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Victor Hugo — Les ChâtimentsLunaÔ France, quoique tu sommeilles, Nous t'appelons, nous les proscrits ! Les ténèbres ont des ...

Publié le : dimanche 22 mai 2011
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Ô France, quoique tu sommeilles, Nous t'appelons, nous les proscrits ! Les ténèbres ont des oreilles, Et les profondeurs ont des cris.
Le despotisme âpre et sans gloire Sur les peuples découragés Ferme la grille épaisse et noire Des erreurs et des préjugés ;
Il tient sous clef l'essaim fidèle Des fermes penseurs, des héros, Mais l'Idée avec un coup d'aile Ecartera les durs barreaux,
Et, comme en l'an quatrevingt-onze, Reprendra son vol souverain ; Car briser la cage de bronze, C'est facile à l'oiseau d'airain.
L'obscurité couvre le monde, Mais l'Idée illumine et luit ; De sa clarté blanche elle inonde Les sombres azurs de la nuit.
Elle est le fanal solitaire, Le rayon providentiel. Elle est la lampe de la terre Qui ne peut s'allumer qu'au ciel.
Elle apaise l'âme qui souffre, Guide la vie, endort la mort ; Elle montre aux méchants le gouffre, Elle montre aux justes le port.
En voyant dans la brume obscure L'Idée, amour des tristes yeux, Monter calme, sereine et pure, Sur l'horizon mystérieux,
Les fanatismes et les haines Rugissent devant chaque seuil, Comme hurlent les chiens obscènes Quand apparaît la lune en deuil.
Oh ! contemplez l'Idée altière, Nations ! son front surhumain A, dès à présent, la lumière Qui vous éclairera demain !
31 mars. Jersey.
Victor HugoLes Châtiments Luna
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