Le soleil était là

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Le recueil intitulé Le Soleil était là de Karibé Mamba, est constitué de deux parties. La première comporte vingt-sept poèmes : un poème liminaire, puis vingt-deux poèmes écrits en 1967 et qui portent la marque du climat particulier de cette année symbole ; ces derniers sont eux-mêmes suivis d'un épilogue de quatre poèmes plus récents, dont trois inspirés par des évènements qui ont marqué ou interpellé vivement la société guadeloupéenne, évènements où s'exprimait, exacerbée, l'exigence éternelle, parce qu'insatisfaite toujours, de liberté et d'égalité. Le dernier de ces quatre poèmes fait, lui, entendre un cri de l'île...



« Il y eut ? D'abord les événements de Basse-Terre, où le 20 mars, sous le soleil dardant du Matouba, dans la rue principale de la ville, un blanc envoya son chien embrasser un nègre aux lèvres, comme en Alabama? Alors, la ville chavira, et le peuple, deux jours durant, tint la rue.

Ce fut, l'espace de quelques jours, l'ivresse partagée d'une naissance nationaliste, guerrière, enfin pareille aux autres ? Puis, peu après, l'événement pressenti et malgré tout inattendu : 26 et 27 mai, dans l'autre ville de Pointe-à-Pitre, cette grève des ouvriers du bâtiment descendus dans la rue pour une augmentation de 2% ; quelques heures de révolte face au trop-plein d'injustice et de mépris pour une fusillade de deux jours et d'une nuit? un nombre encore indéterminé et mystérieux de morts, une terrible leçon froidement infligée aux nègres de Guadeloupe pour leur déraciner du corps et du cœur le plant de la révolte. »



Force de la protestation ! Force de la parole poétique ! Cependant ni l'espoir, ni la foi en la capacité humaine à se ressaisir et à reconstruire sur d'autres bases ce pays mêlé, pour mieux vivre, ne sont absents de ce premier ensemble. Il apparaît donc comme un témoignage douloureux soucieux de ressusciter « une présence vivante perdue » tout en criant l'urgence d'une réconciliation. Œuvre spéculaire : le premier volet de ce recueil est également un miroir dans lequel se reflètent l'espace-temps, dilaté, et la substance même des révoltes de mai 1802, véritable mise en abyme de l'Histoire. Or c'est justement l'aiguillon du souvenir qui, de proche en proche, de relais en relais, anime chez le poète et doit éveiller chez le lecteur, la volonté de promouvoir les espérances anciennes et nouvelles.

Le poème se présente comme œuvre de mémoire, mémoire active ou réactivation de mémoire, pour une remontée dans le temps, mais aussi et surtout dans la conscience collective guadeloupéenne ou plus largement contemporaine. Œuvre par là même tournée vers l'avenir, anticipatrice et constructrice.

Au-delà du témoignage à forte charge émotive, c'est aussi une célébration allant jusqu'à l'élévation mythique de toutes les victimes de l'indifférence et du mépris à travers le mendiant et le cordonnier, mais aussi à travers le bâtisseur de cathédrale ou l'homme désigné par le sort.

« Il est bien et il est beau de pouvoir intégrer pareille matière dans le lyrisme et de l'y engager avec cette grande allure de simplicité... »

Le deuxième volet, constitué également de vingt-sept poèmes rassemblés sous le titre « Comme un brûlis de canne à sucre », laisse place aux émotions du poète face à la vie et à l'amour. Une écriture passionnée, aux résonnances universelles, qui même là ne peut s'abstraire de la condition faite au pays Guadeloupe et traduit les aspirations infinies à la liberté qui animent le poète, et sa générosité.

Pour clore le recueil, « Poème à Alexis », en hommage au plus grand : Saint-John Perse.



Une poésie qui bouleverse, qui charme ou qui choque, mais qui ne saurait nullement laisser indifférent.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844506689
Nombre de pages : 110
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Préface
Lire les pOèmes de KàriBé MàmBà, c’est cOmme fàire l’ex-périence àujOurd’hui du tumulte de l’âme d’une jeunesse guàde-lOupéenne des ànnées sOixànte. Y retrOuver tOut l’idéàlisme pàssiOnné, àvec cette viOlence cOntenue irriguànt l’espOir géné-reux, qui ànimàit cette jeunesse-lÀ. au pàys, c’étàit encOre le temps de là sOciété cOlOniàle d’hà-BitàtiOn. Des Bànàneràies de là bàsse-Terre àux chàmps de cànne du pàys sucrier, l’injustice et l’insuppOrtàBle misère se révélàient À cette généràtiOn de là jeunesse urBàine qui décOuvràit l’existence d’un tiers-mOnde lÀ même, À quelques pOrtées de ses quàrtiers. Elles justifiàient ses engàgements généreux. C’étàit àussi le mythe nàissànt duGoNG, première Orgànisà-tiOn indépendàntiste de l’histOire de là GuàdelOupe, née en Frànce en juin 1963 dàns une sàlle prêtée pàr là FédéràtiOn des Etudiànts d’afrique nOire, àctive en GuàdelOupe depuis 1965, incàrnàtiOn àux yeux de tOute une jeunesse, étudiànte cOmme pOpulàire, du ferment de là révOlte. Et pàs très lOin de l’île, les sOns de CuBà liBre Ouvràient les cœurs et les yeux, grànds de fierté et d’espOir sur nOs premières identificàtiOns càràïBes. Les sàlves meurtrières des fusils cOlOniàlistes tirées depuis DjiBOuti, résOnnànt àux Oreilles de ceux des GuàdelOupéens qui les àvàient entendues ne pOuvàient qu’àttiser le sentiment inter-nàtiOnàliste de là sOlidàrité fràternelle qui tenàit, étrOitement emBràssés là sœur du Viet Nàm, là mère afrique, et les frères d’amérique. Elles ne làissàient pàs suppOser que celà fût pOssiBle àussi chez nOus. Màis ce fut, àu milieu de tOute cette effervescence du mOnde, l’ànnée 1967.
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Celle-lÀ même Où là GuàdelOupe reBelle entrà meurtrie sur là scène des luttes cOlOniàles. année égrenée àu fil des nOuvelles reçues ; éphéméride pOétique àu crescendO tràgique : Il y eut… D’àBOrd les événements de bàsse-Terre, Où le 20 màrs, sOus le sOleil dàrdànt du MàtOuBà, dàns là rue principàle de là ville, un Blànc envOyà sOn chien emBràsser un nègre àux lèvres, cOmme en alàBàmà… alOrs, là ville chàvirà, et le peuple, deux jOurs durànt, tint là rue. Ce fut, l’espàce de quelques jOurs, l’ivresse pàrtàgée d’une nàissànce nàtiOnàliste, guerrière, enfin pàreille àux àutres … Puis, peu àprès, l’événement pressenti et màlgré tOut inàt-tendu : 26 et 27 mài, dàns l’àutre ville de POinte-À-Pitre, cette grève des Ouvriers du Bâtiment descendus dàns là rue pOur une àugmentàtiOn de 2% ; quelques heures de révOlte fàce àu trOp-plein d’injustice et de mépris pOur une fusillàde de deux jOurs et d’une nuit… un nOmBre encOre indéterminé et mystérieux de mOrts, une terriBle leçOn frOidement infligée àux nègres de GuàdelOupe pOur leur déràciner du cOrps et du cœur le plànt de là révOlte.
Màrque des cOrps et Brûlure, indéléBile celle-lÀ, des âmes et des cOnsciences...
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Jeàn-Pierre SaINToN, jànvier 2002
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