Ma plume dans tes veines

De
Publié par

D’une plume trempée dans le sang d’une urbanité brute, étroite et frontale, Thomas Lacreuse, dit Tock’s, raconte par ses poèmes son histoire mais également celle de sa cité, Les Ulis, qu’il n’a jamais quittée.

Ses textes portent son espoir et celui de celles et ceux qui se retrouveront dans la lecture de ses mots marqués au fer rouge d’un vécu aussi nocif que fraternel, d’une voix aussi sombre que lumineuse.

Tendez vos veines et préparez-les à recevoir le venin d’un talent singulier.


Ce livre est un recueil de mes textes. Ils disent mes mots, ma vie, mon espoir.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 57
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782746639348
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Préface par Dan iel Ben atar
J ’ai ren con tré Th om as le 6 avril 20 11. En fait, je le con n aissais déjà. De vue. Nous étion s voi-sin s dan s l’an cien n e tour H LM qui a depuis été détr uite. J e le croisais parfois dan s la rue et le voyais aussi régulièr e-m en t sur le terrain de foot syn th étique de n otr e qu artier n ous jouon s quasi quotidien n em en t. C’est sur ce ter r ain de foot que tout a com m en cé. J ’étais ven u jouer avec m on fils et n otr e ban de h abituelle, Th om as en avait fait de m êm e de son côté et, tout n atur ellem en t, un m atch s’est m is en place. Au cours de cette ren con tre, Thom as évoqua longuem en t son blog : h ttp:/ / tocks-officiel.skyrock.com et le fait qu’il ven ait d’en registr er un son . Curieux, un e fois ren tr é, j’ai visité son site et écouté les deux m orceaux qu’il avait en registr és avec son am i Drazik avec lequel ils form en t le groupe D.Ter.Min er. J ’ai aim é ça. J ’avais égalem en t été particulièrem en t touch é par les m ots qu’il avait choisis pour décrire sa page. Ils étaient sim ples, n atur els, touch an ts, désar m an ts. J e m e suis alor s con n ecté à Facebook pour ch erch er sa tr ace et lui en voyer
9
un m essage d’en cour agem en t. Thom as était en lign e et n ous avon s pu discuter en direct. Le soir m êm e, il m ’en voyait les fich iers de ses son s. Quelques jours apr ès, je lui don n ais m es livres. On s’est revus. Au foot, prin cipalem en t . Puis, très souven t, en deh ors du foot. J e lui ai dem an dé de m e passer ses textes. J e ten ais à les lire. Il en avait beaucoup. J ’ai lu. Et ce que j’ai lu m ’a tr an spercé. Sous m es yeux, un e poésie pure, in ouïe, dépourvue d’artifice et d’in fluen ce. Et, surtout, quelle ém otion ! Les expr ession s de Th om as m ’on t em barqué dan s un voyage fait de blessures si vives qu’elles m ’on t aussitôt em poign é le cœ ur. Elles son t si in n ées, si sin cèr es qu’elles m ’on t fait en tr er dan s l’im m en sit é de sa gén érosité. Plus je lisais ses poèm es, plus j’étais estom aqué par les ch oix et les com bin aison s audacieuses de ses ph rases don t l’association a priori im pr obable son n e, sous sa plum e, juste, in ven tive, belle, m agn ifique. J e lui ai tr ès vite proposé l’idée de faire un livre de ses textes. Il a accepté et nous avon s travaillé en sem ble pour le bâtir. Ma con tribution à son livr e est dérisoire, m in im ale. J e m e suis con ten té d’être un appui technique. Thom as écrit pratiquem ent tous les jours. Depuis son adolescen ce. Il n ’a pas fait de lon gues études. Il n e lit pas. Ses m an ques certain s de l’écrit sem blaien t le con dam -n er à un e voie san s issue. Alors, il a fait la seule ch ose pos-sible. Vom ir sur le papier ses plaies et sa douleur . Mettr e en form e ses pen sées avec le vocabulaire de son vécu. S’ach ar -n er sur les m ots, leur son orité, leur m usicalité, leur vérité, jusqu’à fair e tair e leur m oquerie et gagn er leur r espect. Ch aque jour, je con state sa con stan te progr ession . Ses textes son t de plus en plus in ten ses, person n els, lum in eux et porten t aussi en eux un e part n on n égligeable de ph ilo-soph ie. Oui. La réflexion de Th om as sur le m on de est celle
10
qu’il a acquise aupr ès des gen s qui on t participé à son h istoire per son n elle. Celle qui a façon n é l’h om m e qu’il est aujourd’h ui. Et quel h om m e est-il ? Au-delà de ses défauts qui n ’on t pas leur place ici, il est un h om m e passion n é, in -tègr e et d’un e gran de gen tillesse. S’il vous don n e son am itié, elle sera totale et je peux tém oign er qu’elle est t rès belle, très puissan te, frater n elle à l’extrêm e. Malgré sa n oirceur qu’il n ’a la pudeur de n e dévoiler que dan s ses textes, Thom as reste tr ès jovial et positif dan s sa vie de tous les jours. J e suis très fier d’avoir participé à l’élaboration de son livre. J e suis tr ès fier de lui. J e le rem er cie d’êtr e si pr ésen t dan s m a vie, de l’avoir autan t en rich ie et, dan s des m om en ts tr ès difficiles, de sa présen ce assidue, sa force de caractèr e et son soutien san s faille. Le livr e de Th om as est ce qu’il est lui-m êm e. Profon dé-m en t. Un cœ ur pur.
1. Papa
(À la m ém oire de m on père, Joël Lacreuse, n é en 1958 ; un hom m e fier et courageux. Il était le père de cin q en-fants : quatre fils et une fille. Il avait une épouse form idable. M on père se lev ait tôt le m atin pour aller trav ailler et ren trait tard le soir pour être auprès de sa fam ille. Il est décédé le dim an che 17 m ai 20 0 9 à 11 heures du m atin . Voici son histoire.) Le 7 juin 1958 , tu vois la lum ièr e, Papa, le m on de tourn e autour de toi On te regarde les yeux blin dés d’am our à m esure que les jours et les m ois passen t et que tu gran dis En fin , les prem iers pas, tu n e parles toujours pas m ais il y a dan s les cœ ur s autan t d’am our à ton égard Tu devien s père à ton tour, attein t par un e tum eur, tu rem places les m ots par des silen ces et je com pren ds que quelque ch ose n e va pas
13
C’est vrai que ton état devien t de plus en plus grave, ça, tout le m on de le voit, au fon d de m oi je souffre J ’avoue, je le cach e, je n e com pren ds pas pourquoi la vie s’ach arn e sur toi et m a fam ille, c’est grâce à vous si j’avan ce pas à pas Appren dre que tu es m alade m e fait l’effet d’un e pan n e Pour ce texte, c’est dan s tes yeux que je trouve m on in s-piration , Papa, c’est avec le cœ ur et m es m ots que je t’écris Quan d tristem en t les larm es s’abatten t de h ain e et de pein e en pen san t à ta m aladie et à m es m aux de tête J e m e dis que la vie fin isse et que les portes du p aradis vien n en t t’accueillir Lorsque tu r en tr es à l’h ôpital et que le soir tu ap pelles en disan t que c’est gr ave, je vois les lar m es de Mam an m on ter en grade Se débarr asser de cette m aladie, je sais que ce n ’est pas facile Pour élim in er tous ces m édocs et l’usur e du tem ps, j’ai beau dem an der à Dieu, c’est in suffisan t De n e pouvoir rien faire m e r en d si im puissan t J e réagis m al quan d j’appren ds que tu as ce can cer J e m ’agace, je stresse, glacé par la peur que tu vas bien tôt disparaîtr e Ces spasm es in fan tiles se répercuten t sur ta peau, ton corps, tes os On n ous dit que si l’on t’aide, tu pourras peut-être guérir J e garde espoir en toi, j’ai con fian ce, je sais que, m algr é ton âge, tu n e lâch eras pas l’affaire, tu as le sou tien de ta fam ille, de ta sœ ur et de ton frèr e J e suis fier de tes progr ès, tu avan ces déjà bien , con tin ue com m e ça, tu es sur la bon n e voie
14
Ça m e fait plaisir de voir Mam an retrouver le sourire, voyan t son m ari petit à petit guérir Il est dix h eures du m atin qu an d n ous allon s à l’h ôpital voir n otre père et le serr er dan s n os bras Revien s vite, tu n ous m an ques, à la m aison les frèr es et m oi c’est la baston Les m édecin s n ous disen t que tu vas bien m ais c’est faux, ton état s’aggrave et tout le m on de s’en aperçoit Dém or alisé devan t un h om m e de cœ ur , crucifié face à la h ain e et la douleur, je suis toujours à tes côtés Papa, tu as m a parole, quoiqu ’il arrive, tu seras toujours m on idole C’est difficile pour n ous car tu sais que tu vas m ourir m algré tes efforts ph ysiques J e vois ton visage se rapetisser, tes jam bes r étr écir, et je m e dis c’est fin i, m êm e la scien ce n e peut plus rien fair e pour te per m ettre de t’en sortir C’est triste de voir les m eilleurs partir les prem iers san s pouvoir profiter de la vie Si tu savais com m e j’ai m al et je souffre de n e plu s te voir J e n ’en ten ds plus ta voix, je n e vois plus ton visage Les gouttes de m es lar m es coulen t à travers m on cor ps irrité Ton sourir e n ous m an que, la vie de fam ille n ’est plus la m êm e san s toi De n e plus te voir, te touch er n i m êm e te parler Mais n e t’in quiète pas, on se rejoin dra tous au par adis et on fera la fête jusqu’à l’in fin i J e m ’occuperai de Mam an com m e tu l’as fait jusqu’à présen t Tu seras fier de m oi, de tes en fan ts et petits-en fan ts
15
(Le 17 m ai 20 0 9, à cause de la m aladie n om m ée can cer, tu es parti dan s m es bras av ec un dern ier sourire, le plus beau des cadeaux pour dire adieu à ton fils, Thom as, qui t’aim e…)
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi