Lettre de Chapelle au marquis de Jonzac

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Œuvres de Chapelle et de BachaumontLettre au marquis de JonzacChapelleLETTRE À MONSIEUR LE MARQUIS DE JONZAC.Cher marquis, les vers qu’au beau MaineDe l’agréable PivangouFait couler ton heureuse veine,Vertu, non de Dieu, mais de chou,Ne sont pas vers à la douzaine.Quiconque rime ainsi sans peine,Après avoir bu comme ...
Publié le : vendredi 20 mai 2011
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Œuvres de Chapelle et de Bachaumont Lettre au marquis de Jonzac Chapelle
LETTRE À MONSIEUR LE MARQUIS DE JONZAC.
Cher marquis, les vers qu’au beau Maine De l’agréable Pivangou Fait couler ton heureuse veine, Vertu, non de Dieu, mais de chou, Ne sont pas vers à la douzaine. Quiconque rime ainsi sans peine, Après avoir bu comme un trou, Doit avoir au moins pour marraine 1 Celle quicausa la migraine Dont Jupin crut devenir fou. Mais encor te faut-il dire où Nous avons lu l’épître tienne. 2 Ce fut à la Croix-de-Lorraine, Lieu propre à se rompre le cou, Tant la montée en est vilaine, Surtout quand, entre chien et loup, On en sort, chantant Mirdondaine.
Or là nous étions bien neuvaine De gens valant tous peu ou prou. J’entends, pour expliquer monou, Moi valant peu, car la huitaine Valoit assurément beaucoup.
Mais aurois-tu pour agréable, Toi qui sais ce que nous valons, Que je t’apprisse aussi les noms Et les rangs que tenoient à table Ces neuf modernes Epulons ?
L’illustre chevalierQu’Importe Étoit vis-à-vis de la porte, Joignant le comte de Lignon, Homme à ne jamais dire non, Quelque rouge bord qu’on lui porte.
Après lui, l’abbé du Broussin, En chemise montrant son sein, Remplissoit dignement sa place, Et prenoit soin d’un seau de glace Qui rafraîchissoit notre vin.
Molière, que bien connoissez, Et qui nous a si bien farcés Messieurs les coquets et coquettes, Le suivoit, et buvoit assez Pour, vers le soir, être en goguettes.
Auprès de ce grand personnage Un heureux hasard avoit mis Du Toc, d’entre nous le plus sage, Ravi de voir les beaux esprits, Quitter Marais et marécage Pour venir dans son voisinage Boire à l’autre bout de Paris.
Quant à notre illustre et grand maître 3 Le très philosophe Barreaux En ce moment il fit paroître
Que les anciens ni les nouveaux N’ont encore jamais vu naître Homme qui sût si bien connoître La nature des bons morceaux.
Le petit monsieur de la Mothe, Non celui qui toujours a botte 4 Et d’un grand prince est précepteur, Mais son frère, qui toujours trotte, Et qui, comme il est grand trotteur, En mille endroits par jour buvotte De ce bon vin, et de la grotte Étoit le célèbre inventeur. Aussi faisoit-il le neuvième Avecque moi, qui bien fort l’aime Et suis son humble serviteur.
C’est là donc qu’on lut ta légende, Que l’on trouva pleine de grande Gentillesse et facilité. Ensuite avec solennité Toute notre bachique bande But un grand verre à ta santé.
À cet agréable repas Petitval ne se trouva pas. Et sais-tu bien pourquoi ? C’est parce Qu’il est toujours avec sa garce, Ou que sans cesse il court après.
Pour La Planche, attendu l’absence De tant d’ivrognes d’importance, Il craignit fort pour le Marais, Et jugea qu’il falloit exprès Y demeurer pour sadéfense.
Ton cousin, l’aimable Dampierre, Qui m’a dit, s’en allant grand’erre, Qu’il te devoit voir à Jonzac, M’a promis, cher marquis, de mettre Cette longue et méchante lettre Dans sa valise ou dans son sac.
Et c’est ce qui m’a fait la faire, Car elle ne vaut, ma foi, guère, Et, sans mentir, je plaindrois fort Ce qu’il coûteroit pour le port De l’envoyer par l’ordinaire.
1. Pallas. 2. Enseigne d’un célèbre traiteur où Chapelle et plusieurs de ses amis s’assembloient. 3. Le célèbre Des Barreaux. 4. François Le Vayer de la Mothe étoit précepteur de Monsieur, frère unique de Louis XIV.
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