Le sage du quartier Yantala a mal aux dents

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Poésie née à Niamey au Niger, dans un contexte de croissance et d'exode rural. Elle évoque les petites gens de la ville, les quartiers populaires, la vie au quotidien.

Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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EAN13 : 9782296271487
Nombre de pages : 96
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Le sage du quartier Yantala a mal aux dents

Collection Encres .Noires Dirigée par Gérard Da Silva
Derniers titres parus: 70 - Albino Labaré, Dieux noirs, Dieux blancs. 72 - Philomène Bassek, La tache de sang. 73 - Jean-Jacques NkolIo, Brouillard. 74 - Amadou Titiane Wone, Lorsque la nuit se déchire. 75 - Dominique M FouiJou, Les Trois Glorieuses. 76 - Boubacar Boris Diop, Les tambours de la mémoire. 77 - Wade, Taffias! Les éventails. 78 - Bakobio Bassek, Sango Malo, le maître du canton. 78 bis - Pius Ngandu Nkashama, Des mangroves en terre haute. 79 - Abdou S. Baco, Brûlante est ma terre. 80 - Véronique Tadjo, Le royaume aveugle. 81 - Aboubacry Moussa Lam, La fièvre de la terre. 82 - El Tayeb el Mahdi, L'éphémère. 83 - Yamba Elie Ouedraogo, On a giflé la montagne. 84 - Djinadou, Mogbe ou le cri de mauvais augure. 85 - Cheick Oumar Kame, Fatoba, l'archipel mutant. 86 - Kiri Di Bangoura, La source ébène. 87 - Pius Ngandu Nkashama, Un jour de grand soleil. 88 - Ruti Amoine M., Affamez-les ils vous adoreront. 89 - Mamadousow, Les cinq nuits de Gnilane. 90 - Auguy Makey, Francopole. 91 - J ean-J acques NkolIo, La joyeuse déraison. 92 - Kabagema Mirindi, Muko ou la trahison d'un héros.

<i:> L'Harmattan,

1992

ISBN: 2-7384-1553-9

Jean-Dominique Pénel

Le sage du quartier YantaIa a mal aux dents

Poèmes

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Okolo, la Voix
pourG.Okara

Le moteur fiévreux a percé le silence et ses nappes d'une déchirure de fuel et de fumée qui signale sur le fleuve cette pirogue et son parcours d'ombres scintillantes. Toutes les terres forment des îles, toutes les pirogues sont des miettes échappées de la bouche des îles, les pirogues y poussent leurs ventres de femmes enceintes, de tambours pleins de sang. * Moteur ferraille, mâchant le fuel comme une vieille cola rabotée sous les dents et les gencives rougeâtres, moteur, enfant de fer, aux mains cambouies d'un bricoleur exhibant, en nouveau dieu de mécanique, des clés, des pinces et quelques tournevis, tous attributs de sa divinité mouvante. Moteur avec sa toux obstinée et têtue, à la limite de ses forces mais pas au-delà, juste assez fort pour sa cargaison de passagers entrelacés et comme cloués sur les lattes mourant de peur que la mort obsédée ne les viole tous d'un coup de fantasme subit et les noie.

6

*
Dans les entrailles du moteur battent ses os de fonte mais sa vie est ouverte, la danse de l'hélice a son maître caché à l'extérieur : même dedans tout est dehors car ses os sont transparents. La Voix au contraire tourne sans hélice dans les algues filandreuses du for intérieur de chacun.
Ce qui Iw.bite le for intérieur, ce qui irrite les reins, ce qui est moelle dans la moelle cela se dresse en baobab sur la savane, cela pleut sur les craquelures béantes de la te"e.

*
Moteur luttant obstinément contre l'immensité du fleuve et presque toujours y parvenant, la Voix aussi en butte avec le libre cours des opinions et des comportements quotidiens, la Voix bâillonnée, condamnée à périr par le feu ou par l'eau, persiste malgré tout, l'écho d'autres Voix rend sa mort vaine et ses bourreaux ridicules, la Voix demeure qui s'entête à dire les choses. L'homme qui boit à pleine lampées le sang du boeuf sacrifié, son ombre n'en sera ni plus épaisse ni plus fine, l'homme qui a chassé le vent par la fenêtre le retrouve à la porte, celui qui digère les baobabs et mange les collines mourra peut-être à cause d'une herbe minuscule.

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Cases

Ten-e pâle du mur et des cases avec les petites cours imbriquées les unes dans les autres.

Des chiens, des chèvres, des moutons et beaucoup d'enfants y jouent. Un ruisselet pour l'eau sale passe à travers et glisse sous la porte en tôle. Du linge sèche sur un fil. Des casseroles dorment dans un coin, de vieux matelas et des nattes attendent leur heure. On y rencontre soleil et nuit aussi bien qu'ailleurs.

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Mouton
Pas d'ordinateur, pas de computer, ni télex ni télé, ni radio, rien, que dalle, pas d'électricité, pas de groupe électrogène, ni pétrole ni bougie, rien, la bulle, la torpeur non tronquée, rien que le mouton qui dort à l'entrée de la case, rien que la mouche qui prépare un mauvais coup pour les oreilles du chien, rien que les moustiques pleins aux as après leur tournée de veines en tous genres. La case fondue au soleil, diluée dès la première pluie, burinée par le vent, effeùillée par le temps, (l'enclos, c'est l'usure, la cour pilée par l'âge et les pas) la case est couverte de rides, mais le mouton s'en fout, les grandes villes ne lui font pas peur car voici longtemps qu'il a quitté son village, il sait manger le papier des poubelles mais n'aime pas la religion dont il est la victime répétée, pour le reste, le mouton s'en fout mais il en a plein la laine des tiques qui le dévorent, des tambours qui le lorgnent drôlement, des tanneurs qui pensent à sa peau, des enfants qui le chicottent,

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