sa journéeEt avoit si bon temps aussiQu'elle n'avoit soing ne soucyDe rien qui soit, fors seullementDe soy acoustrer noblement.Quant la belle ainsi acoustréeDu verger m'eust ouvert l'entréeJe l'en merciay humblementEt si luy demanday commentAvoit nom, et qui estoit elle,Elle ne fut vers moy rebelleNe de respondre desdaigneuse.
Je me fais appeller OyseuseDit elle, a chascun qui me hante,Riche femme suis et puissanteEt d'une chose ay fort bon tempsCar a riens du monde n'entensQu'à me jouer et soullasserEt mon chef pigner, et tresser,Privée suis, jollye et coincteEt de Déduict tousjours m 'acoincte,C'est cil a qui est ce jardinQui du pays alexandrinFeit cy les arbres apporterQu'il feist par le jardin planter.Puis quant chascun arbre fut creuDéduit qui n'est mie recreuFeit tout autour ce hault mur faireEt si feit au dehors pourtraireLes ymaiges qui y sont joinctesQui ne sont ne belles ny coinctesMais laydes et traystes a veoirComme avez peu appercevoir.Maintesfois pour s 'esbanoyerSe vient en ce lieu umbroyerDéduit et les gens qui le suiventQui en soulas et joye vivent.Encor est il leans sans doubteLa ou il entend et escouteChanter les doulx rossignolletzMauvis et aultres oyselletz,Illec se joue et se soulaceAvec ses gens, car telle placeAu monde ne scauroit trouverPour tout passe temps esprouverEt maintiendray en toute voyeQue les plus belles gens qu'on voyeSont les compaignons que DéduitAvecques luy maine et conduict.Comment l'Amant parle a Oyseuse ; Qui luy fut assez gracieuse.Quant Oyseuse m'eut tout comptéEt j'euz bien son compte escoutéJe luy dy adoncq, dame OyseuseCroyez sans en estre doubteusePuis qu'ores Déduit et ses gensSont icy tant jolys et gentzJe feray tant que l'assembléeDe moy ne sera pas embléeQui ne la voye ains qu'il soit nuictSi ma personne ne vous nuict.Veoir la me fault, c'est mon vouloirCar mieulx n'en pourray que valloir.Lors entray au jardin tout vertPar l'huys qu'Oyseuse m'a ouvertEt quant par dedans je le vyJe fuz de joye si ravyQue pour tout vray je cuidoye estreVenu en Paradis terrestre.Tant estoit beau ce lieu ramaigeQue bien sembloit divin ouvraigeCar comme il me sembla de faictEn aucun Paradis ne faictSi bon estre comme il faisoitAu verger qui tant me plaisoit.D'oyseaulx chantans y eut assezPar tout le jardin amassez,En ung lieu avoit estourneaulxE :n l'autre malars et moyneaulxPinsons, pyvers, merles, mesangesQui ne sembloient oyseaulx, mais angesBrief homme n'en vit oncques tant,La estoit le geay caquetantLe verdier s'y esjouyssoitLa tourterelle y gémissoitEt y desgorgeoit la linoteLe chant que nature luy note.En autre lieu vy amasséesForce kalandes, qui lasséesFurent de chanter aux enuisCar les rossignolz et mauvisSceurent si haultement chanterQu'ilz vindrent a les surmonter.Ailleurs aussi sont papegaulxEn chantz et plumes non égaulx
Qui par ces vertz boys ou ilz hantentIncessamment sifflent et chantent,Mais par sus tous oyseaulx beccusSe firent ouyr les cocusQui en plus grant nombre se y trouventCar au jardin d'Amours se couvent.Bien fut leur chappelle fournieEt plaine de grant armonieCar leur chant estoit gracieulxComme une voix venant des cieulx.Or pensez si de m'esjouyrJ'avoys raison d'ainsi ouyrA mon gré la plus grant doulceurQu'on ouyt oncques, pour tout seurTant estoit ce chant doulx et beauQu'il ne sembloit pas chant d'oyseauMais le povoit l'on estimerUng chant de seraines de merQui prindrent ce nom de serainesDe leur voix series et sainesDont en mer endorment souventCeulx qui mettent voyles au vent.A chanter furent ententisLes oysillons qui aprentisNe furent pas, ne non saichans,Et saichez quant j'ouy leurs chantzEt je vy tant beau et pourprisA esmerveiller je me prisCar encor n'avoys esté oncquesSi gay, que je devins adoncquesTant pour la grande nouveaultéDe ce lieu, que pour sa beaulté.Alors congneuz je bien et vyQu'Oyseuse m'avoit bien servyDe m'avoir en tel Déduit misEt bien me tins de ses amysPuis qu'elle m'avoit defferméLe guichet du verger ramé.Or maintenant vous en dirayPlus avant, et vous descripvrayPremier dequoy Déduit servoitEt quelle compaignie avoit.Sans longue fable vous vueil direPuis du verger tout d'une tireRéciteray ce qu'il me semble,Je ne puis dire tout ensembleMais je le compteray par ordreQue l'on n'y saiche que remordre.Beau service doulx et plaisantChascun oyseau alloit faisantEn chant et musique ramaigeRendant au dieu d'Amours hommaigeLes cleres voyes diminuerentLes moyennes continuerentEt les grosses bien entonnoient.Brief tant de plaisir me donnoientQue impossible est que mélodieTelle je vous desmesle ou die.Mais quant j'euz escouté ung peuLes oyseaulx, tenir ne me peuQue Déduit je n'allasse veoir,Car moult désiroys de scavoirSa facon de faire et son estreSi m'en allay tout droit a dextrePar une bien petite senteBordée de fanoul et menteEt la aupres trouvay DéduitEn lieu secret qui bien luy duit.Lors entray ou Déduit estoitLequel illecques s'esbatoitAvec une si belle bandeQue je feuz en merveille grandeComment Dieu en terre assembloitSi belles gens, car il sembloitQue fussent anges empennezDe telz n'en sont au monde nez.Ci parle l'Acteur sans frivolle...Ci parle l'Acteur sans frivollede Déduit et de sa karolleCes gens dancerent aux chansonsQui n'eurent laitz ne meschans sonsCar une dame les chantoit
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