Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 8,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Le voyage de Hollande

De
64 pages

Un grand livre introuvable depuis près de vingt ans...





Le Voyage de Hollande ne fait pas partie des livres les plus connus d'Aragon, mais n'en demeure pas moins une œuvre majeure dans laquelle on retrouve les grandes thématiques du poète, la douleur d'aimer, le jeu, le miroir, le double, et une matière humaine d'une profondeur peu commune. Après avoir réédité Les Yeux d'Elsa et Il ne m'est Paris que d'Elsa, les Éditions Seghers devaient offrir une nouvelle vie à ce grand livre introuvable depuis près de vingt ans.
Les poèmes qui composent ce recueil relatent moins le "voyage en Hollande" qu'ont effectué Louis et Elsa au cours de l'été 1963 qu'ils ne nous invitent à voyager dans un espace, réel ou onirique, qui fascinait déjà Baudelaire. "Le voyage de Hollande peut être voyage pictural ou exil puisque, après Descartes, plus d'un écrivain français a cherché refuge en ce pays", explique dans sa postface Michel Besnier.
Poète courtois égaré au vingtième siècle, Aragon parle ici aussi de l'amour au passé. En 1963, le temps a fait son œuvre ; bientôt les amants ne seront plus. Cette dimension temporelle explique la tonalité des poèmes sur lesquels se clôt le recueil.





Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le cœur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu à peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps
C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie
C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
À l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées








Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

couverture

Œuvre poétiques du même auteur

Chez Seghers

Les Yeux d’Elsa, 1942 ; réed. coll. « Poésie d’abord », 2005.

La Diane française, 1944 ; réed. coll. « Poésie d’abord », 2006.

Mes caravanes et autres poèmes, 1954.

Il ne m’est Paris que d’Elsa, Robert Laffont, 1964 ; réed. coll. « Poésie d’abord », 2005.

Le Voyage de Hollande, 1964 ; réed. coll. « Poésie d’abord », 2006.

Une vague de rêve, 1924 ; réed. coll. « Poésie d’abord », 2006.

La Chasse au Snark, de Lewis Carrol (traduit par Louis Aragon), dessins de Mahendra Singh, 2012.

Chez d’autres éditeurs

Feu de joie et autres poèmes, 1919, Gallimard.

Le Mouvement perpétuel, 1925, Gallimard.

La Grande Gaîté, 1929, Gallimard.

Persécuté persécuteur, 1931, Édition Surréalistes ; réed stock 1998.

Hourra l’Oural, 1934, Édition Denoël et Steele ; réed stock 1998.

Le Crève-cœur, Gallimard, 1941.

Le Nouveau Crève-cœur, Gallimard, 1948.

Les Yeux et la Mémoire, Gallimard, 1954.

Le Roman inachevé, Gallimard, 1956.

Elsa, Gallimard, 1959.

Les Poètes, Gallimard, 1960.

Le Fou d’Elsa, Gallimard, 1963.

Élégie à Pablo Neruda, Gallimard, 1966.

Les Chambres : poème du temps qui ne passe pas, 1969, Stock.

Les Adieux, Messidor/Temps Actuels, 1981.

Les Œuvres poétiques complètes, sous la direction d’Olivier Barbarant, sont parues en deux tomes dans la collection de la Pléiade en 2007.

LOUISARAGON

Le voyage de Hollande

Seghers
Poésie d’abord

LE VOYAGE DE HOLLANDE

Il est interdit blasphémer

Pour pénétrer dans mon domaine

Entre toutes choses humaines

Ce qui porte le nom d’aimer

*

Le départ

Le vain travail de voir divers païs

Maurice Scève

Ce que je dis de toi n’est au plus qu’une approche

Comme à la neige le névé

Comme à feindre le ciel le chanter bleu des cloches

Une caresse inachevée

 

Ce que je dis de toi n’est que lumière peinte

Amour mimé parfum décrit

La douleur est toujours plus forte que la plainte

Et plus le plaisir que le cri

 

Ce que je dis de toi n’est que l’ombre d’un songe

Non la chose à peine l’effet

Mon corail je ne suis que le pêcheur d’éponges

Qui te parle au presque-parfait

Les pauvres mots que paume et main

Pour dire le bonheur qu’on touche

La pauvre rime qu’est carmin

Pour décrire ta bouche

Je suis ce possédé qui joue à pigeon-vole

Les secrets sourds-muets de son cœur mis en croix

Et cherchant vainement le soleil des paroles

Autre chose toujours exprime qu’il ne croit

N’étant de rien miroir de tout faisant image

Je tiens avec les mains des propos de dément

Et faute d’à l’amour inventer son langage

Je dérobe leurs mots à d’autres sentiments

 

Je dis la faim je dis la soif ou le vertige

Je bats comme un volet comme une porte plains

L’âge n’a pas changé le parfum des prodiges

Si tu fermes les yeux mes yeux sont orphelins

De toi seule je vis et pour peu que tu partes

Je tombe je me perds j’étouffe je me tue

Ton silence déjà c’est Dieu qui triche aux cartes

Et même quand je dors je te crie où es-tu

 

J’ai peur de la contrée où les songes t’emmènent

Peur d’un regard croisé du livre que tu lis

Qu’une ombre ou qu’un nuage emprunte forme humaine

Elsa malheur sur moi je sais que tu m’oublies

Dans ce grand lit de nous jusqu’à la fin demeure

Où demain ne sera qu’un nouvel aujourd’hui

Ferme à jamais tes bras sur moi pour que je meure

Où j’ai passé mes jours comme une courte nuit

Nous appellerons Hollande

Ce pays de contrebande

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin