Les Ouvriers (Sully Prudhomme)

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Sully Prudhomme — Stances et PoèmesLes OuvriersÀ Louis-Xavier de Ricard. Sur un chemin qu'entoure le néant,Dans des pays que nul verbe ne nomme,Chaque astre, mû par des bras ...

Publié le : dimanche 22 mai 2011
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Sully PrudhommeStances et Poèmes
À Louis-Xavier de Ricard.
Les Ouvriers
Sur un chemin qu'entoure le néant, Dans des pays que nul verbe ne nomme, Chaque astre, mû par des bras de géant, Roule, poussé comme un roc par un homme.
Terres sans nombre, étoiles et soleils, Tous, prisonniers d'orbites infinies, Rouges ou bleus, ténébreux ou vermeils, Vont lourdement sous l'effort des Génies.
On voit marcher en silence ces blocs. Quels forts dompteurs, ô monstres, sont les vôtres ! Pas un ne bronche, et sans écarts ni chocs, Ils tournent tous les uns autour des autres.
Ils tournent tous ; un archange au milieu Conduit, debout, les formidables rondes ; Il crie, il frappe, et la comète en feu N'est que l'éclair de son fouet sur les mondes !
Il fait bondir les fainéants du ciel, Il ne veut pas qu'un atome demeure ; A sa main gauche un pendule éternel Tombe et retombe, et sonne à chacun l'heure.
Holà, Pollux ! où vas-tu, Procyon ? Plus vite, Algol ! Aldébaran, prends garde ! Mercure, à toit Saturne, à l'action ! Dieu vous attend et Kepler vous regarde.
Et les géants plissent leurs fronts chagrins ; Désespérés, ils pleurent et gémissent En se ruant de l'épaule et des reins ; Les sphères fuient et les axes frémissent.
A l'œuvre ! à l'œuvre ! ou gare le chaos ! Leur poids les tire au centre de l'espace, Où l'inertie offre un lâche repos A la matière éternellement lasse.
Mesurez bien les printemps, les hivers, L'égal retour des mois et des années : Un seul retard changerait l'univers Et briserait toutes les destinées.
Alternez bien les ombres, les lueurs, Pour ménager tous les yeux qui les goûtent... Nul peuple, hélas ! ne songe à vos sueurs, Au long travail que les matins vous coûtent.
Chaque planète à la grâce du sort Vit, sans bénir les soleils qui remontent ; Une moitié trafique et l'autre dort, Et sur demain les multitudes comptent !
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