Le Royaume des Évidences

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Le royaume des Évidences restitue en séquences saccadées le parcours d'une vie vouée à l'écriture. Son scripteur n'est pas le grand prêtre d'une langue sacrée mais un passager de galère qui use sans vergogne, pour maintenir son équilibre, de tous les moyens du bord. Entre sincérité naïve et tragique ironie, une corde de mots où se tend, où va le funambule, sous le soleil, seule lumière irrécusable.
Publié le : vendredi 7 août 2015
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EAN13 : 9782336387758
Nombre de pages : 234
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André Sandral
Le Royaume des Évidences
Le Royaume des Évidences restitue en séquences saccadées le
parcours d’une vie vouée à l’écriture. Le Royaume des Évidences
Son scripteur n’est pas le grand prêtre d’une langue sacrée
mais un passager de galère qui use sans vergogne, pour
Poèmes et chansonsmaintenir son équilibre, de tous les moyens du bord.
sans tambours ni trompettes
À feur de vie et de langage, il s’eforce de retrouver quelques
sertis dans des proses minimesvérités censurées comme étant « premières », donc banales.
S’égare-t-il, se trompe-t-il parfois ? Sans doute !
Entre sincérité naïve et tragique ironie, une corde de mots
se tend, où va le funambule, sous le soleil, seule lumière
irrécusable.
André Sandral, par ailleurs romancier
impénitent, s’inscrit dans le droit fl d’une
poésie narrative qui, tantôt libre tantôt
rimée, toujours rythmée, dans tous les cas
écrite pour être dite, se détourne de toute
tentation d’hermétisme et rêve de rouvrir le
lyrisme à ceux qui ne s’expriment pas.
Portrait de l’auteur crayonné par J. Paldacci.
Illustration de couverture de l’auteur.
ISBN : 978-2-343-06813-8 Poésie(s)
22 €
André Sandral
Le Royaume des Évidences








LE ROYAUME DES ÉVIDENCES © L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06813-8
EAN : 9782343068138 André SANDRAL





Le Royaume des Évidences



Poèmes et chansons
sans tambours ni trompettes
sertis dans des proses minimes























L’HARMATTAN Dumêmeauteur:
Ladescentedel'arbre(roman),L'Harmattan2012
Chroniquesfœtales(récittératologique),L'H
Unedrôledecitoyenne(romanhistorique),L'Harmattan2O13
Aquoijouez-vous?(romand'initiation),L'Harmattan2014
LesvéritésdeMalvina(roman),L'H
Souslenomd'André-LouisRouquier:
Leslieuxcommuns(roman),LeSeuil1969
Leclairdutemps(roman),Denoël/MauriceNadeau1975
Pourl'amourdel'art(nouvelle),dansLeProvençal
BourseGoncourtdelanouvelle1977
Lecinquièmesoleil(roman),coécritavecJ.D.Baltassat
PressesdelaRenaissance1983
Lesfrontièresnaturelles(roman),L'Aire/ActesSud1983
Anglesvifs(nouvelles),EditionsGrandir1986
Awa(roman),ActesSud1989
Lesentierdelaguerre(roman),ActesSud1990
Lapeurdunoir(roman),ActesSud1995
Lanuitdel'oubli(roman),ActesSud1997
Lesmauvaisjeux(roman),Amalthée2008
Leprixdelapeau(roman),Librécrit2OO8
Nouvellesparuesdans:
LeFouparle
Orion
Pointdefuite
Nouvellesnouvellespour Annie
Ma muse m'arde ou bien m'amuse
tandis que je musarde et m'use… "Les poèmes sont des bouts d'existence
incorruptible que nous lançons à la gueule
répugnante de la mort"
René Char
(La parole en archipel)
"Sans le poète lombric et l'air qu'il lui apporte
le monde étoufferait sous les paroles mortes"
Jacques Roubaud
( Les animaux de tout le monde) Toute vie, comme un coup de dés, signe un hasard neuf, inconnu.


Venue au monde


Néant Nuit
on ne sait
Pas l'ombre d'un monde
d'une âme
Nullité de l'instant
et de l'éternité
Négation même du silence
Machine viscérale usinée dans le noir
Un cœur qui bat du temps qui ne comptera pas

Après les eaux lâchées
vent du ventre vers le grand large

Oui encore un effort madame

Tête en bas
le reste suivra

Alors surgit le personnage
et son nom de guerre est
Hasard


En effet, sa venue n'a aucune nécessité.
Cela dit, une foutue chance, non ?






11En fait, déjà toute une histoire, dont Hasard ne sait rien quoiqu'il
en porte mille traces.
Cinérama
Le film a déjà commencé ?
Pardon excusez-moi merci
On marche à tâtons dans le noir
Où suis-je ? Qui fait quoi ?
Est-ce ainsi que les choses vont ?
Non ça n'est vraiment pas mon style
rien à fiche de tout ce cirque
Il n'y en a pas d'autre ? Dommage !
On ne reste que pour savoir la suite
dans l'espoir qu'elle sera meilleure
on s'identifie aux acteurs
l'intrigue originelle
joue de tous ses ressorts masqués
et le simple désir de vivre
crée des horizons
qui ont l'air neuf
La vie
cinéma permanent
Si persistent quelques mystères, il n'y a pas d'énigme à résoudre.
12Hasard apprend qu'il est la somme de hasards qui s'ignoraient les uns
les autres, brusquement rencontrés, cristallisés en lui.


Robinsonnade

Le voici donc
Hasard
planté en terre ferme
au milieu des mers
sous le ciel
Et les trois s'assemblent soudain
pour cet être surgi du rien
délié d'hier et de demain
pauvre petit dieu misérable
qui n'est là que pour s'en aller
emporté par terre-ciel-mer
dans une ronde fabuleuse


Sur son berceau deux fées jumelles, Imagination et Mémoire…


Les clés de l'espace et du temps ?

Elles n'existent pas
Le monde est grand ouvert
à celui qui tombe dedans
sans savoir d'où il vient ni où il va
seulement programmé pour vivre et pour mourir

Oui c'est aussi bête que ça


Les suites sont aléatoires et cependant très prévisibles car les autres
sont là pour dicter le parcours à suivre.

13
Seule issue de secours, la poésie ? "Mettre en musique" ce qu'on sent,
ce qu'on pense ?

Etat des lieux

Oh ne me dites pas
je vous en prie
que la France n'a pas d'oreille
à prêter à la poésie

Je l'ai compris
bon sang
de source enfantine très sûre

Et tous les poètes le savent qui à force de s'écouter
ont autour d'eux tissé leur propre camisole


Quoique exemplaire unique, Hasard, aussi bien que quiconque,
incarne son espèce.
Comment ne serait-il instable ?


A quinze ans, il a spontanément écrit :

Les longs crépuscules fulgurent
vains éclairs d'un monde mourant…
et aussi :

Je ne vivrai jamais les rêves
qui emplissaient mon cœur enfant…
et encore :

Ah que j'ai-je chanté ainsi que les herbes les arbres…

Rimbaud n'était pas loin mais il n'était pas là.
14La mémoire est un tableau noir que le chiffon du temps efface.
Mais restent mille images gravées dans la tête de bois.

Autarcie impossible

Oublieux du fœtus préhistorique
l'enfant cultive à l'aventure
le lopin de cervelle
dont il est né propriétaire

Sa langue est une feuille vive
où viennent se poser
tous les mots oubliés
qui savent adoucir les dogues
et qui ne se chuchotent pas

Puis en gambadant il traverse
sa période néolithique

Bientôt l'école féodale
le boucle dans son moyen-âge

Par bonheur
la trame du temps
se ménage des déchirures
où s'abolit toute logique apprise
et ressurgit
l'état sauvage

L'âge bête est celui de sa Révolution

Sa matière grise fleurit
de pavots qu'il fume gaiement

Hélas
le temps s'inscrit de la production à la chaîne

15Malheureux ?
Non il ne l'est pas
Le rêve le soutient d'avoir tout
tout de suite
pour en jouir seul dans son coin

Et quand il remonte au Déluge
des eaux perdues et du cordon coupé
le petit d'homme
(et de femme non moins)
ne se rappelle même pas
que laissé à lui-même
il serait mort de faim de soif
de non amour

Mais pourquoi dirait-il merci ?

Ainsi va donc la vie
en prose

*
















16La poésie ne tombe pas du Ciel.
Naturelle à plaisir, illégitime à volonté, elle est d'abord fille de son
Histoire.


Le poète à perruque


Des mots synchronisés aux battements du cœur
le poète à perruque adore la mesure
et bêtement la suit, en niant son usure,
tant il est convaincu d'être repris en chœur.

Par sa muse soufflé, l'antique alexandrin
l'arrache aux pesanteurs de la prose maudite
puis, en un tournemain, le propulse en orbite
poétique, seul hélas avec son crincrin,

si haut dans son azur que nul ne l'entend plus,
porté de vers en vers comme par une houle
à des milliers de pieds au-dessus de la foule
dont il prétend pourtant assurer le salut.

Le sifflement fatal de la faux fait écho
à l'infinie torpeur de l'harmonie des sphères
et, lentement piégé au rythme somnifère,
que peut-il espérer ? sauver sa vieille peau ?

Le pauvre, il périra. N'est-il pas déjà mort
vivant ? Et cependant, chaque nuit, son fantôme
revient dans mon cerveau étendre les rhizomes
de ses vers lancinants comme d'anciens remords.

*



17Formuler de la poésie, c'est s'efforcer d'incendier un lac où le monde
n'est que reflets. Tour de magie que fort peu réussissent.
Mais le plaisir de la tension est tel…
Rimer?
Rimer rimer à quoi ça rime ?
autant pousser la chansonnette !
Pourquoi aimer ce qui me brime ?
raisonnait un jeune poète
Vite versé dans le vers libre
il chanta son n'importe quoi
et ce changement de calibre
exécuté avec sang-froid
lui permit de toucher sa cible
et d'être classé bon tireur
parmi les fous de l'indicible
où il fit régner la terreur
Le public lent à l'allumage
affirmait n'y piger que couic
et précipita son naufrage
dans l'encre de sa pointe Bic
On le redécouvrit posthume !
Justicier des vieux rimailleurs
assourdis à force d'enclume
il éclairait des jours meilleurs
Comme quoi l'homme c'est le style
Peu importe ce qu'il nous dit
Foin de querelles inutiles
L'essentiel est d'être maudit
*
18Ecrire, au bout du compte, c'est brûler jusqu'au bout de soi, autant de
rire que de rage, dans une course à la chimère…

Constellation généalogique

Je naquis autrefois des nuits de Bételgeuse

Amical plus que mercenaire
je feuilletais Apollinaire
et voulais dépasser Cendrars
au-delà de Vénus et Mars

Je versifiais comme on verse
vents et marées de Saint-John Perse
admirant de loin Paul Claudel
vautré sur sa tour de Babel

Le vieux croque-mort Valéry
m'acculait au hara-kiri
Mieux valait concocter Cocteau
et jouer sur tous les tableaux

Funambule comme Crevel
mais sans me brûler la cervelle
Dadais à dada sur Tzara
on disait ça se tassera

Puis valet de pied chez Péret
le mimant là où il allait
et chauffeur nègre chez Soupault
j'ai failli y laisser ma peau

Chef chinois chez Raymond Roussel
ce qui manque plutôt de sel
Donnerais-je à André Breton
le ton en vers de mirliton ?

19Après avoir lu Max Jacob
j'ai écrit sur du papier Job
J'ai sucé jusqu'au dernier os
de ce pauvre Robert Desnos

Quelquefois Jules Supervielle
me donnait un air de sa vielle
Mais les jeux de mots de Queneau
m'ont laissé pantois et quinaud

Et je songeais à Reverdy
sûr de sûr qu'il n'a pas tout dit
Mais comment dépasser Artaud
couché tard et levé très tôt ?

J'ai prié comme Emmanuel
dans la traversée du tunnel
où j'avais écrasé Jean Jouve
dont le diable sait ce qu'il couve

La rencontre de Francis Ponge
me laissa mou comme une éponge
Et plus tard celle de Michaux
lava mon cerveau à la chaux

Lorsque j'ai croisé René Char
je m'suis dit arrête ton char
et je suis allé chez Brassens
respirer l'air de ma province

Parfois j'y rencontrais Prévert
qui toujours me remet au vert
Ou je sonnais chez Boris Vian
qui chauffait son bain à l'Evian

Grand temps d'abolir le hasard
je retourne chez Eluard
20Mais voilà je heurte Aragon
qui de tous est le parangon

Avec poéteux de mon âge
je ne suis jamais à la page
Faute de me trouver moi-même
Je ne ferai pas le trentième

Qui trop aime poètes morts
ou poètes qui vont mourir
restera poète mort-né

Ainsi soit-il

Poésie, poésie, que de bavures en ton nom ! Heureusement demeurent
quelques grands criminels.



Il y a des milliers de mots


Il y a des milliers de mots
que la poésie se refuse

Des mots d'usage quotidien

baignoire autobus casserole

Leur péché serait-il de signifier l'utile
ou pis
le nécessaire ?

*



21Rêver d'écrire ou écrire qu'on rêve ? Pile, j'écris. Face, je rêve.
Mon sujet ? En est-il un autre que le monde qu'on s'accorde à dire
"réel " ?

J'aime la feuille blanche

J'aime la feuille blanche
son vide radical
pour que soit le poème
dont j'ignore absolument tout
mais que je vais pondre pourtant
car je hais cette feuille blanche


La poésie naissante a la modestie d'une source.
Mais chaque goutte d'elle aspire à la mer, pour s'y perdre.

Tentation de l'obscurité

Sur l'échiquier le fou danse des diagonales
C'est un chasseur au pas éléphantin
qui n'attaque que par la bande
et bute sur bien des chicanes

Mais il sait provoquer la nuit
tire d'elle monts et merveilles
qui l'assurent de son génie

"Si Je est l'Autre, l'Autre n'est jamais Je"
dit-il

Car coup de cœur et coup de tête
composent les deux hémisphères
du fou lié
en poésie

*
22

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