Le vers libre dans tous ses états

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Ecrire en vers libres résulte d'une remise en question des règles héritées de la tradition : de 1886 à 1914, le champ littéraire offre un exemple sans précédent de réflexion sur l'outil poétique, qui radicalise cette entreprise. Les textes réunis dans ces actes s'attachent à l'émergence du vers libre, avec ses présumés précurseurs, Mallarmé, Laforgue, Verlaine et Rimbaud, et des pionniers tels que Vielé-Griffin, Krysinska et Lous. Ils portent aussi sur ses définitions et ses frontières, sur le verset et sur la pertinence de la mise en musique du vers libre.
Publié le : mardi 1 septembre 2009
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EAN13 : 9782336276519
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AVANT-PROPOS

En 1908,Georges Périn (1873-1922) écrit :«Lesgrands vers-libristes, ont
aéré l’ambiance où respirent aujourd’hui lesjeunespoètes.Ayant reléguéau rang
desjeuxestimablesmais sansportée la simple exactitudeà ramenerles rimes, ils
ont rendupossible laminutieusesincérité du rythme, et animé d’unesouplesse,
1
sans cesse gonflée devivantseffluves, la robe des vers. »Leconstatestloin de
faire l’unanimité.Depuislapublication parLa Vogue, en 1886, deceque l’on
s’accordeà considérer comme lespremiers verslibresdits« modernes»
ou«symbolistes», la questionsusciteun débat quis’étendra surplusieurs
décennies.La réforme poétique encours, innervée pardesdiscours qui fontfigure
d’artspoétiquesa contrario,connaîtdesdétracteursméprisants.Selon Remyde
Gourmont, leverslibreconsiste enun découpagearbitraire, pourd’autres,c’est un
vers amorphe introduitpardesétrangers qui ne maîtrisentpasle français.Gide,
quant àlui,redoutequ’il neconduiseàlafusion desgenres,auprofitde laprose.
Des réservesetdes critiques à confronter auxœuvresproduiteset aux textes
fondateursde lanotion, lesquelsdénoncentla systématisation de la versification
traditionnelle etprônentla transgression de laprosodie, ouletotalrejetdeses
règles.
Si levers-librisme est caractérisé par un polymorphismequi ne peut aller
de pair avecl’instauration d’une nouvelletechniqueuniforme,sespartisans
semblent cependant serejoindre dansl’ambition decréerdes rythmes qui
2
signifient,quisoient« les symbolesdesmouvementsde l’âme » .Pour cespoètes,
ils’agitd’unerévolution dontles commentateursd’une enquête publiée en mars
3
1914 parLa TerreLatinedresseront unbilansévère.Leverslibreyest
stigmatisé pardes critiques qupi enrédisentladisparition prochaine,quand ilsn’y
fontpas allusioncommeàla« lèpre de lapoésie », ou à«unavorton[…] qui ne
mérite même pasle nom devers». C’estdire,à cette date, l’encore illégitimité
d’une forme perçue essentiellemententant qu’infractionau canon métrique, et
dont Francis Vielé-Griffin (1863-1937)affirmera qu’elle est :«uneconquête
morale ».Le débatn’estpas clos, leverslibre, longuementévoqué par Jacques
Roubaud dansLa Vieillesse d’Alexandre, necesse de poser question.
Jusqu’à cesdernières années,cette forme n’avaitpasfaitl’objetd’une
étude globale décrivant son émergence.Lecolloque intitulé «Leverslibre de
1886 à1914:naissance, discourset réception»,quis’est tenu àl’Université
PaulVerlaine deMetzles19 et20 mars2008, estné du souhaitdecombler cette
lacune.L’initiativerencontrecellequiaprésidéàlaparution,àlafin de lamême
4
année, de l’ouvrage deMichelMuratintituléLeVerslibre.Unecoïncidencequi

1
Georges Périn,La Phalange15 novembre 1908.
2
InCamilleMauclairEnquête internationalesurleVerslibre, éd. dePoesia,Milan, 1909, p.66-68.
3
La TerreLatine,3mars1914.
4
MichelMurat,LeVerslibre,Paris, Honoré Champion,coll. «Littérature de notresiècle »,2008.

7

inviteàpenser àl’opportunité decetteréflexion danslechamp de la critique
actuelle.
L’étude de lagenèse du verslibre impliquaitderépertorierles tentatives
desesdéfenseursd’en donner une définitionsusceptible derendrecompte d’un
nouvel outil poétiquequi, en dépitdesaductilité etdupolymorphisme deses
réalisations,conquiert une identitéqui leconstituecommeune forme productrice
d’œuvresoriginales.Danscette optique, laquestionaétéréévaluée pardes
approchesplurielles, littéraire, historique,comparatiste,stylistique et
musicologique.Les travauxprésentésontportésurlesprécurseursetlespionniers
de lalibreversification, puis,sur sesfrontièreset sescritèresdéfinitoires, etenfin,
suramise en musique.
L’enracinementdu verslibrea constituéun premieraxe deréflexion,avec
descontributionsconsacréesauxprécurseurs,termeaprèslequel ilconvient
d’ajouter un énorme pointd’interrogationtantlerôle, danscetterévolution, de
ceux que l’onconsidèrecommetelsdoitêtre nuancé.Mallarmé est, pourPascal
Durand,un «témoinàdistance »,toutàlafoisapprobateuret réticent, dontle
CoupdeDéspeutfigurer«commeuneallégorietoute mélancolique de[l]a
position danslechamp poétique fin desiècle ».Quantà Verlaine,Catherine
Boschian-Campaner souligne l’impossibilitéqui estlasienne decautionner une
forme perçuecommeun dangerpourl’identité nationale.Cesontensuite
«Marine » et«Mouvement»,aveclesquelsRimbaudauraitétéconsidérécomme
l’auteurdespremiers verslibres,qui ontfaitl’objetduproposdeYoshikazu
Nakaji, lequelréévalue l’inspirationqu’yauraientpuisée lespoètes vers1886.
Auxconfluencesdeces« précurseurs» etdespionniers,JulesLaforguesemble le
seul des quatre poètesévoquésà approuver sans réserve leverslibre.Selon Henri
Scepi,qui enretrace lesconditionsd’émergence danslesdernièresœuvresdu
poète,siLaforgue « estbienconvaincu quecette forme émancipée est vouée nonà
supplanterlesformesmétriquesclassiquesmaisà cohabiteravecelles,[…]il n’en
reste pasmoinspersuadéqu’une nouvelle écoute,une nouvelle façon de
lire,c’està-dire devoiretd’entendre, estimpliquée parleverslibre. »
Pionnier toutautant quethéoricien,FrancisVielé-Griffins’estlonguement
entretenude laquestion du verslibreavecHenri de Régnier,aucoursd’échanges
épistolairesetde dialoguescommentésparPierreLachasse, dontla contribution
metenrelief lecaractère militantdesproposgriffiniens.Le goûtdece poète
d’origineaméricaine pourlesoeuvresd’EdgarPoe etdeWaltWhitmanaété pris
encompte parHenrydePaysac, dans une étudequi metl’accent surlesinfluences
étrangères quisesontexercées surlapoésie deVielé-Griffin, lequels’est
volontairement tenuàl’écartdes querellesconcernantlapaternité du verslibre.Ce
qui estloin d’être lecasdeGustaveKahn etdeJeanMoréas,qui en ont revendiqué
l’« invention »,àl’instard’une femme,MarieKrysinska, dontonsait qu’elle
changealadisposition desespoèmesa posteriori.C’estlaquestion de la
«supercherdénonie »,céeavec beaucoup de misogynie parla critique,quia
intéresséSethWhidden,lequel étudiecette «trichereie »t sesenjeuxafin de
préciserladéfinition etl’identité du verslibre.Qu’en est-il desChansonsde

8

Bilitis? Pour«savoir,s’il estlicite ouabusif de les rapprocheroude lesconfondre
avecleverslibre »,Jean dePalaciose propose pour sapartd’examinerle
« lyriseme »tla« phraserytde lhmée »’œuvre dePierreLouÿs.Ilaborde la
question dans une perspectivecomparatiste, enappuyant son étudesur
l’observation duprolongementdecetexte enBelgique, parAlbertMockel, etdesa
traductionallemande parRichardDehmel.De latransgression desformesàla
subversion politique, larelationàétablirest tentante,aussi lesespritsn’ont-ilspas
manqué d’associerlarévolution poétique encoursetl’anarchie,cequeRichard
Shryockrappelle etnuance dans une étude dontilressort que lapolitisation du vers
libre eutlieuessentiellementaprès1890.Ouvrantlechamp despossibles, laremise
enquestion ducanon métriquecoïncidaégalement, pourlespoétessesde la Belle
Epoque, etc’estceque démontrePatricia Izquierdo,avecunetentative
d’émancipation de l’héritage masculinquis’articuleavecl’affirmation desfemmes
danslechamp littéraire du temps.

Lalibération formelle engagée implique larecherche de nouveauxcritères
définitoiresforcémentproblématiques, puisque,contrairementau vers régulier, le
verslibre n’estpasfondésur un principe interne.Dece fait, lesdéfinitions sont
légion.Ida Merello, dontla contribution portesurlesoriginesdudébat, en
examine les tentativesde 1886à1900,alors queMichelDrouins’yattacheàson
touren étudiantl’échangeque lesujet suscite entreMichelArnauld (Marcel
Drouin) etHenriGhéon, danslecadre de lalonguecontroversesurlevers-librisme
quia agité laNRF.Le poète etcritiqueÉdouardDujardin esquisseunesynthèse de
laquestionqu’analyseCécileLeblancdans unarticle oùilapparaît queDujardin
relie l’apparition du verslibreauxdécouvertesduwagnérisme:leverslibre,tout
comme le monologue intérieur,répondrait,selon lecritique,àdes« nécessités
internes».Ladifficile définition du verslibreconduitàunquestionnement surles
limites qui faitl’objetde l’article deJeanRobaey, lequels’interroge également sur
lasignification decette notionau-delàdesfrontièreslinguistiquesfrançaisesense
livrantàdescomparaisonséclairantesentre des versfrançais, italienset
germaniques.Cesdifférentesanalysesamènentà considérer que leverslibre ne
peut seconcevoirindépendammentde lastrophe - parfois qualifiée d’analytique
où s’affirmesaliberté, età conclurequ’il existeunrapportdialectique entre lalibre
versification etleversmétrique, l’irrégularitése nourrissantde larégularité des
schémascanoniquesantérieurs, dontellese joue, pourcréer une nouvelle formeà
l’identitésingulière.
Laforme laplusproche du verslibresemble être leverset,qui lui préexiste
dansles textes sacrés.Simonetta Valenti explique dequelle manièrecetteunitéa
étérepensée parClaudel, leversetincarnant,surlerythme duïamble «a
retombéeconcrète dela conceptionclaudélienne dumonde etde lapoésie ».
«Forme-miroir» ou« enversdu verslibre », leversetdonne lieuàdesdéfinitions
qui l’ont« détourné progressivementdeson originebiblique etprosaïque »,
comme le montreCarla Van denBergh, laquelles’attacheàlaprésentationqu’en
proposentlesouvrages théoriquesde 1886à1914.

9

Aumêmetitreque lesformesfixes, leverslibreainspiré lescompositeurs.
Partantde lamise en musique d’un poème enverslibresdesSerres chaudesde
Maeterlinck parErnestChausson,qu’ilcompareà celle despoèmesde forme
régulière decerecueil,Jean-LouisBackèsconstateque « lesmusiciens,confrontés
àdes textesdéconcertants,choisissent systématiquementlerythme de laparoleaux
dépensdu rythme métrique. »Il n’en demeure pasmoins qude «anslesdernières
e
annéesduXIXsiècle, pourle musicien,comme pourl’amateurde poésie, le
nouveau verslibre estbienconsidérécommeunverset,commetel, digne d’être
chanté ».Cequeconfirme lamise en musique despoèmesenverslibresdeFrancis
Jammes, dontCarolineVivèsétudie lesenjeuxen examinantlescontraintes
spécifiques que lalibération formelle imposeauxcompositeurs.MichelGribenski,
quantàlui,conduit uneréflexion globalesurlaquestion, ens’interrogeant surles
problèmeshistoriqueset théoriquesposésparleverslibre etlechantfrançaisau
e e
tournantdesXIXetXXsiècles,tandis qu’Anne-SylvieBarthel-Calvet s’intéresse
aumot-librisme deMarinetti etàlamanière dontilagitale milieumusical.

Les relations que lesmusiciensentretiennentavecleverslibre illustrentla
nature d’unerévolutionqui, de latransgression des règlesàlatentation de leur
abolition,toucheàlalittérature entière.Les textes réunisdansle présentouvrage
en permettent uneapproche plurielle et synthétique,quisouligne lafécondité d’une
forme définie essentiellementpar saplasticité.

1

0

CatherineBoschian-Campaner

Première partie

L’émergence du verslibre : PrécurseursetPionniers

Mallarmé faceau verslibre: une positioncritique

Onconnaîtles termes, fortévasifsenréalité, danslesquelsl’auteurde
«Crise devers»s’estemployéàpréciser sapositionrelativementau verslibre:
«Témoin decetteaventure, oùl’on mevoulut unrôle plusefficacequoiqu’il ne
convientàpersonne, j’ydirigeai,aumoins, mon ferventintérêt; etilse fait temps
1
d’en parler, préférablementàdistanceainsiquece futpresqueanonyme .»Ce luxe
de précautionsn’estpasàmettreau seulcompte de laméticulosité dupersonnage
ni desonsouci d’afficher, peut-êtretrop ostensiblement, l’ironique modestiequi
est samarque de fabrique.Car saposition,quantau verslibre,atrèsexactementété
celle d’unteltémoinàdistance, prenanthabilement soin de ménagerles
susceptibilitésdes unsetdesautresetd’envelopperdans une prudente
2e
impersonnalité la«rénovation deritesetderimes» dontle dernier tiersduXIX
siècleaété le foyer.Cette prudence,qui n’exclutpaslaradicalité dontil devait
faire preuve dansl’appréhensioncritique etla constructionthéorique du
phénomène,versons-laplutôtaucompte desonsensdu social et, en particulier, de
cetteconsciencetrèsfinequ’iladéveloppée deceque, dans ununiversaussi
autonomequecelui de lapoésie post-romantique, leschangementsde frontdans
l’ordre desformes sontàlafoisdesévénementsetdesenjeuxet que, loin d’être les
produitsd’initiativespersonnelles, ilsconstituentdesphénomènesproprement
3
collectifs, dontaucun individunesauraitêtre l’unique instigateur.Le motde
«crise » placéaufronton dugrandtextequeMallarméréserveau verslibre dansle
recueil desesDivagationslesuggèreàluiseul: àl’horizon deson proposfigurent
aussibien latribudespoètes symbolistesen lutte pourl’obtention d’untitre de
propriété exclusivesurl’innovation encauseque lesystème de normeset
d’institutions qui leurenjointàtousd’entrerdanscette luttesans renonceràleur
illusion d’absoluesingularité.Daterl’irruption du verslibre de lamortdeVictor
Hugo, n’est-ce pas,souscetangle, laréférerencoreàun horizoncollectif envisagé
àdeuxniveauxd’abstraction: auplusdirect, l’émotion libératrice éprouvée par
toute la communauté despoètesàladisparition d’unPère etd’un homme dieu
ayantincarné « leverspersonnellement» ; et,auplusfondamental, l’idéeque « la
formeappeléeversest simplementelle-même lalittérature »,autrementdit qu’ily
va, danslevers, d’unereprésentationunanime de lalittérature penséecomme
4
accentuation de la« diction » etexpériencerythmique dulangage?

1
StéphaneMallarmé, «Crise devers», dansŒuvrescomplètes,tome2, éd.Marchal,Paris,
Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade »,2003, p.205.
2
«La Musique etlesLettres», dansŒuvrescomplètes,tome2, éd.citée, p.65.
3
Dans sonarticle «Versetmusique enFrance », l’un desmorceauxarticulésàl’ensemblecomposant
«Crise devers»,aulieude « on mevoulut unrôle plusefficacequoiqu’il neconvientàpersonne »,
Mallarméavaitplus significativementécrit« malgréqu’iln’appartientàpersonne »[je
souligne](Œuvrescomplètes,tome2, éd.citée, p.299).
4
«Crise devers», éd.citée, p.205.

1

3

Positiontrès ambiguë entout cas que la sienne.Théoricien du verslibre,
5
qu’il propose de «[nommer],comme ilsied,polymorphe» ,nonseulement
Mallarmé ne l’apaspratiqué -exception faite duCoupdedés,àsupposer quece
texte limite enrelève de plein droit-, maisilafaitpreuveaucontraire d’un grand
conservatisme prosodique.Faut-ilrappeler quesesPoésiespost-parnassiennes se
signalent,surfond derétractionthématique etdeconstriction formelle, par
l’adoption presque exclusive du sonnet,un fortpouvoirgénérateurconféréàla
rime et un privilège manifeste donnéàl’alexandrin etdans une moindre mesureà
l’octosyllabe?S’ilya, fût-ceàdistance, engagementdesapartdanscequ’il
appelle «crise devers»,cetengagement semblebien plutôt viseràladéfense du
vers strict qu’àl’illustration du verslibre,suivantcette mêmetendancequi l’avait
amené,aulendemain de lapublication parThéodore deBanville deson petitTraité
depoésie française,àseconformer scrupuleusement, désormais,aux règles
édictéespourlesonnetpar sonaîné,quitteàretoucher troisdeses sonnets
6
antérieursà1872afin de les ajuster auxprescriptionsdecelui-ci .Ily valà
cependantd’uneconstante desesécritspost-parnassiens,quisont toutentiers
placés sousl’impératif d’unetriple opération desauvegarde:sauvegarde du« divin
bouquin »au tempsdujournaltriomphantetdulivre industriel ;sauvegarde de la
littérature etde lapoésie faceàl’«universelreportage» etaudéferlementde la
7
prose instrumentale ;sauvegardde, enfin,u vers canoniqueàl’heure du verslibre .
Et sison œuvre poétiquerendbiensouvent unson funèbre,c’est qu’elle estaussià
samanièreunsanctuaire de l’alexandrin,unesorte detombeaudu vers, la crypte
d’unecertaine exigence poétique.
Sadistanceàl’égard duphénomène n’estpas seulement spatiale.Elle est
aussitemporelle.Le premier texte desaplume danslequel il évoque publiquement
leversencrise, «Versetmusique enFrance », nesort qu’en mars1892dansles
colonnesduNationalObserver,soitcinq, dixou vingtansaprèsl’apparition du
verslibreselonqu’on enattribue laprimeurà GustaveKahn,MarieKrysinskaou
Rimbaud. «Ilse fait tempsd’en parler»: c’estle moins que l’on puisse dire.Son
retardsecreuse encore lorsque, l’annéesuivante, dissertant surLa Musique etles
Lettres, le poèteconférencieremprunte leton etlarhétorique dugrandreporter
pourannonceràl’Angleterre lagrande nouvelle - «Onatouchéau vers»s’y
détachantenunseul paragraphecommes’ils’agissaitd’une manchette de journalà
sensation,annonçantle gros titre «Onamarchésurlalune »quetantde
rédactions, parclin d’œilà Hergé, inscrirontàlaune en 1969:

5
Ibid., p.207.
6
Laremarque enaété faite parJacquesRoubaud, «Surlaforme du sonnetfrançaisde 1801à1914 »,
dansLeSonnetau risque du sonnet(B.DegottetP.Garriguesdir.),Paris,L’Harmattan,2006,
p.289290.
7
Ces trois sauvetagesàopérern’en font qu’unàses yeux, puisque « leversest toutdès qu’on écrit»
et que l’hégémonismecroissantde laprose journalistiquesurlasphère de l’impriméconstitue, non le
fond, maislecadre même de la crise des valeurs symboliquesdontleverslibre n’est qu’un des
symptômeslesplus visibles.

1

4

Un intérêtdevotre part, meconviantàdes renseignements sur
quelquescirconstancesde notreétatlittéraire,ne le faitpasàune date
oiseuse.
J’apporte en effetdesnouvelles.Lesplus surprenantes.Mêmecas
nesevitencore.
- Onatouché au vers.
Les gouvernementschangent ; toujourslaprosodiereste intacte:soit que,
dansles révolutions, elle passe inaperçue ou que l’attentatnes’impose pas
avecl’opinionquece dogme dernierpuissevarier.
Ilconvientd’en parlerdéjà, ainsiqu’un invitévoyageur toutde
suitese décharge par traitshaletantsdu témoignage d’unaccident suetle
8
poursuivant:enraisonque leversest tout, dès qu’onécrit. […]

En faitdereporter revenantdu théâtre desopérations, onavuplus rapide.
Il estfortpossiblequ’un peud’ironiese mêleàtoutce dramatisme essoufflé et que
cestyle,ceton, leretard dupoètesurl’événement soientpourluiune façon de
fairesentir que, deson pointdevue,cetévénementdécidémentne passe pas.Mais
il estpossibleaussibienqueceton etcestyle journalistique,Mallarmé lesadopte
afin designifier quecetévénement, porté par une impersonnalité diffuse («Ona
touchéau vers»), n’apaseulieuponctuellement,qu’il estprisdans une logique de
répétition,voulant qu’une fois qu’ons’estdressécontre le grandcode prosodique,
l’attentatnecesse pasdes’enrépéter, de mêmequec’est«àl’infini »qu’il
convient, écrit-il dans«Crise devers», d’«[envisager]ladissolution maintenant
9
dunombre officiel, encequ’onveut».
L’effraction d’unsanctuaire disperse les signesdu sacré.Ne demeure
qu’un lieu vide, hanté par une plénitude dissoute, par une forme désormais
arbitrairequi netenait saforceque de la croyancecollective dans sonabsolue
nécessité et sapérennité.Lever,si l’on ose dire, estdansle fruit.Carla
versificationrégulière,quitolérait sansdoute,àsescôtés, desformes relâchées,
propresàlafable,àl’opéraouàlapoésie populaire, n’apparaîtplus quecomme
une option parmi d’autres.Elle étaitl’horizonrégulateurdetoute pratique
prosodique, l’étalon ordumarché deséchangesetdeschangementsformels, la
norme incontestableau regard de laquelletoutetransgressionapparaissaitcomme
une licence,une maladresse ou unaccidentet voiciqu’elle n’estplusguèrequ’une
institution:un « monumentpublicquantànotreville »àl’entourduquel,selon les
termesadoptésparMallarmé dans salettreà GustaveKahnau sujetdesPalais
nomades, «quiconque musicalementorganisé peut, en écoutantl’arabesque
spécialequi lecommande et s’ilarriveàlanoter,se faireune métriqueàpart soi et
10
horsdu type généra.l »Ajoutonsnéanmoins,chosequi nesemble pasavoir

8
«La Musique etlesLettres», éd.citée, p.63-64.
9
«Crise devers», éd.citée, p.207.
10
Lettreà GustaveKahn, 8 juin 1887, dansCorrespondancesuivi deLettres surlapoésie, éd.
Marchal,Paris,Gallimard,coll. «Folioclassique », 1995, p. 595.

1

5

échappéànotre poète,que l’institution de laversificationrégulière encadence
originaire,reliéeaux rythmesfondamentauxde lalangue etde la civilisation,
demandait qu’uneautre forme,transgressive,se fasse jouravecun fortindice de
propagation.De lamême façonque l’authenticité ne prendsenset valeurde fétiche
qu’enrégime d’inauthenticitécroissante, levers strictn’estpassé du statutd’une
forme dominanteà celui d’une formearchaïque primordialequ’aumomentoù un
autrerégime deversification faisantl’objetd’âprescontroversesestdevenu
disponible etacceptable.L’esthétisation des techniques, icicommeailleurs, estle
plus souvent rétrospective, l’irruption d’une forme nouvelleconférantàlaforme
qu’elle périme ouprétend périmer uneauraquecelle-ci ne détenaitpasdu temps
qu’elle faisaitl’objetd’un emploibanalementexclusif.Toutl’effortdeMallarmé
théoricien du vers seraeffectivementdeconférerà celui-ci, dansles turbulences
fécondes qu’ilconnaîtaprès1885, lerang d’uncanon littéraire fondamentalauprix
d’une extension de laprosodieàtoutfaitdestyle etàtoute organisation formelle
de l’expression littéraire.C’est qu’ily va,àses yeux, dansla crise du vers, d’une
crise de lalittérature,crise féconde portantcelle-ciàs’interroger surcequi fonde
salittérarité etparconséquent son exceptionau sein des usagesdiversdulangage.
OnsaitlesdeuxdirectionsprisesparMallarméà cetégard.Cesontplus
exactementdeuxperspectivesadoptées surl’appareil poétique penséàlafois
comme espacesocial etcommeconscienceverbaletravaillée par unerythmicité
fondamentale:d’uncôté,vud’en haut,un partage entre deuxemploisde la
prosodie,réservantau vers strictlapompe desgrandesoccasionsetdes thèmesles
plus solennels,quisontaussi lesplusimpersonnels, etau verslibre l’expression
des rythmes singuliersetdesperceptions subjectivesde « lois[…]reconnuesdans
11
lalangue» ;de l’autre,vuduplusprofond, l’institution du versen essence d’une
littératureconçuecommeartdes rapportsetdetoute écriture littéraire,
réciproquement, en manifestation plusoumoins radicale dubattement rythmique et
12
duprincipe d’organicitéavecquoiseconfond la« formeappeléeversl» ,aquelle
13
estnombre et rapportentre desnombres.
14
«Orage, lustral », en effet:la crise ouverte parl’irruption du verslibre
sorte de palaisnomadeau regard dumonument stable de laprosodierégulière
contraintidéalementlalittérature, lavée deses routinesetdesesdéfinitions
génériquescontingentes,àressaisir son propre principe,àouvrirl’époque d’une
réflexionsurle langageàtravers uneréflexivité générale dudiscours.

11
Ibid., p.595.Dans son «ObservationrelativeaupoèmeUnCoup deDés jamaisn’abolirale
Hasard»,Mallarmésembleraplutôtaffecterlaversificationtraditionnelleau registre de lapassion et
de larêverie (dansŒuvrescomplètes,tome 1, éd.Marchal,Paris,Gallimard, «Bibliothèque de la
Pléiade », 1998,392).
12
«Crise devers», éd.citée, p.205.
13
Onsereportera auxpageséclairantes queMichelMurat réserveau verslibreselonMallarmé dans
lapremière partie deson ouvragesurLeCoup dedésdeMallarmé.Unrecommencementde lapoésie,
Paris,Belin,2005 et, pourle détail de ladoublesolution formelle ici évoquée,à PascalDurand,
Mallarmé.Du sensdesformesau sensdesformalités,Paris,Seuil,coll. «Liber»,2008, p. 155-160.
14
«La Musique etlesLettres», éd.citée, p.65.

1

6

L’enthousiasmeun peuforcé dontil faitassautenaccueillantle «délicieux
15
affranchissement»accompli parKahn en 1887 etdontil necesserapas
d’entourerlesinitiativesdesadeptesdu verslibre,Mallarmé ne l’équilibre pas
moinspar une inquiétude plusoumoinsdéclaréetouchantauxeffetsdesape
susceptiblesdes’exercer,suiteàl’attentatprosodique,sur toutl’édifice deslettres
–unédificequi estaussi, pourdétournerl’expressionqu’il emprunteàl’exorde de
16
sa conférenceanglaise,uén «tatlittérair, de »anslequel lapoésie,c’est-à-dire
17
l’espaceconstitué parles rapportsentre poètes,tienten effetd’une «v, mille »ais
dontlesfortificationscommenceraientà céderdetoutesparts.
C’est que leverslibre estdevenu,audébutdesannées1890,un fait social
àpartentièreau sein dumicrocosme poétique encequ’ilapparaîtautantcomme le
résultatd’expériencesponctuellescumulées quecomme le produitdesdébatset
descombatsdontil faitl’objet.Les rivalitésfont rage dansce microcosme pourla
paternité de l’invention ou son exploitation fertile.Dujardinrapporte, dans ses
souvenirs,queKahn etMoréas setoisaientdanslescafés,ayantchacun en poche
un poème enverslibreà brandir sousle nezde l’autre en guise de preuve de
18 19
propriétésurla chose etde priorité dans son invention .«Âpres, lesdissensions» ,
avaitdéjàfaitobserverMallarméàsesauditeursd’Oxford etCambridge, fortde
cette idéevalant surlesdeux terrainsde lasociété globale etdupetitmonde
20
littéraireque «ceàproposdequoi ons’entre-dévore,compt.e »On nesaurait
mieuxdire,car si leverslibre,comme le poèteaimeàlerépéter, est une
«variation »toutindividuelle,tirantprofitesthétique de laliberté de «se[…]
21
composer un instrumentl» ,avolonté n’estpasmoinsforte, dansles rangsdu
symbolisme, derationaliserchacun desoncôtésapropre pratique du versdans
l’ambition de l’imposerentant que forme lapluspure etlaplus rationnelle de
l’expérience poétique.Ambition dontl’« instrumentisme » d’un prétendantpressé
telqueRenéGhilconstitue l’expression laplusévidente,bienqu’elle nesoit
véritablement significativequereliéeàlamultiplication despetites revuesetà
l’efflorescence detantd’autresdoctrinesien «smes» durant toutecette période.
Souscetaspect, la«crise devers»sonnecommeunecrise de nerfs, provoquée par
l’exaspération polémique des singularitésindividuellesetdes rationalités
antagonistes, danslechocdesquellesce n’estpas seulementl’instrumentdu vers
qui estmisen péril,aux yeuxdeMallarmé, maisencore lastabilité dugenre
poétique,son identité et sa capacitéàmaintenir saposition, longtempsdominante,
dans unsystème desgenres qui,après1880, faitl’objetd’un profond
réaménagementdufaitde lamontée du roman danslahiérarchie deslégitimitéset

15
Lettreà G.Kahn, déjà citée, p. 595.
16
La Musique etlesLettres, éd.citée, p.63.
17
Lettreà G.Kahn, déjà citée, p. 595.
18
ÉdouardDujardin, «Lespremierspoètesdu verslibre »,dansMallarmé par un des siens,Paris,
Messein, 1936, p. 129-133.
19
«La Musique etlesLettres», éd.citée, p.64.
20
Ibid., p. 72-73.
21
«Crise devers», éd.citée, p.207.

1

7

souslapoussée d’une grande pressebien prèsdesoumettretoute lasphère de
l’impriméàson hégémonie etàsonusage mercenaire dulangage.L’« exquise
22
crise, fondamentale »saluée dansl’article desDivagationsest«autant qu’une
23
autre,socia,le »avait-ilsouligné dans sa conférenceanglaise,ayant sansdoute
autantàl’espritles rivalitésdivisantlatribudes symbolistes que lalutte pourla
survie duplusapte dontJulesHuret s’étaitfaitlereporter, en 1891,surleterrain,
mettantauxprises, pourle monopole de l’excellence etde lapertinence littéraires
enregard desbesoinsetdesidéauxde l’époque, poèteset romanciers,symbolistes
etparnassiens,romanciersnaturalisteset romancierspsychologues.L’heure està
unesurenchère générale de différenciation etde distinctionqui montreque lafin
du siècle n’estpas seulementmarquée,au sein duchamp poétique, par une «crise
24
des valeurs symbolistesm» ,aisplusfondamentalementpar unecrise des valeurs
symboliquesatteignantaussibien lapoésie entempsdecrise du versetleroman en
tempsdecrise dumodèle naturalisteque l’ensemble d’unchampculturel dans
lequel le processusd’autonomisationamorcésoixanteansplus tôtdébouchesur
25
une « institutionnalisation de l’a.nomie »
Decetteanomiequitendàsuspendretout sentimentd’appartenanceàun
mêmecorpscollectif, leverslibre estl’équivalentdanslechamp despoètes,sinon
l’expression poétique -«refletdirect»,avaitdéclaréMallarméàHuret, d’«une
26
sociétésans stabilité,sans unit-, eé »til paraîtdifficile deséparerladirectionque
l’auteurdeLa Musique etlesLettresprend pour théoriserleverslibre, et, en deçà,
laforme fondamentale du vers, de l’intention,quisemblebien l’animer, de
proposeràtoutecette génération morceléeuneconception de lapoésie etde la
poéticitésuffisammentgénérale pour réconcilierlespoètesdetoutesobédiences,
au sein de l’avant-gardesymboliste,sansoffenserleur souci de distinction
réciproque et suffisammentgénérique pourmaintenir, entre emploi littéraire et
emploi non littéraire dulangage,une différence irréductible.Enseptembre 1886,
Moréasavait tenté, pour son proprecompte, de prendre lecontrôle dumouvement,

22
Ibid., p.204.
23
«La Musique etlesLettres», éd.citée, p.65.
24
VoirMichelDécaudin,La crise des valeurs symbolistes,Toulouse,Privat, 1960.
25
L’expression estdePierreBourdieu, «L’institutionnalisation de l’anomie »,CahiersduMusée
national d’artmoderne, n° 19-20, 1987, p.6-20.Notons quececonceptd’«anomie »vient toutjuste,
en 1885, d’être forgé parle philosopheJean-MarieGuyaupourcaractériserlamorale positive
adéquateàuntempscaractérisé parl’effondrementdesgrandsprincipesd’autorité (lareligion, l’État,
lascience), enattendant qu’unDurkheim l’utilise, dans sathèsesurlesuicide, pourdésignerau
contraire lesperturbationsetpathologiesengendréesparlesétatsdesociétécondamnantà
l’indétermination etàune perpétuelle mobilitéceux qu’unetrop grande division du travail isole les
unsdesautres,auprixd’une perte du sentimentde leurinterdépendance etdu sensdetoute
transcendancecollective.VoirJean-MarieGuyau,Esquisse d’une moralesansobligation, nisanction
(1885), éd.Mauve,Paris,Fayard,coll. «Corpusdesœuvresde philosophie en langue française »,
1985 etEmileDurkheim,LeSuicide(1897/1930),Paris,P.U.F.,coll. «Quadrige », 1999,chap. 5.
26
«Decette organisationsociale inachevée,qui explique en mêmetempsl’inquiétude desesprits,
avait-il précisé, naîtl’inexpliquébesoin d’individualité dontlesmanifestationsprésentes sontlereflet
direct» (JulesHuret,Enquêtesurl’évolution littéraire(1891), éd.Grojnowski,Vanves,Thot, 1982,
p.74).

1

8

avec sontexte programmatiquesurL’école symboliquepublié danslescolonnesdu
Figaro; unsurcroîtderivalité enavait résulté dansles rangsdessymbolisteset son
manifeste fitlong feu.Avec«Crise devers»,Mallarmé donneàtoute l’écoleson
véritable manifesterétrospectif ;fortdesonstatutd’aîné etdetémoin engagé, il
prendacte d’unesituation decrise, indique lavoie deson dépassement, définit une
doctrine du vers, de lapoésie etde lalittérature, et,chemin faisant, énumère,
comme le feraplus tardunBreton, nonseulement quelquesprécurseurs(Verlaine,
Laforgue), maisencoreceux quis’inscriventactivementdansle mouvementdontil
désigne lesensetfaitmiroiterlaportée:

Tantôt une euphonie fragmentéeselon l’assentimentdulecteurintuitif,
avecune ingénue etprécieuse justesse — naguèreM.Moréas ;oubienun
geste,alangui, desongerie,sursautant, de passion,quiscande
—M.VieléGriffin;préalablementM.Kahnavecunetrès savante notation de la
valeur tonale desmots.Je ne donne de noms, il en estd’autres typiques,
ceuxdeMM.CharlesMorice,Verhaeren,Dujardin,Mockel et tous,que
27
comme preuveàmesdires ;afinqu’onsereporteauxpublications.

Mais revenons àla questionqui nousoccupe: celle de la« position » de
Mallarfmé «aceau verslibre ».Ilserait réducteurde mettre ladistance etla
28
hauteur aveclesquelsilconsidère l’« heureusetrouvadille »u verslibreau
compte du seulsouciqui l’animeraitdese placerdanslaposition duchef d’école
au-dessusde lamêlée oude l’aînérappelant sescadetsauxantiquesdevoirsde
l’écriture etaux rythmesessentiels.Ilyadecela biensûr.Saposition d’extériorité
engagée n’en estpasmoins, pour son proprechef,une positioncritique, entant
qu’elle exprime le décalagetoutintérieur qui estlesienau sein duchamp poétique.
C’estlàpour une part uneaffaire detempérament.Toute l’œuvre deMallarmé,
touteslesconduitesdupoète etde l’hommesontplacées sousle doublesigne d’un
sensdesformesetd’unsensdesformalités:le goûtdesnombresetdes rimesest
aussi,chezlui,un goûtdes rites, lerespectdûauxformeslittéraires,unrespectdû
aussiauxnormesplusoumoinsexplicites quiréglemententnonseulementlavie
sociale en général, maisaussicetteviesociale particulièrequ’ilappelle
29
« l’existence littérair.e »Maisce décalage estégalement toutintérieurencequ’il
meten porte-à-faux réciproque lesdispositions qu’ilaprofondémentet
durablementintérioriséesetlapositionqu’il occupeau sein de l’universpoétique

27
«Crise devers», éd.cit207.ée, p.Régnier avaitétécitéàlapage précédente.Ne manque pas
même, dans cetexte, latrace d’une excommunication,AdolpheRetté — entre-tempspassé dans
l’oppositionauxdécadentset symbolistes—ayantété inclusdanslasérie des vers-libristesdans
l’une despremières versionspubliéesdecettesection du texte («Divagation premièrerelativementau
vers», dansVerset Prose, 1894).Ladisparition dunom deMaeterlinck, luiaussicitéaudépart,
paraîtpluscurieuse.
28
«La Musique etlesLettres», éd.citée, p.64.
29
«Solitude », dansŒuvres complètes,tome2, éd.citée, p.256.

1

9

après1885,celle d’un maîtreadoubé parlajeune génération montantealors que,
parbien desaspects, ilrestetributaire des représentationsde lapoésiequecette
même génération metàmal.En 1892,aumomentoùilsesaisitde laquestion du
verslibre,Mallarméa50ans; desavingtièmeannéeàl’approche desa
quarantaine, ilaété forméàl’école deBaudelaire etdeBanville,auculte de la
« poésie pure »etde lavirtuositéverbale, maisaussi, fût-ceàsoncorps
récalcitrant,au sein d’une école, leParnasse,quiafaitde larégularité, de la
pétrification formelle, de larigueurprosodique lesocle même desadoctrine ; une
écolequiaété laplusfermementinstituéequ’onait vue —unchef de file
incontesté,uncénacle,uncredo inflexible,unerevue parfascicules,un éditeur—,
alors quecellequiva après1880luicontester sasuprématiesera, pour sapart,
porteuse detousles signesde l’éclatement:multiplication desprétendantsau rôle
de leader, effervescence de petites revues souventéphémères, prolifération des
doctrinesien «smes», dislocation du vers, etc.L’ambiguïté etladimension
critique de laposition deMallarméquantau verslibre, entreautres,tient sans
doute, dupointdevue le plusfondamental,à ceci: àl’âge moderne, lesformesde
lalittératurechangentplus vite, hélas,que lecœurd’un mortel.Lechamp poétique
s’est transformé de façonaccéléréeaprès1880; lui est restételqu’en lui-même,
fidèleau verscomme ilsevoudrafidèleaulivre.Autrementdit,ses structures
mentaleseten particulier sareprésentation dufaire poétique ont survécuàl’univers
esthétiquequi lesafaçonnées.Sathéorisation du verslibre,touteambivalente,sa
pratique du vers strictetde laforme fixe entempsdecrise du vers, ladouble
tendancechezluiàironiseretàsur-sacraliseràlafoisla chose poétique etles
rituelsde lalittérature nesontpasétrangèresà cettehystérésisde l’habitusfaisant
duchef de file de lagénérationsymbolisteunesorte de parnassienattardé.Au
tempsduParnasse, il étaitenavance ; vingtansplus tard, levoicicomme enretard
etporté parconséquentàprendre de lahauteuretde laprofondeuràl’égard des
chaotiquescontroverses qui divisent sesémules.
Etc’estpar unautre écartencore, lamort troptôt venue,quevas’achever
sa carrière,aveclapublicationàl’enseigne de larevueCosmopolis, en 1897, de la
premièreversion deson grand «Poème »,UnCoup deDésjamaisn’abolirale
Hasard.Occasion,semble-t-il, derenverser toutesapoétique du versetde laforme
brève: aux sujetsminimauxdes sonnets s’opposerale grandsujetd’uneaventure
métaphysique dansl’ordre dulangage etdesnombres;au décorconfiné des
«salons» etautreschambres vides, le grandthéâtre d’unecosmogonie ;à
l’implosion formelle, l’explosiontypographique et,au vers régulier,une
irrégularité généralisée, provocante.Occasion,surtout, derattraperle mouvement
poétique en marche etde le prendre devitesse. «Latentative, fera-t-il observer,
participe,avecimprévu, de poursuitesparticulièresetchèresànotretemps, levers
30
libre etle poème en prose .»LeCoup deDéssetrouve ducoup placé dansle
e
prolongementdesdeuxgrandesformesinventéesen poésieauXIXsiècle et

30
«ObservationrelativeaupoèmeUnCoup deDésjamaisn’aboliraleHasard», dansŒuvres
complètes,tome 1, éd.citée, p.392.

2

0

marquéesl’une etl’autretantparl’irrégularitéque parl’hybridation.Mallarmé,
bien plus, le donne pour untextevalantàlafoisparl’« état»qu’indiil «que » et
pargenle «re »que peut-être ilamorce.Textesymptôme et texte prototype.
Symptôme, d’uncôté, d’«un état qui nerompe pasdetouspointsavecla
31
tradition »:leCoupdeDéscommerelevé géométrique et translation enun
«Pdoème »’unesituation poétique où sesuperposenten partie deux systèmes
d’expression etdecodification, lalonguetradition du vers strictetlapériode
s’allongeantdu verslibre.Prototype, d’unautrecôté, d’ugenn «re »,quiserait
vouéaux«sujetsd’imagination puroe »uàl’« intellect», mais qui «[laisserait]
intactl’antiquevers,au quel[sic]je gardeunculte etattribue l’empire de la
32
passion etdes rêveries» .Laradicalité duCoupdeDés, leçon de liberté
administréeauxadeptesdu versditlibre, leçonaussi d’unecontrainte généraliséeà
touslesparamètres textuelsetparatextuelsde l’écrit,resteainsitributaire, de
quelquecôtéqu’on l’envisage, du tiraillemententre deux« états» historiquesdu
verscommeaussi,chezMallarmé, entre goûtde lanouveauté et«cultde le »a
tradition.Quantàsoncontenu,si peudissociablequ’ilsoitdesaforme,comment
ne pas voir, malgré ladénégationqueMallarmé faitporter surle genre du
33
«récit» ,qu’il développeun grandrécitouvert surl’àvenir, mais qui n’en peut
pasmoinsêtre lucomme lerécitd’un naufragequi n’estautrequecelui du vers, de
34
l’alexandrin, du«NOMBRE/issu stellaire»?Résumé detoutesapoétique
personnelle, mise enscènetypographique de lathéorie de lasignificationqui lui est
propre,UnCoup deDésjamaisn’aboliraleHasards’offreaussiaulecteurde
Mallarmécommeuneallégorietoute mélancolique desaposition danslechamp
poétique fin desiècle: avant-gardistevouant unculteàlatradition ;théoricien
d’unverslibrequ’il ne pratique pas; «Maître »àla barre d’unversen liberté
s’identifiantauMètre englouti ;àlafoisdedans,à côté, plusloin, enretrait ;
35
chevilléà« la Poésie -uniquesource .»
Pascal Durand

Université deLiège

31
Ibid., p.392.
32
Idem.
33
Ibid., p.391.
34
UnCoup deDésjamaisn’aboliraleHasard, dansŒuvrescomplètes,tome 1, éd.citée, p.382-383
35
«ObservationrelativeaupoèmeUnCoup deDésjamaisn’aboliraleHasard», éd.citée, p.392.

2

1

Verlaine etleverslibre:
une positionambiguëet unrejetidéologique

Avantde nousintéresser auxpositions,ambiguës, deVerlaine faceàla
problématique du verslibre,ainsiqu’auxenjeuxen présence, nousaborderonsle
contexte oùnaîtce débatetlareprésentationqui estalorscelle dupoète.

1885 estmarqué parlamortdeVictorHugoaveclequel les symbolistes
exprimentleur rupture.De nombreuses voix s’élèventpour stigmatiserl’effet
castrateur que le poète produisit sur sesjeunescontemporains.Nouspensonspar
exempleàla charge deMallarmé écrivantd’Hugo dansCrise deversqu'il:
«rabattit toute laprose, philosophie, éloquence, histoireau vers, et,comme il était
leverspersonnellement, ilconfisqua chez qui pense, discourtounarre, presque le
1
droitàs'énoncer. »Ouencoreàl’affirmation deVielé-Griffinselon laquelle:« la
vieillesse prestigieuse deVictorHugo fut une époque destérilité pour tousles
poèteshorslui-même.Que faire en face d'untelcontemporain?Hugo, en effet,
2
avaitprogressivementéteint toutevelléitécréatriceautourde lu.i »
Danscecontexte de défianceàl’égard des staturesécrasantes, la
vénération desjeunespoètes se portesurdesmaîtresplusdiscrets: Verlaine
(1844-1896) etMallarmé (1842-1898),quivont servirde fermentàtouteune
génération, ditesymboliste, laquellevoiten euxl’incarnation de larénovation
poétique,àdes titresdifférentscomme on lesait.Si lesdeuxpoètes sontperçus
comme lesprécurseursde l’évolution poétique encours, il échoità Verlaine d’être
considérécomme lerénovateurdulyrisme.De fait, lapoésie estpourlui,qui
3
privilégie lamélodie du vers, «unclavier, le poèteunartiste … »En fontétat son
œuvreainsiqueson discoursmétapoétique, lequelconcourtàl’élaboration d’une
image dontilatoujourseulaparfaite maîtrise, etce dèslarédaction desPoètes
Maudits.
Bienquetémoignantd’uneconscienceaiguë desonart,Verlaineaffiche
pour toutethéorieun mépris qu’on lui prêtevolontiers tantil l’asavammentmis
enscène.Cette image estofficiellementconfortée parJulesHuret,qui, en 1891,
4
danslapublication desonEnquêtesurl’évolution littéraire,qualifieVerlaine
d’«artiste de purinstinct».Le jugement,qu’ilalui même largementcontribuéà
établir, plaîtàl’auteurdesRomances sansparoles,qui, dans ses réflexions surla
poésie,cultive ladésinvolture,quand il nese livre pasàladémystification.Il
évoqueainsiavecunzeste de provocat«ion leSonnetdes voyelles»au sujet

1
Mallarmé, «Crise devers»,Œuvrescomplètes,La Pléiade, p.360.
2
Vielé-Griffin, «La Gestation duSymbolisme »,LaPhalange, 15juillet19079., p.
3
Cité parAdolphePossien dansl'article «DécadentsetSymbolistes.Uneconversationavec M.Paul
Verlaine »,LeFigaro, 4 février1891.
4
JulesHuret,Enquêtesurl’évolution littéraire,Préface deDanielGrojnowski,JoséCorti, 1999, p.
109.

2

3

duquel ilaffirme:«Moiquiaiconnu Rimbaud, jesais qu’ilse foutaitpasmalsi
Aétait rouge ou vert.Il levoyaitcommeça, maisc’est tout. »Saréputation est
renforcée parl’incompréhensiontotalequeVerlaineaffecteàl’égard du
symbolismeauquel on lerattache, etoùil necompteque desadmirateurs; les
«cymbalistes»,surnomqu’ilattribueàses tenants, l’embêtent, etilaffirme
n’avoir rien decommunaveceux.De manière générale, ilrejette enblocles
dénominations qui désignentlesmouvementslittéraires, il n’y voit qu’une «pure
5
fumisterie doublée duplusintransigeantenfantillage » .Lescepticisme etle
vocabulairerelâché, la crânerie,qu’iladopte dans sesproposmétapoétiques
dénotentlavolonté farouchequi habiteVerlaine de prendre lecontre-pied des
discoursacadémiques.
Cultivantlaposture dudémystificateurilrépondauxjeunespoètes
amidonnésderespect quisollicitent sesconseilsqu'il n'yapasdethéorieà
faire,qu'il est unartisan du vers,un manuel.Il en donne ladémonstrationà
PierreLouÿsetAndréGide,venusluirendrevisiteàl'hôpitalBroussaisen 1889:

Regardez,leurdit-il: dans<<Bonheur>>, ilyaunversoùj'ai faitentrer
le mot trans-sub-stanti-a-tion. Etbien, il nes'agitpasde le mettreau
hasard !Il fautl'essayeràtouslesendroitsdu vers.Ilyalà commeun
travail de menuiserie, decharcuterie plutôt.Il fautarrondirleverscomme
6
unboudin .

La comparaison, -qui,toutetrivialequ’ellesoit, donne desindications
précieuses surlanature du travail prosodiqueaccompli parVerlaine - laisse les
disciples sans voix.A cette époque pourtant, le maître,s’il est toujoursadmiré,
n’estdéjàplusperçuparlesjeunespoètescomme lechampion de latransgression
poétique.Uneréputationque luiavait value en partie lapublication deL'Art
7
poétiquedansParis-Moderne, le 10novembre 1882.Un poèmesurlequel il
convientderevenirpourdéfiniroù sesitue,surle plan esthétique, laliberté de
Verlainequantau vers.
8
Dufaitde l’attaque deCharlesMorice dansLaNouvelleRive Gauchedu8
décembre 1882,ces vers, datésd’avril 1874 dansCellulairement,sontpointés
comme dangereuxpourlatradition poétique.L’affairerésonne dansle monde des
lettreset, en dépitdesdénégationsdeVerlaine, l’œuvreserainterprétéecommeun
manifeste prônantlatransgression descodes ;pourdesjeunespoètes tels que
GustaveKahn etVielé-Griffin, l’Artpoétiqueestconsidérécommeune préfaceau
vers-librisme.Affirmer qu’il n’en est rien parcequeVerlaine n’ambitionnaitpasde
rédiger untexte programmatique, et qu’il n’apasmaîtrisé laréceptionréservéeà

5
Verlaine, «Quinze joursenHollande »,Lettresàunami, 1893,Œuvresen prosecomplètes,
«Bibliothèque deLa Pléiade », p.391.
6
PierreLouÿs, «ParolesdeVerlaine »,VersetProse, octobre, novembre, décembre 1910, p. 9.
7
IlserareprisdansJadiset Naguère(1885),avecune dédicaceà CharlesMorice.
8
Souslasignature deKarlMohr.

2

4

son poème n’apas vraimentdesens:pour sesjeunesdisciples,àl’affûtdecequi
pouvaitenquelquesorte légitimerleursaspirationsàune libération poétique, les
vers qui lecomposent s’érigerontensymbole.Revenons surlesélémentsdu
poèmequi ontpuconduire les vers-libristesà cette extrapolation.
L’article deCharlesMorice dénonçaitl’hermétisme deVerlaine, et,
surtout,son méprisde larime.Un malentendu selon la réponseque lui fitl’auteur
de l’Artpoétiquequiaffirme:«Nous sommesd’accordaufond,carjerésume
ainsi le dérbat :imesirréprochables, français correct, et surtout bons vers,
n’importeà quellesauce. »Le poèteaura cependant bien dumalà se débarrasser
deson image de pourfendeurde la rime,tantlui estdésormais associé ledésormais
célébrissime:«Ô qui dirales tortsde laRime?».Surcettequestioncruciale,
Verlainereviendra àplusieurs reprises.Unarticle d’ErnestRaynaud, hostileàla
rime, l’oblige en 1888,àfaireune miseaupoint surlaquestion.

Sa«virulence, écritVerlaine,[…]m’afait réfléchiraux torts que j’ai pu
avoir, en propos seulement, dumoinsje l’espère, enverselle.[…] Je monte
donc à«cettetribuene »tje dis:Non, larime n’estpascondamnable,
mais seulementl’abus qu’on en fait.Notre langue peuaccentuéenesaurait
admettre leversblanc […] Rimezfaiblement,assonez sivous voulez, mais
rimezouassonez, pasdeversfrançais sanscela.[…] Ceque, par
exemple, je proscrisdetousmes vœux,c’estlarime mauvaise.Par rime
mauvaise jeveuxdire, pourillustrerimmédiatementmes raisons, des
horreurs commecelles-ciquinesontpasplus« pour» l’oreille[…] que
« pour» l’œil:falotet tableau,vertetpivert,tantd’autresdontla seule
pensée me fait rougir, et quepourtant vous retrouverezdansmaintsdes
9
plusestimablesmodernes.

S’attachantàlarime,queVerlaine invite donc àrepenserdans unsouci
d’harmonie, l’Artpoétiqueaégalement traitàlamusique, pourlaquelle levers
impair serait un instrumentde prédilection:

De lamusiqueavant toutechose,
Etpourcelapréfère l’Impair…

Ces vers, dontl’espritdesjeunespoètesaétébercé,sontdevenus
emblématiquesdu renouveaudulyrisme.Une fortune liéeàlaparfaiteadéquation
du thème d’Art poétiqueetde laformequiyest utilisée,unversimpair:

Il fautaussi// quetun’aillespoint
Choisir tesmots // sans quelqueméprise

9
Verlaine,Œuvresen prosecomplètes,op.cit., p. 1369

2

5

Sciemment, enusantd’ennéasyllabescésurés,auxquelsil imprime le
rythme 4/5,Verlaineancre larénovation poétiquesurlatradition,àlaquelle il fait
subirdesentorses.Qu’ilaitopté pour un mètre privilégié parlapoésie lyrique
médiévale n’estpasanodin.
Critique delarime, d’uncertaintype derime, etlouange de l’impair sont
lesprincipauxélémentsd’Art poétiquequi ontdonné lieuàdesextrapolations
abusivesouàdesmalentendusconcernantlesconvictionsdeVerlaine.De fait,
incontestablement,si lesjeunespoèteséprisde nouveautésesont sentisconfortés
parle maître dansleurentreprise derenouvellementdesformes,sonartet sa
modernité elle-mêmeserévèlentindissociablesdu vers traditionnel, pourdes
raisonsaussibien idéologiques qu’esthétiquescomme nousleverrons.

Lorsque, en 1886,s’ouvre danslapresse le débatconcernantla création du
verslibre,sadéfinition, et sapaternité,revendiquée parplusieurs,Verlainea42
ans, ilvientde perdresamère, ilafaitde laprison etil estlui-même malade.
Débute l’époque où,semi-clochard, ilerre d’hôpital en hôpital.Sonrôle dechef
d’école esten déclin, ilcommenceàêtre perçucommetimoréquantàsaremise en
question de latradition.Faceà ceverslibre, dontVielé-Griffinaffirmeraqu’il était
« dansl’air», laposition dumaîtresecaractérise par sonambiguïté.Laissons-le
s’exprimerlui-mêmesurlesujetdans une lettrequ’iladresse, enaoût1887,à
GustaveKahn pourleremercierde l’envoi desonrecueilPalaisnomades,
composé enverslibres:

J’adore, écrit-il,beaucoup devospiècesetnon desmoinshardies, dans
l’envoyage faire foutre des rimesminutieusesetdes compteriespar trop
surlesdoigts.Celadit, je n’enreste pasmoinspourles règles très
élastiquesmais pour les règles quand même,- mais pourquoicomme
d’aucun, me fâcherais-je contrevous ?Cequi estbeauetbon estbeauet
bon parceque et quoique.Voilàje penseune formuleàn’embêter
10
personne etceseraitlamiennesi j’enavais…

Ailleurs, ilaffirme encore:« libertéabsolue,telle estmadevisesi j’avaisà
enavoir une– etjetrouvebontoutcequi estbon, endépitetenraison des
11
règles.»Parcesproposcontradictoires,Verlaine élude laquestion de laforme et
souligneque lasubjectivité deson plaisiresthétique prévaut surlescritèrespropres
àdéfinirl’artpoétique.Maislalargeurdevuesdontilsetargue ense déclarant
finalementfavorableau verslibrerelève davantage du souci des’affirmeren phase
aveclanouvelle générationque d’uneconviction profonde, etce parceque la
beauté dupoèmes’avère pourlui inconcevablesi elle estcoupée de laprosodie
classique.Quantà ce point, il fautnoter que, en dépitducaractère palinodiquebien

10
Idem.
11
Verlaine, «AnatoleFrance », «LesHommesd’aujourd’hui » ,Œuvresen prosecomplètes, op.cit,
p 831.

2

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