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Les fils du vent

86 pages
Bon nombre d'auteurs s'inscrivent dans la lignée du vers livre pour se soustraire aux exigences du classicisme. Ce recueil jette un pavé dans la mare, il restitue la vie dans sa trivialité, dans un monde dantesque déchiré par de nombreuses tribulations. Loin d'être une vision pessimiste de la vie, cet ouvrage est un hymne à la paix, à la fraternité...
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Littératures et Savoirs Collection dirigée par  Emmanuel Matateyou  Dans cette collection sont publiés des ouvrages de la littérature fiction mais également des essais produisant un discours sur des savoirs endogènes qui sont des interrogations sur les conditions permettant dapporter aux sociétés du Sud et du Nord une amélioration significative dans leur mode de vie. Dans le domaine de la création des uvres de lesprit, les générations se bousculent et saffrontent au Nord comme au Sud avec une violence telle que les ruptures saccomplissent et se transposent dans les langages littéraires (aussi bien oral quécrit). Toute réflexion sur toutes ces ruptures, mais également sur les voies empruntées par les populations africaines et autres sera très éclairante des nouveaux défis à relever.   La collection Littératures et Savoirs  est un espace de promotion des nouvelles écritures africaines qui ont une esthétique propre ; ce qui permet aux critiques de dire désormais que la littérature africaine est une science objective de la subjectivité. Romans, pièces de théâtre, poésie, monographies, récits autobiographiques, mémoires... sur lAfrique sont prioritairement appréciés.  
 Déjà parus
 Alphonsius ATEGHA, Clandestin sur son propre continent , 2012. Aubin Renaud ALONGNIFAL, La pluie dans le jardin de la vie , 2012. Christian KAKAM de POUANTOU, Une tribune pour la douleur , 2012. M. DASSI, Oremus. Poésie et développement , 2012. Jean-Claude FOUTH, Le cercle vicieux , 2012. Jean-Claude FOUTH, La règle du jeu , 2012. Benoît MASSA ZIBI, Luminaire , 2011. Fidèle Mohdestes TAGATSING TANKOU, Quête solitaire , 2011.
 
 
 
 
Lucy          Les fils du vent
Poèmes  
  Préface de Jean Claude Awono
                     
 
                              
 
© LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96508-9 EAN : 9782296965089  
Préface
La ville dort dans la rue
Ces poèmes que je men vais tenter dintroduire mont été remis anonymes. Lorsque je les ai reçus, je navais que le titre et les textes ; une cinquantaine de poèmes qui étaient là devant moi, sous leur spirale rouge et leurs larges feuilles blanches. Cet anonymat dû à labsence du nom de leur auteur avait établi comme une frontière transitoire entre moi et un recueil que je maintins hors de toute attention pendant un bon moment. Puis le titre Les fils du vent entreprit de me parler, de souffler en direction de moi une haleine singulière, du même élan que la brise vespérale et parfois lharmattan intempestif. Cette filiation à léolienne me sembla de bon augure tout comme elle minquiéta. Car si le vent est un phénomène météorologique normal et nécessaire à la vie, on sait que la locution verbale ce nest que du vent montre bien que cest une matérialité à mille visages. Je dus trouver dans cet anonymat qui fut ma porte dentrée dans ces poèmes une sorte dexaltation mystique, dappel dune voix sans visage, présente et absente à la fois. Lire des poèmes dans lignorance du nom de celui qui les a écrits me sembla une démarche bien exaltante, bien curieuse aussi. Quel nom, quel visage, quelle âme, quelle semence, quelles tripes pouvaient bien avoir pour moi « les fils du vent » ? Jentrai par des questions dans une écriture ou finalement jembarquai comme dans une croisière, pour une aventure infinie. On lit dans Les  fils du vent  une poésie où se codifient de nouvelles alliances langagières et rhétoriques. Le jeune poète élit souvent domicile dans labstrait, dans lineffable et linsaisissable des syntaxes majeures. Il lui arrive dêtre
lyrique, mais il est dabord impersonnel, créant entre lui et la langue quil emploie des distances, des édifices et des horizons vermeils. Loutil langue lui sert à designer, à nommer plus quà exprimer. Et dans cette non-exubérance lyrique, il perçoit des liens jusquici inexplorés dans larticulation du réel et le surgissement de lexistence. Les cartons passent dans son jeune imaginaire mûr pour « des édredons » et le macadam pour « le lit ». Froide et subtile lecture de la condition de lhomme de sa terre, incapable de sintégrer dans la civilisation et de trouver sa place dans la jungle urbaine. Par son titre météorologique, Lucy (puisque javais fini par mettre le nom sur les textes) qui se donne un pseudonyme paléontologico-géologique, établit une métaphore accusatrice par laquelle il met en procès le réel. Ses « fils du vent » prennent alors divers visages, tantôt victimes (« vous êtes la patrouille sacrifiée »), tantôt bourreaux (« vous coulez une corde au cou de lAfrique profonde »). Et pour les uns comme pour les autres, il y a un couvre-ténèbres (pour ne pas dire couvre-feu) qui abolit toute clarté. Leurs pas sont englués dans « le sang livide » et la misère est le « dogue qui lacère lavenir ». Les fils du vent  sont la mauvaise herbe, ils sont livraie qui végète dans le «clan des parias ». La ville même est, par la maïeutique métaphorique, fille du vent dans la mesure où elle « dort dans la rue, mange lordure et marche toute nue ». « La mort campe près dici », avertit le poète. Il sagit dune poésie nimbée de métaphore douce, patiente mais qui couve des magmas que les mots ne remontent pas à la surface. Écrire sur cette poésie ne me semble le meilleur service quon puisse lui rendre. On veut la lire, mais on la cite, parce que cest une poésie qui parle plus quelle ne se laisse parler, elle brille de sa propre lumière intérieure et toutes les réverbérations extérieures ne sont que des blafardes étincelles qui séteignent aussi vite quelles sallument.
 
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Jai dit quau seuil de ces poèmes il y a lanonymat. Il y a une blancheur cotonale , fantomale. Mais toi lecteur, tu sais déjà quils sont de Lucy. Qui sait sortir de la gorge du temps et de la terre pour se projeter « dans les nues » ; et qui sait aussi que chaque homme est une étoile, que la nuit est une cornemuse qui berce la muse. Lucy hait la demeure du sommeil, il connaît la bigarrure humaine et la pubescence des cieux ; il connaît lâme du crépuscule, le bourdon de lavenir, le rêve des féculents, ainsi que le panorama moucheté de sombres étoiles et le parc où rode le pire. Cest, dans la venelle du temps, un poète que je te recommande, un vannier de la lumière que je te propose. Un enfant aux vents des chemins parcourant la nue. Parce que la ville dort dans la rue.
    
 
Jean Claude AWONO Président de la ronde des poètes Yaoundé, parc national, 05 novembre 2008
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