Le Voyage du grand pin

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Quand un voyageur est stationnaire, c’est l’univers qui tourne autour de lui, le soleil qui le regarde, la lune qui rêve à sa place.

S’attacher à la Terre, c’est tisser des liens profonds avec la planète, reconnaître ses eaux, ses cieux, ses oiseaux, les voisins qui poussent tout près, cyprès parfois.

Dans le règne végétal, on est une graine, une racine, une tige, un remède, un tronc, une demeure, un refuge, un phare, un château, l’emblème du pays, le cèdre du Liban, le baobab du Sénégal, le séquoia de la Californie, l’épinette noire de l’Abitibi !

On dit des pierres qu’elles sont tristes, que le velours est doux, qu’il y a des gueules de bois, des fleurs du mal, l’air du temps, l’eau de là.
Dans ces conditions, facile d’imaginer le voyage d’un grand pin.

Bonne route...


Publié le : vendredi 20 mai 2016
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EAN13 : 9782334109079
Nombre de pages : 50
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ISBN numérique : 978-2-334-10905-5

 

© Edilivre, 2016

Image 6

Le feu ça crée

Au cœur d’une forêt boréale, en pleine nuit, la foudre par sa puissance sans borne réussit en un éclair à embraser un immense territoire : le feu ravage un bout de planète.

La pluie, pourtant abondante au lever du jour, ne suffit pas à éteindre sa fureur.

Sous la chaleur intense des braises qui rampent dans la tourbe centenaire tapissant la forêt, la cocotte qui me sert d’abri éclate. Libéré, je goûte la première rosée sur ma peau fine d’embryon de pin ; je baigne dans la vie.

Des semaines passent avant que je perçoive la lumière pénétrant mon lit de mousse et de cendre.

Depuis quelques jours, accroché à mes frêles racines de bébé cône, je lève la tête au ras du sol sous un soleil éclatant.

J’entends chanter dans les branches et les fougères qui m’entourent. Je vois quelques êtres qui se déplacent en picorant les grains tombés. Ils n’auront pas comme moi, la chance de dormir sous ces étoiles de cristal qui tombent et me couvrent d’un riche manteau de blancheur et de froidure.

Depuis un long moment, j’ai l’impression de ne plus grandir.

Pourtant, un mince filet de vie subsiste. Je le sens traverser de mon cœur à mon écorce, entretenir l’espoir dans les quelques aiguilles de verdure octroyées par la fin de la saison chaude.

Une grande chaleur tombée du ciel m’a mis au monde, elle couve en moi.

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Des cris et des crocs

On marche au-dessus de moi ! Sous le couvert de neige glacée, je crois entendre un combat pour la vie ; des cris et des crocs figent ma sève. La neige bousculée me force à plier l’échine, sur mon tronc coule un chaud liquide visqueux. Des bruits de pas s’éloignent. Le silence se réinstalle.

Je n’ai pas vu ce qui s’est passé au-dessus de ma tête. J’ai peur, ces cris n’ont rien, vraiment rien, de ceux entendus au matin ensoleillé de ma naissance.

La saison blanche n’en finit plus. Je suis devenu complètement sourd. Si on ne me délivre pas, le poids de la neige va m’écraser face contre terre.

Je n’ai jamais écouté avec autant d’attention, un si long silence. Je pense sans relâche à ce blessé hurlant près de moi. Heureusement, hormis de petits pas sur la neige, je n’entends plus que le bruit des grands vents brodant de nouvelles étoiles de glace sur mon manteau.

Depuis quelque temps, l’eau et le frimas se succèdent sur ma peau, comme si une période d’indécision prenait la place des grands froids cassants qui durent depuis si longtemps.

Je respire enfin. Chaque jour, la neige s’enfonce dans le sol.

Je me retrouve en pays connu, tout près des souches brûlées de ma première saison. Enfin une douceur qui dure.

Mon manteau s’effiloche et part en morceaux dans la rigole d’eau et de boue transformée en ruisseau tout près de moi.

Je frissonne la nuit, mais dès que le soleil paraît, je retrouve cette vigueur qui me permet de relever vivement mon cœur, ma tête et ma tige aussi droits que les géants épargnés du...

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