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Le rythme des vagues

De
105 pages
Sarrouss est un jeune poète scrabbleur qui, dans Le rythme des vagues, met en parallèle un champ lexical purement africain et des annagrammes qu'il accompagne d'images fortes. Je suis jeune, donc j'arrive : ces mots se répètent tout au long du recueil, comme une lancinante interpellation, pour questionner les secousses du monde, l'Afrique, l'exil, la mémoire, le combat, la négritude, les injustices, la misère-douleur.
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Collection Paroles poétiques dirigée par Amadou Elimane Kane
L’ANORMASSEUR Bayii koo cii kinkélibabi mouy doutè
Acoria éditions, 2008 Caya Makhélé, éditeur Mail : acoriadiffusion@free.fr Site : www.acoria.net ISBN 978-2-35572-006-2
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SARROUS
Le rythme des vagues
Poésie Préface de Pierre Chartier Liminaire de Amadou Elimane Kane
AMOURS AFRICAINES
À
Ma MÈRE
Je dédie ces quel(q)ues ver(s)
Car ton fils a bientôt vingt huit ans
Bénissez-le
Languier wolof
Paix et Amour pour KHADY
PRÉFACE
Pour le poète ce sont les mots qui comptent, ce sont eux qui commencent, qui sans fin recommencent. Tournés vers nous, ils mènent la danse. On ne les arrête plus. — Mais pourquoi souhaiter les arrêter ? Ce sont eux qui nous font vivre. Voilà ce que sait et ce que dit si bien le poète. Lui, il arrive, en leur compagnie, disantje. Je suis jeune, et j’arrive. Je mène mon jeu, si ancien, toujours neuf. Je dis jeudi, et j’arrive. Il arrive. Allure inoubliable. Droit, la tête légèrement inclinée, l’œil souriant, le geste simple, noble. Le jeune homme noir arrive, il ne cesse pas d’arriver, avec tous ses mots en troupes savantes, qui sont les nôtres mais qu’il fait siens plus encore peut-être que les mots wolofs, car, pratiquant non moins depuis sa naissance ces mots du français, il les a charmés — non asservis, non humiliés, non insultés ; au contraire, il les salue, il les pare, il les choie, il les compte, il les déplie et replie, les découpe et les décou-ple, les renverse, les prend et les relance, les prie douce-ment, les maîtrise, avec une virtuosité sans faille. Il les aime. Ils ne sont pas ses serviteurs, mais ses introducteurs, ses compagnons, nos guides. C’est sa manière à lui de dire : bonjour. C’est sa manière à lui de rendre, après l’avoir rendu meilleur, ce que les fées autour de son berceau lui ont prêté et plus encore ce qu’elles n’ont pas songé à lui donner, mais qu’il a compris, deviné : don meilleur. Il rend avec largesse, avec gaieté, avec sérieux, parfois avec un cri
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retenu. Toujours si poli, humoristique sans méchanceté. Mais parfois il crie. Le lecteur mérite-t-il l’Anormasseur ? Non, sans doute, mais Lui est grand seigneur, sans morgue toutefois. Il est notre ami, avec retenue, sans restriction. Il distribue l’or à pleines mains, plus et mieux que l’or : les mots, les phrases, les paragraphes, les versets. Il donne et se dit. Il dit : je suis jeune, et j’arrive. Il dit le jeune Africain à Paris,le champion de scrabble ami des mots du français. Sans relâche, il les travaille. Dans ce recueil, bien nommé, il les rassemble, les présente, se présente « avec » eux, en eux. Il est jeune, il a tout à apprendre. À l’université, il est venu apprendre, il apprend. Mais déjà il sait ce qui compte, ou le devine, car il donne. Il y a eu Gorée. Il y a eu Paris. Leur tristesse est infi-nie, trop souvent de Paris la tristesse est infinie. C’est la nôtre. Lui, rayonne. Il y aura le retour, on sait et on ne sait quoi. Les mots viendront. Car toujours il y a les mots, qui conduisent là où on s’est efforcé de revenir, d’advenir. Appelons-les, ils viendront. Chantons-les, nous y viendrons ensemble. Je suis jeune, et j’arrive. Sachons voir et recevoir celui qui parmi nous vient avec ce que nous aurions dû et pu donner, et qu’il a su si bien recevoir, qu’il distribue dès lors avec grâce, simple et pudique, souriant et direct. Avec élé-gance et discrimination. Avec justesse et générosité. Dire merci ? Oui, bien sûr. Le regarder, l’écouter. Lui sou-rire. Le lire et avec lui chanter la plénitude insondable d’une langue, la nôtre, dont il sait nous faire le don. Merci, Ousmane Sarr.
Pierre Chartier