Les Amours jaunes

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Dans son anthologie Les Poètes maudits de 1884, acte de naissance de la poésie moderne, Paul Verlaine présente Tristan Corbière, auteur de Les Amours jaunes, avec Rimbaud et Mallarmé. Le Surréalisme et les avant-gardes du XXe siècle consacrent ce Breton parmi les inventeurs d'une langue poétique qui n'a pas encore épuisé sa révolte.
Publié le : jeudi 1 février 2007
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EAN13 : 9782296166592
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Les Amours jaunes

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.IT
2007 ISBN: 978-2-296-02694-0 EAN : 9782296026940 @ L'Harmattan,

Tristan Corbière

Les Amours jaunes
Édition établie, présentée et annotée par Lorella Martinelli

L' Hannattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
L'Harmattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 ] 053 Budapest Espace L 'Harmattan Fac..des Kinshasa

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ITALIE

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Collection «Rose des vents»
dirigée par Gabriele-Aldo Bertozzi

Cette collection est avant tout un choix d'œuvres qui dit «OUI» à ceux qui ont influencé ou influencent le sentir contemporain et «NON» au déjà dit. Dans une telle direction, en partant des révolutionnaires de la littérature de fin XIX. siècle, la collection parcourt les thèmes de l'avantgarde du XX. sans négliger les terrains où la francophonie exprime un renouvellement de l'écriture et de la vie et non pas un hétérogène amalgame de points de vue. Et encore «OUI» à ces études universitaires qui unissent la recherche à l'originalité et à l'innovation.

À Gabriele-Aldo

Bertozzi

Tristan Corbière: poète en dépit de ses vers
Aujourd'hui encore, alors que Rimbaud, son cadet, est devenu un "maudit" quasi officiel et dont on se réclame de tous côtés, Corbière n'est généralement reconnu pour ce qu'il est en vérité: l'annonciateur d'un nouvel âge de la poésie. René Clair'

Auteur à la personnalité complexe et prismatique, ÉdouardJoachim Corbière, alias Tristan Corbière2, a été tiré de l'oubli grâce à Paul Verlaine qui le fit entrer dans l'histoire en l'insérant dans la première édition des Poètesmaudits>,en le présentant comme le poète à la «triple» personnalité: le Breton, le marin et le dédaigneux par excellence. C'est en suivant ce modèle d'interprétation qu'une grande partie de la critique a deviné dans le macro texte corbérien une opposition thématique: à la poésie autochtone et folklorique d'inspiration bretonne s'opposerait en fait une poésie à l'empreinte parisienne4. Même si cette distinction qui fut à la base de toute étude sur l'œuvre de Tristan Corbière trouve des points de référence valables dans la vie et l'œuvre du malheureux Tristan, elle ne saurait être acceptée sans porter atteinte à sa vision poétique globales. Ce serait, en quelque sorte, sous-estimer les facultés de synthèse
1

R. CLAIR, Gloires de la France par les quarante membres de l'Acadimie française,

Paris, Perrin, 1964, p. 274.
2

Le vrai prénom de Corbière était Édouard, comme celui de son père. Le

pseudonyme Tristan avec lequel il signera ses poésies remonte à 1865 quand, après avoir abandonné ses études, le poète s'établit à Roscoff. Sur le choix de ce pseudonyme, voir A. LE MILINAIRE, La paresse et le génie, Seyssel, Champ Vallon, 1989. 3 P. VERLAINE,Les poètes maudits, Paris, Vanier, 1884. 4 Pour une bibliographie critique sur l'opposition thématique Bretagne/Paris présente dans le macrotexte corbérien, voir entre autres, la Préface à Les Amours jaunes de Y-Go Le Dantec, Paris, Gallimard, 1953 et A. SONNENFELD, L'œuvre poétique de Tristan Corbière, Paris, PU.E,
5

1980.

Consulter à ce propos les écrits de K. MACFARLANE: «Tristan lui-même

nous invite à le libérer de sa dépendance d'une région comme la Bretagne, l'Italie, l'Espagne, la mer ou Paris. Ce sont les mêmes angoisses, la même exaltation, la même solitude qui l'accompagnent dans tous ses voyages, ou mieux, dans le long voyage dont Les Amours jaunes déploient l'itinéraire» (Tristan Corbière dans les Amours jaunes, Paris, Minard, 1974, p. 259).

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LoRELLA MARTINELLI

de son imagination créatrice, faire de lui un esprit fantasquë sans plus souscrire au jugement de Huysmans7 qui dénonçait le désordre et l'excentricité des Amours jaunes. La poétique corbérienne ne peut pas être considérée comme un contraste entre deux réalités distinctes; elle reflète plutôt l'expression de la nature tragique du réel avec la prise de conscience du poète de son apparence monstrueuse: maigre, difforme, vraiment laid, si laid qu'à Roscoff, on le surnomme l'«ankou», spectre de la mort. L'angoisse du monde moderne qui se reflète inévitablement sur le poète y est évidemment peinte non pas sous l'aspect philosophique ou sociologique, mais avec un art réaliste qui rappelle le Villon des chants populaires et qui se traduit en une poésie stridente et dissonante, hérissée de mouvements brusques, d'inversions, d'antiphrases, de parodies et de calembours. Le goût pour la pointe, la manipulation grafico-morphologique et pour une expression composite et hétéroclite caractérise toute la production de Corbière, y compris sa correspondance juvénile8 dans laquelle on remarque des distorsions et des combinaisons lexicales qui atteindront le plus haut degré de l'expérimentation dans les Amours jaunes où l'on peut relever une infinité de néologismes, de termes familiers et de calques du breton. Mais comme tous les véritables innovateurs Corbière était imprégné de tradition. Il réécrivait Villon et Victor Hugo. Jamais l'écho de Villon n'a été aussi puissant que dans «Épitaphe», ou dans «Paria» ou encore dans l'épicédion «Au vieux
. Cf. R. DE GOURMONT, Le livre rks masques, Paris, Mercure

de France,

1963,

pp. 89-92.
Bien que Huysmans admirât le style concis de Corbière et que son Des Esseintes se nourrissait spirituellement de son œuvre, il ne pouvait s'empêcher d'observer: «Des Esseintes [...J vivait de légères heures avec ce livre où le cocasse se mêlait à une énergie désordonnée, où des vers déconcertants éclataient dans des poèmes d'une parfaite obscurité telle que les litanies du Sommeil, qu'il qualifiait, à un certain moment, d'Obscène confesseur des dévotes mort-nées. C'était à peine français; l'auteur parlait nègre, procédait par un langage de télégramme, abusait des suppressions de verbes, affectait une gouaillerie, se livrait à des quolibets de commis-voyageur insupportable, puis, tout à coup, dans ce fouillis, se tortillaient des concetti falots, des minauderies interlopes, et soudain jaillissait un cri de douleur aiguë, comme une corde de violoncelle qui se brise» (A Rebours, Paris, Gallimard, (<<Folioclassiquc», 898), 1977, p. 306).
8 Cf. F. BURCH, S ur Tristan Corbière, lettres inédites adressées au poète et premières critiques le concernant, Paris, Nizet, 1975 et G. BERNARDELLI, Tre studi su Tristan Corbière, Udine, Gianfranco Angelico Benvenuto, 1983.

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en dépit de ses vers

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Roscoff»; il était impossible de parodier Hugo avec une élégance plus cinglante dans l'antiélégie qu'est la «Pin». L'influence importante de Corbière père et de la Landelle9 s'ajoute à celle de Villon, Baudelaire, Musset. Son père Édouard lui avait inculqué tous ses principes et ses goûts et l'avait convaincu de l'importance des études et de la nécessité de bien assimiler les classiques pour faire un bon apprentissage du métier de poète auquel il le conviait incessamment. Cela explique pourquoi Tristan, dans sa carrière d'écolier, mit son plus grand soin à se distinguer dans les langues mortes, dans les littératures anciennes mais aussi dans la littérature française, conçue alors comme une prolongation de la tradition classique. La fortune littéraire du père ne sera pas dénuée d'importance dans le choix successif des orientations du fùs qui nourrira abondamment la partie régionale et maritime de sa poésie d'éléments puisés dans l'œuvre paternelle: <9'ai dans ma tête que je serai un jour un grand homme, que je ferai un Négrier»lO écrira Tristan du collège et Les Amours jaunes, dont la luxueuse édition sera financée grâce à la générosité du vieux géniteur sera dédiée <<Àl'auteur du Négrier». C'est à son père qu'il doit sa rébellion contre les poétiques de son époque: Corbière l'ancien fait une fuite en arrière vers un idéal illuministe; Tristan une fuite en avant, brisant les schémas traditionnels et proposant un langage extrêmement insolite, dissonant et anti-conventionnel. Se sentant luimême incompris, Tristan poursuit la recherche de sa propre identité sur le ton cynique de la révolte en conflit avec le monde qui l'entoure et dont l'absurdité semble l'effrayer. La pose, le masque, l'adoption d'une personnalité fictive reflètent la condition d'un poète insatisfait, d'un «cœur de poète mal planté» à mi-chemin entre les parnassiens attachés aux vieux canons d'un langage formel et les poètes à la larme facile comme Lamartine qui exhibent de fausses souffrances. Tourmenté de désirs inassouvis de vie,
" L'influence de Gabriel de La Landelle a été bien éclairée par Jean de Trigon dans son Tristan Corbière, Paris, Le Cercle du livre, 1950. Comme l'a démontré P.-O. Walzer: «Corbière trouvait chez lui l'antiromantisme, l'absence de rhétorique ou argotique des gens de mer, l'insertion dans des poèmes de refrains ou fragments empruntés à des chansons de mariro>, in T. CORBIÈRE,Les Amours jaunes, in Œuvres complètes, édition établie par p'-Q. Walzer, Paris, nrf/Gallimard (<<Bibliothèque de la Pléiade», 221), 1970, p. 673. Dorénavant, toutes les citations de Corbière seront tirées de cette édition qui sera indiquée par l'abréviation Œ. c., suivie de la page. ,. Œ. C. p. 1013.

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LOREUA

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d'océan et d'amour, il publie en 187311,à compte d'auteur, son unique recueil de poésies, Les Amours jaunes. Parmi les différentes significations attribuées à l'adjectif «jaune», deux d'entre elles sont retenues par l'usage et, d'une certaine façon, se conjuguent aussi entre elles: le sens de l'adjectif jaune dans l'expression «rire jaune», qui signifie «avoir malgré le rire, l'air du mécontentement»'2, et le fait d'imputer au jaune, la «couleur de Judas»'"', la valeur symbolique de l'infidélité et de la trahison; l'acception rapportée dans le Littré selon laquelle «faire des contes jaunes» signifie «dire des choses incroyables»14 est aussi très significative. Amours jaunes donc parce qu'il s'agit d'histoires sentimentales et personnelles amères, mais aussi amours jaunes pour dire que le livre est bizarre et dissonant, qu'il mêle la douleur et la moquerie, l'angoisse et l'ironie, les enthousiasmes et les frustrations. Giovanni Bogliolo15 a déclaré à ce propos qu'il faudrait attribuer à la couleur jaune une valeur beaucoup plus intime et allusive que celles, non inconciliables, d'amertume et de trahison. En plus de ces nombreuses interprétations, toutes intéressantes, le jaune du titre a certainement une valence antiromantique. Imitant Corbière, André Breton écrivait: «L'humour noir est borné par trop de choses, telles que la bêtise, l'ironie sceptique, la plaisanterie sans gravité... ~'énumération serait longue), mais il est par excellence l'ennemi mortel de la sentimentalité à
l'air perpétuellement aux abois

-

la sentimentalité

toujours

sur

fond bleu - et d'une certaine fantaisie à court terme, qui se donne trop souvent pour la poésie, persiste bien vainement à vouloir soumettre l'esprit à ses artifices caducs, et n'en a sans doute plus pour longtemps à dresser sur le soleil, parmi les autres graines de pavot, sa tête de grue couronnée»l(,.
11 Certaines poésies de Corbière avaient été publiées, avant d'être recueillies sous forme de volume, dans La Vie parisienne, un hebdomadaire de la vie mondaine et littéraire; le volume parut le 8 août 1873 chez les Frères Glady, bibliophiles transformés en éditeurs. Cf. G. BERNARDELLI, re studi su Tristan Corbière, T op. cit., pp. 30-59.
12 É. LIITRÉ, Dictionnaire 1974, tome III, p. 3340.

dB la langue française, Montecarlo,

Éditions

du Cap,

14 IS

"

A. SONNENFELD,

L'œuvre poétique dB Tristan Corbière, op. cit., pp. 48-49. Quattroventi, 1984, pp. 58-

É. LIITRÉ, Dictionnaire de la languefrançaise, op. cit., pp. 3339-3340.
G. BOGLIOLO, Corbière e le sue maschere, Urbino, A. BRETON, Anthologie

59.
16

de l'humour noir, Paris, J.-J. PAUVERT, (<<Le livre de

poche», 3043), 1966, p. 16.

Tristan

Corbière:

poète

en dépit de ses vers

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Le jaune semblerait donc être élevé au symbole de contamination et d'impureté de ce «mélange adultère de tout» que le poète représente dans l'«Épitaphe». Ainsi, déjà dans le titre, le dandysme du poète se manifeste; dandysme veiné de désespoir, de faillite, d'impassibilité face à sa propre douleur qui le font passer du sourire amer au rire gras. Au masque, au déguisement mêlé d'une nuance sournoise de féminité qui fait partie du dandy Corbière, s'ajoutent une froide raillerie, une moquerie impassible et l'art d'improviser une boutade même sur le point de mourir17. Cette œuvre si nouvelle et discordante est savamment construite. Elle suit parfois l'architecture des plus illustres recueils en une sorte de réécriture ironique, désacralisante, dense d'humour noir et comme la rigoureuse orchestration des Fleurs du Mal, l'anthologie apparaît composite et construite; la répartition en sept sections «ça», «Les Amours jaunes», «Sérénade des sérénades», «Armo!», «Gens de me!», «Raccrocs», «Rondel pour après», prouvent l'homogénéité et la variété de l'inspiration. Le recueil de poésies s'ouvre et se termine en chiasme sur deux paraphrases «Le Poète et la cigale» et «La Cigale et le poète» de La Fontaine, compositions légères, de circonstance, dans lesquelles on capte toutefois l'exigence désacralisante et cet humour délicat du poète qui se manifestera sous les formes les plus variées pour aboutir à l'humour noir qui sera repris avec bonheur par les surréalistes. La volonté de mystification, le déguisement, le dandysme, mettent en évidence la dimension nouvelle et parodique de la poésie corbérienne: «Pastiche, parodie, jeu: autant d'éléments qui engendrent une extraordinaire liberté d'expérimentation [.. .J; en renversant les deux termes du titre, Tristan veut montrer ce besoin de dimension ludique qui envahit toute l'œuvre»lB. Le discours poétique se poursuit avec la section «ça» qui propose, en un chant singulier, original, souvent moqueur et rebelle, le douloureux problème de l'existence dans sa réalité dramatique qui incite le poète à l'adoption d'une pose: <<Nefut quelqu'un ni quelque chose/Son naturel était la pose»19. La pose, le masque, l'adoption d'une personnalité fictive deviennent donc le signe distinctif du poète et personnage Tristan qui, grâce à cette stratégie compliquée d'écrans et
17Pour un ultérieur approfondissement, voir les observations de son premier biographe R. MARTINEAU,Tristan Corbière,Paris, Le Divan, 1925. P. A. ]ANNINI, Un altro Corbière, Rama, Bulzoni, 1977, p. 84. 19Œ. c., p. 689.
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MARTINELLI

de masques, veut cacher la réalité médiocre en désorientant les autres et en se désorientant lui-même. En même temps, à travers le rapprochement inédit de lexèmes contrastants, «De l'or mais avec pas le sous;/Des nerfs, sans nerf. Vigueur sans force»20; Tristan prépare le terrain, de façon rhétorique, à une série d'antithèses, paradoxes et négations21. Il est évident que le fait de se définir «artiste sans art à l'envers» est la pose que prend celui qui, en réalité, est conscient de posséder un art tout à lui et d'employer un langage si révolutionnaire qu'il aurait été classé par ses contemporains parmi les sans métier2. La poésie «ça», qui prête son titre à toute la section, peut être considérée comme un manifeste poétique puisque les signes et les caractères typographiques ainsi que l'emploi de la majuscule, de l'italique, des tirets, des guillemets, des points de suspension acquièrent une valeur symbolique de rupture par rapport à la tradition contemporaine et prouvent que ce poète contumace est insaisissable non seulement dans la vie mais aussi dans la stratégie de son écriture et dans les procédés matériels de l'élaboration de son œuvre. La seconde section «Les Amours jaunes» qui, par extension, a prêté son titre à tout le recueil, est composée de vingt-quatre poésies qui ont pour thème principal l'amour: amours amères et maudites représentées surtout par Marcelle qui apparaît comme le prototype de la femme légère et cruelle et qui incarne, dans un jeu habile d'antithèses, un être ambivalent: idéal mais un leurre, un ange mais déchu, une sainte mais féroce, pensive et folâtre à la fois. Et, à partir du thème de la vie et de l'amour, surgit inévitablement celui de la mort. Le refus de la vie et de la mort entraîne d'une part une survivance en état de contumace et d'autre part une exigence de s'affirmer à travers la parole écrite. L'existence est uniquement justifiée par la poésie ou mieux, l'existence n'est démontrée que par la poésie: «je rime donc je vis»23.Entre «Les
20

21

œ. C, pp. 710-711. Pour une analyse détaillée de 1'«Épitaphe», voir H. THOMAS, Tristan le

dipossédé, Paris, Gallimard, 1972, p. 79; P. NEWMAN-GORDON, Corbière-LaforgueApollinaire ou le rire en pleur, Paris, Nouvelles Éditions de Presse, 1964, p. 26; et, de moi-même, Tristan Corbière. Illinguaggio dei disdegnoso e altri saggi di let/eratum estrema, Napoli, ES!, 2001, pp. 51-61. 22 J. LAFORGUE, contemporain de Corbière, écrit de lui: «Sans esthétique.

Tout et surtout du Corbière, mais pas de la poésie et pas du vers, à peine de la littérature», in Mélangesposthumes, Paris, Slatkine Reprints, 1979, pp. 119-120. 23œ. C, p. 742.

Tristan

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en dipit

de ses vers

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Amours jaunes» proprement dites et la poésie inspirée de la mer et de la terre bretonne, Corbière inclut deux brèves sections: la première, essentiellement métapoétique, «Sérénade des sérénades» imite visiblement le «Cantique des Cantiques», où il unit amour et dérision, musique et religion calquant sur le ton de la parodie, les coutumes et l'exotisme de l'Espagne que l'on trouvait déjà chez Musset, dans ses Contesd'Espagne et dlta/ie. Comme celle de Musset, cette Espagne est seulement imaginée, c'est une idée de l'Espagne coagulée autour de trois thèmes qui s'entrecroisent dans la section: musique, religion et amour. Ici la profonde exaspération s'est transformée en une <goyeuse ironie» comme le remarque Verlaine. À cette gaieté formelle s'oppose un état de forte tension et de révolte. Corbière doit à l'Espagne l'élément musical «Guitare» pour chanter sa libération de la trahison. La sérénade se termine sur un nouveau refus de l'émotion véhiculé par l'adjectif zérd4 présent dans l'explicit de la poésie «Pièce à carreaux». La section «Raccrocs» contraste avec la profonde cohérence thématique des parties précédentes et juxtapose, avec la même ironie cinglante et la caricature amère, des thèmes amoureux, oniriques et exotiques poursuivant «la quête du bonheur pour constater dans le dernier poème de cette section, qu'il n'est qu'un Paria»25. «Raccrocs» est une section probablement autonome mais certainement partie intégrante de la structure d'ensemble de l'œuvre dans laquelle les différentes parties sont juxtaposées tout en maintenant chacune leur autonomie, se fondant ainsi dans un dessin précis qui pourrait évoquer les lignes complexes de certains calvaires bretons où l'antique civilisation celte se confond avec l'explosion baroque du dramatique récit évangélique, peuplés de centaines de personnages énigmatiques et surmontés d'une croix qui représente l'Ankou, la mort. Ceux-ci présentent la même démesure, la même disproportion et déformation que le monde poétique de Corbière. C'est dans «Raccrocs» que se trouvent quelques-unes des poésies lyriques au ton surréel comme la «Litanie du sommeil» qui considère le sommeil comme l'an ti-raison ou la raison nocturne
Dans la poétique corbérienne il y a un engagement constant à transférer certaines valeurs Wamour, la fidélité) sur le plan du chiffre et de l'équivalence numérique créant, par d'insolites rapprochements, des effets singuliers.
25 24

F. BURCH, Tristan Corbière: l'originalité des Amours

jaunes

et leur influence sur

T S. Eliot, Paris, Nizet, 1970, p. 155.

14

LORELLA MARTINEU"I

bouleversant un ordre diurne pré-établi: «Quand Tristan écrit cette Litanie, où le choc des rimes, l'appel d'air provoqué par la nécessité de l'écho, déclenchent l'image à coup sûr, Rimbaud n'a pas encore écrit les Illuminations, Lautréamont n'a pas encore publié Maldoror. On ne saurait donc insister suffisamment sur la nouveauté prophétique de ce poème»26. Et s'il est difficile d'accepter - comme le voulait André Breton

-

qu'avec

le recueil de

Corbière «l'automatisme verbal s'installe dans la poésie française»27,parce que l'ensemble des Amoursjaunes ne coïncide pas avec la «Litanie du sommeil», il faut toutefois admettre que dans cette poésie Corbière s'abandonne aux impulsions clu clélire verbal. Comme l'a bien souligné Pierre-Olivier Walzer «il faut bien voir que cet automatisme est fondé presque toujours sur un entraînement libre d'associations de mots, d'images ou d'idées et ressortit à ce que Leo Spitzer appelle plaisamment l"'estilo bazar" et Christian Angelet l"'énumération chaotique". Le poème ne naît pas d'une dictée de l'inconscient, mais d'une avalanche de mots qui s'engendrent les uns les autres»28.«Paria» conclut «Raccrocs», une poésie à la composition poignante et dramatique qui présente l'homme Tristan hors cie toute patrie, cie toute faction, seul face à la vie et à la mort. La contestation totale des valeurs traditionnelles montre la vision anarchique cie la société chez Corbière, une contestation que l'on retrouvera plus tard chez les dadaïstes. «Armor» et «Gens de mer», structurés selon le plan de La Mer et lesMarins d'Édouard Corbière, sont des recueils de chants inspirés de la terre et de l'océan: Tristan, poète breton chante également sa terre natale avec son folklore, ses superstitions, ses fêtes religieuses sur lesquelles pèse le mauvais sort mais le fait en dehors de toute rhétorique oléographique, n'oubliant jamais la dure réalité de cette partie du pays: sa «Rapsode foraine et le Pardon de Sainte-Anne» semble être, en effet, le décor idéal de la représentation de la marginalisation et de la diversité. La minutie que l'auteur porte au choix typographique si original confIrme combien il tenait à ce texte poétique. Dans ces poèmes captivants que d'aucuns jugent la partie la plus intéressante du recueil écrits dans un langage réaliste qui adhère parfaitement au sujet, les dia26 21 28

J. ROUSSELOT,

Tristan Corbière, Paris, Seghers,

1951, p. 54.

A. BRETON, Anthologie

de /'humour noir, op. cit., p. 203.

P.-a. Walzer, Introduction

à T. CORBIÈRE, Les Amours jaunes, in Œuvres

complètes, op. cit, p. 684.

Tristan

Corbière:

poète en dépit de ses vers

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tribes contre ceux qui ont peint la vie maritime sous un faux-jour sont nombreuses et virulentes, signe évident que leur auteur a fait siennes les critiques de son père sur ce genre de littérature. Outre l'extrême variété de la ponctuation, nous retrouvons deux interruptions représentées par une série de points de suspension et d'astérisques qui servent de contrepoint au Cantique spirÜueLÀ la richesse extraordinaire, à la variété originale de la ponctuation et de la disposition présentes dans «La Rapsode» fait écho la nudité délibérée de «Cris d'aveugle»: nous nous trouvons ici, pour la première fois, face à un texte poétique où la ponctuation est absente; rappelons que par ailleurs cette considérable innovation se retrouve de Mallarmé à la poésie du XX. siècle. Des poésies envahies de réalisme cru, débordantes de sentiments de rébellion et animées d'imprécations enflammées, de chants qui dénoncent un désespoir, une insatisfaction, un malheur profonds. La mimesis caractéristique de la mystification se renouvelle en une course effrénée des termes maritimes, des mots populaires et argotiques, des doubles sens. Ainsi s'effectue une opération apparemment moderne mais qui est à vrai dire aussi vieille que l'écriture: la ré écriture. Corbière ne se limite pas à parodier un texte, il le réécrit de même qu'il réécrit ses propres poésies en bouleversant les vers trop harmonieux. Mais qu'est-ce que la réécriture, pour Corbière? C'est l'invention d'une réalité verbale sur une réalité verbale déjà connue. Le souffle lyrique du poète devient généreux et retentissant seulement quand c'est la mer qui l'inspire29. Dans ce désert de désolation totale qu'est la vie, Tristan détient une unique certitude, celle de l'amour infini et violent pour la mer; un amour fébrile, désespéré qui, déjà enfant, le poussait à rêver une vie faite de périls et d'aventures. Et à Roscoff3° l'océan devient le
29Comme l'a observé M. Dansel, «Cette inspiration maritime commune aux poètes de la côte n'a rien d'original ni de neuf. Mais Corbière, lui, tordu, contrefait, "bitor" dans son âme comme dans son corps, va donner à cette inspiration de toujours une saveur âcre et rude constituée, d'une part, d'un réalisme grossier et viril, et d'autre part, d'une langue très concrète, directement tirée du monde navigant et des bouges à matelots, et dont il va accentuer la rudesse par une écriture poétique heurtée, hachée, saccadée, à l'image de la vague sur les côtes bretonnes» (Langage et modernité chez Tristan Corbière, Paris, Nizet, 1974, p. 158). 30 Corbière suivit le conseil de son oncle et s'établit à Roscoff en 1863 pour son doux climat. C'est ici qu'il adopta le pseudonyme de Tristan. Il s'aventure dans de longues promenades solitaires sur le bateau que son père lui a offert,

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LORELLA

MARTINELLI

véritable compagnon de sa solitude. À bord de son bateau Le Négrier, il vit de mémorables aventures et risque plus d'une fois de mourir noyé ou plutôt, comme il aime le spécifier lui-même, sombré. Au large, son esprit s'affine à la révolte, l'homme perd de son épaisseur et se transforme alors en une chimère pâle et douloureuse, en un fantôme dont les nuances plastiques et psychologiques sont infmies. L'océan est le symbole de la liberté de l'esprit et de la profonde irrationalité de la vie et, c'est ainsi qu'il écrit quelques-unes de ses plus belles poésies lyriques: de «Bossu Bitar» à «Novice» et «La Fin» synthèse et sommet suprême de toute la poésie inspirée par la mer dans laquelle on retrouve la satire de la poésie hugolienné1. Les «Rondels pour après» sont parmi les dernières poésies écrites par Corbière et on peut les comparer à une danse macabre tant pour la forme médiévale du rondeau dont le refrain chante à l'infmi une ronde ambiguë que pour les poésies qui se présentent comme des oraisons funèbres en bonne et due forme. Elles suscitent un certain intérêt pour avoir été placées à la fin du recueil, car c'est dans cette section que se trouvent les particularités de la poétique corbérienne qui coexistent avec une douceur d'expression invitant à la quiétude et au repos éternel: «Dors, on t'appellera beau décrocheur d'étoiles». Tristan est de nouveau enfant, un enfant tendre qui écrit des lettres débordantes d'affection à son vieux père, il est aussi «voleur d'étincelles», <<peigneur de comètes». C'est donc un chant aérien qui clôt le recueil des Amours jaunes, comme si Corbière s'excusait de sa poésie corrosive, de son ironie mordante, de ses invectives féroces et comme si <depoète s'était libéré de l'espace fini. Il évolue de fait dans un espace cosmique qui lui permet d'être à la fois sous terre et partoUD)32. Les Amours jaunes deviennent ainsi un instrument de méditation critique d'une étonnante actualité, une description phénoménologique de la condition humaine et de la vulnérabilité de la
ne perdant jamais l'occasion de faire parler de lui: il apparaît déguisé de façon grotesque, il organise de féroces mauvais tours, ou même se replie dans un profond isolement. 31 Déjà dans la section intitulée «Les Amours jaunes», Corbière avait souvent pris pour cible la poésie larmoyante et douçâtre de Musset, Lamartine, Byron et Hugo.
32

H. LAROCHE, Tristan Corbière ou les voix de la corbière, Saint Denis,

Presses

Universitaires

de Vincennes,

1997, p. 107.

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Corbière: poète

en dépit de ses vers

17

créature dans un monde qui lui parait être naturellement hostile. Cette écriture qui bouleverse les critères traditionnels du goût se révèle d'une importance historique car elle aura, en effet, un impact et une influence considérables sur les futurs poètes33. Il reste indéniable que dans ce chant qui ne se veut pas chant, poésie qui ne se veut pas poésie, se retrouvent les germes de la révolution poétique qui l'apparentent aux autres précurseurs34.

33

Sur l'indiscutable

influence exercée par Corbière sur les poètes à venir, il

existe une riche bibliographie. À consulter entre autres, M. DANSEL, Langage et modernité chez Tristan Corbière, op. cit.; F. BURCH, L'originalité des Amours jaunes et leur Ùifluence sur T. S. Eliot, op. cit., F. LE CHANU, «Tristan Corbière précurseur, héritage et modernité des Amours jaunes», in Tristan Corbière poète en dépit de ses vers, catalogue rédigé pour commémorer le 150' anniversaire de la naissance du

poète,

Morlaix,

Presses

de l'Imprimerie
Faber

de Bretagne,
1963.

1995, pp. 51-53; E.

POUND, Uterary

eSSt!)is,London,

and Faber,

"Cf. P. VERLAINE, Les hommes d'aujourd'hui, Introduction de G.-A. Bertozzi, Milano, Mondadori, 1996, p. XI et G. BERNARDELLI, La poesia a rovescio. Saggio su Tristan Corbière, Milano, Pubblicazioni dell'Università Cattolica dei Sacro Cuore (<<Vita e Pensiero»), 1981, p. 176.

À MARCELLE'

LE

POÈTE

ET

LA CIGALE'

Un poète qyant rimé,

IMPRIMÉ

3

Vit sa Muse dépourvue De marraine, et presque nue: Pas le plus petit morceau De vers... ou de vermisseau. Il alla crier famine Chez une blonde voisine, La priant de lui prêter Son petit nom pour rimer. (C'était une rime en elle)

-

Oh! je vous paîrai, Marcelle,

Avant l'août, foi d'animal! Intérêt et principal. La voisine est trèsprêteuse, C'est son plus joli défaut:

-

Quoi:

c'est tout ce qu'il vous faut?

Votre Muse est bien heureuse. . . Nuit etjour, à tout venant, Rimez mon nom... Qu'il vousplaise! Et moij'en seraifort aise.
V qyons: chantez maintenant.

1 Il s'agit de Armida-Josefina Cuchiani, actrice d'origine italienne que Tristan baptise Marcelle et qu'il rencontre au printemps 1871 à Roscoff où elle était en vacances en compagnie du comte Rodolphe de Battine.

,

Cette poésie

introductive,

qui a pour

pendant

la dernière

poésie

La Cigale

et lepoète, se réfère à la célèbre fable de La Fontaine La Cigale et lafourmi. , Ce mot écrit en lettres majuscules traduit, typographiquement, l'importance de l'événement. Ce procédé sera repris par les dadiistes.

ÇA

ÇA? What!?...
SHAKESPEARE.

Des essais? - Allons donc, je n'ai pas essayé! Étude? - Fainéant je n'ai jamais pillé. Volume? - Trop broche pour être relié... De la copie? - Hélas non, ce n'est pas payé! Un poëme? - Merci, mais j'ai lave ma lyre. Un livre? Un livre, encor, est une chose à lire!... '" Des papiers? - Non, non, Dieu merci, c'est cousu"! Album? - Ce n'est pas blanc, et c'est trop décousu. Bouts-rimés? - Par quel bout?.. Et ce n'est pas joli! Un ouvrage? - Ce n'est poli ni repoli. Chansons? - Je voudrais bien, ô ma petite Muse!. . . Passe-temps? - Vous croyez, alors, que ça m'amuse? - Vers?.. vous avez flué des vers... - Non, c'est heurté. - Ah, vous avez couru l'Originalité? . . - Non... c'est une drôlesse assez drôle, - de rueQui court encor, sitôt qu'elle se sent courue. - Du chiespur? - Eh qui me donnera des ficelles!
1

Citation tronquée,
tragique

triviale; l'appel à Shakespeare

attire l'attention

sur la

portée
Z
3

de l'œuvre.

L'adjectif indique que le volume a été rédigé à la hâte ou fait sans soin. Vendre par besoin d'argent. 4 Au sens figuré coudre signifie assembler sans art. S Terme d'atelier qui revient souvent chez Corbière et qui signifie peindre ou
mal et de façon conventionnelle. Selon Le Littré: «Lorsqu'un peintre dit

dessiner

22

Les Amours jaunes

- Du haut vol? Du haut-maI6? - Pas de râle, ni d'ailes! - Chose à mettre à la porte? -. .. Ou dans une maison De tolérance. - Ou bien de correction? - Mais non! - Bon, ce n'est pas classique? - À peine est-ce français! - Amateur? - Ai-je l'air d'un monsieur à succès? Est-ce vieux? - Ça n'a pas quarante ans de service... Est-ce jeune? - Avec l'âge, on guérit de ce vice. ... ÇA c'est naïvement une impudente pose; C'est, ou ce n'est pas fa: rien ou quelque chose... - Un chef-d'œuvre? - Il se peut: je n'en ai jamais fait. - Mais, est-ce du huron7, du Gagné, ou du Musset?

-

C'est du... mais j'ai mis là mon humble nom d'auteur, Et mon enfant n'a pas même un titre menteur. C'est un coup de raccroc9, juste ou faux, par hasard... L'Art ne me connait pas. Je ne connais pas l'Art.
Préfecture de police, 20 mai 1873"'.

qu'une œuvre d'art, c'est du chic, cela équivaut toujours à c'est faux, c'est mauValS». 6 Ancien nom de l'épilepsie, ou «mal sacré».
7 8

Indien

d'Amérique

du nord

qui symbolisait

l'homme

sauvage,

grossier.

Pauline Gagne (1808-1867), politicien et auteur de poésies ironiques qui expriment des projets pour le moins extravagants sur l'ordre social.
9

Terme lié au billard, coup heureux dû au hasard.

Les lieux et les dates utilisés par Corbière sont presque toujours imaginaires. Préfecture de police est probablement une pose, pour reprendre un terme si cher au poète.

10

ÇA

23

PARISI

Bâtard de Créole et Breton2, Il vint aussi là - fourmilière, Bazar où rien n'est en pierre, Où le soleil manque de ton. - Courage! on fait queue... Un planton Vous pousse à la chaîne - derrière! . ., Incendie éteint, sans lumière; Des seaux passent, vides ou non. Là, sa pauvre Muse pucelle Fit le trottoir en demoiselle3, Ils disaient: Qu'est-ce qu'elle vend?

- Rien. - Elle restait là, stupide, N'entendant pas sonner le vide Et regardant passer le vent...

Là: vivre à coups de fouet! - passer En fiacre, en correctionnelle; Repasser à la ritournelle, Se dépasser, et trépasser!. . . - N on, petit, il faut commencer
1 Ces huit sonnets sont en relation avec le séjour de Corbière dans la capitale. Il y séjournera du printemps 1872 jusqu'à la fm de l'année 1874. 2 Tristan fait allusion aux premières lignes du roman Le Négrier de son père Édouard.

,

Opposition

du terme

ckmoise//c qui indiquait

au XIX'

siècle, une jeune

fille

au service d'une souveraine, mise ici par Corbière sur le trottoir.

24

Les Amours jaunes

Par être grand - simple ficelle Pauvre: remuer l'or à la pelle; Obscur: un nom à tout casser!. . . Le coller chez les mastroquets\ Et l'apprendre à des perroquets Qui le chantent ou qui le sifflent... - Musique! - C'est le paradis Des mahomets et des houris5, Des dieux souteneurs qui se giflent!

Je voudrais que la rose - Dondaine! Fût encore au rosier, - Dondé6!

Poète - Après? .. Il faut la chose: Le Parnasse en escalier, Les Dégoûteux7 et la ChloroseS, Les Bedeaux9, les Fous à lier...
L'Incompris couche avec sa pose, Sous le zinc d'un mancenillierlO; Le Naïf «voudrait que la rose, Dondé! fût encore au rosier/;)
4

Marchand de vin au détail, tenancier d'un débit de boisson; (1862) Café,

débit de boissons (Le Grand Rober/). 5 Terme qui désigne une beauté céleste que le Coran promet au musulman fidèle dans le paradis d'Allah. Mot persan, de l'arabe hourdésignant les femmes qui ont le blanc et le noir des yeux très tranchés. Il s'agit de la fm du dernier couplet de A la claire fontaine. C'est une chanson populaire née en France au début du XVII' et exportée au Canada par les soldats, pays dans lequel elle servit d'hymne national à l'armée du marquis de Montcalm lors de la révolte de 1837 contre les Anglais. Elle revint alors en France dans sa nouvelle version où elle fut publiée en 1848.
6

7
8

Néologisme créé par le poète pour désigner les professionnels du dégoût.
Forme d'anémie
les Pâles

appelée communément
couleurs).

anémie essentieUedes jeunes filles ayant le port, le feuillage et

(anciennement

9 Il s'agit d'un arbre de troisième grandeur l'aspect du pommier, qui croît aux Antilles.

10 Laïques

préposés au service matériel et à l'ordre dans une église.

ÇA
<<La

25

rose au rosier, Dondaind>

-

On a le pied fait à sa chaîne. <<La roseau rosier»... - Trop tard! <<La roseau rosier»... - Nature! - On est essayeur, pédicure, Ou quelqu'autre chose dans l'art!

J'aimais... - Oh, ça n'est Même il faut payer: dans Pioche la femme! - Mon M'avait dit: <~en'oublirai

plus de vente! le tas, amante pas...»

... J'avais une amante là-bas Et son ombre pâle me hante Parmi des senteurs de lilas. . . Peut-être Elle pleure... - Eh bien: chante, Pour toi tout seul, ta nostalgie, Tes nuits blanches sans bougie... Tristes vers, tristes au matin!. . . Mais ici: fouette-toi d'orgie! Charge ta paupière rougie, Et sors ton grand air de catin!

C'est la bohème, enfant: Renie Ta lande et ton clocher à jour, Les mornes!! de ta colonie Et les bamboulas!2au tambour. Chanson usée et bien finie, Ta jeunesse... Eh, c'est bon un jour!...
Tiens:
11 12

-

C'est toujours

neuf

-

calomnie

En créole, ce terme signifie «petite colline ou monticule», Danse nègre exécutée au son d'un tambour appelé bamboula.

26

Les Amours jaunes

Tes pauvres

amours...

et l'amour.

Evohé13 ! ta coupe est remplie! Jette le vin, garde la lie... Comme ça. - Nul n'a vu le tour. Et qu'un jour le monsieur candide De toi dise - Infect! Ah splendide! ... Ou ne dise rien. - C'est plus court.

Evohé! fouaille la veine; Évohé! misère: Éblouir! En fille de joie, à la peine Tombe, avec ce mot-là. - Jouir! Rôde en la coulisse malsaine Où vont les fruits mal secs moisir, Moisir pour un quart-d'heure en scène...
- Voir les planches, et puis mourir!

Va: tréteaux, lupanars, églises, Cour des miracles, cour d'assises: - Quarts-d'heure d'immortalité! Tu parais! c'est l'apothéose!!!... Et l'on te jette quelque chose: - Fleur en papier, ou saleté. -

Donc, la tramontaneest montée: Tu croiras que c'est arrivé! Cinq-cent-millième Prométhée14 Au roc de carton peint rivé.
13

Dans les fêtes orgiastiques, cri des Bacchantes en honneur de Dionysos.

14

Prométhée le Titan, qui par le passé avait aidé Zeus à dominer Chronos

et les autres Titans, s'est attiré la colère du dieu en devenant le champion de l'humanité et en lui offrant le feu et les arts. Il représente pour les romantiques le révolté.

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