LE SANG DES SOLITUDES

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La voix poétique, forte et lyrique de Kama Sywor Kamanda dont le chant s'organise ici ,est un chant universel, continue et comme unique. Chant multimillénaire qui a pris naissance à cette époque reculée où, au cœur du berceau de l'humanité, dans cette Afrique luxuriante, secrète, mystérieuse où l'homme s'est inventé une cosmogonie où siègent des dieux impavides et a rendu grâce à cet arbre magique qui relie la terre des ancêtres du cosmos.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296290587
Nombre de pages : 139
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Kama

Sywor

KAMANDA

Le sang des solitudes
Version définitive

L'Harmattan

Le Sang des solitudes

Sous le masque

Quand l'orage pénètre violemment dans l'âme Et que ses zébrures sont nos indomptables passions, Je délivre avec amour mes rêves Des angoisses de la nuit. Ô lumières, pulsions de l'immanence, Je vous incarne! Immuables dans l'esprit dont les ardeurs Alimentent mes racines de vie, Je cultive mes plaisirs À travers vos langages monotones! L'ailleurs est mon exil ! Je dénoue mes énigmes dans la dérision, Et je refais mes années Avec l'innocence de l'enfance! Et sur ma route, le feu sacré Purifie mes vérités des histoires honteuses. Inspire-toi, ô déclencheur des désirs, De la conscience de l'amour. Au bout de l'amertume, une longue solitude Abandonne l'espérance aux approches de la mort.

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Le Sang des solitudes

Le dictateur

Pourquoi tu te cherches dans les ruines du jour? Te voici gonflé de toi-même! J'entends ta voix réduire les otages au silence! Ton visage a durci avec les spectres du pouvoir. Tu as fait naître en toi l'exorciste de nos douleurs Et le créateur de nos malheurs. L'homme intègre, tu l'as condamné à l'exil Et le poète à la mort. Mais à la fin de ton règne Fait de terreur et de cynisme, tu connaîtras Le mirage des honneurs terrestres Et l'angoisse des éphémères. Des années après des années, tu te morfondras Dans la cendre des souvenirs, L'esprit hanté par les fantômes du passé Et le corps craquelé par les fissures de l'Histoire. Le sang des tiers, ô sang des braves visionnaires, Qu'avec indifférence, tu as fait couler, Effacera ton nom àjamais Dans la mémoire du monde f Et comme ont fini tous les tyrans, Ton enfer sera l'oubli et le silence!

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Le Sang des solitudes

Le cheminement

chimérique

Viens sous l'arbre à sagesse Tisser ta parole à la mémoire des anciens; Écouter les diseurs de proverbes Décortiquer les énigmes à portée divine, Et voir le vieil homme Aux yeux brillants comme l'orage Dévider l'absurde! Tu te connaîtras toi-même! Je me glisserai derrière ton ombre curieuse, Et je partagerai tes connaissances et tes secrets.

Il

Le Sang des solitudes

Une vérité de cœur

Ma complainte n'est qu'une espérance, Soulevant les sables Qui couvrent ma profonde solitude! Pour sortir mon cœur des ravages Causés par de longs silences et des ruines Laissées par de vieilles amours, Il faudrait remuer la terre retournée Par les eaux de pluies torrentielles Pour sauver ce qui reste encore De mes racines de vie! La souffrance a tant épuisé mes forces, Qu'il me faudrait une fontaine entière Pour étancher ma soif d'aimer! Ainsi, je pourrais dans l'ouvrage des jours, Délivrer mes souvenirs de regrets Et déraciner mon âme des traces du passé! Bien qu'on oublie la douleur dans l'ivresse, L'amour est un vertige! Ô destinée! Le silence méconnaît l'emprise du temps.

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Le Sang des solitudes

Nos âmes sont des étoiles

Vois dans chaque étoile qui brille dans le ciel Un esprit de disparu! Que l'héritage de Dieu dans ta conscience Demeure la beauté de l'Univers! Ton miracle, homme, est de renaître de la mort ! Et l'ivresse de l'amour n'est rien qu'un volcan Dont les flammes sont tes propres convulsions! Qui rêve de l'immortalité fait de son sang La source originelle de l'humanité!

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Le Sang des solitudes

Le viol

Nous irons dans l'ailleurs, Violer la mémoire du temps. Nous vivrons dans l'absolu de nos passions, Le visage grave, les yeux ouverts sur l'effroi, Et les mains incapables de saisir Le destin de nos amours! Chaque histoire a ses vérités inconnues! Et la mer de l'absurdité est immense Dans l'âme qui vit!

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Le Sang des solitudes

Turbulences

Ce soir, il va pleuvoir. Il faut tout emporter. Les vents qui se lèvent dans la nuit Sont imprévisibles comme nos obsessions. Exorcisons la solitude! Nous ferons de nos peurs des lieux de résistance. Hommes, nous sommes immuables Dans la joie comme dans la douleur. Que les plaintes du monde s'adressent au silence! L'amour est l'ivresse de la femme Tandis que le pouvoir est le fantasme de l'homme!

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Le Sang des solitudes

Une plainte d'homme

Je t'interroge, ô pudeur des âges, Dans l'infortune où naissent, bravant le grand ordre Du jugement des dieux par fascination, Des êtres élus aux croyances anciennes! Les buveuses de sang bientôt Auront consommé ma vie. Ô temps, qui donc peut échapper de ton étreinte? Mon équilibre ne vient pas des vents. Et les années dont l'étincelle s'éteint dans le linceul Emportent mes racines, ma lumière Et mes espoirs dans le néant. Mais la mort n'est pas une liberté! Comme je te crains, ô vide! Irritable dans le sanglot grandissant Et angoissant dans l'exorcisme du langage! Les tumultes de l'au-delà m'épouvantent Et les ténèbres s'enchevêtrent aux angoisses de l'esprit Dans le ciel de mes épreuves! Courage d'homme, Ô souffle du peuple des vainqueurs, Mon espoir est que l'amour nous serve d'abri!

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Le Sang des solitudes

Poème

La lune se replie sur les ombres immobiles, La nuit imitant l'usure inscrit les rêves En filigrane des cauchemars Sur les traces du messager. Ô mystère du poème, Je pose mes mots sur ton auréole. La flamme du sacré m'a saisi dans sa gangue, Et j'ai délivré le secret du profane Longtemps caché en moi. Soudain, une lumière étrange, mystique, Est venue éclairer mon sang. Je te le dis, la sagesse est dans l'arbre Dont les branches sont tes mots de métaphore; Et les feuilles sont mes idées Qui poussent encore dans le hasard.

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Le Sang des solitudes

L'étranger

Vie sans issue, vie qui s'annonce dans le vide: Aujourd'hui s'empoussièrent mes espérances. Sang de nulle part, où retrouver tes origines? Ton ombre cherche sa liberté Dans le labyrinthe des sentiments, Et le Maître du futur erre encore Dans les ruines de ton corps Pour retrouver ton halo Dans un pays sans frontières. J'attends le long du fleuve, Le témoin contraint de t'accueillir: étranger.

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Le Sang des solitudes

Grief

Qui a rejoint la mort ? Absurdité de l'instant, Ton enracinement dans l'interdit Durcit le remords expiatoire. Peut-on innocenter le hasard? Prends tes doutes dans l'exil Et mesure les profondeurs de ton imaginaire; Tu éviteras les outrages de l'âge. Maintenant, la source originelle S'est tarie dans les gouffres de l'histoire. Nuit de blasphème, l'élégie du temps Me libère de l'ennui qui me hante, Dans le sursis du soleil, Condamné à disparaître dans mes veines.

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