Le serpent d'Airain

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Publié le : dimanche 1 juin 1997
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EAN13 : 9782296343658
Nombre de pages : 175
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CoUection Poètes des cinq continents dirigée par Maguy Albet, Geneviève Clancy, Gérard da Silva, Patrice Kanozsai, Alain Mabanckou et Emmanuelle Moysan 136 - Noureddine Aba, Je hais les trains depuis Auschwitz
137- Jacques Galan, Le chemin de traverse 138- Michel Gay, Miroirs lucides 139- Maurice Couquiaud, Chants de gravité 140- Candido Geron, Passé lesflammes, poèmes bilingues, traduction de Claude Couffon. 141- Joëlle Basso, Collyre. 141 bis- Marc Alyn, Les mots de passe (Liberté de voir, Le temps des autres, Brûler le feu)
142- Jacques Eladan, Espérance poétique: Chalom

- Salam.

143-Luisa Ballesteros Rosas, Plumes de colibri. 144- Eszter Forrai, Collection privée, ouvrage bilingue françaishongrois, traduction de Sylvie Reymond-Lépine. 145- Leopold Congo Mbemba, Déjà le sol est semé. 146- Jacques Guigou, Son chant. 147- Nohad Salameh, Les lieux visiteurs. 148- Jean-Dominique Pénel, Pays gorge île dans la terre. 149- Julia Roessler, Cimetière d'eau vive. 150- Jean Bensimon, Où luit l'origine. 151- Bernard Barbet, Squames d'œil. 152 - Adama Diané, Errances Océanes 153 - Jean Gillibert, Plus béant que le temps. 154 - George Ellenbogen, La porte aux rhinos, ouvrage bilingue français-anglais. 155 - Alain Mabanckou, Les arbres aussi versent des larmes. 156- Edouard VaIdman, Les larmes du temps. 157- Henri Falaise, Les beaux miracles. 158 - Michel Ecoffard, A mes yeux des embruns, à ton ventre l'océan. 159 - Jean-Claude Villain, Thalassa pour un retour. 160 - Seyhmus Dagtekin, Artères solaires. 161 - Monique-Lise Cohen, Unjardin d'inconnaissance où grandit tappel de ton nonz. 162 - Geneviève Clancy, Philippe Tancelin, L'Esthétique de l'ombre. 163 - André Prone, Insolente suivi de Ainsi soit dit. 164 -Hoda Adib, Sahar et Shalim. 165 - Sobhi Habchi, Age de guerre et autres thrènes, suivi de Mourir à la place de Dieu. 166 - Salah Al Hamdani, L'arrogance des jours. 167 - Kazem Shahryari, Les cendres de l'amour.

LE SERPENT D'AIRAIN

Nous adressons nos plus vifs remerciements aux éditions Pre'I"1extosde Valence (Espagne) pour leur collaboration à l'élaboration de cette édition. Laprésel1te édition a été traduite grâce à l'aide de la Direction Générale du Livre, des Archives et des Bibliothèques du Ministère de l'Éducation et de la Culture d'Espagne.

Illustration de couverture: détail de la Guérison de l'estropié et de la Résurrection de Tabitha, Chapelle Brancacci de Santa I\1aria deI Carmine (Florence) peinte par Masolino en 1425. @ Scala, Istituto FotograficoEditoriale Antella (Florence, Italie). S.p.A.,

Titre original: La serpientede bronce, éditions Pre-Textos, c:/ Luis Santangel, nOlO, 46005 Valence (Espagne) 1996. @ José Maria Alvarez pour le texte original espagnol. @ Marie-Claire Zimmermann pour la préface. @ L'Harmattan pour la traduction française (1997). ISBN: 2-7384-5574-3

JOSÉ MARIA ALVAREZ

LE SERPENT D'AIRAIN
poèmes (texte bilingue) Traduit de l'espagnol par François-Michel Durazzo Présenté par Marie-Claire Zimmermann

L'Harmattan
5-7, roe de ltÉcole Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc.
55, roe Saintjacques Montréal (Qc) - CANADA my 11<9

LA NUIT INCANDESCENTE DE JOSÉ MARIA ALVAREZ

par Marie-Claire Zimmermann Professeur à l'Université de Paris-Sorbonne

La voix de José Maria Alvarez est reconnaissable entre toutes celles des poètes espagnols d'aujourd'hui: en effet, dans son fameux Musée de cire qui s'est accru langagièrement d'une édition à l'autre, le locuteur qui parle généralement à la première personne n'apparaît dans le texte qu'à la suite de quelques paratextes d'une extrême variété: citations de grands auteurs connus d'époques différentes, souvent en langue originale, appartenant à des genres littéraires éloignés les uns des autres. Mais le poème ne s'arrête pas là, car généralement, après le texte que l'on peut attribuer à Alvarez lui-même surgissent à nouveau des paratextes non moins riches et diversifiés. L'on devine qu'un jeu vertigineux s'établit entre ces brefs fragments mis en présence, s'accompagnant d'un étonnant foisoinnement d'échos, tandis que se perpétue l'énigme initiale qui s'imprimera fortement dans l'imaginaire du lect~ur. Il y a là un système poétique qui s'apparente au kaléidoscope, dont les signes venus de multiples horizons pour défier les lois de l'espace et du temps, sont destinés à construire l'itinéraire d'un moi exubérant et profond qui oscille entre la jouissance heureuse du

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corps et l'angoisse nocturne face à l'innommable mort. L'artiste, cependant, garde une vigilante lucidité: son écriture est d'autant plus maîtrisée que son désir se dit insatiable, et que son être est indissolublement lié à la démesure. L'écrivain aurait pu rester l'homme d'une seille œuvre immense, mais il a abordé d'autres genres que la poésie: le roman, la biographie historiql1e, l'autobiographie. .. Aussi sa voix s'est-elle enrichie d'autres réflexions, comme on le voit dans ce nouveau livre de poèmes ll1titulé Le 5 erpel1t d'airain. Sans doute aussi l'écriture s'est-elle en même temps épurée, raffermie, pour délaisser toutes fioritures. Alvarez sait mettre en valeur la plénitude p110nique des mots, particl1lièrement à la fill des vers, sous l'accent d'intensité; il sait également pas-ser aux cadences mineures, dans des vers courts, lorsque le moi tire élégamment la leçon éthique d'une rencontre, d\1ne lumière sur un paysage, d'un livre lu et relu à satiété. Les paratextes sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois; au liel1 de quatre ou cinq citations, on n'en compte plus que trois, deux ou une seule; tnais surtout ces épigraphes se présentent séparément, sur la page blanche où figure le titre, comme si l'auteur tenait à disjoindre cette première lecture textuelle, qui est le fait d'une jonglerie, du poèn1e proprement dit qui est placé isolément, à la page suivante, et qui s'est considérablement étoffé depuis Musée de cire. Certes, l'on remarque quelques textes de trois vers qui ont l'allure de sentences ou d'ap11orismes mais, en règle générale, le poème polytnétrique cotnporte entre vingt et trente vers, qui occupent envirol1 deux pages, que ponctuent fréquemment des espaces blancs porteurs de légers silences. La voix personnelle d'Alvarez s'afflrme fortement; c'est à elle surtout que le lecteur prête attention, même si les paratextes l'ont séduit et intrigué. De même, à la polyphonie de lvIusée de tire s'est substitué

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le chant univoque dont on reconnaît vite cependant les motifs obsédants, l'humour narquois, certains traits de style. I..,e moi rend, comme toujours, hommage à la beauté sous tOLItes ses formes, principalement à celle des corps qui l'éblouissent, telle cette baigneuse qui, jaillissant de la piscine, pourrait n'être qu'u,n banal objet de désir, mais quiincarrle une certaine idée de la perfection, au point que le locuteur anéanti, se proclame son adorateur, non pas à la première personne du singulier mais bien à la troisième, conformément aux exigences de récriture poétique, pour créer une nécessaire distance, plus encore pour qu'une simple anecdote devienne un mythe. Le locuteur ne cesse d'interpeller un invisible auditeur, car il aspire à lui communiquer de merveilleuses images avant de lui suggérer très subtilement, de manière parfois paradoxale, le sens possible d'un langage, qui conduit à une profonde méditation. Alvarez est tout imprégné de Montaigne et de Quevedo. Ses mises en garde vont malgré tout de pair avec l'aveu de l'ignorance humaine, et la volupté ne peut lui faire oublier que toute possession reste crépusculaire. Le poète fait preuve d'une science très sûre en matière de "haut langage" : la métaphore savante est toujours placée là où jaillit un autre rythme, mais elle surprend aussi par sa rigueur décapante, lorsqu'elle n'advient que pour clore le texte et constituer un nouveau seuil. Alvarez est l'un de ceux qui, aujourd'hui en Espagne, n'hésitent pas à employer des allégories.

Des mots tels que DeJesperacion,

Poder,Arte, Muerte(Désespérance,

PQuvoir, Art, Mort) et bien d'autres encore, essaiment dans les textes, leur donnant une sorte de majesté, qui n'est pas de l'enflure, parce que les vers situés alentour sont en demi-teinte, un peu gommés, moins propres au surgissement de somptueuses métaphores.

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Cependant, comme dans MUJée de cire, le poète allie le ton sublime à la familiarité, voire à la trivialité; le strophe adopte l'allure d'une conversation et il arrive que le moi cherche sa voie du côté dl1 banal et de l'insignifiant, mais c'est souvent alors que pointe la mémoire de la Maison des n1orts. ]~a nuit sous-tend les armatures de cette poésie qui n'a jamais cessé de se heurter aux limites humaines, mais comme le signalait déjà le titre du livre, "Le Serpent d'airain" issu de la Bible, n'est pas un serpent maléfique, ou plutôt est-il le signe qui guérit le mal même qu'il notifie, d'où cette larme d'or sur le visage de la Mort dans le dernier poème. La traduction de François-Ivlichel Durazzo est exemplaire: il y a là une écriture de poète qui tente de rendre compte des richesses d'une poétique et d'une œuvre espagnoles et qui les rend sensibles al1lecteur français. Le poème IX, Vizard, est peut-être l'un des plus accomplis de ce livre un hendécasyllabe héroïque en inaugure majestueusement la trame, puis des vers brefs, dont certains sont échelonnés, alternent avec de longs vers libres pour défmir la fière solitude du moi agnostique, conscient de côtoyer deux abîmes: celui de l'univers et celui de la pensée, mais qui choisit avec panache de porter un toast à la vie toute-puissante dont il a célébré les signes, entre une allègre, intelligente et animale jubilation.

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LA SERPIENTE

DE BRONCE

LE SERPENT D'AIRAIN

.F arai

un vers de dreit nien :
gen, ni de joven,

non er de mi ni d'autra non er d'amor ni de ren au,

qu'enansfo trobatz en durmen sus un chivau GUILL'\Uïv1E D'AQUIT.A.INE

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