Le soc et l'épée

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Découvrez la fable "Le soc et l'épée" écrite par Antoine HOUDAR DE LA MOTTE (1672-1731). "Le soc et l'épée" est une belle fable extrait de Fables et, comme toutes des fables, il s'agit d'une leçon de vie qui est dite de façon plaisante. Profitez de cette fable en le découvrant sur cette page. Et n’oubliez pas que vous pouvez télécharger gratuitement en format PDF Le soc et l'épée et l’imprimer depuis chez vous ! Avec la fable "Le soc et l'épée" de Antoine HOUDAR DE LA MOTTE, vous pourrez faire une fiche ou bien tout simplement profiter des très beau vers ou de la prose de "Le soc et l'épée".
Publié le : lundi 30 juin 2014
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Le soc et l'épée

Autrefois le soc et l'épée
Se rencontrèrent dans les champs ;
De sa noblesse, elle, tout occupée,
Ne semblait pas apercevoir les gens.
Le soc donne un salut, sans que l'autre le rende.
Pourquoi, dit-il, cette fierté ?
- L'ignores-tu ? belle demande !
Tu n'es qu'un roturier ; je suis de qualité.
- Eh ! d'où prends-tu, dit-il, ta gentilhommerie ?
Tu ne fais que du mal ; je ne fais que du bien :
Mon travail et mon industrie
De l'homme entretiennent la vie ;
Toi, tu la lui ravis, bien souvent sur un rien.
- Petit esprit, âme rampante,
Dit l'épée ; est-ce ainsi que pensent les grands coeurs ?
- Oui, répondit le soc ; on a vu des vainqueurs
Remettre à la charrue une main triomphante :
Témoins les Romains, nos seigneurs.
- Mais sans moi, dit la demoiselle,
Ces Romains eussent-ils subjugué l'univers ?
Rome n'était qu'un bourg ; on n'eût point parlé d'elle,
Si mon pouvoir n'eût mis le monde dans ses fers.
- Tant pis ; elle eût mieux fait de se tenir tranquille,
Répondit maître Soc ; belle nécessité
Que l'univers devint l'esclave d'une ville !
Que de sa vaste cruauté
Elle effrayât l'Europe, et l'Afrique, et l'Asie !
Eh ! pourquoi, s'il vous plaît ? à quelle utilité ?
Pour une ambition que rien ne rassasie,
Trouves-tu donc cela digne d'être vanté ?
L'épée, au bout de sa logique,
Appelle enfin maître Soc en duel.
Te voilà ; battons-nous. C'est tout ton rituel,
Dit le soc ; quant à moi, ce n'est pas ma pratique :
Je travaille et ne me bats point.
Mais un tiers entre nous pourrait vider ce point :
Prenons la taupe pour arbitre ;
Comme Thémis elle est sans yeux,
L'air grave et robe noire ; on ne peut choisir mieux.
Chacun au juge expose alors son titre.
La nouvelle Thémis les entend de son trou,
Et, le tout bien compris, prononce cet adage :
Qui forgea le soc était sage,
Et qui fit l'épée était fou.

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