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Le voyage stellaire

De
122 pages
"Ce poème de Guido Zavanone est fait pour surprendre les lecteurs et les plonger dans les tourbillons de visions, d'émotions et de connaissances. [...] Une oeuvre vraiment hors du commun, portée par un souffle puissant, avec des prises de position courageuses, un voyage qui va au bout du sens, un rêve dans le rêve, une enquête cosmique, stellaire, sur la vie..." Extrait de la préface de Giuseppe Conte
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Guido ZAVANONE
LE VOYAGE STELLAIRE Il viaggio stellare
Poème
Préface de Giuseppe Conte
Edition bilingue Traduction Monique Baccelli
LE VOYAGE STELLAIRE Il viaggio stellare
© L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03754-7 EAN : 9782343037547
GUIDO ZAVANONE LE VOYAGE STELLAIRE Il viaggio stellareEdition bilingue Traduction Monique Baccelli
Préface de Giuseppe Conte
Il viaggio stellare Ed. originale : San Marco dei Giustiniani, Genova, 2009
Un poètecosmiqueet métaphysique Ce poème de Guido Zavanone est fait pour surprendre les lecteurs et les plonger dans des tourbillons de visions, d’émotions et de connaissances. Un poème insolite dans le panorama d’aujourd’hui, que j’ai personnellement lu d’un seul trait, sans interruptions, saisi par la force de l’invention, revenant sur quelques images, quelques passages, mais avec le désir de continuer, plein d’admiration pour le courage et l’élan que demande un travail de ce genre. Je connaissais, on connaît, l’importance de l’éthique chez ce poète, et un petit poème commeIl viaggiovoyage) laissait déjà apparaître de (Le puissantes qualités visionnaires et métaphysiques.Le voyage stellaire, qui s’achève sur le même vers, la même «voix, moqueuse ou amie », intensifie l’aspect métaphysique mais en le transformant en narrativité mythique. Le voyage est un « vrai» voyage, peu importe s’il se passe dans un rêve ou dans les inatteignables profondeurs du cosmos, le protagoniste est vraiment l’auteur, c’est Guido, qui emporte avec soi dans les espaces interstellaires son histoire d’homme et de fils, ses passions, ses indignations, sa culture, sa religiosité. Au début du poème apparaît une forme lumineuse «pareille à un nuage d’été», un char céleste capable de franchir toutes les frontières, et un esprit/guide qui a des ailes de papillon et un corps de jeune fille: «et son visage rappelait les figures de proue des anciens navires». Détail vraiment fascinant, pour imaginer cette nouvelle Béatrice cosmique, pointe anthropomorphique d’un astronef qui aborde un impraticable chemin d’étoiles.Le narrateur avoue qu’il rêve d’être élevé dans les constel-lations, parmi les héros, dévoilant ainsi sa propre vocation mythique. Car l’une des propriétés essentielles du mythe, et en particulier du mythe grec, sur lequel se fonde l’Occident, est justement de transformer les héros en constellations : révélation de chose d’obscur et de très profond sur nos origines et notre destination.
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L’imagination de l’auteur est toutefois beaucoup plus dantesque que grecque. Le poème ressemble beaucoup plus à une cathédrale gothique qu’à un temple classique. Du gothique il a le mouvement, le côté haletant, le goût de la démesure et du difforme. Outre Dante les points de référence possibles sont Milton, et le Victor Hugo de laLégende des siècles. Mais certains effets sont en revanche plus proches de la science-fiction (cinéma et littérature). Ce mélange d’ancien et de contemporain est parfaitement réussi dans la forme, et constitue l’un des intérêts du livre. Sur la planète des nains et des géants, les nains à forte tête tiennent en laisse des géants esclaves comme des chiens domestiqués, dans celle des «hibernants » apparaissent des images d’ivoire, de glace et de marbre d’une grande puissance évocatrice, dans celle des robots ayant survécu à l’homme, on entend un jugement sans appel sur une civilisation qui se détruit elle-même en empoisonnant l’air et l’eau.Au cours d’un rêve, le protagoniste voit dans une sorte d’épiphanie la classe dirigeante de son temps, peut-être de tous les temps : « Derrière eux venaient des hommes politiques/bien connus, diligents et intrigants,/des sous-fifres obséquieux, des clients/et des magistrats aux visages sévères./Prudemment ils parlaient entre eux/de change, de prébendes, de faveurs.» Opposition absolument nette au pouvoir, de quelque manière qu’il s’exprime. Au même moment apparaît un homme aux vêtements déchirés, blessé au côté, en qui on reconnaît le Christ, le doux Jésus de l’Évangile selon Jean, celui qui a pardonné l’adultère et sauve maintenant de la lapidation le narrateur, coupable d’un moment d’abandon sensuel et de violence. La rencontre avec Dante est menée avec maestria, et l’on prend plaisir à entendre le maître de laDivine Comédie parler, aujourd’hui, de protons, neutrons et électrons pour conjurer un scientisme aveugle qui conduit le monde à la négation du divin. Dante a un ton désabusé, de prophète vaincu, comme le sont toujours les poètes. Mais même les vrais prophètes, Bouddha, le Christ et Mahomet ont vainement tenté de changer le monde. À notre époque la poésie semble être elle aussi exclue, et Dante le dit à son élève d’aujourd’hui, qui porte le même prénom que
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son Guido, le premier de ses amis avec qui il aurait voulu être placé par un «bon enchanteur » dans un vaisseau magique. La parole, désormais, « on la cultive in vitro/le lecteur fuit en quête d’autres rivages.» Mais les vers les plus touchants du poème sont ceux où l’auteur revoit sa mère et son père: j’avoue avoir éprouvé une irrépressible émotion en lisant ces pages. La mère interroge avec une douceur déchirante le fils qui se retrouve lui aussi parmi les ombres, puis elle se tait parce que son amour est celui d’une mère, celui qui n’a pas de mots, et que les mots ne pourraient peut-être pas dire. Le père, en revanche, regrette l’enivrante diversité de la vie, et rappelleAchille rencontrant Ulysse dans l’Hadès. Ce sont les vers les plus grecs d’un livre que nous avons dit gothique, que l’on pourrait aussi dire baroque, et naturellement chrétien: « Toiet tout cela me manquent,/et les mystérieux/sons de la ville qui s’éveille,/la vie qui tourbillonne au milieu des voitures/le va-et-vient des passants qui se reflètent/dans les vitrines pavoisées pour la fête. /Oh, aller dans la rue, las et déchiré/mais vivant dans la foule vivante ! »Ces endécasyllabes discursifs introduisent dans un poème qui semble à des années lumière de lui, la voix aimée et familière de Camillo Sbarbaro, sa chère ville de Gênes, sa tension morale pleine de lyrisme. On sort fortifié de la lecture d’un livre comme celui-ci. Si débordant de puissance épique et inventive, doté d’une variété de tons qui reprend avec une autonomied’expression bien des modes décisifs de la tradition italienne, sans exclure l’Arioste avec l’épisode d’Astolphe sur la lune, à la recherche des cerveaux perdus des hommes, même si dans ce cas l’Arioste est plus dramatique, plus proche du Tasse. Il y a aussi le caractère visionnaire, la réflexion, la rime presque jubilatoire, la satire, l’indignation civile. Virgile et Sordello. Une œuvre vraiment hors du commun, portée par un souffle puissant, avec des prises de position courageuses, un voyage qui va au bout du sens, un rêve dans le rêve, une enquête cosmique, stellaire, sur la vie parce que de la vie, sur son insondable mystère et sur l’infini.GIUSEPPE CONTE
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