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Préface par Dan iel Ben atar
J ’ai ren con tré Th om as le 6 avril 20 11. En fait, je le con n aissais déjà. De vue. Nous étion s voi-sin s dan s l’an cien n e tour H LM qui a depuis été détr uite. J e le croisais parfois dan s la rue et le voyais aussi régulièr e-m en t sur le terrain de foot syn th étique de n otr e qu artier n ous jouon s quasi quotidien n em en t. C’est sur ce ter r ain de foot que tout a com m en cé. J ’étais ven u jouer avec m on fils et n otr e ban de h abituelle, Th om as en avait fait de m êm e de son côté et, tout n atur ellem en t, un m atch s’est m is en place. Au cours de cette ren con tre, Thom as évoqua longuem en t son blog : h ttp:/ / tocks-officiel.skyrock.com et le fait qu’il ven ait d’en registr er un son . Curieux, un e fois ren tr é, j’ai visité son site et écouté les deux m orceaux qu’il avait en registr és avec son am i Drazik avec lequel ils form en t le groupe D.Ter.Min er. J ’ai aim é ça. J ’avais égalem en t été particulièrem en t touch é par les m ots qu’il avait choisis pour décrire sa page. Ils étaient sim ples, n atur els, touch an ts, désar m an ts. J e m e suis alor s con n ecté à Facebook pour ch erch er sa tr ace et lui en voyer
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un m essage d’en cour agem en t. Thom as était en lign e et n ous avon s pu discuter en direct. Le soir m êm e, il m ’en voyait les fich iers de ses son s. Quelques jours apr ès, je lui don n ais m es livres. On s’est revus. Au foot, prin cipalem en t . Puis, très souven t, en deh ors du foot. J e lui ai dem an dé de m e passer ses textes. J e ten ais à les lire. Il en avait beaucoup. J ’ai lu. Et ce que j’ai lu m ’a tr an spercé. Sous m es yeux, un e poésie pure, in ouïe, dépourvue d’artifice et d’in fluen ce. Et, surtout, quelle ém otion ! Les expr ession s de Th om as m ’on t em barqué dan s un voyage fait de blessures si vives qu’elles m ’on t aussitôt em poign é le cœ ur. Elles son t si in n ées, si sin cèr es qu’elles m ’on t fait en tr er dan s l’im m en sit é de sa gén érosité. Plus je lisais ses poèm es, plus j’étais estom aqué par les ch oix et les com bin aison s audacieuses de ses ph rases don t l’association a priori im pr obable son n e, sous sa plum e, juste, in ven tive, belle, m agn ifique. J e lui ai tr ès vite proposé l’idée de faire un livre de ses textes. Il a accepté et nous avon s travaillé en sem ble pour le bâtir. Ma con tribution à son livr e est dérisoire, m in im ale. J e m e suis con ten té d’être un appui technique. Thom as écrit pratiquem ent tous les jours. Depuis son adolescen ce. Il n ’a pas fait de lon gues études. Il n e lit pas. Ses m an ques certain s de l’écrit sem blaien t le con dam -n er à un e voie san s issue. Alors, il a fait la seule ch ose pos-sible. Vom ir sur le papier ses plaies et sa douleur . Mettr e en form e ses pen sées avec le vocabulaire de son vécu. S’ach ar -n er sur les m ots, leur son orité, leur m usicalité, leur vérité, jusqu’à fair e tair e leur m oquerie et gagn er leur r espect. Ch aque jour, je con state sa con stan te progr ession . Ses textes son t de plus en plus in ten ses, person n els, lum in eux et porten t aussi en eux un e part n on n égligeable de ph ilo-soph ie. Oui. La réflexion de Th om as sur le m on de est celle
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qu’il a acquise aupr ès des gen s qui on t participé à son h istoire per son n elle. Celle qui a façon n é l’h om m e qu’il est aujourd’h ui. Et quel h om m e est-il ? Au-delà de ses défauts qui n ’on t pas leur place ici, il est un h om m e passion n é, in -tègr e et d’un e gran de gen tillesse. S’il vous don n e son am itié, elle sera totale et je peux tém oign er qu’elle est t rès belle, très puissan te, frater n elle à l’extrêm e. Malgré sa n oirceur qu’il n ’a la pudeur de n e dévoiler que dan s ses textes, Thom as reste tr ès jovial et positif dan s sa vie de tous les jours. J e suis très fier d’avoir participé à l’élaboration de son livre. J e suis tr ès fier de lui. J e le rem er cie d’êtr e si pr ésen t dan s m a vie, de l’avoir autan t en rich ie et, dan s des m om en ts tr ès difficiles, de sa présen ce assidue, sa force de caractèr e et son soutien san s faille. Le livr e de Th om as est ce qu’il est lui-m êm e. Profon dé-m en t. Un cœ ur pur.
1. Papa
(À la m ém oire de m on père, Joël Lacreuse, n é en 1958 ; un hom m e fier et courageux. Il était le père de cin q en-fants : quatre fils et une fille. Il avait une épouse form idable. M on père se lev ait tôt le m atin pour aller trav ailler et ren trait tard le soir pour être auprès de sa fam ille. Il est décédé le dim an che 17 m ai 20 0 9 à 11 heures du m atin . Voici son histoire.) Le 7 juin 1958 , tu vois la lum ièr e, Papa, le m on de tourn e autour de toi On te regarde les yeux blin dés d’am our à m esure que les jours et les m ois passen t et que tu gran dis En fin , les prem iers pas, tu n e parles toujours pas m ais il y a dan s les cœ ur s autan t d’am our à ton égard Tu devien s père à ton tour, attein t par un e tum eur, tu rem places les m ots par des silen ces et je com pren ds que quelque ch ose n e va pas
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C’est vrai que ton état devien t de plus en plus grave, ça, tout le m on de le voit, au fon d de m oi je souffre J ’avoue, je le cach e, je n e com pren ds pas pourquoi la vie s’ach arn e sur toi et m a fam ille, c’est grâce à vous si j’avan ce pas à pas Appren dre que tu es m alade m e fait l’effet d’un e pan n e Pour ce texte, c’est dan s tes yeux que je trouve m on in s-piration , Papa, c’est avec le cœ ur et m es m ots que je t’écris Quan d tristem en t les larm es s’abatten t de h ain e et de pein e en pen san t à ta m aladie et à m es m aux de tête J e m e dis que la vie fin isse et que les portes du p aradis vien n en t t’accueillir Lorsque tu r en tr es à l’h ôpital et que le soir tu ap pelles en disan t que c’est gr ave, je vois les lar m es de Mam an m on ter en grade Se débarr asser de cette m aladie, je sais que ce n ’est pas facile Pour élim in er tous ces m édocs et l’usur e du tem ps, j’ai beau dem an der à Dieu, c’est in suffisan t De n e pouvoir rien faire m e r en d si im puissan t J e réagis m al quan d j’appren ds que tu as ce can cer J e m ’agace, je stresse, glacé par la peur que tu vas bien tôt disparaîtr e Ces spasm es in fan tiles se répercuten t sur ta peau, ton corps, tes os On n ous dit que si l’on t’aide, tu pourras peut-être guérir J e garde espoir en toi, j’ai con fian ce, je sais que, m algr é ton âge, tu n e lâch eras pas l’affaire, tu as le sou tien de ta fam ille, de ta sœ ur et de ton frèr e J e suis fier de tes progr ès, tu avan ces déjà bien , con tin ue com m e ça, tu es sur la bon n e voie
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Ça m e fait plaisir de voir Mam an retrouver le sourire, voyan t son m ari petit à petit guérir Il est dix h eures du m atin qu an d n ous allon s à l’h ôpital voir n otre père et le serr er dan s n os bras Revien s vite, tu n ous m an ques, à la m aison les frèr es et m oi c’est la baston Les m édecin s n ous disen t que tu vas bien m ais c’est faux, ton état s’aggrave et tout le m on de s’en aperçoit Dém or alisé devan t un h om m e de cœ ur , crucifié face à la h ain e et la douleur, je suis toujours à tes côtés Papa, tu as m a parole, quoiqu ’il arrive, tu seras toujours m on idole C’est difficile pour n ous car tu sais que tu vas m ourir m algré tes efforts ph ysiques J e vois ton visage se rapetisser, tes jam bes r étr écir, et je m e dis c’est fin i, m êm e la scien ce n e peut plus rien fair e pour te per m ettre de t’en sortir C’est triste de voir les m eilleurs partir les prem iers san s pouvoir profiter de la vie Si tu savais com m e j’ai m al et je souffre de n e plu s te voir J e n ’en ten ds plus ta voix, je n e vois plus ton visage Les gouttes de m es lar m es coulen t à travers m on cor ps irrité Ton sourir e n ous m an que, la vie de fam ille n ’est plus la m êm e san s toi De n e plus te voir, te touch er n i m êm e te parler Mais n e t’in quiète pas, on se rejoin dra tous au par adis et on fera la fête jusqu’à l’in fin i J e m ’occuperai de Mam an com m e tu l’as fait jusqu’à présen t Tu seras fier de m oi, de tes en fan ts et petits-en fan ts
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(Le 17 m ai 20 0 9, à cause de la m aladie n om m ée can cer, tu es parti dan s m es bras av ec un dern ier sourire, le plus beau des cadeaux pour dire adieu à ton fils, Thom as, qui t’aim e…)