Le velours du silence

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Je me suis longtemps demandé s'il existait une poésie féminine spécifique. En lisant ce très beau recueil de Maria Zaki, je persiste à me poser la même question. Mais, penserais-je de la sorte, parce que chez elle, prévalent retenue, pondération et pudeur ? Non, car les poétesses arabes contemporaines font preuve d'une audace qu'on ne pouvait pas soupçonner. " Enfin je le regarde / Sans cacher mon désir / Sans détourner les yeux / Ni clore les paupières / Sur un autre que lui ! ". Abdelmajid Benjelloun.
Publié le : samedi 1 mai 2010
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EAN13 : 9782296697577
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Préface d’AbdelmajidBenjelloun

Je me suis longtemps demandé s’il existeune poésie
fémininespécifique.Eten lisant cetrèsbeau recueil de
Maria Zaki, je persisteàme poserlamêmequestion, en en
admettantlebien-fondé,toutaumoinsàtitre d’hypothèse.
Maispenserais-je de lasorte, parcequechezelle, prévalent
retenue, pondération etpudeur ?Non, je ne le pense pas,car
lespoétessesarabescontemporainesfontpreuve d’une
audacequ’on ne pouvaitpas soupçonner, ilyapeudetemps
encore,ycomprisdanslesdomaineslespluscharnellement
intimesde lavie.Etd’ailleursmêmechezMariaperce,çàou
là,quelqueaccentdesensualité:
-«Enfin je leregarde/Sanscachermon désir /Sans
détournerles yeux /Niclore lespaupières /Sur unautre
que lui ! ».
-«Nonsanspeur /J’ai gravi lesmarches /Hautesdudestin/
Etmismonsouffle/Dans samain/Laquestion est:/
L’acceptera-t-il?»
-«Si je me déclarais /Confuse maislibre/De guetter sa
lumière/Nueàmes vitres /M’écouterait-il? /Si je lui disais
que/Ce n’estpasàsascience/Que moncurestpendu /
Mais que lascience de moncur /Lui
estdue/Mecroiraitil?».
-«Etreinte forte etbrève/Rêveatomique !... ».
-«… despas /Quetuas suscitésen moi… ».

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-«Jetraverseautantdeterres /Que deciels /Et tousme
renvoient /Vers toi ! ».
Donc, il faut chercher ailleursles arguments qui plaident
pourmapetitethéorie enquestion.
En fait, je persiste dansmon opinion,carlerecueil porte la
marque d’une finesse etd’une délicatesse propresaux
femmes,qui meravissent:
-«Je dessinetonvisage/Surleveloursdu silence/Je
soulève les voilesdu rêve/Etmecachesous tespaupières /
Jesens une larmechaude/Jerisde douleur… »
-«J’habiteunecaravane de mots /Unvaisseaudesoie/ De
soi/ M’emporterapeut-être !/ Jevole parfois / Dans un jet
de lumière/ Oudans une prière/ J’entre en moi/ La
question est : / A quelle distance des cieux / Setientmon
essieu ? / Duhautde ma sagesse/ Tout àfaitimprobable/
Unequestion/oscille: /Commentbienvivre?»
Il est toutàfaitclair que nevontpas uniquementdansle
sensde mathèse lesdeuxexpressions:leveloursdu silence
et unvaisseaudesoie.
Toutefois, je nuancerai plusloin mon propos, en montrant
quesapoésie,aumoinspartiellement, estétrangèreà cetype
deconsidérations.
Unebonne partie du recueilverse danslaspiritualité,qu’elle
voudrait vraisemblablement voirintervenirplusfortement
dans savie;peut-être pouratténuer un peudesescontraintes
existentielles, etnotammentamoureuses, évoquéesplushaut;
dontle premierchapitre est, je le précise, dédiéà Feunotre

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amicommun, le grand écrivainAbelkébir Khatibi.Et
d’ailleursellese pose laquestion:«Suis-je devenue
Mystique?Oui etnon… ».Ellecitece proposlumineux
d’IbnArabi:«Lavie est unrêveàinterpréter».Quantà
moi,Je diraisplusbanalement(?), etplusmodestement:la
vie, est-elleunrêve placebo?
Toujoursest-ilqueson inspiration estlargementislamique:
-«Dansles vergers / Du LivreSacré/ Je fraterniseavecle
trio: / A(aleph)L(lam)M(mim)/… »
Danslamêmeveine, elles’écrie magnifiquement :
-«Danslafable dumonde/ Nousdébarquons avec / Untout
surle front /Et unriensurlanuque/Avecle goûtduparadis
/Originelsurleslèvres /Nousfaisonsacte de présence/
Pour confirmerl’oracle de la science/ Nousnous
proclamons /Enconnaissance decause/Témoinsde la
vanité deschoses /Surdescheminshasardeux /Nous
frémissonsauxabords / D’un monde oublieux / Oùnous
héritons aumieux / D’unriensurle front /Etd’untout surla
nuque ! ».
Dans LeCoran ne lit- on pas que lavie estjeuetdérision?
Autrement,sapoésie estdisons universelle, ni masculine, ni
féminine,simplement souverainementhumaine:
-«Je marche etderrière moi/Marche enfin mapeine/Je
marchesurlespas / Deceluiqui m’aoffert / Sonregard et
son écoute ».
-«Familière de lui/Etrangèreàtout».

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-«Mes mains lestées de leurs acquis / Tatouent surmapeau /
Desmotsinégaux».
-«Dans tonabri poétique/Ils’agitd’amadouer /
L’irréversible ».
-«Dansla brume/ Oùl’oublitravaille/ Peudebruits /
Défaitsdes songes».
-«Toiqui navigues /Entre les récifsde lasoif… ».
-«Deslettres / Dontlesmots / Veulentnaître ! ».
-«L’autre moiréplique: /Il faut voilerle désir! ».
-«Une poignée de mots /Tombent /Aucurde ma
solitude ».
Lesmots sontmagnifiquementomniprésentsdanslerecueil;
entémoignent toutparticulièrementcesderniers vers
somptueux.
-«Si lecorpsparleautant /Organe parorgane/Atome par
atome/C’estpour régler /Son excèsdevie/Ou sonsurplus
de mort! ».
On nousdit que l’on ne meurt qu’une fois,comme pouren
atténuerl’effet.De mêmeque l’on nousdit que l’on nevit
qu’une fois,comme pourenaccentuerl’importance.Enfin
bref,uneseule mort… lamienne, lavôtre…commeune
étoilequi explose,solitaire, dansleciel !Pourtant, il existe
desmystiques,qui, pour s’apaiser, pensent àlamort.
Sinon, il luiarrive de produire,quoiquerarement, desmots
quicommuniquentparl’étonnement,voire parl’inquiétude:
-«Vérité dangereuse/Chercheton ellipse/ Danslapensée
aimante ! ».

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Dansnombre de genreslittéraires, l’on est toutletemps àla
recherche dumotjuste, maisoserais-jeaffirmer que la
poésie, moderne, plusen particulier, estfriande dumot
injuste, non danslesensmoral, maisparoppositionàmot
juste?
Sinon, je lerépète,sapoésie demeuresansexcès, faisant
preuve d’unebelle économie de mots,quoique émaillée de
temps à autre de néologismes commeObstaclé,signiste et
desseuillée.

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